• Le mensonge d'État laisse de profondes traces collectives et individuelles. Aujourd'hui encore, le sujet est tabou.

    Les appelés se sentent isolés, privés et pour beaucoup incompris. Cet ouvrage veut participer à rompre le silence.
    Par des extraits des carnets rédigés par l'auteur pendant son service militaire mais aussi par les témoignages d'anciens appelés.
    Écrire et témoigner pour se débarrasser de la peur et del'ambiance d'un monde de violences faite de tués, de blessés et d'exactions multiples.

  • De 1956 à 1962, en Algérie, par obligation légale, sans avoir été sélectionnés et sans avoir bénéficié d´une préparation adaptée à leur mission, deux millions et demi de jeunes Français ont vécu une situation dramatiquement exceptionnelle. La politique dite de « pacification » a en effet amené une génération en armes, prétendument pour ramener l´ordre, à libérer des pulsions de destruction et, pour certains, à devenir des meurtriers.

    Comment des hommes « ordinaires » d´à peine vingt ans, appelés du contingent, en sont venus à commettre l´intolérable ou àêtre les protagonistes passifs d´exactions diverses, allant jusqu´à la torture ou à l´exécution sommaire ?

    Sur la base de lettres et de témoignages saisissants, inédits ou clandestins, Claude Juin, qui fut lui aussi soldat en Algérie et assista à de telles scènes, démonte les mécanismes tortionnaires. Il analyse comment vont naître chez ces hommes, pourtant forgés aux valeurs républicaines des Droits de l´Homme et de l´esprit de la Résistance, un fort sentiment de racisme et une haine viscérale à l´égard de la population musulmane - il observe notamment comment son « copain de régiment » Bernard en est venu à pratiquer régulièrement la torture. Il montre en quoi la soumission aux ordres, la peur, la vengeance, la frustration, l´accomplissement du devoir furent autant de prétextes pour justifier l´intolérable, pour faire taire les « cas de conscience ».
    « Les jeunes soldats, écrit Claude Juin, parce qu´ils vivaient un évènement hors du commun, ont pu devenir cruels, tout en restant des gens ordinaires de la condition humaine. J´ai vécu au milieu d´eux, ils étaient parmi nous. Dans l´abomination, ils demeuraient des hommes. »

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