• Voici donc quel est le sens du récit qui suit. De Quincey considère que jamais l'intelligence humaine ne s'éleva au point qu'elle atteignit en Emmanuel Kant. Et pourtant l'intelligence humaine, même à ce point, n'est pas divine. Non seulement elle est mortelle mais, chose affreuse, elle peut décroître, vieillir, se décrépir. Et peut-être De Quincey éprouve-t-il encore plus d'affection pour cette suprême lueur, au moment où elle vacille. Il suit ses palpitations. Il note l'heure où Kant cessa de pouvoir créer des idées générales et ordonna faussement les faits de la nature.

  • Et si nous nous trompions ? Et si les attentats-suicides n'avaient rien à voir avec la guerre ? Et s'ils n'avaient rien à voir avec la religion ? Et si, même, ils n'avaient rien à voir avec quelqu'idéologie que ce fût ? Que se passerait-il si, en réalité, ce dont les kamikazes se voulaient les terrifiants acteurs était une simple surenchère appartenant au domaine des images ? En posant cette question, retraçant l'arc courant des premières explosions-suicides à la fin du XIXe siècle, jusqu'aux attentats meurtriers de Paris, en passant par les kamikazes japonais ou les auteurs de la destruction du World Trade Center, à New York, le 11 septembre 2001, c'est toute une histoire du flash visuel provoqué par la détonation des bombes portées, ou conduites, par les terroristes de l'absolu qui se trouve rejouée avec brio par Laurent de Sutter. Une histoire qui rejoindrait celle des spectateurs des médias de la postmodernité, ne quittant leur apathie organisée qu'au moment où un show plus violent que les autres finit par leur rappeler que, quelque part, le réel les attend.

  • Robin George Collingwood est peu connu du public français, alors qu'il fait depuis longtemps partie des classiques dans le monde anglo-saxon. Professeur de philosophie dans l'un des Colleges les plus réputés d'Oxford, il s'est révélé dans le même temps l'un des maîtres de l'histoire de la Roman Britain, cette Angleterre occupée pendant des siècles par Rome.D'un côté, il se trouvait donc enseigner la philosophie aussi bien ancienne que moderne ; de l'autre, il menait des fouilles pour construire un savoir historique cohérent sur une époque où les données textuelles sont plus que rares. Ce double mouvement l'a amené à des réflexions sur la nature de la tâche historienne qu'il n'a guère livrées que vers la fin de sa vie (relativement brève : il meurt en 1943, à cinquante quatre ans). Ainsi publie-t-il d'abord des ouvrages sur l'art, la religion, l'histoire de la philosophe, avant de se lancer dans des éclaircissements sur sa conception de l'histoire dans lesquels il stigmatise ce qu'il appelle « l'histoire ciseaux-pot-de-colle », désignant par là ces historiens qui ne connaissent que leurs « sources » textuelles, qu'ils découpent et recollent à leur guise.Le travail de l'archéologue, remarque-t-il, ne consiste pas à creuser là où il pense qu'il y a quelque chose à trouver, mais à se poser des questions à partir de son savoir lacunaire, et à chercher ce qui lui manque pour arriver à un minimum de consistance rationnelle. Collingwood part donc de l'idée qu'on ne trouve, pour peu qu'on soit chanceux, que ce qu'on cherche, quitte à ce que d'heureuses surprises viennent troubler ce plan de base. En philosophe, il généralise les leçons de cet apprentissage pour considérer qu'une proposition, quelle qu'elle soit, n'a de sens que relativement à la question, au problème, à l'aporie qu'elle entend solutionner. Ce qui revient à privilégier l'histoire dans l'étude même de la philosophie puisqu'un énoncé ne sera désormais reçu qu'au prix d'avoir été ramené, non seulement à son « contexte », mais aussi à ce qui depuis longtemps risque de s'être complètement dissipé et qu'il faut donc reconstruire, à savoir la question à laquelle il doit le jour.Dans cette Autobiographie, qu'il écrit rapidement en sachant que les années lui sont comptées, il livre, sous une forme libre et souvent drôle, les étapes de sa vie intellectuelle qui l'ont conduit de l'Oxford realism de sa jeunesse (devenue sa bête noire dès l'âge mur) à une vision de l'historien qui alimente encore aujourd'hui de nombreux débats en langue anglaise.

  • L'impurete

    Larry Tremblay

    • Alto
    • 7 Septembre 2016

    La romancière à succès Alice Livingston est morte.

    Elle laisse derrière elle des lecteurs éplorés, un manuscrit inédit, un fils qui cherche à refaire sa vie le plus loin possible de son père, et son mari Antoine, incapable de pleurer sa mort et qui n'a jamais apprécié son oeuvre. Pourtant, le roman posthume de sa femme va le bouleverser et le contraindre à faire face à ses souvenirs. Et inévitablement à ses démons enfouis. Car la fiction parfois tisse entre les lignes une toile vengeresse.

    Variation d'une franchise radicale autour de la manipulation des êtres et de la fragilité des idéaux, L'impureté déploie tout l'arsenal de l'auteur de L'orangeraie et du Christ obèse.

  • Cette introduction aux perspectives critiques présente un large éventail d'approches théoriques élaborées en sciences sociales ou en philosophie, allant du XVIIIe siècle, avec la philosophie critique de Kant, jusqu'aux développements les plus contemporains en économie critique de la communication, en études de genre ou encore en philosophie sociale, en passant par Marx, Engels, Foucault, Habermas, Bourdieu et Honneth pour ne nommer que ces derniers. Ces approches accordent toutes une place centrale à l'analyse des pathologies sociales, que ce soit les inégalités économiques, les phénomènes de domination coloniale ou postcoloniale, la privation des droits politiques, le mépris à l'endroit des minorités culturelles, les maux du travail, les rapports de pouvoir de genre ou la surveillance de masse. Elles sont abordées ici par une quinzaine d'auteurs comme autant de ressources conceptuelles pour appréhender des objets de recherche communicationnels comme le journalisme, la propagande politique, la publicité politique, les médias sociaux, les industries culturelles ou les relations publiques.

    De quoi parle le théoricien critique ? Quelles sont les finalités des perspectives critiques ? Quels phénomènes sociaux, culturels, politiques ou économiques retiennent l'attention des chercheurs critiques ? Quelles sont les limites de ces approches ? Quelles formes prennent-elles ? Résolument pédagogique, cet ouvrage se donne pour triple objectif de contextualiser des constructions conceptuelles a priori peu accessibles, de les exposer clairement afin d'en faciliter l'appropriation, mais aussi de démontrer leur pertinence pour la réalisation de recherches empiriques dans le domaine de la communication.

  • Freud appuie sa doctrine de l'inconscient sur la notion de représentation (Vorstellung). Il lui faut cependant établir une connexion entre les représentations inconscientes et les pulsions qui animent le corps sexué. À cet effet, il invente un mot composé étrangement écrit : (Vorstellungs-) repräsentanz, qui ne figure que trois fois dans l'ensemble de l'oeuvre. Le terme a fait couler beaucoup d'encre, sa traduction en français ayant été un enjeu dans la rupture théorique entre Lacan et Laplanche.Pour déméler cet imbroglio, au croisement de la langue et de la philosophie allemandes, il fallait un germaniste rompu au texte freudien. Fernand Cambon a traduit les Conférences d'introduction à la psychanalyse, Freud présenté par lui-même, L'inquiétante étrangeté et autres essais, la correspondance Freud-Abraham ; bientôt paraîtra chez Epel sa traduction du texte de Freud sur les aphasies. Il montre ici comment la « représentation » forme un axe permanent de l'oeuvre freudien, des premières mises en place prépsychanalytiques jusqu'aux élaborations métapsychologiques.

  • La liberté est au coeur de la pensée de Kant. Cette notion-clé constitue le fil rouge de cet ouvrage et permet de comprendre l'ensemble de la philosophie de Kant.
    Parcourant tour à tour la question métaphysique, l'éthique, la connaissance, la question de Dieu et de la religion, cet ouvrage assure le lecteur d'une approche pédagogique et complète, pour s'initier avec succès à la pensée de ce philosophe de référence.

  • « Nous entrons dans l'avenir à reculons » disait Paul Valéry. Pour « entrer » dans le IIIe millénaire, Denis Huisman a choisi de faire revivre le passé de l'Esthétique, de Platon à nos jours, en insistant sur deux moments essentiels de la philosophie de l'Art au XXe siècle : l'Esthétique expérimentale et l'Esthétique industrielle. L'ouvrage se présente comme un plaidoyer pour l'avenir de l'Esthétique et offre sur l'Art des réflexions très personnelles et des vues très pertinentes. Il s'agit ici d'un bilan très synthétique du passé et d'une large ouverture sur l'avenir de l'esthétique française dont l'auteur pense qu'elle influencera toutes les autres écoles étrangères tant par la philosophie pure que pour le Design. L'auteur, Denis Huisman, a consacré une grande partie de sa carrière à diffuser, à développer et à promouvoir l'Art français sous toutes ses formes. Il a produit des émissions de radio et de télévision sur l'Art et la culture ; il a écrit une cinquantaine d'ouvrages sur l'Art et la communication. Sa vocation est de servir de « passeur » entre les artistes et leur public, l'Art et l'État, les créateurs et les instances avec lesquelles ils doivent « communiquer » : le Ministère de la culture, la Mairie de Paris (direction des Affaires culturelles), l'Unesco, les Ambassades, les Assemblées parlementaires, etc... Denis Huisman a fondé en 1961 l'EFAP et l'ICART (Institut Supérieur des Carrières Artistiques). Cette école a formé en près de quarante ans plus de 2 000 jeunes « médiateurs » de l'Art et de la culture. Jérôme Sans et Nicolas Bourriaud que la ministre de la Culture vient de nommer co-directeurs du nouveau « Centre de la Jeune Création » au Palais de Tokyo sont les vivants exemples du destin de l'ICART : fournir aux jeunes un débouché professionnel souvent prestigieux et toujours passionnant.

  • « Comme on le voit, c'est bien un plan d'ensemble, ainsi que Kant l'écri­vait à Stäudlin, que développent les Critiques et le traité de la Religion, dans l'unité la plus parfaite de la pure philosophie. C'est pour cela qu'il nous a paru néces­saire de donner de ce dernier livre une traduction nouvelle où nous avons consciencieusement travaillé à rendre la pensée de Kant avec précision et clarté. Nous souhaitons que sa lecture aide les « hommes de science » à mieux pé­nétrer le kantisme et montre aux « hommes de croyance » qu'une philosophie qui fonde la Religion sur la Raison est, comme l'a dit Hannequin, « une alliée, et non une enne­mie ». A. TREMESAYGUES.





    Format professionnel électronique © Ink Book édition.

  • Cet ouvrage tente d'ouvrir la réflexion sur trois questions : - L'éducation est-elle possible pour un individu marqué par les déterminations de son hérédité, de sa culture passée et de son environnement présent ? Est-il possible, de plus, d'éduquer, donc de communiquer, lorsque la communication tant interindividuelle qu'interculturelle se heurte à des obstacles parfois difficilement contournables ? - L'éducation est-elle souhaitable ? Si on la considère parfois comme une influence aliénatrice de la liberté de l'enfant (ou de l'adulte), a-t-on le droit d'éduquer ? Mais, par ailleurs, n'en a-t-on pas le devoir vis-à-vis de l'enfant, pour assurer son adaptation au milieu, et vis-à-vis du groupe, pour en assurer la pérennité ? - Qu'est-ce que l'éducation ? En quoi consiste-t-elle ? Que serait notre monde occidental de cette fin de XXe siècle sans les stuctures éducationnelles en place ? Quel sens donner aux finalités, aux objectifs, aux contenus et aux méthodes de l'éducation actuelle ? Hubert Hannoun aborde ces problèmes à la lumière des perspectives ouvertes par le courant contemporain, dit de la pensée complexe, annoncé par Hegel, Kant et Bachelard.

  • L'action de cette pièce, qui a été créée au Théâtre des Amandiers de Nanterre en 1973, tourne autour du personnage d'Emmanuel Kant, à la fin de sa vie. Près du vieux philosophe aux promenades réglées comme du papier à musique, il y a ses deux valets Lampe et Kauffmann, sa gouvernante Zéta, les ravissantes filles de celle-ci, Maïa et Al-Sûfi, leur amie Cristal, et le neveu de Zéta, Mathias. Quand surviennent dans Koenigsberg d'abord un enfant puis un jeune homme, les jeux de volupté et de rires que dessinent les valets et les jeunes filles s'effacent lentement. Tout bascule. C'est la tragédie. Le vieillard et la Pensée Pure sont alors aux prises avec la jeunesse et l'imagination. Le jeune homme - paysage d'une agonie traversée d'illuminations - est entièrement un songe. Kant, dans son fauteuil, dort. Il rêve. Il rêve qu'il danse. Kant a-t-il jamais dansé ? Mais la pièce de Jean Audureau est trop riche et trop vivante pour se laisser réduire à des symboles.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Dans les dialogues imaginés par Platon, Socrate ne cesse d'invoquer le bien. Qu'est-ce qui se cache ainsi derrière le nom du bien chez Platon ? Est-ce la justice, la « vertu » ? Un dieu ? Le monde en sa belle « âme » ? Dieu lui-même ou alors, à l'opposé, l'émotion du plaisir ? À ce problème, Luc Marie Nodier répond avec une passion insolite, et aussi quelque insolence si on considère à quel point les lectures reçues de Platon esquivent cette question. Malgré - ou plutôt à cause de - son dessein critique, son enquête vise d'abord la reconstitution d'une théorie platonicienne de la douleur et du plaisir, rarement perçue avec clarté, dont il est montré qu'elle est à la fois plus cohérente et plus digne d'être interrogée qu'il n'a semblé jusqu'ici. Elle peut, en outre, servir de préparation et d'incitation au renouveau de la pensée athéologique. Si cet ouvrage étonnamment écrit paraît dans une collection vouée aux sciences sociales, c'est parce que ces dernières, qui se croient à mille lieues de la philosophie et de Platon, feraient bien de s'interroger à propos de cette méditation. Car que veulent-elles dire lorsque, analysant la société, elles mettent en avant des sujets supposés rationnels, qui chercheraient à maximiser leur satisfaction ? Ne présupposent-elles pas ainsi qu'on cherche toujours son bien ? Mais comment le trouver si nous ignorons tout de la nature du bien ?

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