Viviane Hamy

  • Juin 1940. « C'était le temps où ils étaient "corrects ", qui précéda le temps où ils nous donnèrent des leçons de politesse. » Ainsi débute le récit de ces 33 jours d'exode sur la route de Paris à Saint-Amour, dans le Jura. Il aura fallu attendre plus de cinquante ans cour découvrir ce « grand livre » dont parle Saint-Exupéry dans Pilote de guerre, cinquante ans pour avoir accès à ce précieux témoignage d'un spectateur « engagé » sur l'un des épisodes les plus douloureux de notre histoire.

  • En 1914, Werth a 36 ans. Libertaire, antimilitariste, jauressien, il croit à l'internationalisme. Pourtant, comme nombre de ses camarades, il part volontaire pour le front afin de défendre son idéal d'homme libre qui va faire « la guerre à la guerre », à cette guerre, la dernière.
    Aussi autobiographique soit-il, Clavel soldat (rédigé entre 1916 et 1917) est avant tout un magnifique roman. Léon Werth fait surgir des figures fortes tels Vernay ou Mourèze ; les scènes qu'il décrit, hurlantes de terreur, de douleur mais aussi d'humanité ressemblent étonnamment aux tableaux des plus grands peintres dont il a si bien parlé. Un des plus beaux témoignages jamais écrits sur la première guerre mondiale.

  • Léon Werth part en Cochinchine en 1925. Il a déjà publié Clavel soldat dont l'antimilitarisme fit scandale lors de sa parution en 1919.
    Son récit est imprégné de l'émerveillement de celui qui rencontre un univers étranger, et qui se délecte de cette étrangeté. Il s'immerge dans les paysages, les senteurs, les goûts nouveaux puis en exprime les moirures, les infinies subtilités. Un magnifique pamphlet contre la colonisation et un hymne à la Cochinchine.

  • « Une année j'interviewai tant d'assassins que je pus aller passer un mois de vacances au bord de la mer. Ce fut après avoir piqué du haut d'un rocher que je sentis l'eau pénétrer dans mon oreille. Ce fut si violent qu'il me sembla qu'un projectile passait violemment dans l'oreille et s'arrêtait au beau milieu de ma tête ». Werth va apprécier sa maladie comme un gourmet une nouvelle saveur. Les souffrances, il les goûte avec délectation. Il la quittera même avec regret : « Je ne sais plus lire le blanc. »

  • " Lorsque tu m'as demandé, Stevan, si je t'écrirais, je t'ai dit que je répondrais à tes lettres, mais que je ne t'écrirais plus la première. "
    Un soir que nous étions devant le feu, Claude me dit : " Si j'étais un homme, je t'épouserais. "
    Je m'entendis lui répondre : " Si j'étais un homme, je t'épouserais, mais pas si j'étais une femme. " Pourquoi ? " Parce que nous sommes dans le temps. Parce que nous ne pouvons pas nous défaire du temps et que nous ne pourrions rien construire ensemble de durable. Si tu étais un homme et que je fusse une femme, je ne pourrais pas accepter d'être définie par toi. "
    Il m'était douloureux de prononcer ces mots qui rompaient l'enchantement. Mais ce qui faisait le prix de notre rencontre, c'est qu'aucun mensonge ne pouvait se glisser entre nous, fût-ce au prix de notre déchirement.

    Dans ce
    Jeu d'échecs, publié pour la première fois en 1970, l'écrivain pratique une archéologie multiple, d'elle-même, de son époque et de sa psyché. L'alchimie entre sensibilité et intelligence à fleur de mots suscite le choc et le vertige.

    En lice pour le prix Mémorable 2018

  • Le journal de guerre de Léon Werth entre 1940 et 1944: « pour l'historien, un des témoignages les plus directs et les plus précieux dont il puisse disposer pour recomposer l'évolution des esprits dans un coin de terre française, entre les temps nauséeux de l'armistice stagnant et cette grande année de la Libération. » Lucien Febvre, Les Annales, 1948

  • Le procès du Maréchal Pétain se déroula du 23 juillet au 15 août 1945 : il avait 89 ans.
    En 1945, Léon Werth fut l'envoyé spécial de la revue Résistance (journal créé à Paris à la fin de l'année 1942) pour couvrir ce procès, aux côtés de journalistes tels que Joseph Kessel, Jean Schlumberger, Jules Roy, etc.
    « Ces chroniques, que [Werth] rédige pour le quotidien Résistance, sont par la férocité de son ironie d'un talent implacable. Ce témoignage est à lire absolument. » Le Canard enchaîné

  • Cet album nous fait redécouvrir un texte de Léon Werth sur son ami Saint-Ex ainsi qu'une partie de leur correspondance, des dessins et des photographies inédites. Un hymne à l'amitié !

  • Henriette Levillain, professeur de littérature comparée, spécialiste de Saint-John Perse, et Philippe Levillain, professeur d'histoire contemporaine, membre de l'Institut universitaire de France, ont décrypté le Journal de Raymond de Sainte-Suzanne déposé aux archives du Quai d'Orsay. Ces notes prises au jour le jour confèrent une valeur et une saveur inestimables à ce document inédit. La personnalité d'Alexis Léger se dessine sous sa plume enthousiaste et sévère : une intelligence hors pair, un goût certain pour l'emprise qu'il exerce sur les politiques, Daladier notamment - ne lit-on pas ce mot de Léger : « Il y a autant de volupté à dominer un homme qu'à posséder une femme » -, en font un stratège fascinant et redoutable. De Sainte-Suzanne nous offre par ailleurs une vision de l'intérieur d'un lieu de pouvoir secret et mal connu du public qui joua un rôle fondamental dans l'approche de la Seconde Guerre mondiale. Saint-John Perse (prix Nobel 1960), à l'inverse de nombreux « écrivains diplomates », tels Claudel, Morand ou Giraudoux, n'a rien écrit durant ses années de Quai. Comme s'il avait voulu dissocier Alexis Léger, haut fonctionnaire au service de la France, de Saint-John Perse, poète au service exclusif de la poésie. Ce témoignage lève une partie du voile sur des zones d'ombre de sa « carrière » que la publication des OEuvres Complètes en Pléiade, sous sa propre direction, n'avait pas élucidées.

  • Comme beaucoup de pacifistes en 1914, Werth s'engagea pour faire « la guerre à la guerre », et passa quinze mois dans les tranchées. Clavel chez le majors, publié en 1919, transmet cette vérité en chapitres courts, où un désespoir violent explose en rage, en dégoût, en mépris.

  • Vers 1950, Léon Werth se penche sur les notes, féroces, qu'il prit sur le vif au cours des douze mois que dura son service militaire. Ainsi va-t-on découvrir la caserne 1900, le comportement des officiers et des soldats, leurs sentiments, leur « psychologie », si l'on veut. Aucune allusion à cette entité : l'armée, qu'au début de ce siècle les uns exaltaient et les autres dénigraient. Récit pathétique ou comique ? L'auteur n'en sait rien, il a voulu être « objectif », peindre un milieu et une époque et ce n'est point sa faute si la réalité est à la fois comique et dramatique.

  • L'enfance, la rue, le travail, les peines, les joies des hommes... Des chroniques de la France des années vingt en proie aux paradoxes d'une société qui a connu les tranchées. « Livre étrange ! On y pénètre comme dans un musée de province où l'on serait l'unique visiteur et qui, miracle !, ne contiendrait que des chefs-d'oeuvre. » Michel Marcq, La Voix du Nord

  • Sous les traits du touriste curieux, du réserviste anonyme, du flâneur du dimanche, Léon Werth nous entraîne dans les venelles de villages dédaignés, à la découverte de rochers admirables dans des îles méconnues, dans les recoins magiques de ville très banales. En Bretagne, en Provence, dans les Pyrénées, il pousse des portes et pénètre chez l'habitant. Il se fond dans le décor et devient ainsi le témoin de scènes de la vie quotidienne et le « confesseur » des autochtones. Et l'écrivain nous restitue cela sur le ton de la confidence, avec l'humour féroce et l'ironie gourmande que nous avions déjà rencontrés dans La Maison blanche.

  • Étonnants Cahiers noirs, témoignage de tous les combats du socialisme unifié d'avant 1920, qui nous livrent également les curiosités d'un esprit sans frontières, les tourments du corps et du sexe, la « merveillosité » du rêve... Député de Montmartre, Marcel Sembat (1862-1922), on l'a trop oublié, fut un journaliste et un orateur hors de pair, militant de toutes les libertés. Paradoxe, 1914 devait faire de ce tribun du pacifisme ouvrier, avocat visionnaire d'une réconciliation européenne, le premier des ministres socialistes de l'Union sacrée. Puis, héritier de Jaurès, face à la scission communiste il défendra la « vieille Maison » de 1905, que Léon Blum, après lui, s'emploiera à reconstruire. Mais il fut beaucoup plus que cela : le pionnier d'une démocratie de la culture, le collectionneur et théoricien le plus précoce de la peinture de Matisse, un inconditionnel du droit à toutes les recherches en art, un lecteur ouvert tant à la nouvelle anthropologie ou à la découverte de Freud qu'aux leçons de Marx, un amateur de Rimbaud, de Proust, de Cendrars... De fait, l'attention aux ressources secrètes de l'imaginaire, chez ce lecteur impénitent, a nourri une singulière sensibilité du regard comme l'audace indispensable à l'utopie sociale. Puisse une époque désenchantée retrouver, à le découvrir, cet « enthousiasme » sans lequel, soulignait-il, il ne saurait être de réelle émancipation ! « Ses neveux m'ont confié que, dans ce haut atelier ouvrant d'un côté sur la Seine, de l'autre sur les bois, ils avaient découvert d'importants fragments de mémoires intimes. Sans doute mettront-ils très haut, à sa vraie place, l'écrivain que fut Marcel Sembat. » Léon Blum, 1925

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