• Réédition d'un texte aussi introuvable que célèbre, scandaleux pamphlet incrédule pour les uns, texte "évangélique" et proche de la spiritualité de Marguerite de Navarre pour les autres. L'introduction de M. Hamphire et la préface de M.A. Screech font le point sur l'interprétation qu'il faut lui donner aujourd'hui dans le cadre d'une connaissance renouvelée du XVIe siècle.

  • Parmi les 41 conférences de Maxime de Tyr, auteur du IIe siècle associé au mouvement de la Seconde Sophistique, ont été retenues celles qui traitent de la philosophie de la religion, tant dans sa dimension institutionnelle (comment accorder rite et pratique avec les exigences de la spiritualité ?) que dans sa dimension plus proprement théologique (comment penser le dieu ? Comment le mal est-il possible ?).
    Cette approche conduit à prendre également en compte les conférences portant sur la philosophie de Platon. Tout ce que nous avons gardé de Maxime est écrit au nom de la découverte philosophique et Platon est son modèle, comme penseur et comme « agent éthique ». Un tel projet n'empêche pas toutefois Maxime de divertir son public en l'éduquant. Il prétend être capable de s'adresser aux jeunes gens aussi bien qu'aux philosophes les plus sophistiqués. L'attention particulière portée à Platon n'exclut pas la référence à d'autres philosophes. Mais Maxime n'est pas un éclectique qui puiserait des éléments épars afin d'en former un tout ; il demeure persuadé de l'unité fondamentale et essentielle des discours philosophiques, et poétiques, qu'il s'agit de penser au-delà de leur diversité apparente. Seul Épicure est exclu explicitement du choeur des philosophes en raison de son anti-providentialisme. L'un des points cruciaux de la pensée de Maxime est en effet l'organisation de l'univers à partir d'un dieu qui l'a fabriqué ; la référence au Timée, comme chez nombre de platoniciens de cette époque, reste toujours en filigrane derrière cette représentation cosmologique et guide aussi les interprétations allégoriques d'Homère. Maxime évite des digressions techniques et conceptuelles mais il n'hésite pas à montrer une large culture. Le souci affiché de la pratique le conduit à adopter des tons variés, polyphoniques, qui s'adaptent aux auditeurs et aux circonstances.

  • Soixante-cinq tableaux - réels ou fictifs ?- sont ici décrits par Philostrate, rhéteur du second siècle de notre ère et auteur de la très célèbre Vie d'Apollonios de Tyane. Dans ce texte fondateur, Philostrate institue un dialogue entre le critique et le spectateur, forçant ce dernier à participer à la scène, le plus souvent d'inspiration mythologique, que montre l'oeuvre peinte : ce procédé qu'utilise Diderot dans ses fameux Salons, vise, avec succès, à susciter l'émotion du visiteur. La Galerie de tableaux de Philostrate est plus qu'un document unique sur la peinture antique : elle a inspiré les plus grands artistes de la Renaissance, nourri la réflexion sur l'art d'auteurs tels que Goethe, et a, surtout, véritablement créé le langage de l'esthétique. Cette édition, qui reprend, en la corrigeant, la traduction d'Auguste Bougot publiée en 1881, est illustrée de quelques-unes des gravures maniéristes dont fut enrichie, en 1614, la première traduction française de cette oeuvre.
    François Lissarrague est directeur de recherches au C.N.R.S. (Centre Louis-Gernet)

  • Composé deux ans après le Mortifiement de Vaine Plaisance, le Cuer d'amour espris est un récit à la fois romanesque et allégorique qui raconte, sous la forme d'un songe, les aventures du Coeur. Sorti de la poitrine du narrateur par Amour, il devient un chevalier qui part à la conquête de Douce Merci, sa bien-aimée. Après bien des tribulations, il parvient dans l'île du dieu Amour, où il réussit à donner un unique baiser à Douce Merci. Mais il est grièvement blessé par ses ennemis. Douce Merci est contrainte de retourner en captivité et le Coeur va finir ses jours en prières à l'Hôpital d'Amour. Dans l'épilogue, René espère qu'il ne sera plus tourmenté par le dieu Amour, qui embrase les coeurs d'un désir douloureux. Le jeu parodique et l'humour confèrent au récit une tonalité particulière et une expression singulière et originale, qui ne manquent ni de charme ni de poésie. Le texte est illustré par la reproduction des seize miniatures de Barthélemy d'Eyck.
    Gilles Roussineau est professeur émérite à Sorbonne Université.

  • Cette "pastorale politique" inédite date probablement de l'époque d'euphorie du début de 1484, alors que se réunissaient les États Généraux de Tours. Des bergers sont invités par des sages à déraciner l'églantier (l'Angleterre) qui épuise le sol de France, afin de retrouver l'Âge d'or. En effet, à la place de l'arbre jaillit un fontaine merveilleuse, la fontaine de Justice, et c'est le triomphe de Conseil (le Parlement). Un texte qui intéresse autant la littérature que l'histoire.

  • Au sortir de la seconde guerre mondiale, en 1945, Eugénie Droz fondait les Textes Littéraires Français, une collection dévolue à l'édition critique des textes significatifs du patrimoine littéraire de langue française du moyen âge au XXe siècle. Accessibles, dans un petit format maniable, chaque édition est accompagnée d'une introduction, de notes, d'un glossaire, si nécessaire, et d'index. Cet appareil critique exigeant accueille l'érudition des meilleurs spécialistes pour éclairer la genèse des oeuvres et, quelle que soit leur époque, livrer au lecteur contemporain les explications les plus minutieuses sur le contexte historique, culturel et linguistique qui les a vues naître. Depuis soixante-dix ans, la collection a accueilli, outre quelques édicules, plus de 600 monuments littéraires français.

  • Hugues Salel (1504-1553) est un poète de cour qui fut l'imitateur et l'ami de Clément Marot et originaire comme lui du Quercy. Le principal de son inspiration lui vient des événements de la cour de François Ier qu'il travestit en allégories où fleurs et nymphes se substituent aux personnages historiques. Son oeuvre n'avait jamais été publiée dans sa totalité. L'édition critique que présente ici le professeur Howard H. Kalwird permettra la découverte de six poèmes inédits, parmi lesquels De la maladie et convalescence de Monsieur le Dauphin, et Eglogue marine, qui nous parle de Salel lui-même, de sa vie et de son oeuvre.

  • Les Vers de la Mort de Robert le Clerc d'Arras ont été trop longtemps occultés par le succès de ceux d'Hélinand de Froidmont. Cette oeuvre volumineuse (3744 vers) abordait cependant des sujets très variés, renfermait un vaste répertoire d'images et de comparaisons, souvent originales, et faisait usage d'un vocabulaire exceptionnellement riche. Elle méritait donc d'être enfin mise en valeur. Annette Brasseur et Roger Berger auraient pu se contenter d'éditer ce texte, mais ils ont tenu à en fournir plusieurs clefs d'interprétation par une mise en français moderne, une annotation abondante et un glossaire étendu. Ils ont réussi également à dater ces Vers de manière précise et à retracer, en l'insérant bien dans la société arrageoise du XIIIe siècle, une partie de l'existence du poète. Ils ont aussi démontré qu'il était l'auteur de Li loenge Nostre Dame, un poème jusqu'ici resté anonyme et, comme le précédent, inachevé, Mort n'ayant pas accordé à son chantre, le noble héritier d'Hélinand, le délai qu'il avait si douloureusement sollicité.

  • Le Mistere de l'Institucion de l'Ordre des Freres Prescheurs est passé jusqu'ici presque inaperçu, n'ayant jamais connu d'édition critique. Le texte nous a été transmis dans une version imprimée à Paris par Jean Trepperel vers 1511 ou 1512; nous n'en connaissons qu'un seul exemplaire, conservé à la Bibliothèque Nationale de Paris (Réserve YF 1611). L'introduction retrace très soigneusement l'histoire dominicaine du XVe et du début du XVIe siècle, dont la grande querelle entre observants et conventuels, et arrive à la conclusion que l'auteur anonyme doit être observant et partisan de la Congrégation gallicane en voie de préparation, ce qui explique l'importance donnée au bienheureux Réginald dans «l'institution» de l'Ordre lui-même, à côté de saint Dominique, le fondateur, comme un rappel des origines françaises de l'ordre dominicain, et donc de la légitimité d'une Congrégation spécifiquement gallicane, au sens géographique du terme. En sus d'une édition annotée de qualité, la structure, la forme, la métrique du Mistere de l'Institucion, et encore l'histoire de l'ordre dominicain, la piété mise en oeuvre, l'utilisation de l'allégorie (et son rapport à la mimésis) sont analysées avec intelligence et compétence.

  • Allégorie

    Mell 2.2

    5 ans après l'invasion de l'Ennemi. Une poignée de Terriens essaye de survivre dans un régime restrictif à l'abri sous une bulle géante magnétique. La solution d'Ysée est de participer à des tests cliniques et d'intelligence en échange de repas. Jusqu'au jour où elle attire l'attention d'un groupuscule réfractaire qui la kidnappe dans le but de la forcer à hacker le code qui verouille la Bulle. Ces ravisseurs ne cultivent qu'un seul objectif : sortir pour attaquer de front leurs oppresseurs tandis que la jeune fille s'éprend d'une grande fascination pour cette séquence inviolable qui change toutes les 24H. Une rencontre troublante entre un monde en ruines et la délicatesse lyrique de ces lettres qui la conduiront vers la liberté.

  • Cet ouvrage évoque le développement, à la Renaissance, d'une catégorie de fictions caractérisées à la fois par leur invraisemblance comique et par leurs prétentions philosophiques. Cette tension, qui rappelle les Histoires véritables de Lucien, s'observe notamment dans les six « fantaisies » analysées, le Momus d'Alberti, le Roland Furieux, le Baldus de Folengo, les livres rabelaisiens, les Saisons de Ronsard, la Nouvelle Fabrique de Philippe d'Alcripe. Ces études de cas sont précédées de chapitres théoriques, qui examinent le statut que les poétiques réservent aux fictions qui exhibent leur fausseté : loin d'être systématiquement assimilées au mensonge ou décriées comme des échecs esthétiques, elles bénéficient de la valorisation de l'invention fictionnelle, de l'étonnement et des productions de la fantaisie créatrice. Elles entretiennent cependant un rapport ambigu avec la tradition de la lecture allégorique, à laquelle elles se réfèrent tout en résistant à la domestication herméneutique.

empty