• Un jeune homme, Gille, est invité à la campagne par une veuve assez libre, Finette. Il veut se lier avec elle, mais d'abord il joue avec ses amies ; ensuite il sent de la répugnance pour son entourage et les maximes qu'elle affecte. Il s'éloigne, mais il revient bientôt, après une débauche à Paris. Alors, comme elle lui fait des avances et qu'il songe à y répondre, il se montre médiocre et galant.
    Cette déconvenue l'engage dans des confidences égarées. Mais rien ne décourage Finette qui devient amoureuse. L'arrivée de Jacqueline, qu'il a aimée autrefois, apporte à Gille de nouvelles raisons de se détourner de son hôtesse. Pourtant il devient son amant et le prestige d'un amour ancien est bientôt détruit.
    Mais Finette ne parvient pas à prendre place dans le coeur de Gille. Rebelle dès le début à tout ce qui lui paraît stérile au fond d'une telle liaison, ce débauché s'enfonce dans une méditation sur l'amour où se joignent la raison et la mystique, qui à la fin l'entraînent, vers le mariage peut-être, loin de cette maison où l'opprimait un des trop nombreux exemples de la misère sexuelle de ce temps.

  • Blèche

    P Drieu La Rochelle

    Blaquans, le narrateur, est un écrivain catholique, polémiste célèbre. Il se définit comme conservateur et, ayant perdu le goût de Dieu à l'âge de seize ans, débauché repenti. Marié depuis quelques années, père de trois fils, il habite peu avec sa famille, préférant la solitude de la pièce simple qu'il occupe dans une belle maison ancienne, près de Notre-Dame. Il se voit confier par sa femme la vente de boucles d'oreilles pour financer un voyage dont il avait grande envie depuis longtemps, mais lorsqu'il se décide, elles ont disparu. Blaquans entame alors un monologue intérieur tourmenté, soupçonnant tour à tour sa femme de ménage, Amélie Blémard, une fille rubiconde, et Mlle Chardin, Blèche, sa secrétaire... Blaquans se sent bafoué, blessé, méprisé par ce vol qui le plonge dans le désarroi et le révèle tel qu'il est en lui-même : guindé dans ses principes, misogyne, coupable, absorbé dans une sorte de contemplation excessive de soi...
    Drieu la Rochelle traduit avec une grande économie les détours complexes de la conscience torturée de ce personnage replié sur lui-même, et signe avec son deuxième roman une analyse psychologique très fine, et d'une grande subtilité.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Pierre Drieu la Rochelle. Alain, trentenaire désabusé, achève une cure de désintoxication dans une maison de santé pour neurasthéniques. Il déambule dans Paris, retrouve d'anciens amis, hante des soirées demi-mondaines, tente de renouer avec sa femme partie aux Etats-Unis, succombe de nouveau à la drogue, s'enferme dans sa chambre et se suicide. Avec "Le feu follet", publié en 1931, c'est-à-dire entre la rupture avec André Breton et l'égarement dans le fascisme et l'antisémitisme, Drieu la Rochelle tente d'analyser la "décadence" de son époque à travers l'autopsie d'une conscience. Le roman perpétue la mémoire de l'écrivain Jacques Rigaut et continue cette littérature des petits matins tristes qui va d'Ernest Hemingway à Françoise Sagan. Il résume assez bien les thèmes et les obsessions de l'auteur: la méfiance envers les femmes, l'ubiquité des homosexuels et l'hostilité envers les juifs. L'"Adieu à Gonzague", qui sert de conclusion au volume, s'achève comme s'est achevé la vie de son auteur. "Le suicide, c'est la ressource des hommes dont le ressort a été rongé par la rouille, la rouille du quotidien. Ils sont nés pour l'action, mais ils ont retardé l'action; alors l'action revient sur eux en retour de bâton. Le suicide, c'est un acte, l'acte de ceux qui n'ont pu en accomplir d'autres." -- Pierre Drieu la Rochelle.

  • Gilles

    Drieu La Rochelle P.

    "- Je ne puis plus aimer une femme. Je vais partir.
    Torrents de larmes, sanglots, spasmes, râles, agonie, mort, autre veillée funèbre.
    Femmes mortes. Dora, au loin, qu'étaient ses jours et ses nuits ? Assez. Femmes mortes. Il était mort aux femmes.
    Il attendit une heure. Le sanglot de Berthe ne finissait pas. Il se raidissait pour ne rien dire. Pas un mot. Il regardait autour de lui ce charmant décor, mort comme celui de sa chambre avec Pauline."

  • On ne peut pas dire qu'on connaisse bien Drieu sans avoir lu le Journal d'un homme trompé. Dans les douze nouvelles qui composent ce livre, Drieu a dépeint de la manière la plus nue et la plus triste la réalité contemporaine de l'amour. Qu'est-ce que l'amour aujourd'hui, passé la tempête physique des premiers jours ? Et qu'est-ce que des hommes et des femmes qui ne pensent qu'à des conquêtes, qu'à prendre et à se dérober, connaissent de l'amour ?

  • Ce texte n'est pas une accumulation minutieuse de notes documentaires, en vue de composer un roman naturaliste : c'est une confession dérangeante, âpre, sans concessions et sans apprêts, sur les débuts sexuels de Drieu.
    Élégant, joli garçon, beau parleur, ce jeune homme doué a tout pour séduire, et pourtant sa vie affective est un désastre, au seuil d'une guerre qui va sonner le glas de cet ancien monde bourgeois que domine l'image malsaine du bordel, avec ses pensionnaires interchangeables et son cortège de maladies vénériennes.
    Sans complaisance mais sans tabou, Pierre Drieu la Rochelle raconte avec force une jeunesse hantée par le sexe, depuis la jalousie oedipienne qui le fait mordre sa mère au sein lorsqu'il la surprend inopinément avec son père, jusqu'à son effroi devant les jeunes filles vierges, en passant par ses rapports délicats à l'homosexualité.
    Notes pour un roman sur la sexualité, où l'on découvre sous un aspect surprenant ce romancier lucide, grand témoin du mal de vivre des Années folles, mais dont le déplorable engagement fasciste a dégradé l'image, constitue son dernier inédit majeur.

  • Beloukia

    Drieu La Rochelle P.

    "Depuis qu'il connaissait Beloukia, il ne s'était pas détourné tout à fait de la politique bien qu'on ne le vît plus jamais pérorer dans les cours du Palais. Même son jeu, pour être devenu moins apparent, y avait pris de l'acuité. Il était entré dans les conseils d'Abdul. Et il s'était trouvé dans des engagements bien plus définitifs qu'il n'aurait pu supporter quelques années auparavant. Or, ces engagements n'allaient pas dans le sens des intérêts de Mansour et de Beloukia."

  • Gille Gambier, trente-cinq ans, célibataire, secrétaire au Quai d'Orsay, est en vacances chez son ami Cahen dans un château pyrénéen, quand arrive Béatrix, une jeune Anglaise accompagnée de sa mère et de son beau-père, lord anglais très riche. Gille et Béatrix sont tous deux immédiatement tentés par l'idée de se marier et des intrigues se forment autour d'eux pour faciliter cette union. Toutefois la situation est toujours incertaine lorsque les visiteurs anglais partent pour l'Espagne. Vingt-quatre heures plus tard Gille rejoint Béatrix à Grenade. Mais, tout en jouant le rôle de fiancé, il ne fait pas de demande en mariage et repart sans que rien soit décidé. A Paris, il commence une liaison qui le fait se heurter une fois de plus à toutes les contradictions et les limites de l'adultère. Il part pour l'Espagne, écoeuré de l'ornière de sa vie parisienne et plus décidé que jamais à se marier.
    Mais Grenade en hiver, une famille qui lui apparaît dans toute son horreur bourgeoise, une fiancée qu'il faudra transformer entièrement lui donnent une envie irrésistible de fuir. Il se fait envoyer un faux télégramme pour couvrir son départ précipité.
    Le sujet profond du livre est la décadence du monde moderne. Le drôle de voyage est celui de la quête sans fin à laquelle est condamné Gille qui refuse les valeurs d'un siècle qui se défait. Le drame du héros solitaire est qu'il aspire à l'engagement et se voit condamné à être toujours disponible.

  • "- J'ai voulu le désordre apparent de carnet de notes. Ce fut pour moi une conquête, momentanée, que de rompre le mouvement continu de discours qui prévalait dans mes anciens essais, mouvement qui manquait sans cesse de se casser mais sans cesse se raccommodait.Là où surtout mon propos semble mal ordonné, c'est dans le va-et-vient toujours brusqué entre les considérations d'histoire littéraire et les considérations d'histoire générale. Mais ce va-et-vient, c'est le mode des esprits autour de moi. - Point de conclusions trop poussées. Je laisse aux irréfléchis, une fois de plus, le plaisir nigaud de s'écrier : "Il ne conclut pas, il ne construit pas." Mais avez-vous jamais lu un livre qui construise extérieurement le futur et qui ne soit une ridicule utopie ? La construction de l'avenir est incluse dans la critique du passé et du présent.- Et je n'ai pas voulu aller au delà de ce que j'avais dit en juin 40 et de ce qu'alors je pouvais penser."

  • "J'aurais aimé présenter mes ouvrages politiques en bon ordre, ce qui aurait rendu plus aisée leur compréhension et qui aurait pu augmenter leur créance. Ce bon ordre eût été l'ordre chronologique. Mais on ne fait pas ce qu'on veut et, publiant ce livre qui couvre un grand nombre d'années, je suis obligé de l'expliquer."
    Pierre Drieu la Rochelle

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