Amin Maalouf ; heurs et malheurs de la filiation

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[eBook]  Amin Maalouf ; heurs et malheurs de la filiation

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Introduction Il est un cercle dans lequel l’œuvre d’Amin Maalouf nous a conduits à entrer, le bien nommé « cercle des byzantins ». Ainsi une controverse amicale avec Gérard Peylet a surgi quand il nous a fallu retenir un titre pour ce colloque. L’un plaidant pour l’unique « heurs » de la filiation ; l’autre sur l’adjonction du mot « malheurs ». Je ne vous dirai pas lequel de nous deux a eu le dernier mot : je retiendrai simplement la nécessité contextuelle, celle du moment de crise que nous vivons, qui a fait naturellement pencher la balance vers « Heurs et malheurs de la filiation ».   Mais revenons-en au contenu même du colloque.   De fait, cette œuvre a été d’emblée définie par Vassilaki Papanicolaou sous l’angle de son rapport à l’Histoire. Le premier communicant a eu ainsi le mérite de mettre en perspective que la fictionnalisation des faits du passé s’inscrivait en faux contre le révisionnisme, soit contre l’abomination de l’abolition du passé et de son déclassement, contre la table rase prônée par les effaceurs, les démolisseurs, les Hassan Sabbah d’Al Qaïda et de Daesh, ces barbares à visage humain, égarés dans leurs certitudes, ces trop « orientés », ivres de leur ire, persuadés que la trace culturelle autant que le rire n’est plus le propre de l’homme.   On peut remercier les premiers communicants d’avoir redessiné l’identité d’écrivain d’Amin Maalouf autour de sa fonction première : celle d’un archéologue du savoir du passé, du savoir ascendant si l’on préfère, d’avoir aussi suggéré que la profonde connaissance de soi passe fondamentalement par celle des autres et pas simplement de ses contemporains, d’avoir insisté aussi sur le fait que, dans l’écriture maaloufienne, le lointain et le proche ont intrinsèquement partie liée.   Comme il a été démontré dans la suite du colloque, les fictions d’Amin Maalouf revendiquent une forme d’objectivité poétique – refusant l’érudition et l’orientalisme gratuit –, elles recourent à la légende comme par nécessité puisque « les faits sont périssables » et que « seules les légendes restent » pour citer Le Rocher de Tanios. Elles nous incitent par là même à nous rappeler que « la déraison est le principe mâle de l’histoire ». Aussi, l’œuvre d’Amin Maalouf se présente-t-elle au lecteur comme une forme d’erratum, comme une réponse narrative aussi sérieuse qu’imaginative aux crimes des effaceurs – crimes que nous nous contentons d’observer en boucle, spectateurs innocents d’une destruction totale annoncée.   Amin Maalouf, embarqué dans cette Histoire si mal embarquée, réprouve les concepts de « territorialisation et de monochromie ». Il sait, comme l’a démontré Michel Prat, traitant de façon privilégiée Les Croisades vues par les Arabes, remettre en cause l’omniscience occidentale en s’autorisant à romancer légitimement un autre point de vue. Fidèle au projet de Michelet, ne propose-t-il pas en effet une « résurrection du passé » sans pour autant abdiquer l’honneur d’être romanesque, en refusant d’alourdir et ralentir le récit et en s’attachant prioritairement, par passion du récit, aux personnages saillants ?   Travaillant sur Origines, titre entre parenthèses caractéristique comme Mémoires d’Hadrien par sa mise au pluriel et l’absence d’article, Éric Hoppenot relit – si j’ose dire – Amin Maalouf au travers de Paul Ricœur en rappelant le principe éthique qui le guide ; principe selon lequel « toutes les vies humaines méritent d’être racontées ». Le communicant suggère ainsi que si le romancier valorise à ce point le document, la source, la lettre, c’est qu’il considère l’archive comme l’arche d’alliance entre passé – présent et futur. Pour autant, l’archive ne doit pas être appréhendée comme un élément fixe ; l’archive a de fait pour Maalouf la vertu tout au contraire de réactiver le mouvement de la pensée. En conséquence, le cursus du personnage maaloufien ne tient pas au sens strict à un principe d’archivage mais bien à une démarche sinon errante au moins déambulatoire ; démarche de refiguration et de reconfiguration de l’archive.   La communication suivante, celle de Françoise Argod-Dutard sur le récit étiologique Le Rocher de Tanios entreprend quant à lui d’écorcher vif la chair linguistique du roman plutôt que de simplement en décrire les cellules. Dans une analyse subtile du caractère polyphonique voire plurilinguistique du texte, la communicante met en lumière le croisement, voire l’entrelacement des voix issues des chroniques, des lettres et des témoignages. Par là même, la communicante suggère que le la prose romanesque d’Amin Maalouf n’est pas entravée par un conflit linguistique dérivé du mythe de Babel. Au désastre de la confusion des langues, répond ici, dans sa matrice textuelle en forme de palimpseste, une plurivocité nécessaire car garante de la pluralité de l’être.

  • EAN 9782918471547
  • Disponibilité Disponible
  • Nombre de pages 228 Pages
  • Action copier/coller Dans le cadre de la copie privée
  • Action imprimer Dans le cadre de la copie privée
  • Poids 1 400 Ko
  • Distributeur Numilog

Rayon(s) : Littérature générale > Littérature argumentative > Essai littéraire

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