• 'Le premier kilomètre fut le plus dur. S'il avait dû marcher, il aurait trébuché. Pour la première fois peut-être, il partait seul. Bien avant de songer à une nouvelle cigarette, il n'a fait qu'une chose : il n'a pas quitté des yeux le rétroviseur. Il craignait qu'elle ne le suive. Elle ne le suivait pas. Les kilomètres suivants l'ont confirmé après Gourdon, Sarlat et d'autres villes encore : il partait sans elle. À un moment, il a songé à faire demi-tour, mais déjà il était trop tard. Il ne pouvait plus revenir en arrière. Il s'était laissé surprendre par cette ivresse entêtante que guettent les gamins avant de faire une grosse bêtise. Cet homme qui n'avait jamais eu peur de la feuille blanche crut, un instant, que la vie pouvait se réinventer. Mais on ne quitte pas vingt ans d'amour, vingt ans de construction commune, sur un coup de tête! Non... et en même temps... comment est-ce, la vie en dessous? Est-ce long? loin? profond? Il s'est posté au bord du précipice et a fermé les yeux.' Il était une fois un homme qui vivait avec des singes. Il était une fois Léo Ferré. Voici son histoire. Voici une de ses histoires.

  • Préface de Benoîte Groult.


    Pour la première fois, l´histoire de l´amour fou qui unit durant dix-huit ans Madeleine et Léo Ferré est racontée de l´intérieur, par la fille de Madeleine, qui partagea leur quotidien dès l´âge de cinq ans. Celle pour qui Léo Ferré écrivit  "Jolie môme" évoque la misère des débuts, le succès, la gloire et... les dérives. Elle assiste à la création de plus de deux cents chansons, aux rencontres avec André Breton, Aragon, Louise de Vilmorin, le prince Rainier - pour ne citer qu´eux - et partage la passion du couple pour les animaux, des saint-bernard aux oiseaux en passant par les chimpanzés ! Témoin privilégié de cette époque peu connue de la vie de Léo Ferré, Annie Butor réhabilite la mémoire de sa mère et trace un portrait émouvant, mais sans concession, de ces deux êtres exceptionnels.

    Un témoignage unique.

     

  • Il y a aura bientôt vingt ans que Léo Ferré a tiré sa révérence : il est mort le 14 juillet 1993. Il avait dédié toute sa vie à la musique, aux poètes et à la chanson.

    Il a laissé en héritage un impressionnant patrimoine : des chefs d´oeuvre personnels (Avec le temps, La Mémoire et la mer, Les Étrangers), des chansons populaires (Paname, Jolie môme, Vingt ans), des hymnes militants (Les Anarchistes, Ils ont voté) ; et, plus que tout peut-être, la pérennité des poètes qu´il a mis en musique et transmis à un vaste public (Aragon, Baudelaire, Apollinaire, Verlaine, Rimbaud).

    Jacques Vassal reconstitue par le menu cette vie et cette oeuvre exceptionnelles.

    /> Les évènements décisifs et les thèmes récurrents de ce parcours sans tranquillité alternent au fil des années : la petite enfance monégasque, l´irruption de la musique, une pension-prison dans l´Italie mussolinienne, les études au Quartier Latin, les bien-aimées, les frangins de la nuit, les poètes, le retour à Paris, l´anarchie, le show business, l´amour et les ruptures, mai 1968, la solitude, la Toscane, la musique encore et toujours...
    Épisode après épisode, le portrait se précise : celui d´un homme complexe, habité par ses douleurs et ses chagrins, mais fort de ses convictions et de sa puissance de création ; celui d´un enfant blessé devenu un artiste prodigieux et prolifique ; celui d´un « frangin » anar et humaniste.

    Quel musicien-poète fut plus rêveur que celui-là ? Léo Ferré n´a eu de cesse d´inventer « des chemins de traverse » : les seuls qui vaillent ! Il nous les a légués et nous les parcourrons longtemps encore...

  • Ici, ailleurs

    Matthieu Simard

    • Alto
    • 19 Septembre 2017

    Ils ont planté l'antenne quelques années avant que nous achetions la maison du vieux. Depuis, le village se vide. Certains habitants s'en vont, d'autres meurent, d'autres encore disparaissent dans la forêt.

    Il en reste bien quelques-uns - Fisher l'homme à tout faire qui ne fait rien, Madeleine la serveuse autrefois sexy, l'épicier déterminé à vendre ses coeurs d'artichaut -, mais ceux qui restent ne veulent pas vraiment de nous. Ce n'est pas grave, nous ne sommes pas venus ici pour nous mêler à leurs histoires, mais pour oublier, nous retrouver peut-être.

    Recommencer. Nous sommes venus ici pour ne pas être ailleurs. Nous n'en repartirons peut-être pas.

  • Dictionnaire Ferré

    Robert Belleret

    • Fayard
    • 27 Février 2013

    1993-2013. Vingt ans après la disparition de Léo Ferré, on réalise que ce créateur hors norme, devenu une idole pour certains enfants de mai 68, était bien plus qu´un auteur-compositeur. Par l´originalité de son écriture et la diversité de son inspiration libertaire brocardant les aliénations et les impostures, l´artiste sans Dieu ni maître fut très souvent divin et magistral. Son oeuvre largement autobiographique qui met en résonance sa vie et ses chansons fait de lui un poète à part entière dans la lignée de ceux qu´il mit merveilleusement en musique : Apollinaire, Baudelaire, Verlaine, Rimbaud sans oublier son ami Louis Aragon. Mélodiste d´instinct, Ferré fut capable d´inventer des symphonies ou des opéras et de se balader avec la même élégance dans les rythmes de son temps, du tango à la pop music. Bref, Léo Ferré est un monument. Pour le visiter, ce dictionnaire ouvre des chemins de traverse qui conviennent particulièrement au sujet, frondeur et rebelle. Il aborde le personnage de biais plutôt que frontalement, par les détails insolites plutôt qu´avec la révérence forcée qu´impose la gloire. On peut l´ouvrir à n´importe quelle page, sauter de l´une à l´autre au gré des renvois, s´arrêter, reprendre. L´ordre alphabétique y cache les doux désordres du coeur. Ainsi en butinant dans cette petite encyclopédie, aux allures de trousseau de clefs ou de puzzle, on devrait s´approcher de la vérité ou plutôt des vérités de Ferré et sentir résonner les vibrations et les colères de "l´Epique époque" et de "la Vie moderne" dont il fut le témoin vigilant, moins engagé qu´enragé, et le chantre visionnaire.

  • Léo Ferré. Le nom sonne comme celui d´une révolution de la grande chanson française. Avec une cinquantaine d´albums, plus de 300 titres, Ferré est l´un des artistes les plus prolifiques, et les plus engagés, du XXe siècle. Ses succès restent dans toutes les mémoires, de Avec le temps à Jolie môme ou C´est extra, il a inspiré des générations. Cette biographie raconte la carrière d´une incomparable richesse d´un poète accompli, formé à la musique classique. On y découvre aussi l´homme, plus mystérieux que son oeuvre, et son engagement dans le mouvement anarchiste dont il se revendiquait. La vie de Léo Ferré c´est aussi une grande traversée du siècle et de ses soubresauts politiques et artistiques. Une trajectoire qui l´a imposé comme un classique. A jamais. La biographie hommage d´un monument de la chanson pour le vingtième anniversaire de sa disparition.

  • « Rien ne doit arrêter le poète, surtout pas le bon goût. » C'est avec empathie que Maurice Frot brosse le portrait du poète anarchiste. Celui qui fut son régisseur- conseiller artistique-chauffeur, mais aussi le dessinateur et l'ami du chanteur le raconte avec tendresse et vérité, dans un parler de titi parisien.
    Prosateur et romancier, Maurice Frot décrit avec gouaille le génie de ce poète maudit qui sut allier la ferveur musicale au brio littéraire : le chanteur anar ne se promenait jamais sans son gros cahier qu'il appelait « ma banque », et qui était sa boîte à malices ; il considérait les chansons comme une « auberge espagnole ». De « Pépée » à « Vingt ans », en passant par « Ni Dieu ni maître » et « La mémoire et la mer », il a fait de chacune d'elles un poème dont l'équilibre fragile repose sur le bricolage, les collages de plusieurs textes, mais aussi sur le « pain perdu (l'art d'accommoder les restes) ».
    Dans son style fait de mots crus, d'argot parigot, d'anglais, de préciosité et de poésie pure, le chanteur libertaire gueulait son nihilisme, sa solitude, une forme incandescente de folie et de rage, mais aussi son amour infini. On le suit avec passion dans ses chemins de traverse. Sa vie, son oeuvre sont évoqués par le petit bout de la lorgnette : celle de l'émotion pure et d'une verve de chaque instant.
    Ce livre est la réédition complétée de Je n'suis pas Léo Ferré (Fil d'Ariane, 2001).

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