Pierre Drieu la Rochelle

  • "Maintenant, il savait tout le prix de Dorothy. Au fond de lui-même, il croyait qu'il avait gardé un pouvoir sur elle et qu'il pouvait la reprendre, si enfin il s'en donnait la peine. Et il ne pouvait pas croire que l'émoi qu'il ressentait ne fût pas communicatif. Elle avait l'air si bon, sur cette photo. Sa bouche répétait ce que disaient les yeux : une tendresse timide. Ses seins frêles disaient encore la même chose, et sa peau qui fuyait sous ses doigts, ses mains friables."

  • "Jaime Torrijos était lieutenant dans le régiment de cavalerie d'Agreda, qui tenait alors garnison à Cochabamba. Il était admiré et aimé des officiers et des soldats parce qu'il y avait dans son corps une force et une audace extraordinaires. Il était aimé des femmes pour la même raison.
    Quand je le connus, sa renommée commençait à se répandre hors du régiment et de la ville. Il en jouissait insoucieusement. J'étais guitariste et je m'attachai à Jaime qui me voulait dans ses orgies. Il manquait toujours d'argent à cause des cartes et de l'amour..."

  • "Saurai-je un jour raconter autre chose que mon histoire ?" demande Drieu la Rochelle au début de ce livre, un de ses premiers, en 1921. Il y raconte son enfance, son adolescence, ses tourments déjà et la quête des idées qui vont mener sa vie.

  • Ce roman est le dernier de Drieu la Rochelle. Il l'écrivit de 1943 à 1944. À propos d'une intrigue assez simple, qui pourrait être celle d'un roman d'aventures - la lutte, autour d'un dépôt d'armes caché dans une demeure mystérieuse, de petits groupes de français activistes (gaullistes, collaborateurs, communistes, nationalistes) -, Drieu a imaginé un roman qui transcende de très haut les drames de ces années.
    Constant, dernière incarnation des héros de Drieu - un Gilles vieilli -, qui a tout connu, tout éprouvé, tout lu, bien qu'encore profondément attaché à un jeu politique dont il occupe le centre, regarde d'un oeil de plus en plus absent les fureurs et les intrigues de ces hommes de proie. Pour lui qui, depuis des années, médite sur Judas et la signification de son prodigieux destin, le temps de Dieu et le temps de la mort sont venus.

  • Publié pour la première fois en 1963, ce recueil posthume rassemble cinq nouvelles qui constituent un éventail tout à fait représentatif de l'art et des thèmes de Drieu la Rochelle. D'une poésie profonde et acide où le désespoir et l'élégance ne cessent de se croiser, ce livre révèle son auteur de manière étrangement présente, libre.

  • "Pendant que je me déshabillais, je vis Antoine qui fixait mon dos. Il me convoitait, encore, toujours, et il se méfiait de moi. Avec son regard, je me regardai : j'étais belle et menteuse. Je ne me regardai pas au visage, je regardai mon corps. J'avais un beau corps, je l'ai encore. Peu de femmes ont de beaux seins : je suis de ces femmes. Encore moins de femmes ont des seins beaux et émouvants : je suis de ce peu de femmes. Mon corps avait des liens avec cet appartement, et avec Antoine ; il s'était façonné à tout cela. J'avais le corps soigné, aisé, épanoui d'une belle femme riche, de plus flattée par les caresses d'un homme qui avait de belles dents, de la fougue, de l'adresse."

  • Pierre Drieu la Rochelle a écrit les Mémoires de Dirk Raspe pendant le dernier hiver de la guerre. C'est son dernier roman. En novembre 1944, il écrivait à une amie : "Je travaille et cela devient une grande machine très importante. Cela va très bien, je suis en pleine forme et crois faire mieux que je n'ai fait jusqu'ici." Quatre mois après, il se tuait.
    C'est la vie de Van Gogh qui a inspiré à Drieu les Mémoires de Dirk Raspe. Dans ces semaines où il est hanté par la mort, il voit dans Vincent Van Gogh un grand compagnon fraternel. Comme lui, Van Gogh a voulu voir le dessous des cartes, ce qu'il y a derrière l'écorce de la vie et, pour cela, il ne s'est pas épargné. Les Mémoires de Dirk Raspe, où Drieu et Van Gogh, se tenant par la main, descendent côte à côte vers la mort, sont le récit d'une ascèse, d'une lente marche vers la délivrance à travers les mirages et les miroitements de la vie : l'amour des femmes, la passion des pauvres, l'éblouissement de l'art. Pierre Drieu la Rochelle nous en dit plus long sur lui-même dans ce roman secret que dans tant d'autobiographies appuyées.
    L'oeuvre est inachevée. Drieu prévoyait d'écrire encore trois parties et, d'après la vie de Van Gogh, on peut assez aisément les imaginer. Tels que Drieu nous les a laissés, les Mémoires de Dirk Raspe sont cependant le livre qui éclaire le mieux la dernière démarche spirituelle du romancier du Feu follet.

  • "J'imaginai une femme jeune, jolie, riche, Marquise Santorini. Un hasard lui fait arracher des mains de la police d'Athènes, où son mari est diplomate, un jeune communiste, Michel Boutros. Margot Santorini devient amoureuse de Boutros. Quelle qualité peut-elle donc aimer dans cet homme qui la froisse dans tous ses préjugés ? C'est un beau garçon ? Oui, mais l'explication est insuffisante, car Margot est une femme difficile. Elle croit deviner en lui un homme d'avenir qui deviendra un grand chef et avec qui elle courra une forte aventure.
    Boutros, de son côté, aime Margot, mais il devine ses mobiles. Très exactement, il comprend que si Margot l'aime, c'est parce qu'il est demeuré le bourgeois qu'il était avant de devenir communiste. Il s'en effraie.
    Le noeud de mon livre est donc là : est-ce que Boutros, inspiré par l'antique Pythie qu'il va avec Margot consulter à Delphes, acceptera cette loi que la femme, toujours imprégnée d'un puissant réalisme, ne peut aimer un homme que pour sa force et son prestige ?"
    Pierre Drieu la Rochelle.

  • En onze nouvelles - plus une qui a plus trait à une nouvelle de science fiction - Drieu la Rochelle exprime le désaroi du couple bourgeois. Avec élégance, il nous dépeint une société sur le point de perdre ses repères - la seconde guerre mondiale est proche - qu'ils soient sociétaux ou amoureux. Qu'est ce que l'amour quand on l'épuise en de multiples conquêtes ? Qu'est ce l'émoi quand les premières passions physiques sont épuisées ?

  • Au début du XXème siècle, un séducteur se rend chez des amis libertins. Il y rencontre des femmes mais une prise de conscience ou une remise en cause de sa vie le tourmente.
    De conjoncture en conjoncture, il se tourne vers un idéal qui pourrait être Dieu.
    Drieu la Rochelle, dans ce roman, nous fait partager son obsession : être ou ne pas être l'homme moderne.

  • Récit autobiographique. Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Pierre Drieu la Rochelle. À partir de 1920, Drieu la Rochelle se mêle à tous les mouvements de son époque, tenté aussi bien par Charles Maurras que par Louis Aragon, par l'Action française que par le Communisme et le Surréalisme. Admirateur de Maurice Barrès, de Rudyard Kipling et de Friedrich Nietzsche, il affiche clairement ses contradictions et ses oeuvres se succèdent alors à un rythme soutenu. "État civil", aboutissement d'un ancien projet de livre intitulé "Histoire de mon corps", paraît à ce moment-là. "Saurai-je un jour raconter autre chose que mon histoire ?" se demande le futur auteur de "Rêveuse bourgeoisie", déjà obsédé par la décadence, qui dresse ici un tableau lucide de son enfance et de son adolescence.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Pierre Drieu la Rochelle. Alain, trentenaire désabusé, achève une cure de désintoxication dans une maison de santé pour neurasthéniques. Il déambule dans Paris, retrouve d'anciens amis, hante des soirées demi-mondaines, tente de renouer avec sa femme partie aux Etats-Unis, succombe de nouveau à la drogue, s'enferme dans sa chambre et se suicide. Avec "Le feu follet", publié en 1931, c'est-à-dire entre la rupture avec André Breton et l'égarement dans le fascisme et l'antisémitisme, Drieu la Rochelle tente d'analyser la "décadence" de son époque à travers l'autopsie d'une conscience. Le roman perpétue la mémoire de l'écrivain Jacques Rigaut et continue cette littérature des petits matins tristes qui va d'Ernest Hemingway à Françoise Sagan. Il résume assez bien les thèmes et les obsessions de l'auteur: la méfiance envers les femmes, l'ubiquité des homosexuels et l'hostilité envers les juifs. L'"Adieu à Gonzague", qui sert de conclusion au volume, s'achève comme s'est achevé la vie de son auteur. "Le suicide, c'est la ressource des hommes dont le ressort a été rongé par la rouille, la rouille du quotidien. Ils sont nés pour l'action, mais ils ont retardé l'action; alors l'action revient sur eux en retour de bâton. Le suicide, c'est un acte, l'acte de ceux qui n'ont pu en accomplir d'autres." -- Pierre Drieu la Rochelle.

  • Les Chiens de paille est un roman de l'écrivain français Pierre Drieu la Rochelle (1893-1945) paru en 1944.
    | Le ciel et la terre ne sont pas humains ou bienveillants à la manière des hommes, ils considèrent tous les êtres comme si c'étaient des chiens de paille qui ont servi dans les sacrifices. |
    Cité par Pierre Drieu La Rochelle, en frontispice de Les Chiens de Paille, L'Imaginaire Gallimard.

  • Le Feu follet est un roman de Pierre Drieu la Rochelle, publié en 1931.
    Présentation
    |...Alain, un jeune homme dans la trentaine, s'enferme dans la drogue et la solitude. Après avoir suivi une cure de désintoxication, il entre dans une maison de repos à Versailles. Il passe ses journées enfermé dans sa chambre, peuplée d'objets fétiches. Pendant deux jours, il guette un signe de sa femme et ressasse les échecs de sa vie passée qu'il confronte à la réalité du monde environnant, aux pensionnaires neurasthéniques de la maison de repos...|
    |Source Wikipédia

  • Alain, un jeune homme dans la trentaine, s'enferme dans la drogue et la solitude. Après avoir suivi une cure de désintoxication, il entre dans une maison de repos à Versailles. Il passe ses journées enfermé dans sa chambre, peuplée d'objets fétiches. Pendant deux jours, il guette un signe de sa femme et ressasse les échecs de sa vie passée qu'il confronte à la réalité du monde environnant, aux pensionnaires de la maison de repos dans laquelle il est hébergé.
    Entré dans une phase de rédemption, il déjeune chez son ami d'enfance Dubourg qui mène à présent une vie rangée. Il se sent alors gêné par la vie bourgeoise de Dubourg, devenu égyptologue, qui est marié et est devenu père. Les deux anciens amis ne se comprennent alors pas malgré la volonté de Dubourg de faire comprendre à Alain que l'exaltation de la vie de l'esprit vaut celle de la chair. Face au fossé qui se creuse entre eux, Alain chute à nouveau dans la drogue et fréquente les salons dont il a l'habitude. Au lendemain d'une nuit de déceptions, Alain met fin à ses jours.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Pierre Drieu la Rochelle. En grande partie autobiographique, "Gilles" relate quelque vingt années de la vie d'un Français entre les deux guerres mondiales. Gilles Gambier, jeune bourgeois parisien, appartient à la génération qui, à peine sortie du lycée, se voit jeter dans la Guerre de 14-18. La guerre terminée, il est bien décidé à profiter du "pays des femmes". Il entre au ministère des Affaires étrangères mais, peu capable de se discipliner, il passe continuellement du courage à la veulerie, de l'intrigue au détachement, de l'érotisme débridé à l'abstinence sexuelle. Femmes et mondanités, scandales et intrigues. Il passe pour un dilettante jusqu'à ce qu'il adhère au groupe avant-gardiste "Révolte surréaliste" dont l'activité oscille entre littérature, politique et onirocritie. Après l'échec d'un projet d'attentat du groupe contre le président de la République et un procès retentissant, Gilles fonde le journal "L'Apocalypse" où il se déclare ouvertement fasciste et au service du "catholicisme mâle, celui du Moyen Age". Pendant la Guerre civile espagnole, il prend position pour Franco et repart faire le coup de feu. À la veille de la seconde guerre mondiale, il retrouve ainsi ce goût de la mort qui le hantait dans ses jeunes années. Livre d'adieu de Pierre Drieu la Rochelle à sa jeunesse, "Gilles" est le roman d'une époque trouble où certains Français rêvaient d'une nouvelle Europe aristocratique avant de s'engager bientôt dans la politique de collaboration avec l'Allemagne nationale-socialiste.


  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Pierre Drieu la Rochelle. Sur ce champ de bataille de Charleroi où Drieu la Rochelle a vécu sa première rencontre avec la mort en 1914, et où il retourne cinq ans plus tard, tous les détails de sa journée du 24 août revivent dans son esprit. La peur, la souffrance, le néant, y sont admirablement saisis sur le vif. Mais les pensées et les sentiments qui l'agitaient alors sont amplifiés par d'autres qui ont mûri ensuite pendant les quatre années d'enfer de la Première Guerre mondiale, puis dans les décevantes années qui ont suivi (le livre a été écrit en 1934). À la fois récit de bataille, bilan, examen de conscience, aveu d'héroïsme et de lâcheté, de révolte et de désespoir, "La Comédie de Charleroi" est aussi une comédie de la futilité et des conventions morales. Cinq autres nouvelles d'une même plume âpre et brutale complètent ce volume de l'auteur de "Gilles" sur la question de la guerre: "Le chien de l'écriture", "Le voyage des Dardanelles", "Le lieutenant de tirailleurs", "Le déserteur" et "La fin d'une guerre".

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Pierre Drieu la Rochelle. L'action se déroule en Grèce au milieu des années '30. Le climat politique est trouble, la mise en place d'un régime autoritaire se prépare, préfigurant celui bien réel du général Metaxas. Margot Santorini, épouse trompée d'un diplomate italien, est une belle et riche aristocrate menant une vie oisive. Courtisée par l'oppressant Raoul Malfosse, un industriel français, elle refuse de céder à ses avances. Une nuit, elle aperçoit par la fenêtre de sa chambre un homme poursuivi par la police. C'est un jeune militant délégué de l'Internationale Communiste, Michel Boutros, qu'elle décide de cacher. Attirée vers lui par l'idéal révolutionnaire qu'il représente et surtout par sa puissance d'homme d'action prêt à se sacrifier pour une cause, elle parvient à le soustraire à la police et le fait embaucher comme chauffeur chez Malfosse. Boutros est aussi attiré par cette femme en manque d'amour qui lui rappelle son origine de classe bourgeoise. La passion amoureuse les unit bientôt dans le cadre de la nature grecque alors qu'ils vont consulter l'antique Pythie de Delphes. Comme souvent dans les romans de Drieu la Rochelle, "Une femme à sa fenêtre" est le tableau lucide d'une bourgeoisie quelque peu veule et désespérée en manque d'idéal mais, selon lui, la principale question posée par le roman est celle-ci: Est-ce que la femme, toujours imprégnée d'un puissant réalisme, ne peut aimer un homme que pour sa force et son prestige ? "Une femme à sa fenêtre" a été adapté au cinéma par Pierre Granier-Deferre en 1976, sur un scénario de Jorge Semprun, avec Romy Schneider dans le rôle de Margot Santorini.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Pierre Drieu la Rochelle. Jaime Torrijo, lieutenant dans un régiment de cavalerie bolivien, se passionne pour la politique de son pays et rêve d'y faire renaître le sentiment de magnanimité qui fit jadis la grandeur de Bolivar. Brillant, doté de force et d'audace, adoré de ses hommes, aimé par les femmes, tout lui est possible. Par un coup de force, il renverse don Benito, le chef suprême de l'Etat, et s'installe dans son fauteuil. Désormais, il est le maître de la Bolivie. Mais la situation s'envenime. Troubles, complots, scandales, assassinats et révoltes agitent le pays, empêchant Jaime de réaliser son idéal politique. Il réprime la rébellion avec une sauvage énergie. Redevenu maître de la situation, il découvre alors que sa victoire est un pur néant et renonce au pouvoir. Il part explorer seul des régions mal connues puis décide de sacrifier à la manière des anciens indiens son seul dieu, son cheval. L'homme à cheval est désormais à pied. "L'Homme à cheval" n'est pas un simple roman d'aventures. À travers le récit de la vie de cet homme d'action d'où est éludé tout pittoresque, Drieu la Rochelle investit ici avec bonheur le genre de l'épopée.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Pierre Drieu la Rochelle. "L'homme couvert de femmes" est la peinture réaliste, légère jusqu'à l'indécence, cynique et désespérée, de l'existence amoureuse d'un jeune homme après la Première Guerre mondiale. À la campagne, de rencontres en aventures, de conquêtes en divertissements faciles, Gille s'ennuie. À Paris, il fréquente ces maisons où "les femmes vivent nues comme des poissons dans l'eau". L'auteur décrit méthodiquement, précisément, toutes les scènes, y compris les plus crues. Il avoue que son plaisir sexuel est souvent gâché par la discorde entre l'âme et le corps, aussi aime-t-il les femmes qui souffrent comme lui de ce déchirement. Puis une femme, la seule qu'il croit aimer, arrive soudain. "L'homme couvert de femmes" n'est pas qu'un roman de moeurs décadent truffé de scènes érotiques. Certes les personnages se complaisent dans leurs petites aventures sentimentales et sexuelles mais ils ne sont ici qu'une toile de fond qui sert à mieux définir Gille et sans nul doute Drieu la Rochelle lui-même. Gille vit le temps du cynisme sans y adhérer totalement. Il est poursuivi par la nostalgie de l'amour.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Pierre Drieu la Rochelle. "Saurai-je un jour raconter autre chose que mon histoire ?" écrira Drieu la Rochelle dans "Etat civil". Comme la plupart de ses romans, "Drôle de voyage" relève de l'autobiographie romancée. Sans toutefois identifier l'auteur à Gille, son héros, nul doute que le personnage est bien créé à partir de lui-même et que l'intrigue est brodée sur une trame personnelle. "Drôle de voyage", roman complexe, subtil, délicat et cruel, relate l'histoire d'un mariage manqué. Beatrix, fille d'un vieux lord, belle, riche et "monstre de faiblesse", vit à Grenade. Toute la famille songe à la possibilité d'un mariage avec Gille. Il est invité à Grenade mais l'affaire est un fiasco, Gille préférant finalement se dérober devant l'obstacle du mariage. "Décidément, j'aime plus l'amour que les amoureuses. Je suis plutôt fait pour Dieu que pour Beatrix. [...] Beatrix, adieu, tant pis; l'entreprise de te changer serait trop longue, trop périlleuse, je glisserais dans ton argent." Au vieux lord, il déclare qu'il se retire car "il ne ferait pas le bonheur de sa fille." Tout Drieu la Rochelle se retrouve bien entendu dans cette fuite. "Eut-il autant de défauts que de qualités, une dernière vertu le sauverait: la clairvoyance", notera Marcel Arland.

  • Il y a dans ce recueil trois textes différents. Le premier est un traité de suicide. Drieu raconte ici les diverses tentatives de suicide auxquelles, depuis l'âge de sept ans, il s'est livré. Il esquisse une sorte de philosophie du suicide qui, à la lueur de sa mort, prend des résonances singulièrement profondes. Le second fragment est un journal tenu par Drieu, du 11 octobre 1944 au 13 mars 1945. Ce sont des notations au jour le jour sur le suicide, toujours, la situation politique, ses lectures, ses états d'âme, et un ouvrage qu'il écrivait à ce moment-là : Dirk Raspe. Le troisième texte est un court fragment, dans lequel l'auteur retrace rapidement son évolution politique, entre la guerre de 1914-1918, et celle 1940-1945.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Pierre Drieu la Rochelle. "Rêveuse bourgeoisie" est le roman de Drieu la Rochelle qui exprime sans doute le plus son pessimisme aigu. L'histoire de ces trois générations d'une famille bourgeoise française sur le déclin pendant l'entre-deux guerres, donne l'idée d'un cercle vicieux infernal où les enfants doivent inéluctablement retrouver les vices des parents. A travers les derniers soubresauts de cette famille on assiste en réalité à la déchéance et à la mort de la société bourgeoise de l'époque. "Rêveuse bourgeoisie" est moins autobiographique que la plupart des autres romans de Drieu la Rochelle. Pour la première fois, il parvient à créer ici un monde purement imaginaire, même si certains caractères ressemblent beaucoup à des frères de Gilles.

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