• L'enjeu essentiel, pour les sociétés humaines, est d'assurer leur reconduction, en dépit de l'aléa des destins individuels et des événements historiques. Des continuités sont ainsi opérées dans le temps (connexions entre passé, présent et à venir) pour la transmission des valeurs à partir desquelles chaque communauté établit son ordre et les règles qui y président. Des continuités sont aussi réalisées dans l'espace, qui est plié aux perceptions et aux logiques sociales, à leurs principes, à leurs effets. L'ancestralité apparaît alors comme un moyen quasi universel mobilisé pour organiser tout ou partie de ces continuités. Les ethnographies relatives aux différentes sociétés humaines montrent que les défunts sont conçus très différemment selon les cultures, que tous ne sont pas traités également ni ne revêtent la même importance. La question à laquelle les auteurs de cet ouvrage cherchent une réponse est donc moins « qu'est-ce qu'un ancêtre ? » que « quand, et comment, la relation aux ancêtres est-elle importante, signifiante et, donc, opératoire ? »

  • Bien qu'elle soit dite « traditionnelle », la société polynésienne de Wallis n'a jamais cessé d'évoluer. Que peut-on savoir de son passé qui nous permette de comprendre le paradoxe de sa continuité dans le changement ? Partant de l'étude des traditions orales compilées par le Père Henquel au début du xxe siècle, ce livre s'attache à dégager et à comprendre les valeurs et les logiques profondes qui n'ont cessé de présider aux distinctions de statut, d'organiser la distribution des responsabilités, mais aussi et surtout, de donner à toute action sens et efficacité. L'étude de la chefferie et de la royauté qui en forme le sommet est ici centrale, avec celle des relations à la terre et du système foncier. Elle dégage les conditions et les modalités de leurs mutations, notamment sous l'influence des Tongiens, des missionnaires catholiques et de l'État français. L'approche en synchronie est complémentaire. Elle montre comment des principes similaires organisent les relations socio-cosmiques aux échelles emboîtées du village, du district et du « pays » fenua que constituent, tout ensemble, la terre, les vivants et les morts. Évitant une approche anthropologique centrée sur la seule dimension politique du social, cette monographie cherche à dégager les spécificités de cette société de type cosmomorphe. Elle propose ainsi une analyse qui peut s'étendre aux autres sociétés polynésiennes, questionnant à nouveaux frais leur opposition classique avec les sociétés dites mélanésiennes.

  • Si les noms de personne ont fait l´objet de nombreuses études anthropologiques, les liens entre nomination et organisation sociale ont souvent été sous-estimés. Les auteurs de cet ouvrage, résultat d´une élaboration collective procédant par allers-retours entre enquêtes de terrain et réflexions théoriques, entendent y remédier en proposant des synthèses, des études de cas et une bibliographie étendue sur la question.  La première partie présente l´histoire, les débats et les propositions autour de la nomination et des noms propres selon les paradigmes qu´offrent l´anthropologie, la linguistique et les sciences cognitives. Pourquoi le développement de la notion d´organisation sociale a-t-il fait l´impasse sur le rôle de la nomination ? D´où vient l´idée communément répandue en linguistique que les noms propres n´auraient pas de signification ? La nomination se réduit-elle à une mise en catégories ?  Huit études ethnographiques complètent cette première partie. De l´Océanie au Brésil en passant par le continent africain, ces études de cas permettent d´illustrer le rôle et l´importance de la nomination dans l´organisation de la collectivité. Des formes sociales difficiles à comprendre dans les schèmes classiques de l´anthropologie apparaissent ainsi sous un nouveau jour, affinant notre compréhension des noms propres, de leurs significations et de leurs valeurs sociales.  Sophie Chave-Dartoen est maître de conférences en ethnologie à l´université Bordeaux - Segalen.  Cécile Leguy est professeur d´anthropologie linguistique à l´université Sorbonne Nouvelle - Paris III.  Denis Monnerie est professeur d´ethnologie à l´université de Strasbourg.

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