Toudoire-Surlapierre


  • La grande révolution hypermoderne correspond à ce moment théorique où bien-être et bonheur n'ont plus été conçus comme un accomplissement personnel, mais érigés au rang de valeur ultime. Bien entendu, cette quête paranoïaque du bonheur - qui s'accompagne de formes insensées d'hypermoralisation, d'hygiénisme, d'aseptisation, de conformisme, d'uniformisation politiquement correcte et de réduction des libertés - est une pure illusion. Au bout du compte, selon la célèbre formule américaine : « life is necessarily experiencing pain and defeat ». Ce volume s'attache justement à toutes les représentations des vices et des dysfonctionnements dans la pop culture - littérature de grande diffusion, littérature pour jeunes adultes, romans graphiques, bandes dessinées, musique, fictions cinématographiques, télévisuelles et néo-médiatiques (webcams, photographies numériques, blogs), reality tv shows, productions vidéo-ludiques. Les études de ce recueil se concentrent ainsi, dans les représentations actuelles, à l'amour du gras, de l'alcool ou des drogues, à l'excès, au sentiment de vide, au burn-out, à l'infantilisation narcissique, à l'hypocondrie, à la neurasthénie, à la névrose, au binge drinking (ou watching), aux nouvelles perversions sexuelles, à la terreur de la contagion, de la mort, voire de l'extermination.

  • Un livre peut-il nous faire changer d'avis ? Le fait divers nous donne à le croire. En nous interrogeant sur les rôles respectifs de la littérature, de l'écrivain et du lecteur dans la société contemporaine, il nous montre à quel point nos opinions sont malléables, changeantes mais surtout réversibles. Dans cette rumeur collective que constitue la circulation des opinions, une voix résonne tout particulièrement, celle des faits divers, parce qu'ils sont précisément un moment de prédilection du partage et de la manipulation des opinions. Le pouvoir de conviction du fait divers découle de sa puissance intrinsèquement fictionnelle. Et parce qu'il est un enchaînement, parfois horrible ou sordide mais toujours impressionnant, de péripéties inattendues et spectaculaires, le fait divers est la preuve que le réel est narrativement orchestré et que nous avons bien raison de nous représenter le monde comme une fiction.

  • Ce livre n'est pas un guide sur le Colorado. C'est à une expédition dans les mots et les images des couleurs que nous vous invitons, voyage qui nous emmènera dans les continents européen et américain - de sorte qu'il sera tout de même question du Colorado.
    Plébiscitée par nos sociétés contemporaines, la couleur permet à chacun de sentir les vertus sociales, ethniques mais aussi artistiques de la diversité. D'une manière parfois abrupte, la couleur révèle la nature de nos relations aux autres et à nous-mêmes : les couleurs sont-elles juxtaposées, harmonieusement combinées ou se recouvrent-elles au contraire les unes les autres ? Sont-elles séparées ou mélangées ? Si la couleur nous fascine tant, c'est aussi parce qu'elle conforte l'un de nos fantasmes esthétiques les plus tenaces : la possibilité d'un mimétisme parfait de l'art. Dans un monde où tout est coloré, ou le devient, quel sens le noir et blanc de l'écriture peut-il bien prendre, quel rôle peut-il encore jouer ?
    S'accaparant les possibilités colorées de médias comme la peinture, le cinéma, ou encore la photographie, les mots se servent des couleurs, avec toute l'ambivalence de l'expression : ils en profitent, ils les modifient, parfois ils les abîment aussi. Parler de la couleur n'est jamais seulement métaphorique. La littérature n'évince pas la couleur, elle lui offre des lignes directrices, qu'elles soient fuite ou découverte, lui permettant de faire fi des frontières réelles et imaginaires. Se découvrent ainsi, au gré des oeuvres, des « lignes de couleurs » où se renégocient quelques-uns des tropismes de l'être humain.

  • Parcourant l'ensemble du xxe siècle, d'Artaud et Boulez à Goebbels et Novarina en passant par Honegger et Pasolini, cet ouvrage collectif réunit douze textes sur l'association de la musique et du théâtre. La musique de scène, composée par des musiciens en accord avec les dramaturges, inséparable du texte théâtral, s'y trouve convoquée avec la musique en scène, choix de metteurs en scène qui insèrent dans les textes et sur les plateaux des partitions autonomes qu'ils prennent le parti de confronter à la dramaturgie. Musique en connivence, musique venue de l'extérieur, musique imposée ou conçue pour elle-même, telles sont les différentes approches explorées au coeur de cet ouvrage.

  • Quoi de plus simple en apparence que de téléphoner ? Quels rapports à l'autre le téléphone engage-t-il ? Le moins que l'on puisse dire est que le monde contemporain s'est évertué à diversifier et à complexifier ce rapport à l'autre en multipliant les possibilités d'un contact vocal à distance : appeler ou recevoir un appel, le manquer, y répondre ou laisser sonner, prendre un message... Les possibilités sont nombreuses et disent en filigrane la multiplicité des enjeux identitaires et communautaires dès lors qu'on prend un téléphone en main. Celui-ci a subrepticement pris le pouvoir. Alors qu'il se présente de prime abord comme un écho sonore, nous transformant en autant d'Écho, nous nous sommes employés à en faire un reflet de nous-mêmes, à le narcissiser en quelque sorte. Passionnel ou conflictuel, introspectif ou expansif, le rapport que nous entretenons au téléphone se dévoile au prisme du mythe de Narcisse et d'Écho. D'une manière inattendue, se joue le face-à-face (plus ou moins amical) des médias et de la culture. Parce qu'il ne doute de rien, le téléphone concurrence la littérature, allant jusqu'à lui subtiliser ses propres modalités dialogiques, littéraires et même esthétiques. Il suscite un nouvel usage de soi dont le téléphone portable est l'emblème médiatiquement narcissique où se révèlent autant le plaisir d'une parole qui a su se dérober aux exigences de la présence qu'une inquiétude sourde, ce risque toujours latent de perdre le contact avec l'autre. Mais, au téléphone, suffit-il de raccrocher ?

  • Savoir dire non, c'est affirmer sa force de caractère. Le non est un séducteur, il a toujours eu les faveurs intellectuelles de l'Europe. Il permet le débat, la contestation, il met en valeur l'esprit critique. Mais ce mot est dangereux : poussé dans ses retranchements, il peut devenir nihilisme ou négationnisme.
    Le oui paraît en revanche beaucoup plus insignifiant. Il est le mot de l'accord, du consentement, de l'assentiment un peu béat. La littérature a stigmatisé cette posture par le oui du mariage, le happy end attendu des comédies. Le oui ne serait donc pas plus qu'un faire-valoir du non, une sorte d'interlocuteur un peu naïf sommé de lui donner la réplique ?
    C'est sans compter les chocs de l'Histoire et les traumatismes de la seconde guerre mondiale qui ont redistribué les cartes du oui et du non, relativisant la force de l'un pour postuler la nécessité vitale de l'autre. Pris entre le oui et le non, le lecteur est pris entre deux feux littéraires. Tout l'avenir de la littérature est ainsi mis en question.
    Se libérer des stéréotypes de la langue et des conventions sociales, des affirmations commodes et des refus catégoriques, prendre ses distances avec le non, assumer la légèreté et la sensualité du oui nous permettra-t-il de nous défaire de la négativité et du pessimisme ? C'est tout le pari de cet essai.

  • L'émergence des poétiques de la difformité chez des écrivains africains et caribéens a considérablement changé les champs littéraires francophones. Ainsi sont nées des littératures de la démesure. Grâce aux Armes miraculeuses (Aimé Césaire), les rébellions francophones ont libéré un certain nombre d'auteurs caribéens et africains des pièges que posaient les littératures traditionnelles. Cet ouvrage propose de lire et relire les cultures, les histoires et les discours des littératures dites francophones du point de vue africain et caribéen essentiellement.

  • La comparaison n'est pas seulement une activité intellectuelle qui permet de rapprocher les choses, les êtres, les domaines. Elle révèle un comportement humain, une façon de se comporter ensemble, dévoilant un "besoin de se comprendre". Cet ouvrage, tout en proposant une approche théorique inédite de la comparaison, cherche à réfléchir cette façon de se concevoir les uns et les autres, au sens littéral de l'expression (les autres sont faits des uns), au coeur de l'activité comparatiste.

  • Regarder Bacon pour mieux lire (déchiffrer) les toiles de Munch, et réciproquement puiser dans ses images corporelles pour entrer dans l'univers de Bacon. Mémoriser les analyses de l'un afin d'assembler des indices et avancer dans cette enquête conjointe du corps en peinture. Toutes ces questions permettent de cerner comment le corps se positionne dans l'espace pictural et la manière dont il s'empare du tableau.

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