• "Je me rappelle deux ans plus tard, en face de moi, ce grand diable d'officier allemand debout dans la tourmente, à Verdun, Fritz von X..., qui était debout, et appelait, et m'appelait. Et je ne lui répondais pas, je le canardais de loin.
    Dans cette guerre, on s'appelait, on ne se répondait pas. J'ai senti cela, au bout d'un siècle de course. On a senti cela. Je ne faisais plus que gesticulailler, criailler.
    Je n'avançais plus guère. Je trébuchais, je tombais.
    Ils trébuchaient, ils tombaient.
    Je sentais cela. Je sentais l'Homme mourir en moi."

  • Le jeune Européen et Genève ou Moscou : parus, l'un en 1927, l'autre en 1928, Drieu a écrit dans la préface de Genève ou Moscou que ce sont des livres jumeaux. Dans Le jeune Européen, il raconte l'histoire d'un jeune Européen qui lui ressemble, qui a tâté un peu de tout et qui, depuis dix ans, aux côtés d'Aragon et de Breton, a appris son métier d'écrivain.
    Genève ou Moscou, ce sont en politique les idées du jeune Européen. Là, Drieu s'efface, il nous présente un discours politique solide et cohérent, mais il ne s'efface jamais beaucoup. On sait que fort heureusement, il croyait au mélange des genres. La thèse est simple ; la voici résumée par lui : "Si la capitale politique et économique des États-Unis d'Europe ne se fait pas, si Genève ne se fait pas, Moscou se fera."

  • L'homme à cheval Nouv.

    "Jaime Torrijos était lieutenant dans le régiment de cavalerie d'Agreda, qui tenait alors garnison à Cochabamba. Il était admiré et aimé des officiers et des soldats parce qu'il y avait dans son corps une force et une audace extraordinaires. Il était aimé des femmes pour la même raison.
    Quand je le connus, sa renommée commençait à se répandre hors du régiment et de la ville. Il en jouissait insoucieusement. J'étais guitariste et je m'attachai à Jaime qui me voulait dans ses orgies. Il manquait toujours d'argent à cause des cartes et de l'amour..."
    Roman d'action et d'amour aux personnages féminins puissants (la danseuse Conchita, la noble Camilla), L'homme à cheval conte en Bolivie l'ascension et la chute du charismatique Jaime Torrijos, sous le regard de Felipe, un modeste guitariste. On y retrouve transposée la réflexion obsédante de Pierre Drieu la Rochelle sur les rapports de l'écrivain avec la politique, ainsi que sur la figure du chef. Cette nouvelle édition du plus classique et du plus éclatant des romans de Drieu, présentée par Julien Hervier, comprend également deux parties et une ébauche de scénario inédits, qui éclairent le lecteur sur la genèse et l'ambition de L'homme à cheval.

  • "Maintenant, il savait tout le prix de Dorothy. Au fond de lui-même, il croyait qu'il avait gardé un pouvoir sur elle et qu'il pouvait la reprendre, si enfin il s'en donnait la peine. Et il ne pouvait pas croire que l'émoi qu'il ressentait ne fût pas communicatif. Elle avait l'air si bon, sur cette photo. Sa bouche répétait ce que disaient les yeux : une tendresse timide. Ses seins frêles disaient encore la même chose, et sa peau qui fuyait sous ses doigts, ses mains friables."

  • Gilles

    Drieu La Rochelle P.

    "- Je ne puis plus aimer une femme. Je vais partir.
    Torrents de larmes, sanglots, spasmes, râles, agonie, mort, autre veillée funèbre.
    Femmes mortes. Dora, au loin, qu'étaient ses jours et ses nuits ? Assez. Femmes mortes. Il était mort aux femmes.
    Il attendit une heure. Le sanglot de Berthe ne finissait pas. Il se raidissait pour ne rien dire. Pas un mot. Il regardait autour de lui ce charmant décor, mort comme celui de sa chambre avec Pauline."

  • On ne peut pas dire qu'on connaisse bien Drieu sans avoir lu le Journal d'un homme trompé. Dans les douze nouvelles qui composent ce livre, Drieu a dépeint de la manière la plus nue et la plus triste la réalité contemporaine de l'amour. Qu'est-ce que l'amour aujourd'hui, passé la tempête physique des premiers jours ? Et qu'est-ce que des hommes et des femmes qui ne pensent qu'à des conquêtes, qu'à prendre et à se dérober, connaissent de l'amour ?

  • Un jeune homme, Gille, est invité à la campagne par une veuve assez libre, Finette. Il veut se lier avec elle, mais d'abord il joue avec ses amies ; ensuite il sent de la répugnance pour son entourage et les maximes qu'elle affecte. Il s'éloigne, mais il revient bientôt, après une débauche à Paris. Alors, comme elle lui fait des avances et qu'il songe à y répondre, il se montre médiocre et galant.
    Cette déconvenue l'engage dans des confidences égarées. Mais rien ne décourage Finette qui devient amoureuse. L'arrivée de Jacqueline, qu'il a aimée autrefois, apporte à Gille de nouvelles raisons de se détourner de son hôtesse. Pourtant il devient son amant et le prestige d'un amour ancien est bientôt détruit.
    Mais Finette ne parvient pas à prendre place dans le coeur de Gille. Rebelle dès le début à tout ce qui lui paraît stérile au fond d'une telle liaison, ce débauché s'enfonce dans une méditation sur l'amour où se joignent la raison et la mystique, qui à la fin l'entraînent, vers le mariage peut-être, loin de cette maison où l'opprimait un des trop nombreux exemples de la misère sexuelle de ce temps.

  • "Saurai-je un jour raconter autre chose que mon histoire ?" demande Drieu la Rochelle au début de ce livre, un de ses premiers, en 1921. Il y raconte son enfance, son adolescence, ses tourments déjà et la quête des idées qui vont mener sa vie.

  • Ce roman est le dernier de Drieu la Rochelle. Il l'écrivit de 1943 à 1944. À propos d'une intrigue assez simple, qui pourrait être celle d'un roman d'aventures - la lutte, autour d'un dépôt d'armes caché dans une demeure mystérieuse, de petits groupes de français activistes (gaullistes, collaborateurs, communistes, nationalistes) -, Drieu a imaginé un roman qui transcende de très haut les drames de ces années.
    Constant, dernière incarnation des héros de Drieu - un Gilles vieilli -, qui a tout connu, tout éprouvé, tout lu, bien qu'encore profondément attaché à un jeu politique dont il occupe le centre, regarde d'un oeil de plus en plus absent les fureurs et les intrigues de ces hommes de proie. Pour lui qui, depuis des années, médite sur Judas et la signification de son prodigieux destin, le temps de Dieu et le temps de la mort sont venus.

  • "Pendant que je me déshabillais, je vis Antoine qui fixait mon dos. Il me convoitait, encore, toujours, et il se méfiait de moi. Avec son regard, je me regardai : j'étais belle et menteuse. Je ne me regardai pas au visage, je regardai mon corps. J'avais un beau corps, je l'ai encore. Peu de femmes ont de beaux seins : je suis de ces femmes. Encore moins de femmes ont des seins beaux et émouvants : je suis de ce peu de femmes. Mon corps avait des liens avec cet appartement, et avec Antoine ; il s'était façonné à tout cela. J'avais le corps soigné, aisé, épanoui d'une belle femme riche, de plus flattée par les caresses d'un homme qui avait de belles dents, de la fougue, de l'adresse."

  • Blèche

    P Drieu La Rochelle

    Blaquans, le narrateur, est un écrivain catholique, polémiste célèbre. Il se définit comme conservateur et, ayant perdu le goût de Dieu à l'âge de seize ans, débauché repenti. Marié depuis quelques années, père de trois fils, il habite peu avec sa famille, préférant la solitude de la pièce simple qu'il occupe dans une belle maison ancienne, près de Notre-Dame. Il se voit confier par sa femme la vente de boucles d'oreilles pour financer un voyage dont il avait grande envie depuis longtemps, mais lorsqu'il se décide, elles ont disparu. Blaquans entame alors un monologue intérieur tourmenté, soupçonnant tour à tour sa femme de ménage, Amélie Blémard, une fille rubiconde, et Mlle Chardin, Blèche, sa secrétaire... Blaquans se sent bafoué, blessé, méprisé par ce vol qui le plonge dans le désarroi et le révèle tel qu'il est en lui-même : guindé dans ses principes, misogyne, coupable, absorbé dans une sorte de contemplation excessive de soi...
    Drieu la Rochelle traduit avec une grande économie les détours complexes de la conscience torturée de ce personnage replié sur lui-même, et signe avec son deuxième roman une analyse psychologique très fine, et d'une grande subtilité.

  • Publié pour la première fois en 1963, ce recueil posthume rassemble cinq nouvelles qui constituent un éventail tout à fait représentatif de l'art et des thèmes de Drieu la Rochelle. D'une poésie profonde et acide où le désespoir et l'élégance ne cessent de se croiser, ce livre révèle son auteur de manière étrangement présente, libre.

  • Ce texte n'est pas une accumulation minutieuse de notes documentaires, en vue de composer un roman naturaliste : c'est une confession dérangeante, âpre, sans concessions et sans apprêts, sur les débuts sexuels de Drieu.
    Élégant, joli garçon, beau parleur, ce jeune homme doué a tout pour séduire, et pourtant sa vie affective est un désastre, au seuil d'une guerre qui va sonner le glas de cet ancien monde bourgeois que domine l'image malsaine du bordel, avec ses pensionnaires interchangeables et son cortège de maladies vénériennes.
    Sans complaisance mais sans tabou, Pierre Drieu la Rochelle raconte avec force une jeunesse hantée par le sexe, depuis la jalousie oedipienne qui le fait mordre sa mère au sein lorsqu'il la surprend inopinément avec son père, jusqu'à son effroi devant les jeunes filles vierges, en passant par ses rapports délicats à l'homosexualité.
    Notes pour un roman sur la sexualité, où l'on découvre sous un aspect surprenant ce romancier lucide, grand témoin du mal de vivre des Années folles, mais dont le déplorable engagement fasciste a dégradé l'image, constitue son dernier inédit majeur.

  • Beloukia

    Drieu La Rochelle P.

    "Depuis qu'il connaissait Beloukia, il ne s'était pas détourné tout à fait de la politique bien qu'on ne le vît plus jamais pérorer dans les cours du Palais. Même son jeu, pour être devenu moins apparent, y avait pris de l'acuité. Il était entré dans les conseils d'Abdul. Et il s'était trouvé dans des engagements bien plus définitifs qu'il n'aurait pu supporter quelques années auparavant. Or, ces engagements n'allaient pas dans le sens des intérêts de Mansour et de Beloukia."

  • Pierre Drieu la Rochelle a écrit les Mémoires de Dirk Raspe pendant le dernier hiver de la guerre. C'est son dernier roman. En novembre 1944, il écrivait à une amie : "Je travaille et cela devient une grande machine très importante. Cela va très bien, je suis en pleine forme et crois faire mieux que je n'ai fait jusqu'ici." Quatre mois après, il se tuait.
    C'est la vie de Van Gogh qui a inspiré à Drieu les Mémoires de Dirk Raspe. Dans ces semaines où il est hanté par la mort, il voit dans Vincent Van Gogh un grand compagnon fraternel. Comme lui, Van Gogh a voulu voir le dessous des cartes, ce qu'il y a derrière l'écorce de la vie et, pour cela, il ne s'est pas épargné. Les Mémoires de Dirk Raspe, où Drieu et Van Gogh, se tenant par la main, descendent côte à côte vers la mort, sont le récit d'une ascèse, d'une lente marche vers la délivrance à travers les mirages et les miroitements de la vie : l'amour des femmes, la passion des pauvres, l'éblouissement de l'art. Pierre Drieu la Rochelle nous en dit plus long sur lui-même dans ce roman secret que dans tant d'autobiographies appuyées.
    L'oeuvre est inachevée. Drieu prévoyait d'écrire encore trois parties et, d'après la vie de Van Gogh, on peut assez aisément les imaginer. Tels que Drieu nous les a laissés, les Mémoires de Dirk Raspe sont cependant le livre qui éclaire le mieux la dernière démarche spirituelle du romancier du Feu follet.

  • Alain, un jeune homme dans la trentaine, s'enferme dans la drogue et la solitude. Après avoir suivi une cure de désintoxication, il entre dans une maison de repos à Versailles. Il passe ses journées enfermé dans sa chambre, peuplée d'objets fétiches. Pendant deux jours, il guette un signe de sa femme et ressasse les échecs de sa vie passée qu'il confronte à la réalité du monde environnant, aux pensionnaires de la maison de repos dans laquelle il est hébergé.
    Entré dans une phase de rédemption, il déjeune chez son ami d'enfance Dubourg qui mène à présent une vie rangée. Il se sent alors gêné par la vie bourgeoise de Dubourg, devenu égyptologue, qui est marié et est devenu père. Les deux anciens amis ne se comprennent alors pas malgré la volonté de Dubourg de faire comprendre à Alain que l'exaltation de la vie de l'esprit vaut celle de la chair. Face au fossé qui se creuse entre eux, Alain chute à nouveau dans la drogue et fréquente les salons dont il a l'habitude. Au lendemain d'une nuit de déceptions, Alain met fin à ses jours.

  • "J'imaginai une femme jeune, jolie, riche, Marquise Santorini. Un hasard lui fait arracher des mains de la police d'Athènes, où son mari est diplomate, un jeune communiste, Michel Boutros. Margot Santorini devient amoureuse de Boutros. Quelle qualité peut-elle donc aimer dans cet homme qui la froisse dans tous ses préjugés ? C'est un beau garçon ? Oui, mais l'explication est insuffisante, car Margot est une femme difficile. Elle croit deviner en lui un homme d'avenir qui deviendra un grand chef et avec qui elle courra une forte aventure.
    Boutros, de son côté, aime Margot, mais il devine ses mobiles. Très exactement, il comprend que si Margot l'aime, c'est parce qu'il est demeuré le bourgeois qu'il était avant de devenir communiste. Il s'en effraie.
    Le noeud de mon livre est donc là : est-ce que Boutros, inspiré par l'antique Pythie qu'il va avec Margot consulter à Delphes, acceptera cette loi que la femme, toujours imprégnée d'un puissant réalisme, ne peut aimer un homme que pour sa force et son prestige ?"
    Pierre Drieu la Rochelle.

  • Il y a dans ce recueil trois textes différents. Le premier est un traité de suicide. Drieu raconte ici les diverses tentatives de suicide auxquelles, depuis l'âge de sept ans, il s'est livré. Il esquisse une sorte de philosophie du suicide qui, à la lueur de sa mort, prend des résonances singulièrement profondes. Le second fragment est un journal tenu par Drieu, du 11 octobre 1944 au 13 mars 1945. Ce sont des notations au jour le jour sur le suicide, toujours, la situation politique, ses lectures, ses états d'âme, et un ouvrage qu'il écrivait à ce moment-là : Dirk Raspe. Le troisième texte est un court fragment, dans lequel l'auteur retrace rapidement son évolution politique, entre la guerre de 1914-1918, et celle 1940-1945.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Pierre Drieu la Rochelle. Alain, trentenaire désabusé, achève une cure de désintoxication dans une maison de santé pour neurasthéniques. Il déambule dans Paris, retrouve d'anciens amis, hante des soirées demi-mondaines, tente de renouer avec sa femme partie aux Etats-Unis, succombe de nouveau à la drogue, s'enferme dans sa chambre et se suicide. Avec "Le feu follet", publié en 1931, c'est-à-dire entre la rupture avec André Breton et l'égarement dans le fascisme et l'antisémitisme, Drieu la Rochelle tente d'analyser la "décadence" de son époque à travers l'autopsie d'une conscience. Le roman perpétue la mémoire de l'écrivain Jacques Rigaut et continue cette littérature des petits matins tristes qui va d'Ernest Hemingway à Françoise Sagan. Il résume assez bien les thèmes et les obsessions de l'auteur: la méfiance envers les femmes, l'ubiquité des homosexuels et l'hostilité envers les juifs. L'"Adieu à Gonzague", qui sert de conclusion au volume, s'achève comme s'est achevé la vie de son auteur. "Le suicide, c'est la ressource des hommes dont le ressort a été rongé par la rouille, la rouille du quotidien. Ils sont nés pour l'action, mais ils ont retardé l'action; alors l'action revient sur eux en retour de bâton. Le suicide, c'est un acte, l'acte de ceux qui n'ont pu en accomplir d'autres." -- Pierre Drieu la Rochelle.

  • En onze nouvelles - plus une qui a plus trait à une nouvelle de science fiction - Drieu la Rochelle exprime le désaroi du couple bourgeois. Avec élégance, il nous dépeint une société sur le point de perdre ses repères - la seconde guerre mondiale est proche - qu'ils soient sociétaux ou amoureux. Qu'est ce que l'amour quand on l'épuise en de multiples conquêtes ? Qu'est ce l'émoi quand les premières passions physiques sont épuisées ?

  • Au début du XXème siècle, un séducteur se rend chez des amis libertins. Il y rencontre des femmes mais une prise de conscience ou une remise en cause de sa vie le tourmente.
    De conjoncture en conjoncture, il se tourne vers un idéal qui pourrait être Dieu.
    Drieu la Rochelle, dans ce roman, nous fait partager son obsession : être ou ne pas être l'homme moderne.

  • Gille Gambier, trente-cinq ans, célibataire, secrétaire au Quai d'Orsay, est en vacances chez son ami Cahen dans un château pyrénéen, quand arrive Béatrix, une jeune Anglaise accompagnée de sa mère et de son beau-père, lord anglais très riche. Gille et Béatrix sont tous deux immédiatement tentés par l'idée de se marier et des intrigues se forment autour d'eux pour faciliter cette union. Toutefois la situation est toujours incertaine lorsque les visiteurs anglais partent pour l'Espagne. Vingt-quatre heures plus tard Gille rejoint Béatrix à Grenade. Mais, tout en jouant le rôle de fiancé, il ne fait pas de demande en mariage et repart sans que rien soit décidé. A Paris, il commence une liaison qui le fait se heurter une fois de plus à toutes les contradictions et les limites de l'adultère. Il part pour l'Espagne, écoeuré de l'ornière de sa vie parisienne et plus décidé que jamais à se marier.
    Mais Grenade en hiver, une famille qui lui apparaît dans toute son horreur bourgeoise, une fiancée qu'il faudra transformer entièrement lui donnent une envie irrésistible de fuir. Il se fait envoyer un faux télégramme pour couvrir son départ précipité.
    Le sujet profond du livre est la décadence du monde moderne. Le drôle de voyage est celui de la quête sans fin à laquelle est condamné Gille qui refuse les valeurs d'un siècle qui se défait. Le drame du héros solitaire est qu'il aspire à l'engagement et se voit condamné à être toujours disponible.

  • "- J'ai voulu le désordre apparent de carnet de notes. Ce fut pour moi une conquête, momentanée, que de rompre le mouvement continu de discours qui prévalait dans mes anciens essais, mouvement qui manquait sans cesse de se casser mais sans cesse se raccommodait.Là où surtout mon propos semble mal ordonné, c'est dans le va-et-vient toujours brusqué entre les considérations d'histoire littéraire et les considérations d'histoire générale. Mais ce va-et-vient, c'est le mode des esprits autour de moi. - Point de conclusions trop poussées. Je laisse aux irréfléchis, une fois de plus, le plaisir nigaud de s'écrier : "Il ne conclut pas, il ne construit pas." Mais avez-vous jamais lu un livre qui construise extérieurement le futur et qui ne soit une ridicule utopie ? La construction de l'avenir est incluse dans la critique du passé et du présent.- Et je n'ai pas voulu aller au delà de ce que j'avais dit en juin 40 et de ce qu'alors je pouvais penser."

  • "J'aurais aimé présenter mes ouvrages politiques en bon ordre, ce qui aurait rendu plus aisée leur compréhension et qui aurait pu augmenter leur créance. Ce bon ordre eût été l'ordre chronologique. Mais on ne fait pas ce qu'on veut et, publiant ce livre qui couvre un grand nombre d'années, je suis obligé de l'expliquer."
    Pierre Drieu la Rochelle

empty