L'age D'homme

  • Un écrivain approchant la soixantaine, émigré en Argentine depuis plusieurs décennies, est de retour dans sa petite ville natale, en Europe centrale. Il se sent investi d'une grande et importante mission : participer au sauvetage, sinon à la renaissance, d'une minorité ethnique, dont la langue et la culture sont menacées d'extinction.
    Avec ce roman, Alain Van Crugten a écrit une vraie parabole sur le devenir incertain des "petits" peuples dans le concert cacophonique du mondialisme.

  • Le titre du recueil donne déjà le ton de l'ensemble des nouvelles.
    C'est une invitation déroutante au voyage. On songe à Venise ou Versailles, à des peintres du XVIIIe ou XIXe siècle et l'on se trouve à Tervuren, aux environs de Bruxelles, en compagnie d'ombres inquiétantes, celles de deux artistes célèbres qui scandalisèrent leur temps, l'Angleterre puritaine. Si le décor des autres récits est également bruxellois, tous les personnages sont actuels. Autre point commun entre les personnages principaux du livre : ils sont tous féminins et cultivent l'art de vivre autrement.
    Ce fantastique allusif plutôt que spectaculaire se situe dans une certaine tradition anglo-saxonne ou latino-américaine : ainsi s'explique, chez l'auteur, une prédilection marquée pour henry James, Silvina Ocampo et Gabriel Garcia Marquez.

  • Outre quelques règlements de compte sanglants (envers une mère, envers une société discrète), mes chroniques évoquent les hiers de l'ordinaire d'une vie?: un piccione savouré à une terrasse de Castellina in Chianti, l'apprentissage du latin dans un collège jésuite, les frémissants feuillages vert-de-gris des oliviers, la langue française étudiée, enseignée, écrite, les caresses dispensées aux chats, le sourire de Brassens, la lumineuse Bartoli interprétant Vivaldi, un dessinateur surréaliste, de rares et fécondes amitiés, mille pages de mille livres, un amour, parrain Calixte, papa.
    P. C.

    " Méchante, ma mère, une teigne. Poivrote et pute. Papa vivait ses derniers jours à l'hôpital. Une défaillance cardiaque et un oedème pulmonaire l'avaient plongé dans un coma halluciné entrecoupé de paroles incohérentes?; il tentait de toutes ses dernières forces de s'échapper de son lit, aussi lui avait-on lié les poignets aux barres qui l'empêchaient de tomber. Il ne me reconnaissait plus, sinon fugacement. Je fus réveillé au milieu d'une nuit par un coup de téléphone de la voisine plus haut citée?: elle s'inquiétait des cris et des bruits sourds comme provoqués par des meubles chamboulés qui lui parvenaient de la maison de ma mère. Celle-ci m'ouvrit, hagarde, dépoitraillée, un vieil homme la menaçait, crus-je comprendre. À l'étage, un vieillard larmoyant, ivre tout autant que ma mère, tentait d'enfiler son pantalon, c'est elle qui m'a amené ici, elle voulait baiser. J'ai bourré l'ivrogne de coups de poing, l'ai forcé à dévaler les escaliers, l'ai poursuivi jusque dans la rue, je me suis acharné, près de tuer, sur le bonhomme - j'aurais voulu en faire de même avec ma mère. Il s'est enfui au bout d'une rue miteuse. "

  • "Le battement du sang dans ses veines devenait assourdissant, au point qu'une abondante salive coula sur le menton de Laszlo. Assez attendu. D'un coup sec, il planta ses canines dans la carotide offerte. La proie tressaillit: ultime frétillement. Libéré, le sang gicla avec force dans sa bouche et sur sa poitrine, suscitant en lui une atroce jouissance. Alors qu'il s'abreuvait à grands traits, Laszlo sentait décupler ses facultés.
    A chaque nouvelle gorgée, la fatigue et jusqu'à l'idée même de lassitude s'évanouissaient. Chaud, salé et délicieusement visqueux, le sang coulait dans sa gorge, emplissait son estomac, régénérait un organisme séculaire. Dans sa mémoire, des images se bousculaient en désordre: ses premières victimes à Dymovo sous l'aimante conduite de Théa, une charge dans la neige avec les cosaques, une fin de nuit le long de la rue Morskaïa, un couple surpris au bois de Boulogne et saigné séance tenante...
    Quand il se releva, empli d'une nouvelle vie, Laszlo eut un hoquet. Le trop-plein, sans doute. Un zeste de nicotine ? Le vague dégoût qui lui était venu depuis sa dernière dormition et dont il préférait ne pas parler aux autres ?" Dandy, mélomane, Laszlo vit et tue à Bruxelles dans le souvenir du Paris de Louis-Philippe, du Moscou d'avant la Révolution. Sa rencontre avec une mortelle lui fera découvrir les affres de l'amour et scellera son destin.
    Conte intimiste et philosophique, Vogelsang rénove en le subvertissant le mythe littéraire du vampire.

  • Dans ce recueil, il n'y a que des courtes histoires de têtes - celle qu'on a soi-même sur les épaules et qui ne plaît guère, celle des autres qui vous reviennent ou qui ne vous reviennent pas, des têtes qu'on coupe ou qui tombent toutes seules, des têtes qui n'en font qu'à leur tête, des têtes qui s'entêtent, des têtes en tête-à-tête.
    Jusqu'ici, on connaissait surtout Corinne Hoex par ses romans graves et réalistes comme Le Grand Menu (qui lui a valu d'être reçue par Bernard Pivot dans Apostrophes), Décidément, je t'assassine ou Le Ravissement des femmes (en 2012, chez Grasset). La voici dans un tout autre registre, maniant l'humour noir, le nonsense et la dérision avec énormément de brio. Un registre (surréaliste ?) que très peu d'écrivaines pratiquent aujourd'hui.

  • Ce qu'il y a de singulier chez Anne Richter, c'est qu'elle ne publie ses nouvelles qu'une fois par décennie : La fourmi a fait le coup dans les années 1950, Les Locataires dans les années 1960, La Grande Pitié de la famille Zintram dans les années 1980, La Promenade du grand canal dans les années 1990 et, aujourd'hui, L'Ange hurleur où elle en a réuni neuf. Et si elle n'a fait pas paraître des nouvelles dans les années 1970, c'est sans doute parce qu'elle a préféré alors donner la parole à d'autres écrivains, en éditant d'une part une anthologie des fantastiqueurs allemands, de Goethe à Meyrink, et d'autre part un volume regroupant pour la première fois tous les contes fantastiques écrits par Maupassant. Autobiographiques ou pas, les neuf textes du présent recueil ont un point commun : ils accusent la réalité quotidienne, ils en font le procès, ils montrent à quel point elle est fautive, dès l'instant où elle se permet de tromper les êtres humains, de contrarier leurs désirs, leurs passions et leurs amours. Mais en même temps, chacun de ces textes parle de la vie telle qu'elle est, ou telle quelle pourrait être, ou telle qu'on voudrait qu'elle soit.. Ou même telle qu'on la trouve, décrite en long et en large, dans les livres... Du fantastique ? Non, pas tout à fait. Plutôt une sorte de réalisme magique mêlée de merveilleux - un merveilleux généralisé -, presque des contes de fées pour grandes personnes. Il est du reste question d'Andersen à la fin du récit très personnel intitulé La Bibliothèque insurgée et ce n'est sûrement pas un hasard. Et si, sans jamais élever la voix ni jamais écrire un mot plus haut qu'un autre, Anne Richter était elle-même une insurgée ?

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  • Nous sommes à Infinity City, ville immémoriale préservée comme par magie des conflits permanents et désastres climatiques qui sévissent dans le reste du monde. À Infinity City, où coexistent vices et espoirs les plus fous, mâtinés de pas mal d'illusions. À Infinity, où des enfants servent de chair à plaisir ou de chair à canon. Où les hommes ont leur sexe pour bâton d'aveugle et où des femmes instrumentalisées confondent affects et sentiments. À Infinity, où la vie s'écoule comme si de rien n'était, même si s'y joue annuellement une vaste comédie qui a pour nom Fin de l'Histoire.

    Avec ces huit histoires entrelacées sur le mode d'une composition musicale, Alain Dartevelle signe un livre qui tient du recueil et du roman, au fil duquel il nous fait vivre une de ces traversées dont il a le secret : celle des apparences.

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  • Quatre nouvelles ambiguës : toutes sont ancrées dans la vie quotidienne, mais elles constitituent en même temps autant de variations autour de grandes oeuvres picturales ou sculpturales.
    L'univers prosaïque du Chat Lucian est traversé par des visions de peintres célèbres, de Dürer à Balthus en passant par Goya. Autre part, les Esclaves de Michel-Ange éclairent le mystère d'une histoire tragique. Plus loin encore, pour raconter une sorte de roman noir, l'auteur s'est inspiré de l'imaginaire tumultueux et violent du peintre baroque Artemesia Gentileschi. Quant au héros de la dernière nouvelle, il trouve dans le labyrinthe feuillu des arbres plus de secrets que dans tous les arts humains. A-t-il- raison ?
    Sour une ironie lucide qui n'empêche pas une sensibilité constamment aux aguets, Anne Richter exprime dans ce livre son amour passionné pour la fascinante beauté des chefs d'oeuvre qu'elle met en scène.

  • Après trente-huit ans d'absence, Louise revient dans sa ville natale, Bruxelles, pour mener une enquête sur la disparition de son père, Charlie, séduisant Irlandais mystérieusement assassiné alors qu'elle n'était qu'une enfant.
    Au cours de ses recherches dans la capitale, Louise découvre les multiples facettes d'une ville qu'elle croyait connaître et nous entraîne à sa suite d'endroits disparus en lieux bien réels où l'on se régale.
    En quête d'une vérité qui se dérobe sans cesse, Louise rencontre des interlocuteurs aussi variés qu'attachants: un commissaire de police, tombé amoureux d'elle à douze ans; Ingrid, la secrétaire et confidente de Charlie, qui s'est éprise de lui à Berlin en 1943; une avocate branchée à la vie compliquée; un espion français, libertin et amateur d'art; Lord Pakenham, l'ancien chef de l'Intelligence Service, qui a bien connu Charlie à Lisbonne pendant la guerre. A une Louise de plus en plus désemparée, chacun dévoile à sa manière un aspect de la vie complexe de Charlie et propose, non sans arrière-pensées, son hypothèse sur la mort d'un homme insaisissable.
    Les continuels allers et retours entre Bruxelles et Dublin des années soixante à aujourd'hui, le balancement permanent entre humour, nostalgie, suspense et gourmandise constituent une mosaïque pleine de fantaisie.
    Porte Louise est une sorte de polar, de roman d'espionnage. Plus encore, c'est le roman du souvenir et de la réminiscence, l'histoire d'une femme émouvante, lancée dans une quête progressant par cercles concentriques jusqu'au coup de théâtre final.

  • A l'instar de Paul Verlaine qu'il admirait tant, Emile Verhaeren n'a pas seulement été un très grand poète, mais en outre un essayiste remarquable. Ses essais, ses études et ses articles restent toutefois mal connus, à l'exception sans doute de son livre sur James Ensor publié en 1908 dans la belle « Collection des artistes contemporains » chez Van OEst & Cie à Bruxelles. De 1876 (il avait alors 21 ans à peine) à 1916, l'année de sa mort, il a collaboré à de nombreux journaux. C'est à l'hebdomadaire bruxellois L'Art moderne qu'il a donné, dès le premier numéro, le plus d'articles, en général sans les signer. Dans le présent volume figurent en majorité les articles les plus pénétrants de ceux qu'il a consacrés à ses pairs, de Charles Baudelaire qu'il n'aura pas eu la chance de connaître à son compatriote Georges Rodenbach, né comme lui en 1855. La justesse de ton de chacun de ces textes de circonstance est d'une étonnante actualité.

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  • Dans ce récit, le poète Lucien Noullez décline avant tout son amour de la musique.
    Le violon qu'il posséda longtemps s'est un jour envolé pour le Japon. Mais cet instrument de belle qualité a cohabité pendant de nombreuses années avec un autre violon, que le grand-père du narrateur avait ramené du Front de l'Yser en 1918. L'Erable au coeur raconte tour à tour une enfance bruxelloise des années soixante et l'hallucinante aventure d'un jeune gendarme de la Grande guerre, qui dut sa survie à l'amitié, à un cheval et à la musique.
    Ces pages, qui passent librement de l'autobiographie au roman, sont tantôt drôles, tantôt frémissantes. Elles feront voyager le lecteur de la Belgique à la Charente, du présent au passé, de l'horreur à la musique. Les violons sont principalement construits en érable. Avec l'auteur, on ose croire, en lisant ce beau livre, que les guerres n'ôteront jamais l'érable au coeur des hommes.

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  • Le temps ? Pour Maurice Carême, il est inéluctablement lié au destin de l'homme et sous-jacent dans l'ensemble de l'oeuvre. L'eau lui paraissait la métaphore des heures qui s'écoulent dans jamais revenir sur elles-mêmes. Comme le temps, comme la vie!
    Fut-il un homme heureux de vivre ? Certes! Et pourtant, conscient que la mort est là, devant lui! Aussi, les questions essentielles jaillissent-elles, toujours posées, toujours sans réponse.

    Un recueil de poèmes de Maurice Carême, depuis longtemps épuisé, 120 poèmes à lire et à chanter.

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  • On trouve, dans l'ancien quartier portuaire de Bruxelles, près du Quai au Foin, une minuscule venelle : l'Impasse des Matelots. Mais quelles sont les vraies impasses qui peuvent arrêter le regard des marins, des rêveurs et de ceux que rassemble l'espérance d'une vie plus large ?
    Ces poèmes, écrits dans la vie, regardent flotter les matelots des villes et des mers. Ils cabotent. Ils tentent d'aller au large. Ils sombrent quelquefois. Ils rejoindront, je l'espère, les simples chercheurs d'allégresse." (Lucien Noullez)

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  • Bien qu'il soit né à Tournai (le 16 juillet 1855), Georges Rodenbach a passé toute son enfance et son adolescence à Gand, la ville natale de Maurice Maeterlinck, de Charles Van Leberghe, de Grégoire Le Roy ou encore de Jean Ray. Et c'est à l'université de Gand qu'il a mené à bien ses études de droit avant de s'inscrire au barreau et, en 1880, de donner au quotidien francophone gantois La Flandre libérale ses premiers articles de critique littéraire. A cette époque, il devait confier à Emile Verhaeren que "faire de la littérature en Belgique" est à la fois "inutile et impossible". Après avoir édité plusieurs recueils de poésie, il s'est tourné vers le journalisme. Dès lors, il allait renoncer au barreau pour vivre de sa plume. En 1889, il a publié à la Librairie Moderne à Paris son premier roman, L'Art en exil qui n'est autre que la refonte, sous un nouveau titre, de deux oeuvres antérieures : La vie morte qui a paru en feuilleton dans L'Indépendance belge et L'amour en exil qui a paru, lui, dans La Revue de Paris et de Saint-Pétersbourg. A mi-chemin entre la confession romantique, l'autobiographie naturaliste et le récit symboliste, L'Art en exil exprime sans détour la pensée profonde de Georges Rodenbach pour qui l'artiste, ballotté entre la solitude et la déchéance, est par excellence l'homme des "crises sublimes".

  • Instituteur à 19 ans, poète à 20 ans, Maurice Carême renonce à sa première vocation (1943) pour s'adonner tout entier à la seconde. Poète de renommée internationale, il a vu son oeuvre traduite en de nombreuses langues.
    Après une période empreinte de surréalisme puis de futurisme (1926-1930), Carême en revient à une poésie simple, enfantine et exquise. Cette voie-là, il ne l'abandonnera pas : Poèmes de gosses (1933) mais surtout Mère (1935), son livre fétiche, bien que d'un style hors mode et qualifiés de « supernaïvisme », recueillent un succès considérable. Nombreux sont ses poèmes qui ont été mis en musique par Paul Gilson (le tout premier), Darius Milhaud, Francis Poulenc, Jean Absil, et largement diffusés par le disque. Après la Seconde Guerre mondiale, Carême poursuit dans la même veine et le même succès avec Femme, La Lanterne magique et La Maison blanche. Les années cinquante sont faites de tristesse pour le poète qui retravaille son style. Sa poésie essentiellement simple décrit le monde, mais interroge aussi souvent les mystères de l'homme. Du Prix Verhaeren (1927) au Prix européen à Trente pour l'ensemble de son oeuvre (1976), Carême a pratiquement connu tous les honneurs. Être ou ne pas être est un recueil où l'on reconnaîtra la langue simple et chaleureuse du poète qui interroge le monde et se remet sans cesse en question.

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