Filtrer
Éditeurs
- P.O.L. (26)
- Éditions Fata Morgana (21)
- Flammarion (12)
- Hachette BNF (9)
- Atelier Des Brisants (6)
- L'Amourier (6)
- Cercle D'Art (5)
- Dumerchez (5)
- UNES (5)
- Gallimard (4)
- Éditions L'Harmattan (4)
- LEO SCHEER (3)
- Actes Sud (2)
- Artgo & Cie (2)
- EDITIONS LIBERTAIRES (2)
- Instant Perpetuel (2)
- La Difference (2)
- Les Compagnons D'Humanite (2)
- Paupieres De Terre (2)
- Vanneaux (2)
- Ypsilon Éditeur (2)
- AENCRAGES ET CO (1)
- Actes Sud Jeunesse (1)
- Aden Belgique (1)
- Alain Margaron (1)
- Apogée (1)
- Armand Colin (1)
- Artefiz (1)
- Atlande (1)
- Bernard Chauveau (1)
- Biro (1)
- Cadastre8zero (1)
- Casa Éditions (1)
- Cendres (1)
- Christian Bourgois (1)
- Collodion (1)
- Créaphis (1)
- Dis Voir (1)
- Dunod (1)
- Edilivre (1)
- Editions Mihaly (1)
- Editions du Canoé (1)
- Fabelio (1)
- Fonds Mercator (1)
- HONORE CHAMPION (1)
- Honore Champion (1)
- Jean-Michel Place Editeur (1)
- KARTHALA (1)
- L'Atelier Contemporain (1)
- L'INVENTAIRE (1)
- L'École des loisirs (1)
- La Dragonne (1)
- La Nerthe Librairie (1)
- Le Trieux (1)
- Les éditions du Chemin de Fer (1)
- Lignes Manifestes (1)
- Myriam Solal (1)
- NAIVE (1)
- NOUVELLES PRESSES DU LANGUEDOC (1)
- Nouvelles Editions Place (1)
- OMBRES (1)
- Pagine D'Arte (1)
- Paris (1)
- Points (1)
- Prisme Editions (1)
- Scorff (1)
- Somogy (1)
- Tec Et Doc (1)
- Voix D'Encre (1)
- Yellow Now (1)
- delpire & co (1)
- Éditions Corti (1)
- Éditions Ellipses (1)
- Éditions Hazan (1)
Prix
bernard noël
-
Comme avec Gustave Moreau (réédition en 2025), Bernard Noël explore chez Henri Matisse les noces secrètes entre perception, langage et présence. «Vous allez simplifier la peinture...» adressa le premier au second... En suivant les étapes de l'oeuvre et les mots qui la bordent, Bernard Noël s'attache à une peinture qui peu à peu se défait de la figure pour laisser affleurer la clarté d'une vision intérieure. Chez Matisse la forme et la couleur cessent de décrire : elles rayonnent, délestées de toute anecdote superficielle, tendues vers un équilibre lumineux. Cette quête d'allégement, portée à son sommet dans la chapelle de Vence, se transforme en interrogation pour l'écrivain : comment éléver la sensation en pensée, la couleur en souffle ? Pour accéder à cet espace où le visible bascule vers l'invisible, avec la lumière pour seuil, le peintre doit se libérer de sa tête : espace mental et monde réel sont sommés de coïncider dans l'extase, «un lieu dont le luxe est en nous, et non dans quelque paradis ou quelque lendemain».
-
Bernard Noël, bâtisseur d'une oeuvre considérable et mondialement estimée, naît en 1930 dans l'Aveyron et meurt en 2021 dans l'Aisne. Il passe les deux premières décennies de sa vie sur les hauts plateaux de l'Aubrac, territoire fondateur de sa sensibilité, où la rudesse du climat n'a d'égale que la splendeur des paysages. Il brosse dans ces lignes le portrait du terroir originel et chéri : un pays âpre et généreux, forgé par les gestes patients d'une ruralité profonde et animée par un savoir-faire ancestral. Entre le basalte des burons et les sources vives des ruisseaux se racontent le quotidien agricole et la nature en perpétuelle effusion. Là, les craquements des hêtres sous le vent, les bêtes au pâturage, la langue des hommes, tout participe d'une symphonie élémentaire où s'entrelacent la peine des jours et la vigueur du vivant. Chaque pas dans ces mémoires aubraciennes interroge l'enracinement des hommes jusqu'aux fondations mêmes du temps : une ode habitée à la mémoire des lieux, à la continuité des pratiques, et à la force tranquille de ce qui, loin de toute médiatisation, continuait de tenir l'homme debout.
-
La chute des temps ; l'été langue morte ; la moitié du geste ; la rumeur de l'air ; sur un pli du temps
Bernard Noël
- Gallimard
- Poésie Gallimard
- 26 Octobre 1993
- 9782070327737
Nouvelle édition augmentée d'une postface de Stefano Agosti en 2000
-
La, il y aura oracle : Pour André Masson
Bernard Noël
- L'Atelier Contemporain
- Studiolo
- 5 Avril 2024
- 9782850351501
L'art fut une source inépuisable de réflexion et d'écriture pour Bernard Noël, dont le travail sur le regard est essentiel. L'oeuvre d'André Masson a constitué un vivier particulièrement fécond puisqu'il lui a consacré une monographie, un récit-monologue à partir des autoportraits ainsi que de nombreux autres écrits. Ce volume rassemble ses onze textes critiques sur Masson, parus entre 1985 et 2010. L'Atelier contemporain réalise là un projet d'édition que l'auteur avait lui-même en tête dès 1995 et qui n'avait pu voir le jour. Noël considère Masson comme «?un peintre majeur du XXe siècle?» et «?l'un des très grands dessinateurs de notre temps?». Grièvement blessé lors de la Grande Guerre, l'artiste crée dans une urgence vitale pour exprimer son tumulte intime. Bernard Noël compare le geste automatique d'André Masson à un «?sismographe de pulsions internes?». Mais cette spontanéité a la particularité d'être nourrie d'une intense recherche intellectuelle. Le peintre entretient ainsi en lui «?un court-circuit constant entre la culture avec ses éclaircies et l'animalité profonde avec ses pulsions obscures. Son graphisme est en quelque sorte l'éclair électrique - la décharge - résultant de ces commotions entretenues et provoquées.?». C'est ce que Noël appelle «?la main-cerveau?» de Masson?; elle combine corps organique et corps culturel en réussissant à «?rétablir l'origine de la pensée dans la chair?», une démarche qui le touche car elle rejoint la sienne en tant qu'écrivain. Son admiration pour l'artiste s'augmente de ce qu'il fut l'ami de Georges Bataille qui lui est cher. Il consacre d'ailleurs un texte au lien entre ces deux êtres excessifs qui voulaient chacun franchir les limites de leur art en engageant «?tout ce qu'ils savent vers ce qu'ils ne savent pas?». Étonnamment, Bernard Noël n'a jamais rencontré André Masson mais par le travail verbal, il parvient à capter son énergie à la fois tellurique et pensive, si bien que Guite et Diego Masson lui écrivent, à propos de l'un de ses textes?: «?Vous nous faites retrouver l'homme avec une réalité fulgurante.?»
-
Le château de Cène ; le château de Hors ; l'outrage aux mots
Bernard Noël
- Gallimard
- L'imaginaire
- 5 Janvier 1993
- 9782070728466
«Être inacceptable... Il ne s'agissait pas de faire scandale ni violence, mais de céder à l'emportement d'une révolte qui, en soulevant l'imagination, combattait la censure intérieure et la réserve timide. L'écriture fut en touts cas un moment de jubilation et de liberté intenses, car être inacceptable conduit simplement à ne pas accepter les oppressions de l'ordre moral et de sa propre soumission. Ce livre, poursuivi pour outrage aux moeurs, est-il devenu inoffensif ? Ou bien la censure s'est-elle faite plus subtile en privant de sens - donc de plaisir - aussi bien les excès imaginaires que les valeurs raisonnables ?» Bernard Noël.
-
Bernard Noël chercha sans relâche à cerner la relation entre le corps, le langage et l'identité. Dans ce texte (initialement publié en 1979) il analyse les tableaux de Gustave Moreau, peintre symboliste le plus secret, controversé et troublant de son temps dont les toiles embrassent aussi bien le crépuscule que le renouveau. Elles défient l'irréversibilité du verbe en suspendant le temps : la pensée s'y fait visuelle. La richesse excentrique de ces «collages peints» perturbe le regard et l'entraîne vers un entre-deux insaisissable. Se pose alors cette question qui annonce déjà les Romans d'oeil : «Quel lien y a-t-il entre voir et penser ? Un lien fondamental, et que la peinture ranime, car il se perd autrement dans la langue des mots». Proche de Maurice Blanchot et Georges Bataille, Bernard Noël dévoile cette tension perpétuelle entre matière et langage, entre couleur et écriture, en s'appuyant sur les oeuvres de celui pour qui «la peinture est un silence passionné».
-
Vies d'un immortel
Bernard Noël, Benjamin Monti
- Les éditions du Chemin de Fer
- 26 Mars 2013
- 9782916130491
Les bras de la belle Aube serrent ma taille. La moto fait une embardée : le soleil brûle mes yeux et forme un piège inattendu, qui se combine avec un amas de gravillons, et c'est l'arrachement, l'envol, le noir. Maudit soit qui s'enfuit?! clame Olivier sur mon flanc droit, et moi riant, je l'assure que sanglante sera ma lame jusqu'à l'or.
Le narrateur, jeune homme amoureux, traverse les siècles à travers les guerres et les combats qui ont ravagé la terre picarde. Tour à tour chevalier du Moyen-Âge ou soldat de la Grande Guerre, son immortalité le condamne à revivre incessamment ces batailles, chaque fois que sa fiancée est sur le point de succomber.
Bernard Noël excelle à mêler dans une même phrase des langages et des époques parfois différentes, et le texte, comme un long plan séquence hors de toute logique temporelle, invite le lecteur à entrer dans le tourbillon de l'éternité.
Avec Vies d'un immortel, Bernard Noël poursuit sa passionnante réflexion sur le langage et le corps, qui nourrit son oeuvre depuis Extraits du corps et Le château de Cène.
Benjamin Monti se saisit de quelques détails du texte, l'oeil, le pied, l'arme ou la bataille. Il rythme les pages de séquences en noir et blanc qui jonglent astucieusement avec les représentations et les références. Aujourd'hui ou bien hier?? Original ou bien copie?? Les images nous entraînent dans une représentation abyssale du temps.
-
D'où vient cette sensation qui s'impose avec insistance ? Elle ne vient pas tant des formes organiques que de la certitude acquise à la fréquentation que ces dessins sont l'empreinte multiforme d'une vitalité aux avatars innombrables. Vitalité déposée non pas telle qu'en elle-même, mais telle qu'à elle-même la révèlent ses relations avec les formes qu'elle accueille et qui, incorporées par cet accueil, deviennent les doubles indispensables à l'expression de ses états. L'aspect organique est une conséquence, et non pas, conme il semble d'abord, le résultat d'un choix thématique ;
Ce n'est d'ailleurs pas un thème, mais le langage suscité par une nécessité.
-
Faite de pudeur, parfois de timidité, cette correspondance entre deux écrivains de "grand format" témoigne d'une grande attention à l'autre, à ses projets et à ses livres. Certes, elle peut sembler plus d'une fois en péril, comme le montrent ses interruptions, mais à chaque retrouvaille, cette correspondance nous dit qu'il n'en est rien. La présence ténue de l'autre a laissé derrière elle un sillon dans lequel se déposent ses livres et son empreinte : ces deux hommes se connaissent et se reconnaissent. Entre le silence "à vide" et "avide" de Bernard Noël et la "liberté du retrait" cultivée par Georges Perros, la lettre prend alors une allure qui dépasse le médium, elle touche à la fugue, à la méditation sur l'homme et sur l'écriture.
-
Les états du corps, qui fait écho au premier livre de Bernard Noël, Extraits du corps, est une manière de revenir à ses préoccupations primordiales : Le corps est une carrière à mots, et ses explorations assurent que, là, sous la peau, il y a de quoi refaire la langue. Il interroge encore ce corps par extraits, par états : en onze temps, qui sont autant de fragments de sa légende imprononcée. Dès les premiers mots, c'est toujours le corps qui parle : Au commencement, le corps est ouvert comme un oui. Quelle douceur ! Mais il s'y oublie... Car toute l'oeuvre poétique de Bernard Noël s'incarne du mystère du langage, sa production par le corps : anatomie et poésie constamment s'y accordent. Cette prose précise et saillante n'y manque pas et, partant de la peau, enveloppe l'histoire. En quelques pages, tout est là. La réédition de ce petit organe poétique, publié en 1999 et épuisé depuis plus de quinze ans, commémore l'anniversaire de la disparition de Bernard Noël, ami éternel de Fata Morgana. Avec le texte, les gravures de Cécile Reims font corps
-
'Ces notes, écrites en 1979, sont publiées ici pour la première fois dans leur ensemble. Le mot "oubli" a surgi alors pour désigner la masse obscure dans laquelle me semblait puiser l'écriture. La mémoire n'offre que du déjà vécu, déjà su : l'oubli révèle de l'inconnu au fond de lui dissimulé. L'exercice de l'écriture, pour peu qu'il soit débarrassé d'intentions, fait surgir et s'exprimer des éclats de l'immense dépôt commun que notre langue recueille depuis toujours. Aucune parole n'est perdue mais toutes sont oubliées en attendant que nous reviennent par l'écriture des parties impersonnelles de ce que nous savons sans le savoir...'
-
Elle parle.
Elle jette sa vie sur sa langue. elle a toujours voulu tout et tout de suite. elle est une comédienne célèbre. elle a beaucoup parlé avec les mots des autres. elle n'avait pas le temps de sa propre vie, mais voilà que son corps l'a rattrapée, l'a même doublée. elle met du passé dans ce présent trop mortel. elle appelle ses amis : fellini, pasolini, visconti. elle sait qu'il est trop tard. elle ne s'y résigne pas.
Elle ne s'est jamais résignée.
-
Du temps passa, comme je l'ai dit. L'énigme posée par les envois de Jean devint obsédante, faute d'autres nouvelles et aussi parce qu'elle réveillait de vieilles préoccupations. J'entrepris de relire la Bible, et à tous ceux que je rencontrais, je parlais de la Genèse. Ainsi vérifiai-je que chacun la visualise à sa façon : jetez les noms d'Adam et Ève, vous obtiendrez aussitôt un récit parfaitement représentatif de votre interlocuteur, en vérité son portrait mental.
Le narrateur du Roman d'Adam et Ève rencontre fortuitement un photographe entraîné en Russie pour découvrir la résurrection d'un paradis que Staline aurait fait édifier comme un tableau vivant de l'idéologie communiste. Quelques signes photographiques de cette enquête lui parviennent par éclipses jusqu'au silence définitif. Le destin du narrateur va consister à essayer de comprendre cet élan vers l'inconnu. Il est alors tentant de réduire le roman à une fable savante sur les conceptions du paradis en Occident : à un univers parfait, dont l'homme est déchu, a succédé un monde aux lendemains qui chantent. Si le photographe s'est mis en marche derrière le visible, c'est le leurre de tout paradis extérieur qu'il fait découvrir au narrateur : le paradis n'est qu'en l'homme, il est donc un enfer. Son roman est le récit de cette désillusion car le monde est sans échappatoire.
Et il convient d'assumer cette situation ou de vivre dans le semblant.
-
Monologuer, c'est parler avec soi-même. Si l'on décale un peu le genre.
C'est parler avec l'Autre comme s'il était soi-même. Cet exercice, qui décale la parole, révèle tout à coup qu'il permet à l'écriture de s'exprimer crument dans un face à face avec son sujet.
Bernard Noël a poursuivi cette confrontation en passant du On au Vous, du Il au Tu, du Je au Elle, dans différents livres (par exemple, chez nous, La langue d'Anna, Le Syndrome de Gramsi, La Maladie du sens) mais il a longtemps désespéré de jeter le Nous dans ce jeu où prendre la tête des phrases, c'est risquer l'auto-destruction.
Finalement, après bien des années dans l'impossible, le Nous a tiré derrière lui une histoire de violence et de désespoir qui est aussi une fable politique d'assez mauvais genre pour servir de fable d'actualité puisqu'il y est question de désespoir politique et de terrorisme ...
-
Ancienne, abondante, la correspondance entre les deux auteurs de ce livre porte sur beaucoup de sujets. Sur la littérature le plus souvent. Mais sur la politique aussi, ou, on le verra, plutôt que sur la politique, sur la révolution, la première étant d'un bout à l'autre mesurée par eux à l'aune de l'espérance et de l'attente de la seconde.
Aussi bien, est-ce la partie que ceux-ci ont choisi d'isoler, prélever et reproduire ici, sans égard pour tout ce que chacune de leurs lettres pouvait contenir d'autre, recomposant quelque chose comme un échange, un dialogue, un entretien politique-révolutionnaire au long des années, de 1991 à 2019.
Leurs oeuvres respectives et les événements en cours sont ainsi abordés avec complicité, complicité politique incluant le partage d'indignations, de désirs, de doutes et d'espoirs.
-
Les Krims : Photo Poche n°104
Leslie Krims, Bernard Noël
- Actes Sud
- Photo Poche
- 23 Novembre 2005
- 9782742756582
Leslie Robert Krims, dit Les Krims, occupe depuis trente ans une place essentielle et singulière dans l'histoire de la photographie américaine. Né en 1943, il étudie les arts plastiques à New York et s'installe définitivement à Buffalo où il enseigne à l'université d'Etat.
Provocateur, iconoclaste, pourfendeur de l'«American Way of Life» ; Les Krims, véritable mythologue de l'Amérique moderne est aussi un des pionniers de la composition photographique conçue comme un espace théâtral où vrai et faux échangent leurs masques. S'il n'a pas inventé la construction narrative, il en a exploré toutes les facettes et reste avec D. Michals ou J.P. Witkin, le précurseur de la mise en scène photographique, patiemment réfléchie et élaborée, et dont l'influence irrigue la création contemporaine (performances, happenings, installations...).
Il se fait d'abord remarquer par des séries documentaires satiriques et critiques : The Little people of America (rassemblement de nains), «Deers Layers» (chronique des chasseurs de daims) dans lesquels il détourne les tabous, rites et représentations dominantes de la société de consommation. En 1969, son crucifix composé d'une femme nue affublée du masque de Mickey fait sensation. Progressivement, il délaisse le noir et blanc pour la couleur, s'empare du procédé Polaroïd qu'il retravaille au séchage, multiplie les formats et les dispositifs. Son esthétique hyperréaliste dresse l'implacable réquisitoire d'une société enlaidie par le kitsch et abandonnée à la gadgetisation. S'installe alors une sorte de théâtre de l'absurde à l'ironie cinglante (on pense à ses reconstitutions de scènes de meurtres imaginaires) dans lequel le photographe devient lui-même acteur, parmi des décors d'un foisonnement iconographique vertigineux. -
Engagée à contre-sens, la poésie de Bernard Noël ne cesse à sa manière de traquer le mystère de l'incarnation, et le titre Extraits du corps est à prendre dans son acception la plus concrète, la plus littérale. Car la poésie est ici vibration d'une voix blanche arrachée à la mécanique humaine qui pense, qui aime, qui souffre, qui rêve et s'acharne à faire souffle avec de la peau et des os. Elle est aussi ce lancinant défi au grand silence de Dieu : comment la chair peut-elle donc retourner au verbe ? Et comment, mot à mot, ôter une lettre à la mort ? Les mots de Bernard Noël sont en effet pareils à des lambeaux à vif, lambeaux de muscles et de nerfs, de sexe ou de coeur, puisque l'esprit s'en tient à cette texture vivante de la matière. Une telle écoute, une telle exploration de l'univers physique, loin d'asservir le poète à son «je», libèrent et guident vers une parole anonyme faite d'évidence, de dépouillement, de transparence. Ce qui s'écrit, ce qui se dit cherche à créer ou à révéler l'espace mental entre la vue et la visée : c'est un pari qui trouve son chant dans le champ visuel, comme si l'oeil, en plus du prisme des couleurs, possédait un prisme des sonorités, des signes et des sentiments. Alors les syllabes se découvrent neutres, lavées, rendues à la plus fragile origine.
-
Dessins épistolaires : une correspondance : 1979-2020
Daniel Nadaud, Bernard Noël
- Editions du Canoé
- 6 Janvier 2023
- 9782490251704
Correspondance entre Bernard Noël et Daniel Nadaud qui commence en 1979 jusqu'à 2020, trois mois avant la mort de Bernard Noël. Toutes les lettres de Daniel Nadaud sont illuminées de dessins.
Cette correspondance fait pénétrer le lecteur au sein d'une amitié qui s'approfondit de lettre en lettre. Elle se fonde sur le travail passionné des deux épistoliers, mêlé à leur vie, qui interroge le monde alentour. Bernard Noël, à travers le langage, Daniel Nadaud, par le biais des images. La plupart des lettres de Daniel Nadaud sont reproduites en couleur pour la beauté de ces missives que Bernard Noël recevait comme un cadeau. Toutes les lettres sont aussi composées en typographie pour que le lecteur puisse les lire sans effort. -
Ce n'est pas l'heure de parler abondamment de Nietzsche. Les voix du dissentiment se sont tues.
La foule a cessé de hurler. Mais une chose bien pire lui arrive, la chose qu'entre toutes il redoutait le plus : on se met à l'«accepter» - les prédicateurs le citent et les théologiens l'expliquent.
De nos jours, ce qu'il implorerait, ce sont des Ennemis - des Ennemis acharnés, implacables -, mais notre époque ne peut en produire de semblables. Elle ne peut produire que la raillerie ricanante, ou bien l'approbation conventionnelle et apeurée.
Cet Essai sur Nietzsche resté inédit en français, résonne comme un cri qui veut conjuguer désespoir et enthousiasme. Les passerelles entre les oeuvres des deux hommes sont nombreuses et, à l'image des personnages powysiens, saturés, contradictoires, écorchés, romantiques, c'est aussi un autoportrait qu'il trace en filigrane de ce texte saisissant.
-
Face à cet abécédaire organique, où les caractères sont vivants et désormais indomptables, Bernard Noël interroge :
N'est-il pas bouleversant de penser que si, depuis son origine, le monde fut pour l'homme visible, il lui fallut des millénaires pour le rendre dicible, et bien des siècles encore pour rendre la parole lisible et donc visuelle par l'écriture. Et le plus simplement par l'invention de l'alphabet qui ne remonte guère qu'à trois mille ans. L'alphabet qui réussit avec si peu de lettres - le nôtre vingt-six - à représenter tous les sons de notre langue.
Cet alphabet-là porte en lui la quête de l'insensé : chacune de ses lettres est un amas de ?bres bestiales et de membres biologiques. «Ainsi chacune demeure identi?able avec une part d'inconnu qui intensi?e son attrait. On la prononce alors en mêlant au plaisir de la reconnaître celui de la contempler et, tout à coup, voici que chacune condense un instant de l'invention humaine.» Les dessins de Roland Sénéca - exposés en France comme à l'étranger depuis 1973 - sont des corps aux contours oniriques, proches de l'indescriptible. Dans des enchevêtrements fantasques, les matières déchirent le sens et transcendent l'énigme de la lettre : ces mystérieux spécimens n'attendent que le regard pour s'exprimer.
Roland Sénéca et Bernard Noël ont entretenu une correspondance nourrie. Fascinés tous deux par les rapports entre la langue et le visible (Une machine à voir) ce livre, tentative de représentation de la lettre, apparaît comme un glissement de la forme vers le sens.
-
Au présent de tous les temps : correspondances
Jean-Louis Giovannoni, Bernard Noël
- UNES
- 13 Mai 2022
- 9782877042468
Cette correspondance rassemble près de 80 lettres que se sont échangées en deux temps Jean-Louis Giovannoni et Bernard Noël, qui sont deux boussoles, deux champs magnétiques incontournables du catalogue des Editions Unes, et du champ poétique contemporain. Une première période, ouverte en 1991, s'achève en 1995 après une vingtaine de lettres, avant de faire place à deux décennies de silence et la reprise des échanges en 2017, qui comptent près de 60 lettres jusqu'en 2020. Correspondance strictement littéraire, où les aspects privés de la vie intime n'apparaissent que brièvement au détour d'un drame (la disparition de Paul Otchakovsky Laurens), ou au travers des heurts sociaux (le mouvement des Gilets jaunes). Si le monde contemporain n'est pas totalement exclu de ces échanges (il s'y évoque la marchandisation du monde, les accélérations médiatiques ou l'espace grandissant des images), il s'agit avant tout de tresser, sans programme précis, un dialogue autour des préoccupations qui sont au centre de l'oeuvre de l'auteur d'Extraits du corps et de celui de Garder le mort : corps du langage et corps du monde, oubli et mémoire, absence et présence, regard et vision... thèmes portés et rassemblés par l'interrogation du geste d'écrire, de la nature même de l'écriture, et de la singularité du poème. « Il n'y a pas de temps dans l'écriture » dit Bernard Noël, et le courant d'une discussion franche (sans peur d'assumer de part et d'autre les désaccords ponctuels) et ouverte nous porte d'une lettre à l'autre, dans les rebonds de deux pensées qui se croisent, remontent le courant parfois très en amont à la recherche d'une source de soi-même dans le flux des mots, cherchant à s'extraire de toute attraction du temps. Ou plutôt, leurs voix traversées par le doute cherchent l'espace même de l'écriture, cet endroit où le temps devient un lieu. Lieu qu'ils inventent de lettre en lettre, dans leur rapport à l'intériorité, tumultueuse, vociférante et proliférante chez Giovannoni, silencieuse, attentive et esseulée chez Noël. C'est leur différence profonde de nature qui s'exprime dans ces pages affectueuses : les mots envahissent l'un et manquent à l'autre, l'un se débat, l'autre appelle. Ils sont une masse organique pour l'un, une manifestation visible de la pensée pour l'autre. Il s'agit de « déposer son intimité à l'extérieur de soi » dit Bernard Noël, « c'est le regard de l'autre qui me met au monde et qui m'y maintient » répond Jean-Louis Giovannoni en écho. L'écriture, qui est cet « exercice du présent », est le creuset de ce qui « échappe à la mémoire », cherche un bord - bord de soi et bord du monde - dans l'entre-temps des choses où glissent langage et pensée, contre la solitude de la parole, au fil de ces échanges qui, plus qu'une correspondance, sont pour Bernard Noël « un essai amicalement partagé ».
-
L'écriture de l'histoire est sans cesse reprise par chaque époque: c'est la preuve qu'il n'y a pas de sens définitif car le propre du vivant est d'être interminable en dépit de sa finitude et de sa mortalité. Le dictionnaire, tout en allant de A vers Z, ne va nulle part: il n'impose aucune continuité. Sa composition affiche l'arbitraire de l'ordre alphabétique et démonte par là le récit même qu'elle appelle et alimente : c'est un texte sans hiérarchie, sans chronologie et, par nature, pluriel. L'événement s'y démultiplie et retourne à cet état de chantier que l'histoire a pour habitude de nier en faisant de lui un monument fini. Sur ce chantier le texte demeure en travail: il permet d'établir des rapports entre toutes les parties de «l'histoire» mais il n'achève aucun de ces rapports afin de s'en approprier l'intelligence et le mérite - ceux-là sont laissés au lecteur. Pas de vérité toute faite, uniquement des relations que la lecture établit pour s'en aller à la recherche de la vérité.
-
Cet ouvrage contient cinquante-sept dessins en pleine page de Bernard Moninot et cinquante-sept textes de Bernard Noël, qui ont dialogué par le dessin et le texte pendant cinquante-sept jours, la durée du confinement...
-
Le joueur de pipeau d'Hamelin
Robert Browning, Kate Greenaway, Bernard Noël
- L'École des loisirs
- Mouche
- 8 Septembre 2004
- 9782211078085
C'est dans la ville d'hamelin que les rats se sont installés et rongent tout sur leur chemin.
Qui peut les faire détaler ? -moi, dit soudain un inconnu, - grâce à ma flûte, c'est certain, - j'éloigne les rats de vos rues. -d'accord ! promirent les élus. mais devinez ce qu'il advînt... un livre pour les enfants qui aiment déjà lire tout seuls.