• Le chat, le pré, le chêne, la forêt, la roche, les nuages. Le regard monte, circule, cherche, s'arrête, repart. Qu'est-ce qu'un paysage sinon cet échange ? Cette pénétration du dedans par le dehors et l'inverse. Au point qu'il n'y a plus, du corps à la ligne de crête, que ce continu de mots, de formes, de rêves, de couleurs, de souvenirs et d'air qu'on appelle l'espace.

  • Sur la fenêtre, l'arbre et le monde sont une seule image, instantanée, débordant de son explosion fixe la lenteur de toute écriture. Que peut alors l'homme qui chaque jour vient s'asseoir devant elle, sinon faire le récit de son regard appliqué à suivre patiemment l'infini réseau des branches, les variations de la lumière, des jours, des nuits et des saisons, en quête d'une improbable coïncidence ? Ce qui jusque-là, dans tout roman, toute narration n'était que l'arrière-plan ou, tout au plus, le témoin muet de nos vicissitudes et de nos drames, en est soudain devenu le centre, rejetant le monde des hommes, les âges de la vie, dans les marges de son irrésistible prolifération. Non plus décor mais personnage à part entière, l'arbre est donc le sujet de ce livre, traversé par ailleurs d'une interrogation sous-jacente mais obsédante : que peut encore, face aux arts visuels traditionnels - peinture, photo, cinéma - mais aussi face à ceux qui triomphent aujourd'hui - vidéo, imagerie virtuelle -, cet exercice silencieux, solitaire, imperceptible, qu'on appelle littérature ?

  • Amnésie du présent

    Jacques Ancet


    Ce livre réunit un certain nombre d'essais écrits durant plus de deux décennies (1991-2014). Ils accompagnent un chemin d'écriture qui, depuis une quarantaine d'années tente difficilement, fragmentairement, de prendre conscience de lui-même dans l'après-coup du regard jeté en arrière ou dans l'accompagnement d'un certain nombre d'oeuvres aimées. Ces textes ont tous en commun d'être traversés par une interrogation insistante qui, depuis Don Quichotte, est celle de toute entreprise littéraire : qu'en est-il des rapports de l'écriture et du réel ? Laquelle ne peut engendrer que d'autres interrogations ou quelques réponses provisoires et toutes plus ou moins formulées ici ou là depuis longtemps déjà. Ce qui ne dispense personne d'essayer de les reformuler à son tour et à sa manière. « Tout ce qu'on a pensé d'intelligent, écrit Goethe, on l'a déjà pensé ; ce qui nous reste à faire, c'est de le penser de nouveau. »

  • Le Dénouement

    Jacques Ancet

    À la mort soudaine de sa femme, le narrateur du Dénouement se réfugie dans la rédaction d'un journal, le journal de son deuil. Survivre, c'est écrire. Recomposer par le langage un nouveau rapport au temps, à la mémoire et à la solitude. Peut-on vraiment quitter quoi que ce soit ?, écrit-il en proie à sa propre nature sauvage. D'autres espaces s'ouvrent à lui, paysages de montagne embrumés, bergerie perdue sur un plateau rocheux, monastère où reprendre des forces. C'est le parcours initiatique d'un homme retranché dans les marges de son humanité et dont le lecteur peut suivre, étape par étape, l'écriture du récit.


    Un roman
    comme un poing crevé d'éclairs. Une explosion d'images.

  • L'intensité bouleversante de certaines pièces de Franz Schubert est à l'origine des premiers poèmes de ce livre, hommage lointain, presque imperceptible, rendu à cette musique, la plus fraternelle qui soit. Personne autant que ce musicien n'a su donner une forme aussi profonde à l'angoisse de notre condition : être voué à l'amour de ce qui s'en va, à la nostalgie de ce qui n'est plus. Si tout poème est, au fond, une élégie, cette oeuvre, foncièrement élégiaque, est l'une des plus proches de la poésie : un chant de vivre qui est mourir, un adieu prolongé à la beauté des choses.

  • Jacques Ancet invente une écriture très originale, toute en spirales et en circonvolutions, afin de mieux restituer la trame serrée de l'existence, de mieux capter le fragile équilibre du monde : une polyphonie fluide, un kaléidoscope où s'engouffrent toutes les bribes du quotidien, les objets, les corps, les voix, les désirs, les gestes et les émotions, le flot vivant du réel. Ses textes introduisent en littérature une sorte de "pointillisme" très subtil.

  • Jacques Ancet invente une écriture très originale, toute en spirales et en circonvolutions, afin de mieux restituer la trame serrée de l'existence, de mieux capter le fragile équilibre du monde : une polyphonie fluide, un kaléidoscope où s'engouffrent toutes les bribes du quotidien, les objets, les corps, les voix, les désirs, les gestes et les émotions, le flot vivant du réel. Ses textes introduisent en littérature une sorte de "pointillisme" très subtil.

  • Luis Cernuda (1902-1963) nous laisse l'image d'un poète solitaire, blessé, mais libre, errant par un monde dont il rejette en bloc toutes les valeurs au nom d'une vérité « qui ne s'appelle pas gloire, fortune ou ambition mais amour ou désir ». Son oeuvre, subversive et exemplaire, biographie spirituelle où s'affirme son irréductible différence, nous renvoie à notre propre condition. Luis Cernuda ne parle pas pour tous, mais pour chacun de nous.

  • La présence de Jacques Ancet dans publie.net va bien au-delà de la simple mise à disposition de textes importants.
    Auteur décisif, nous sommes quelques-uns à le savoir. Le non renoncement dans la part lyrique de la langue, l´implication poétique de la prose, ou, symétriquement, que la poésie ait encore à faire avec nos temps mornes, pourvu - se rapprochant de la dureté et de la violence du réel - qu'elle continue à s´en remettre au récit et aux voix... On le sait en littérature depuis L'Incessant, et c´est avec fierté qu'on accueille, de Jacques Ancet, le Silence des chiens.
    Mais Jacques Ancet c´est aussi une voix ouverte, sans jeu de mots. Qui s'offre aux grandes et extrêmes explorations de Jean de la Croix, de Jose Angel Valente, ou en ce moment de Borges, et que le traducteur doit s´y faire écrivain ou poète comme celui dont il reçoit les pages. Alors dialogue ouvert, toute une vie, avec ceux qui portent la langue dans cet extrême : Bonnefoy, Jaccottet, Bernard Noël...
    Avec le numérique, une nouvelle possibilité de permettre la circulation de cette réflexion, ouvrant vers ceux qu'elle commente, nous guidant vers des lectures neuves.
    L´autre cohérence de ce très vaste ensemble, deux fois 300 pages, c´est que le premier s´enracine plus dans les voix du passé, depuis la figure immense et emblématique de Don Quichotte, puis, via Quevedo ou Saint-Jean de la Croix, jusqu'à Cortazar, Maria Zambrano ou Claude Simon, tandis que le second suit cette même exigence découvreuse de l´écriture dans les chemins escarpés du contemporain, de Valente ou Castaneda vers Jacques Roubaud, Henri Meschonnic ou Claude Louis-Combet.
    Très fier donc, avec une matière aussi lourdement belle, de contribuer à la présence et la visibilité sur Internet de ceux qui ont porté la littérature dans ces chemins d´exigence. Et Jacques Ancet nous y appelle, nous aide à franchir le rebord...

    FB

  • Aujourd´hui est un jour comme un autre.
    Ou peut-être non, à cause de l´été précoce. Globalement, pas de raisons de se réjouir (petits malaises, grèves, guerres, massacres), mais le matin ressemble à l´enfance. Aux matins de l´enfance, je veux dire. Avec cette légèreté du ciel plus vif dans les arbres ou près du rouge des géraniums entrevus à une fenêtre d´un dernier étage. La fenêtre était ouverte. J´ai pensé que toute une histoire pourrait s´écrire à partir de cette seule fenêtre ouverte. Ce qui se passerait dedans, dans l´obscur de l´encadrement. Aucun drame. La vie, simplement, avec ses hauts et ses bas. Ce qu´on ne peut jamais dire...

    Voici comment Jacques Ancet présente Le silence des chiens, une seule phrase de 160 pages.
    Mais aucune prouesse, aucun passage en force : juste cette très souple tension entre la phrase et ce qu´elle nomme, parfois la phrase suscite le monde, parfois le monde appelle la phrase, parfois s´écartant à quelque distance, la voix apostrophant le narrateur ou s´occupant de quelque problème de compte, ou s´en allant basculer dans d´autres registres de l´oralité, la langue espagnole, les expressions usuelles du quotidien.
    Parce que c´est bien la voix, qui est centrale. On avance, on est entraîné, poussé, bien sûr parce qu´à chaque instant il y a récit, il y a histoire. Mais c´est la voix qui est l´événement, la dynamique, les renversements.
    Comment nommer la profusion du monde, et son hostilité comme sa tendresse ? Comment nommer non pas le bruit rêche des villes, et les haines ou les guerres (elles y sont aussi), mais ce lien bien plus exigeant à dire, qui est la parole comme on l´entend, des proches et de la mémoire, et cette façon qu´a le réel, pour se constituer tel, de venir jusqu´à vous se faire présence ?
    C´est un livre de Jacques Ancet.
    L´oeuvre de Jacques Ancet est le parcours d´une vie. Pour ceux de ma génération, on les découvrait en avant de nous, nous désignant non pas un chemin - le poète qu´il est s´en moque bien -, mais un possible. Ainsi, ce très grand texte qu´est L´Incessant. Ainsi, paru chez Ubacs en 1990, ce Silence des chiens.

    Entre les voix, les gestes, un blanc. Une césure où tout vacille. Comme passant de l´ombre à la lumière -- ou l´inverse. Tu vois sans voir : table, chaises, mouche, bouquet. Comme en négatif. Blanc sur noir ou l´inverse. Plus tu veux dire moins tu dis. Tu bafouilles. Le jour voyage. La douleur fait tache, parfois, sur l´herbe jaune. Le chat dresse l´oreille, se lèche, disparaît. Le vent souffle toujours. Ou tombe brusquement. Entre les deux, cet instant. Je ne le dis pas, j´y suis. Je n´y suis plus. Mais où ? Là, genoux contre le bois, main arrêtée, corps perdu -- perdu.

    C´est la rançon de la littérature exigeante : Jacques Ancet a mené droit sa barque d´auteur. On le connaît comme traducteur, de Saint-Jean de la Croix jusqu´à Jose Angel Valente, ou actuellement la reprise des poèmes de Borges, et tant d´autres.
    Il avait bien voulu nous confier, dès le début de l´aventure publie.net, ces Voix de la mer. La prochaine mise en ligne rassemblera un vaste ensemble de textes critiques, et ce sera - la voix, la voix - L´Amitié des voix.
    Dans cette lumière et cette rigueur, l´entreprise d´écriture n´a pas d´âge ni de temps. Elle est une prise nouvelle à chaque nouvelle lecture, pour quiconque s´y risque. Jacques Ancet appelle Obéissance au vent l´ensemble que constituent L´Incessant, La mémoire des visages et Le silence des chiens.
    C´est beaucoup plus que dire : voilà un texte important, assurons sa continuité, sa disponibilité. Ce que je voudrais, c´est qu´on interroge l´écriture même. La tension entre prose et poésie.
    La tension entre écriture et monde. La tension entre voix et silence. La tension entre narration et épiphanie. La notion de continu, qu´a si bien développée Jean-Paul Goux.
    C´est un texte pour maintenant. Aussi parce qu´il interroge le geste d´écrire dans ce que nos outils et supports d´aujourd´hui le rendent à la fois infiniment plus fragile, et infiniment plus proche peut-être, par ce découplage du temps, de ce sentiment de présence au

  • Jacques Ancet est probablement un des auteurs qui - discrètement, souterrainement, obstinément - aura le plus marqué l'entreprise collective d'écriture de ces dernières décennies. Parce qu'il est un passeur, un traducteur : de Borges et Quevedo ces jours-ci, aux grandes voix que sont Miguel Angel Valente ou José Gamoneda, voir sur publie.net L'Amitié des voix, mais enraciné dans la mystique profonde où la poésie prend source pour son assaut du monde, lire ses traductions de Jean de la Croix chez Poésies/Gallimard.
    Sur ce travail de fond, Jacques Ancet a élaboré un monument, qui s'appelle Obéissance au vent, et qui rassemble les poussées et nappes de cette prose lyrique, violente, s'élevant sourdement et s'imposant d'absorber littéralement les forces antagoniques du monde. On commence à être quelques-uns à le savoir. Les livres les plus connus de Jacques Ancet, L'Incessant ou La mémoire des visages, en sont des éléments.
    Sur publie.net, voici deux des fondations les plus essentielles d'une écriture qui nous est radicalement nécessaire. Deux volets presque contraires, comme les anciens panneaux tragédie et comédie de nos anciennes salles des fêtes : la violence du Silence des chiens, la paix de la Tendresse.
    On fait d'ailleurs précéder le Silence des chiens d'une préface où Jacques Ancet lui-même installe la genèse de cette démarche, et ses enjeux.
    Comment autrement vous suggérer de découvrir ces deux textes tout ensemble ?
    Et pour qui voudrait quelque gage, promenade conseillée dans le site de Jacques Ancet, Lumière des jours, dont nous sommes si fiers, en accueillant son oeuvre, qu'elle donne sens à notre démarche tout entière.

    FB

  • L'Amitié des voix

    Jacques Ancet

    Il ne faut pas mésestimer le poids des notes dans le parcours d'un écrivain. Qu'il s'agisse d'essais, de préfaces ou de chroniques, ces textes parallèles esquissés le long de l'oeuvre en cours en disent long sur la circonférence de ses lectures, et donc sur sa profondeur de champ. En somme, les auteurs que l'on porte en soi façonnent autant notre réalité que notre environnement direct ou notre histoire personnelle.
    Dans le premier opus de son cycle critique « L'amitié des voix », et dans le prolongement de son précédent essai Amnésie du présent, Jacques Ancet réunit moins un panthéon d'auteurs qu'une colonne vertébrale, nécessairement subjective, d'oeuvres ayant soutenu sa voie : « une géographie de préférences personnelles qui s'étend sur près de quarante ans ». Car on n'écrit pas sans l'autre, et dresser la carte de ses voix d'écriture, c'est livrer un peu de soi-même.
    Pour ce volume, à travers les siècles, nous suivons un sillon majoritairement franco-hispanique qui va de Cervantes à Claude Simon via Quevedo, Mallarmé ou Maria Zambrano, sans oublier Borges. Quant à savoir qui s'exprime en marge de ces textes, c'est à la fois le poète, l'écrivain, le professeur, le lecteur, le traducteur, tant tout est intriqué dans l'acte littéraire.

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