Zulma

  • Le jeune Arnljótur va quitter la maison, son frère jumeau autiste, son vieux père octogénaire, et les paysages crépusculaires de laves couvertes de lichens. Sa mère a eu un accident de voiture. Mourante dans le tas de ferraille, elle a trouvé la force de téléphoner aux siens et de donner quelques tranquilles recommandations à son fils qui aura écouté sans s'en rendre compte les dernières paroles d'une mère adorée. Un lien les unissait : le jardin et la serre où elle cultivait une variété rare de Rosa candida à huit pétales. C'est là qu'Arnljótur aura aimé Anna, une amie d'un ami, un petit bout de nuit, et l'aura mise innocemment enceinte. En route pour une ancienne roseraie du continent, avec dans ses bagages deux ou trois boutures de Rosa candida, Arnljótur part sans le savoir à la rencontre d'Anna et de sa petite fille, là-bas, dans un autre éden, oublié du monde et gardé par un moine cinéphile.

  • Le garçon

    Marcus Malte

    Il n'a pas de nom. Il ne parle pas. Le garçon est un être quasi sauvage, né dans une contrée aride du sud de la France. Du monde, il ne connaît que sa mère et les alentours de leur cabane. Nous sommes en 1908 quand il se met en chemin - d'instinct. Alors commence la rencontre avec les hommes : les habitants d'un hameau perdu, Brabek l'ogre des Carpates, philosophe et lutteur de foire, l'amour combien charnel avec Emma, mélomane lumineuse, à la fois soeur, amante, mère. « C'est un temps où le garçon commence à entrevoir de quoi pourrait bien être, hélas, constituée l'existence : nombre de ravages et quelques ravissements. » Puis la guerre, l'effroyable carnage, paroxysme de la folie des hommes et de ce que l'on nomme la civilisation. Itinéraire d'une âme neuve qui s'éveille à la conscience au gré du hasard et de quelques nécessités, ponctué des petits et grands soubresauts de l'Histoire, le Garçon est à sa façon singulière, radicale, drôle, grave, l'immense roman de l'épreuve du monde. Marcus Malte est né en 1967 à la Seyne-sur-Mer. Il est l'auteur de plusieurs romans et recueils de nouvelles dont Garden of Love (récompensé par une dizaine de prix littéraires, notamment le Grand Prix des lectrices de Elle, catégorie policier) et, plus récemment, les Harmoniques.

  • « Mon neveu Marteinn est venu me chercher à la maison de retraite. Je vais passer le plus clair de lété dans une chambre avec vue plongeante sur la ferme que vous habitiez jadis, Hallgrímur et toi. » Ainsi commence la réponse combien tardive de Bjarni Gíslason de Kolkustadir à sa chère Helga, la seule femme quil aima, aussi brièvement quardemment, dun amour impossible.

    Et cest tout un monde qui se ravive : entre son élevage de moutons, les pêches solitaires, et sa charge de contrôleur du fourrage, on découvre lâpre existence qui fut la sienne tout au long dun monologue saisissant de vigueur. Car Bjarni Gíslason de Kolkustadir est un homme simple, taillé dans la lave, pétri de poésie et d'attention émerveillée à la nature sauvage.

    Ce beau et puissant roman se lit dune traite, tant on est troublé par létrange confession amoureuse dun éleveur de brebis islandais, dun homme qui sest lui-même spolié de lamour de sa vie. Bergsveinn Birgisson est né en 1971. Titulaire dun doctorat en littérature médiévale scandinave, il porte la mémoire des histoires que lui racontait son grand-père, lui-même fermier et pêcheur dans le nord-ouest de lIslande.

    Immense succès dans les pays scandinaves ainsi quen Allemagne, La Lettre à Helga est enfin traduit en français.

  • Un vieux monsieur très riche, arrogant et irascible. Son aide médicale, entièrement dévouée... Une grande maison dans la Drôme et les vautours qui rôdent. Figure marquante de la littérature française contemporaine, Pascal Garnier avait élu domicile dans un petit village en Ardèche pour se consacrer à lécriture et à la peinture. Il nous a quittés en mars 2010. Peintre datmosphère alliant la poésie dHardellet à la technique de Simenon, styliste du détail juste, il excelle dans la mise en scène des vies simples, celles du voisinage, des souvenirs denfant, des je me souviens qui tissent nos mémoires. Mais chez Pascal Garnier, ce beau calme des banlieues de lâme et de lépoque prépare toujours deffroyables orages, avec froissement de tôles et morts en série

  • Roman d'aventures total, tourbillonnaire, conquérant, véritable machinerie de l'imaginaire où s'entrecroisent et se percutent tous les codes romanesques, la littérature populaire, entre passé historique et projection dans le futur, nos hantises programmées et nos rêves d'échappées irrépressibles.
    Martial Canterel, richissime opiomane, se laisse interrompre dans sa reconstitution de la fameuse bataille de Gaugamèles par son vieil ami Holmes (John Shylock...). Un fabuleux diamant, l'Anankè, a été dérobé à Lady MacRae, tandis que trois pieds droits chaussés de baskets de marque Anankè échouaient sur les côtes écossaises, tout près de son château... Voilà donc Holmes, son majordome et l'aristocratique dandy, bientôt flanqués de Lady MacRae et de sa fille Verity, emportés - pour commencer - dans le Transsibérien à la poursuite de l'insaisissable Enjambeur Nô.
    Par une mise en abyme jubilatoire, cette intrigue rebondissante vient s'inscrire dans les aléas d'une fabrique de cigares du Périgord noir où, comme aux Caraïbes, se perpétue la tradition de la lecture, à voix haute, des aventures de Jean Valjean ou de Monte-Cristo. Bientôt reprise par Monsieur Wang, voyeur high-tech, et fondateur de B@bil Books, une usine de montage de liseuses électroniques...
    Avec une ironie abrasive, ce roman-tsunami emporte toutes les constructions réalistes habituelles et ouvre d'extraordinaires horizons de fiction. Cette folle équipée romanesque est aussi la plus piquante réflexion sur l'art littéraire, doublée d'une critique radicale des idéologies et de la gouvernance anonyme, tentaculaire, qui nous aliène jusque dans notre intimité.

    Né en 1954 à Sidi-Bel-Abbès, il est l'auteur, chez Zulma, du monumental Là où les tigres sont chez eux (Prix du Roman Fnac, Prix Giono et Prix Médicis 2008), de la Montagne de minuit et du recueil de nouvelles la Mémoire de riz.

  • C'est la belle histoire d'une femme libre et d'un enfant prêté, le temps d'une équipée hivernale autour de l'Islande.

    En ce ténébreux mois de novembre, la narratrice voit son mari la quitter sans préavis et sa meilleure amie lui confier son fils de quatre ans. Qu'à cela ne tienne, elle partira pour un tour de son île noire, seule avec Tumi, étrange petit bonhomme, presque sourd, avec de grosses loupes en guise de lunettes.

    Avec un humour fantasque et une drôlerie décapante, l'Embellie ne cesse de nous enchanter par cette relation cocasse, de plus en plus attentive, émouvante, entre la voyageuse et son minuscule passager. Ainsi que par sa façon incroyablement libre et allègre de prendre les péripéties de la vie et de la vie amoureuse, sur fond de blessure originelle. Et l'on se glisse dans l'Embellie avec le même bonheur immense que dans Rosa candida, en une sorte d'exultation complice qui ne nous quitte plus.
    Auður Ava Ólafsdóttir est née en 1958 à Reykjavik. Il y a chez cette grande romancière islandaise ? dont on garde en mémoire le merveilleux Rosa candida ? un tel emportement rieur, une telle drôlerie des situations comme des pensées qui s'y attachent, que l'on cède volontiers à son humour fantasque, d'une justesse décapante mais sans cruauté, terriblement magnanime.

    Vrai bain de jouvence littéraire, ses romans ressemblent à la vie.

  • "Cambridge, de nos jours. Au détour d'une allée du campus, Oscar est attiré par la puissance de l'orgue et des chants provenant de la chapelle de King's College. Subjugué, il ne peut maîtriser un sentiment d'extase. Premier rouage de l'engrenage. Dans l'assemblée, une jeune femme capte son attention. Iris n'est autre que la soeur de l'organiste virtuose, Eden Bellwether, dont la passion exclusive pour la musique baroque s'accompagne d'étranges conceptions sur son usage hypnotique...

    Un premier roman magistral sur les frontières du génie et de la folie, entre thriller et roman d'apprentissage."

  • "C'est l'histoire de ce qui se passe dans l'esprit d'un homme. Ou le roman vrai de Manuel Cortès, rêvé par son fils - avec le perroquet Heidegger en trublion narquois de sa conscience agitée. Manuel Cortès dont la vie pourrait se résumer ainsi : fils d'immigrés espagnols tenant bistrot dans la ville de garnison de Sidi-Bel-Abbès, en Algérie, devenu chirurgien, engagé volontaire aux côtés des Alliés en 1942, accessoirement sosie de l'acteur Tyrone Power - détail qui peut avoir son importance auprès des dames...

    Et puis il y a tous ces petits faits vrais de la mythologie familiale, les rituels du pêcheur solitaire, les heures terribles du départ dans l'urgence, et celles, non moins douloureuses, de l'arrivée sur l'autre rive de la Méditerranée.

    Dans l'épaisseur de la chair est un roman ambitieux, émouvant, admirable - et qui nous dévoile tout un pan de l'histoire de l'Algérie. Une histoire vue par le prisme de l'amour d'un fils pour son père."

  • Du monde, la jeune et jolie Kounnioupattoumma ne sait rien, si ce nest que son grand-père avait un éléphant ! Fille de notables musulmans, elle est en âge dêtre mariée. Mais pour sa mère, les prétendants ne sont jamais assez beaux, jeunes, riches, puissants... Surtout quand on songe à la splendeur passée du grand-père à l'éléphant.
    Hélas, voilà la famille ruinée. Adieu vaste demeure, domestiques, bijoux en or ! Kounnioupattoumma peut enfin goûter aux délices de la baignade en attendant des jours meilleurs...

    Avec un profond amour des êtres, quil ne désespère pas déduquer et de distraire, Basheer mêle à la perfection vérité et humour. Grand-père avait un éléphant est traduit pour la première fois en français. Il y a chez ce Maupassant indien une drôlerie sagace, un brio enchanteur et pathétique, une fantaisie et une liberté rayonnantes. Ce qui est fascinant, dans lunivers de Basheer, cest quon y entre de plain-pied, avec une familiarité et un enthousiasme quon a tout de suite envie de partager.

    Vaikom Muhammad Basheer (1908-1994) est né à Vaikom, au Kerala (côte sud-ouest de l'Inde). À l'adolescence, il s'échappe de chez ses parents afin de participer au mouvement de lutte pour l'Indépendance de l'Inde. Il connaît la prison pour ses positions et activités politiques, puis passe de nombreuses années à voyager à travers toute l'Inde, côtoyant sages hindous et mystiques soufis. Il est l'un des écrivains les plus importants de la littérature malayalam contemporaine, dont l'existence a suivi de près la trajectoire mouvementée de son pays en chemin vers l'Indépendance. Et l'auteur de très nombreuses nouvelles et plusieurs romans courts. Le gouvernement indien lui a attribué le prestigieux prix Padmashri en 1982.

  • On s'y fera

    Zoyâ Pirzâd

    Quand on découvre que Zardjou, l'homme qui remet en question la vie d'Arezou, est marchand de serrures, on peut y voir l'ironie d'un signe plus subtil qu'il n'y paraît. Les apparences sont trompeuses ; on entre avec plus de vigilance et de curiosité dans une belle histoire d'amour. À travers le destin d'une femme active, divorcée, partagée entre sa mère et sa fille, trois générations s'affrontent dans un monde où règnent depuis longtemps les interdits et le non-dit. On suit Arezou, au bord du rire ou des larmes, sous la neige, espérant avec elle profiter enfin d'une certaine beauté de la vie. Dans un roman d'une richesse et d'une vigueur exceptionnelles, Zoyâ Pirzâd brosse à la fois le portrait d'une société pleine de contradictions et celui d'une femme passionnante, aussi drôle et attachante qu'une héroïne de Jane Austen.

  • C'est au fin fond de la contrée d'Atôra, au nord-est de l'île de Honshu, que Matabei se retire pour échapper à la fureur du monde. Dans cet endroit perdu entre montagnes et Pacifique, se cache la paisible pension de Dame Hison dont Matabei apprend à connaître les habitués, tous personnages singuliers et fantasques.
    Attenant à l'auberge, avec en surplomb la forêt de bambous et le lac Duji, se déploie un jardin hors du temps. Insensiblement, Matabei s'attache au vieux jardinier et découvre en lui un extraordinaire peintre d'éventail et un subtil haïkiste. Il devient peu à peu le disciple dévoué de maître Osaki.
    Fabuleux labyrinthe aux perspectives trompeuses, le jardin de maître Osaki est aussi le cadre de déchirements et de passions, bien loin de la voie du Zen, en attendant d'autres bouleversements...
    Avec le Peintre d'éventail, Hubert Haddad nous offre un roman d'initiation inoubliable, époustouflant de maîtrise et de grâce. Sublime Japon !
    Pour prolonger la lecture du roman, comme une oeuvre dans l'oeuvre, un jardin dans le jardin, retrouvez les Haïkus du peintre d'éventail, du même auteur.
    Tout à la fois poète, romancier, historien d'art, dramaturge et essayiste, Hubert Haddad, né à Tunis en 1947, est l'auteur d'une oeuvre vaste et diverse, d'une forte unité d'inspiration, portée par une attention de tous les instants aux ressources prodigieuses de l'imaginaire. Depuis Un rêve de glace, jusqu'aux interventions borgésiennes de l'Univers, premier roman-dictionnaire, et l'onirisme échevelé de Géométrie d'un rêve ou les rivières d'histoires de ses Nouvelles du jour et de la nuit, Hubert Haddad nous implique magnifiquement dans son engagement d'artiste et d'homme libre.

  • Eléazard von Wogau, héros inquiet de cette incroyable forêt d'histoires, est correspondant de presse au fin fond du Nordeste brésilien. On lui laisse un jour un fascinant manuscrit, biographie inédite d'un célèbre jésuite de l'époque baroque. Commence alors une enquête à travers les savoirs et les fables qui n'est pas sans incidences sur sa vie privée. Comme si l'extraordinaire plongée dans l'univers d'Athanase Kircher se répercutait à travers les aventures croisées d'autres personnages, tels Elaine, archéologue en mission improbable dans la jungle de Mato grosso, Moéma, étudiante à la dérive, ou bien Nelson, jeune gamin infirme des favelas de Pirambu qui hume le plomb fondu de la vengeance. Nous sommes au Brésil, dans le pays des démesures. Nous somme aussi dans la terra incognita d'un roman monstre. On songe au réalisme magique des Borges et Cortázar, à Italo Calvino ou Umberto Eco, ou encore Potocki et son Manuscrit trouvé à Saragosse, sans jamais épuiser la réjouissante singularité de ce roman palimpseste qui joue à merveille des mises en abyme et des vertiges spéculaires.

  • Clarisse est d'une simplicité de coeur qui la rend spontanément attachante. Autour de cette héroïne malgré elle gravite tout un petit monde : un mari ingénieur, deux adorables et malicieuses jumelles, Armen, le fils vénéré en pleine crise d'adolescence, une soeur à marier un peu revêche, et la vieille mère qui règne sur la maisonnée, dans le quartier arménien d'Abadan.

    Pourtant la très modeste Clarisse va bientôt révéler sa nature de personnage tchekhovien quand de nouveaux voisins viennent bouleverser l'équilibre affectif de notre femme invisible...

    Immense succès en Iran, le premier livre d'une romancière adulée de ses lecteurs.

    Romancière, traductrice, Zoyâ Pirzâd, née à Abadan d'un père iranien d'origine russe et d'une mère arménienne, fait partie de ces auteurs iraniens majeurs qui ouvrent sur le monde l'écriture persane sans rien céder de leur singularité. C'est moi qui éteins les lumières, immense succès en Iran, salué par de nombreux prix, dresse avec justesse et drôlerie le portrait d'une société patriarcale scellée par les usages et traditions des femmes.

  • « Tu seras toujours la femme de ma vie. » Dans le vacarme dun réveillon de nouvel an, María nentend pas ce que Floki, son mari, lui annonce : il la quitte pour son collègue, spécialiste comme lui de la théorie du chaos.
    Heureusement, dans la nuit de lhiver polaire, Perla est là, charitable voisine dà peine un mètre vingt, co-auteur de romans policiers et conseillère conjugale, qui surgit à tout moment de son appartement de lentresol pour secourir fort à propos la belle délaissée...
    Ni Perla la naine surdouée, ni María lépouse idéale démunie devant une orientation sexuelle désormais incompatible, ni les autres acteurs de cette comédie dramatique à lislandaise adorables bambins, belles-familles consternées ou complices, père génétique inattendu ne détournent le lecteur dune alerte cocasserie de ton, dune sorte denjouement tendre, de brio ininterrompu qui font de lException un grand roman de la déconstruction et de la reconstruction narcissique à la portée du commun des mortels. Après limmense succès de Rosa candida et de lEmbellie, merveilleux viatiques que lon garde en mémoire et au cur, Auður Ava Ólafsdóttir nous revient avec lException, poursuivant son étude de murs à travers un personnage bousculé par le sort qui prend sur lui, avec esprit et humour, toutes les méchantes drôleries de linconstance humaine.

    Auður Ava Ólafsdóttir vit à Reykjavík. LException, paru en Islande fin 2012, est traduit pour la première fois en français et conjointement en Espagne (Alfaguara) et en Italie (Einaudi).

  • C'est un sujet fascinant dont s'empare ici Hubert Haddad. Un célèbre neurochirurgien s'apprêterait à effectuer une greffe inouïe : transplanter la tête d'un homme sur le corps d'un autre...

    Journaliste engagé, en lutte ouverte contre les trusts pharmaceutiques et les mafias de la finance, Cédric Allyn-Weberson vit avec Lorna une passion entière, charnelle, amoureuse. Jusqu'au jour où il se trouve confronté à une violence radicale, celle de perdre accidentellement l'usage de son corps. Se met alors en branle une machine infernale.

    Roman au suspense continu, Corps désirable captive par la magie d'une écriture lumineuse qui donne à éprouver intimement les sensations les plus subtiles des personnages - questions lancinantes de l'amour, de l'incarnation du désir et des illusions de l'identité.

    Face aux questions éthiques et existentielles soulevées par une actualité brûlante, entre extravagances de la science et quête d'identité, Hubert Haddad pousse la fiction-vérité dans ses ultimes retranchements.

    Plus que jamais, avec Corps désirable, l'auteur de Palestine ou du Peintre d'éventail nous bouleverse et nous emporte. Et c'est sans doute la marque de son oeuvre que de recourir aux pouvoirs de l'imaginaire pour saisir sur le vif la complexité et les ambiguïtés d'une époque.

    Auteur d'une oeuvre immense, portée par une attention de tous les instants aux ressources de l'imaginaire, Hubert Haddad nous implique magnifiquement dans son engagement d'intellectuel et d'artiste, avec des titres comme Palestine (Prix Renaudot Poche, Prix des cinq continents de la Francophonie), les deux volumes foisonnants du Nouveau Magasin d'écriture ou le très remarqué Peintre d'éventail (Prix Louis Guilloux, Grand Prix SGDL de littérature pour l'ensemble de l'oeuvre), et tout récemment, Théorie de la vilaine petite fille.

  • Palestine

    Hubert Haddad

    Quelque part en Cisjordanie, entre la Ligne verte et la « ceinture de sécurité », une patrouille israélienne est assaillie par un commando palestinien. Un soldat tombe sous le feu, un autre est enlevé par le commando bientôt en pleine déroute... Blessé, sous le choc, l'otage perd tout repère, en oublie son nom. C'est, pour lui, la traversée du miroir. Seul survivant, sans papiers, en vêtements civils et keffieh, le jeune homme est recueilli, soigné puis adopté par deux Palestiniennes. Il sera désormais Nessim, frère de Falastìn, étudiante anorexique, et fils d'Asmahane, veuve aveugle d'un responsable politique abattu dans une embuscade. C'est ainsi que Nessim découvre et subit les souffrances et tensions d'une Cisjordanie occupée... Dans ce bouleversant roman, Hubert Haddad transfigure avec Falastìn ? moderne Antigone ? toute l'horreur du conflit en une tragédie emblématique d'une grande beauté.

  • Garden of love

    Marcus Malte

    Troublant, diabolique même, ce manuscrit qu'Alexandre Astrid reçoit par la poste ! Le titre : Garden of love. L'auteur : anonyme. Une provocation pour ce flic sur la touche, à la dérive, mais pas idiot pour autant. Loin de là. Il comprend vite qu'il s'agit de sa propre vie. Dévoyée. Dévoilée. Détruite. Voilà soudain Astrid renvoyé à ses plus douloureux et violents vertiges. Car l'auteur du texte brouille les pistes. Avec tant de perversion que s'ouvre un subtil jeu de manipulations, de peurs et de pleurs.Comme dans un impitoyable palais des glaces où s'affronteraient passé et présent, raison et folie, Garden of love est un roman palpitant, virtuose, peuplé de voix intimes qui susurrent à l'oreille confidences et mensonges, tentations et remords. Et tendent un redoutable piège. Avec un fier aplomb.

  • « C'était la seule à Nyala et sans doute même dans tout le Soudan à s'appeler Abderahman. » Avec son prénom d'homme et sa cicatrice à la joue, terrible signe de beauté, Abderahman est la fille de fortune de tante Kharifiyya, sans enfant et le coeur grand, qui l'a recueillie un jour de marché en lui demandant de ne jamais parler de la guerre. De la guerre, pourtant, Abderahman sait tout, absolument tout. C'est un jour de marché qu'elle rencontre Shikiri, jeune idéaliste enrôlé de force dans l'armée, venu en permission chez sa tante Kharifiyya. Ni une, ni deux, Abderhaman en fait joyeusement son mari. Et lui demande dans la foulée de l'aider à se venger des terribles milices janjawids en en tuant au moins dix. Formidable épopée d'une amazone de circonstance dans un monde en plein chaos, le Messie du Darfour est une histoire d'aventure et de guerre, une histoire d'amour et de vengeance, qui fait la part belle à l'humour et à la magie du roman. Abdelaziz Baraka Sakin est né en 1963 au Soudan, ses racines sont au Darfour et au Tchad voisins. Auteur de sept romans et autant de recueils de nouvelles, il a reçu en 2009 le prix Tayeb Salih. Publié pour la première fois en 2012, le Messie du Darfour a été immédiatement salué et censuré au Soudan. Tous les stocks ont été détruits et l'auteur a dû s'exiler en Autriche où il a obtenu l'asile politique. Son roman circule clandestinement au Soudan, de même que son oeuvre immense très appréciée des lecteurs soudanais. Le Messie du Darfour est son premier roman traduit en français.

  • Fraîchement libéré de prison, Raju s'installe pour la nuit dans un vieux temple au bord de la rivière. C'est le moment de faire le point sur les errements de son karma. Il est soudain sorti de ses rêveries par un paysan qui croit voir en lui un de ces sages surnaturels et lui demande audience. Bon gré mal gré, Raju endosse bientôt le rôle de guide spirituel que tout le village veut lui faire jouer.
    En alternance, on découvre les aventures passées de Raju-du-chemin-de-fer, guide touristique improvisé, et sa rencontre avec Rosie, affolante beauté à la gestualité de déesse...
    Par-delà la fiction aventureuse, le Guide et la Danseuse interroge l'imposture d'un faux gourou devenu sa propre dupe, et scrute avec profondeur et subtilité les chimères des passions. « Je suis arrivé à la conclusion que rien en ce monde ne peut être caché ou supprimé, c'est comme si on tentait de masquer le soleil avec une ombrelle », déclarera en fin de parcours notre ascète malgré lui. Dans ce chef?d'oeuvre de la littérature de l'Inde du sud, R.K. Narayan (1906­2001), de son vrai nom Rasipuram Krishnaswami Narayanaswami, nous donne à voir, presque à sentir et à toucher, le petit monde imaginaire de Malgudi, avec une étonnante magie évocatrice et une écriture souple d'un naturel envoûtant. Romancier et nouvelliste dont le génie évoque l'art minutieux d'un Tchekhov et la force évocatrice d'un Faulkner, Narayan, disparu voilà tout juste une décennie, est une voix majeure de la littérature universelle du XXe siècle.

  • Ma

    Hubert Haddad

    « La marche à pied mène au paradis. » Ainsi s'ouvre Ma, roman japonais, à la croisée de deux destins et d'une même quête - le détachement - et les moyens d'y parvenir : « Le saké pour le corps, le haïku pour le coeur. » Shoichi porte en lui le souvenir de Saori, la seule femme qu'il ait aimée, une universitaire qui a consacré sa vie à Santoka, le dernier grand haïkiste. Leur aventure aussi incandescente que brève initie le départ de Shoichi sur les pas de Santoka, de l'immense Basho et de son maître Saigyo. Marcher, pour cette procession héroïque d'ascètes aventureux, de poètes, c'est échapper au ressassement, aux amours perdues, c'est vivre pleinement l'instant !
    Dans la lignée de l'inoubliable Peintre d'éventail, Hubert Haddad renoue avec la grâce d'une civilisation intemporelle aux prises avec les bouleversements du monde. Son écriture est comme la palpitation miraculeuse de la vie même, au milieu des montagnes et des forêts, à travers le chant des saisons, comme un chemin sur le chemin.

    Ma, dont le kanji

  • C'est Yao Poku, vieux chasseur à l'ironie décapante et grand amateur de vin de palme, qui nous parle. Un jour récent, une jeune femme rien moins que discrète, de passage au village, aperçoit un magnifique oiseau à tête bleue et le poursuit jusque dans la

  • Nous sommes à la fin du XIXe siècle. En ces temps de disette et de corruption, la traite des enfants est un commerce qui alimente un immense trafic mafieux dans toute l'Asie du sud-est. Shim Chong n'échappe pas à la règle : vendue adolescente, elle va connaître tous les aléas d'un négoce sexuel florissant, des rives du fleuve Jaune aux ports de Shanghai, Taiwan ou Singapour, de la prostitution la plus sordide à la haute courtisanerie des geishas.

    Le parcours initiatique de la jeune Shim Chong s'inscrit de façon magistrale dans une impressionnante saga de la prostitution et des métiers de la séduction, à une période charnière où l'Asie, sur fond de guerre de l'opium et de trafic d'armes, s'ouvre aux impérialismes occidentaux. En romancier au souffle épique, fort d'un engagement qui l'apparente aux Zola, Dos Passos ou Soljenitsyne, avec sa vision aiguë du mouvement de l'Histoire, Hwang Sok-yong nous livre une somptueuse fresque romanesque.

  • Il y a Toi, bonne à tout subir et à tout faire, Makenzy, en père pire que maudit, Orcel, le frère mutique posté devant la mer, l'Envoyé de Dieu et ses bacchanales infernales, et puis les loups qui rôdent en mauvais anges expropriateurs... Et il y a la voix, une voix de femme qui monte du fond de l'abîme ou du tréfonds du ventre. Elle s'incarne, libre, puissante, en récitante héroïque de sa vie de rien, celle d'avant la mort, avant que les siens ne l'abandonnent dans ce village perdu - « je suis le rare cadavre ici qui n'ait pas été tué par un coup de magie, un coup de machette dans la nuque ou une expédition vaudou, il n'y aura pas d'enquête, de prestidigitation policière, de suspense à couper le souffle comme dans les films et les romans - et je te le dis tout de suite, ce n'est pas une histoire -, je suis morte de ma belle mort, c'était l'heure de m'en aller, c'est tout » Un roman tout entier porté par le souffle d'un verbe incandescent. Makenzy Orcel est né à Port-au-Prince en 1983. Après les Immortelles, premier roman très remarqué, salué par le Prix Thyde Monnier de la SGDL, il nous revient avec l'Ombre animale, magistral. À propos des Immortelles : « Une écriture poétique qui flambe haut, très haut. » David Fontaine, Le Canard enchaîné.

  • Dans le petit village d'Icamole, au nord du Mexique, Remigio découvre au fond d'un puits le corps d'une fillette inconnue. Ce qui pourrait rester un simple fait divers devient matière à un océan de fictions et d'imbrications romanesques : car c'est à la lumière des romans qu'il lit avec autant de fureur que de délectation que Lucio, le bibliothécaire du village, mène l'enquête. Laquelle le conduit sur les traces d'Herlinda, sa femme disparue, qu'aucune lecture n'aura pu lui restituer.

    Un roman jubilatoire et virtuose, qui emporte magistralement le lecteur.
    Considéré comme l'un des romanciers mexicains les plus inventifs de sa génération, David Toscana est né en 1961 à Monterrey. Avec El último lector, comme dans ses autres romans, il nous offre, dans la droite ligne de Cervantès, une réflexion virtuose sur les enjeux de la fiction ? entre réalisme et fantastique. Ses oeuvres sont déjà traduites dans une dizaine de langues.

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