Le front de libération des arbres fruitiers a perdu son chantre, Julos Beaucarne

Julos, grand défenseur de la langue française et du wallon dont il fut le poète, celui qui nous disait

  • Amie de longue date de Julos Beaucarne, l'auteure a rassemblé leurs échanges dans une biographie peu traditionnelle mais fidèle à la vie de l'artiste belge et surtout à son univers. Elle met en lumière les différentes facettes de cet homme hors norme, aux multiples talents, poète et chanteur, défenseur de la francophonie mais aussi de la langue wallonne de son enfance, écologiste avant l'heure, épris de paix et de liberté. Portrait d'un homme pétri d'humanisme, en privé comme à la scène.

  • Dans ce recueil, les « virelangues » virevoltent entre sages comptines et allitérations coquines, grande poésie et mots d'esprit. Un délicieux petit inventaire des « phrases à délier la langue » chères à Devos, Gainsbourg, Racine, Ferré et à tous les amoureux anonymes de la langue et de ses défis.

  • Mon terroir c'est les galaxies est un manuel pratique de fertilisation des sols qu'on peut lire en ouvrant n'importe quelle page.
    Il n'y a ni début ni fin, c'est la " collection hétéroclite d'un hétérotextuel ", un recueil de considérations diverses, profondes, drôles et étonnantes où il est question de front de libération des arbres fruitiers, de sages-femmes accoucheuses d'hommes déjà vivants et de pays du rêve où personne n'est interdit de séjour.

  • Ici, je relève à nouveau ce lien intime entre deux mots, « poésie » et « royaume ». Camus intitula son recueil de nouvelles « L'exil et le royaume », il avait auparavant préfacé la longue lettre De Profundis où Oscar Wilde faisait mention de ces deux vocables « exil » et « royaume ». L'une des nouvelles du recueil s'intitule « le renégat ». Ce sont des indices pour comprendre pourquoi la poésie qui n'a de source que la langue vivante, la langue populaire, tient tant à parler « du royaume » - encore une occurrence récente, le poète François Cheng avec son livre Enfin, le royaume. Pour un esprit d'aujourd'hui, le royaume est un espace politique délimité dont le souverain est un roi. Mais si nous abandonnons cet esprit, si nous laissons exprimer ce qui nous tient vraiment à coeur, au plus profond de notre être, alors le royaume se métamorphose en une contrée accueillante où nous avons tous notre place, où nous sommes tous souverains. Et le malheur est l'exil, et la tragédie se présente sous le statut du renégat, celui qui a dû refuser le royaume. Aujourd'hui, nous sommes la plupart du temps des exilés mais nous disposons de voies de retour qui se construisent par des rencontres successives, celles qui créent les ponts les plus solides pour résister aux temps et tempêtes. Ainsi, notre conteur, natif lui aussi d'Écaussinnes, passé maître dans la rencontre avec les auteurs - à la fois nouvelliste, chroniqueur littéraire, rédacteur en chef de la revue MARGINALES (2009-2020), et président de Pen Belgique - a dessiné une fresque épique avec les couleurs de l'arc-en-ciel qu'il avait récoltées au fil des années auprès du poète et chanteur, Julos Beaucarne. Ces couleurs elles-mêmes avaient vu le jour grâce à d'autres rencontres en amont, dont la plus magique eut lieu lorsqu'un peintre relia un poète à un chanteur. À la lecture de cet article, j'ai traversé un pont magnifique aux lueurs chatoyantes qui me ramenait vers le royaume. Et si « les temps ne sont plus à la fantaisie », je sais que « la fantaisie plane loin, loin au-dessus des temps ».


    Le dernier livre de Jean Jauniaux porte le titre qu'il a donné à son site littéraire : « L'ivresse des livres » (

    www.edmondmorrel.be

    ). Ses livres sont traduits en roumain, ukrainien, espagnol, italien. Une de ses nouvelles est en voie d'adaptation au cinéma.

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