• « Savez-vous pourquoi l'on a accepté de nous livrer ainsi à vous, dans ce que nous avons de plus intime. C'est parce que vous avez marché avec nous. Vous avez couru à nos côtés, la caméra embarquée. Vous avez marché aux côtés de nos mères, lorsqu'elles vendaient nos haricots, nos oeufs et notre lait. Vous avez partagé la sueur de nos mères. Vous les avez suivies tout le temps. Vous nous suivez partout, que nous nous battions, que nous vendions, que nous produisions. Vous avez constaté une chose : nous marchons. Nous marchons toujours. La marche est notre socle, le fondement de notre petite civilisation de femmes. Nous marchons pour vendre, nous courons pour fuir mais nous marchons encore pour tuer. » Dans ce pays d'Afrique, la guerre civile fait rage et nul destin n'est tracé. Celui de Séraphine s'annonce heureux - elle épousera bientôt l'homme qu'elle aime -, mais il bascule lorsque des miliciens saccagent son village. Elle perd alors toute sa famille, et son innocence. Sauvée in extremis grâce à l'intervention d'une faction de l'armée régulière conduite par l'exceptionnelle Blandine, elle se joindra à sa troupe de « Lionnes impavides », qui luttent dans l'espoir fou d'un retour à la paix. Il est impossible de lâcher ce roman - d'une pudeur et d'une justesse saisissantes -, hymne à l'héroïsme des êtres qui transforment leurs silences en un cri de courage et de fureur. Céline Lapertot, 29 ans, est professeur de français. Des femmes qui dansent sous les bombes est son second livre aux éditions Viviane Hamy.

  • Céline Lapertot se confronte à son passé. De ce combat nécessaire avec elle-même et ses souvenirs est né ce texte qui n'est pas un livre comme les autres. Ce qui est monstrueux est normal n'est pas une autofiction, c'est un récit autobiographique, un long cri plein de rage.

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    Ce qui est monstrueux est normal, c'est une phrase qu'elle écrira souvent, l'enfant devenue grande, sans savoir que cette litanie constituera le fil rouge d'un récit. Oui, ce qui est monstrueux est normal, pour un être jeune dont l'œil s'habitue aux fissures dans les murs blancs et aux odeurs d'urine dans les couloirs d'immeubles. Il vaut mieux en rire qu'en pleurer, dit l'adage populaire, à peine conscient de son héritage. Rire de l'homme qui nous élève, chercher tout au fond de soi le respect qu'on lui doit, mais rire – un rictus qu'on n'effacera jamais – pour oublier qu'on voudrait lui balancer un bon coup de pied dans la nuque. "

  • Charlotte a 17 ans. Elle a tué son père. Pourquoi? Dans une lettre adressée au juge devant lequel elle répondra de ses actes dans quelques heures, elle pousse le cri qui la libérera... peut-être. Ce récit bouleverse parce que Céline Lapertot a trouvé le

  • " Ses romans sont un long cri de fureur proféré avec une tranquille, presque douce obstination, celle d'une Antigone revenue d'entre les morts ; jamais elle ne cédera. " Elle
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    Cette sensation de fin du monde, quand tu as dix ans et que tu comprends, du haut de ton mètre vingt, qu'il va falloir abandonner la sécheresse de ton ocre si tu ne veux pas crever. Je serais restée des millénaires, agenouillée contre ma terre, si je n'avais pas eu une telle soif.
    Maman a caressé la peau de mon cou, toute fripée et desséchée, elle m'a vue vieille avant d'avoir atteint l'âge d'être une femme. Elle a fixé les étoiles et, silencieusement, elle a pris la main de papa. On n'a pas besoin de discuter pendant des heures quand on sait qu'est venu le moment de tout quitter. J'étais celle à laquelle on tient tant qu'on est prêt à mourir sur les chemins de l'abîme.
    J'étais celle pour laquelle un agriculteur et une institutrice sont prêts à passer pour d'infâmes profiteurs, qui prennent tout et ne donnent rien, pourvu que la peau de mon cou soit hydratée. J'ai entendu quand maman a dit On boira toute l'humiliation, ce n'est pas grave. On vivra. Il a fallu que je meure à des milliers de kilomètres de chez moi. "

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