• André François-Poncet, homme d'État, diplomate et écrivain, possède un sens du récit allié à une grande rigueur d'analyse qui fait de son ouvrage une référence en matière historique. En fin psychologue et en grand connaisseur de la nature humaine, l'auteur nous brosse les portraits des différents intervenants qui rendent ce livre authentique et vivant. Il est vrai qu'André François-Poncet fut pendant les années trente, ambassadeur de France à Berlin. Du fait de sa fonction, il eut l'occasion de se retrouver au coeur de l'Histoire en marche et d'en être tout à la fois le témoin et le protagoniste.
    André François-Poncet fut affecté en Allemagne en raison de l'excellente connaissance qu'il avait de ce pays, de sa culture et de l'âme de son peuple. De plus, il était germanophone, ce qui lui permettait de communiquer sans l'aide d'un traducteur. On mesure l'importance de cette capacité lorsque l'on sait qu'à une langue correspond une vision du monde. Pour cet homme avisé, il fut donc aisé de pénétrer l'esprit de ceux qui allaient devenir les responsables de l'un des plus terribles drames que l'Humanité­ ait jamais connu. L'énergie qu'il a déployée pour mettre en garde des dangers qui menaçaient ne fut malheureusement pas suffisante à faire cesser une certaine forme d'aveuglement. Mais, après les terribles épreuves de la Première Guerre mondiale, la France vivait dans un climat pacifiste et redoutait plus que tout un nouveau conflit avec l'Allemagne. Il n'en allait pas de même du peuple allemand qui, dans sa grande majorité, refusait le Diktat de Versailles­. Grâce à une habile manipulation de l'opinion publique, les chefs de la Reichswehr avaient fait oublié que la défaite de leur pays était avant tout militaire en lui substituant le mythe du coup de poignard dans le dos.
    La crise économique propulsa Adolf Hitler au pouvoir en 1933 et le cycle in­fernal qui allait amener l'Allemagne à la catastrophe de 1945 était enclenché.
    Potsdam, capitale du Brandebourg, résidence d'été de Frédéric le Grand était un haut lieu du pouvoir prussien. C'est dans cette ville que le sort de l'Allemagne allait se jouer pour les décennies à venir. La Prusse, elle, allait totalement disparaître à l'issue du redécoupage des territoires et des déplacements de populations décidés lors de la conférence.

    Cet ouvrage reste riche d'enseignement pour l'époque actuelle, car si les situations changent, les ressorts de l'âme humaine restent constants.

  • Au début du xxe siècle, l'Allemagne connaît la prospérité, elle est la première puissance mondiale. Sa production industrielle a dépassé celle de la Grande-Bretagne. Un cinquième de son PNB provient des exportations, le volume de son commerce extérieur a été multiplié par quatre depuis 1860.

    Sur le plan démographique, aucun des grands États européens ne peut rivaliser avec ce géant qui compte 68 millions d'habitants, alors que la France n'en compte que 40 millions et le Royaume-Uni 46 millions.

    Le dynamisme de ce pays fait qu'une majeure partie de la population et notamment sa jeunesse estudiantine pensent que la suprématie allemande sur le monde, doit être étendue et renforcée, car celle-ci leur paraît naturelle et légitime. Dans ce but, il pourra être fait appel, si nécessaire, aux forces armées, terrestres et maritimes, en constant développement depuis l'avènement de l'empereur Guillaume II et le départ du chancelier Bismarck.
    C'est au cours d'un séjour effectué en Allemagne en 1913 dans le milieu des corporations d'étudiants très fortement imprégné par les idées pangermanistes, qu'André François réalisa cette étude à caractère sociologique et politique pour le compte du journal L'Opinion.
    Reçu major à l'Agrégation d'allemand, c'est grâce à sa parfaite connaissance de la langue de Goethe qu'il a pu rédiger, non seulement, cet ouvrage prémonitoire, mais surtout de connaître un destin hors pair qui allait l'amener à occuper à deux reprises les fonctions d'ambassadeur de France à Berlin de 1931 à 1938, puis à Bonn de 1949 à 1955. Sans l'aide d'un interprète, il s'entretiendra quasi quotidiennement avec Adolf Hitler et les hauts dignitaires du régime nazi. Cette position lui permettra d'alerter le Gouvernement français des dangers que représentait le IIIe Reich pour la France. Lors de sa deuxième ambassade, il se liera d'amitié avec le chancelier Konrad Adenauer et sera l'un des initiateurs du couple franco-allemand qui allait devenir le moteur de l'Europe.

    Afin de faciliter la compréhension du lecteur, cette parution est une édition augmentée de l'édition originale avec l'apport de nombreuses notes en bas de page ainsi que d'encadrés.

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