• Quel fut le rôle de l'empire byzantin dans l'essor culturel de l'Europe latine à l'époque de l'art roman ? C'est à Byzance, en effet, que fut recopiée la quasi-intégralité des oeuvres de l'Antiquité grecque. Et c'est dans la cité impériale que la culture antique continua pendant des siècles à servir de socle à l'enseignement scolaire. Ce bagage byzantin fut transmis aux cours royales et aux abbayes de l'Europe à l'époque romane. On rencontre ainsi les influences artistiques byzantines à travers toute l'Europe des xe-xiie siècles, dans les vallées de la Meuse ou du Rhône, en Allemagne, jusque dans les royaumes scandinaves. De nombreux textes antiques furent alors traduits en latin puis commentés. Les routes et les intermédiaires humains par lesquels cette transmission s'est effectuée montrent un couloir de circulation reliant la Sicile, l'Italie du Sud, la vallée du Rhône, la cour de Champagne, les abbayes d'Île-de-France et de Normandie, le monde rhénan...

  • Le portrait renouvelé de l'empereur Frédéric II de Hohenstauffen, figure médiévale d'exception, par un historien de réputation mondiale.Frédéric II Staufen (1194-1250), l'empereur qui stupéfia le monde, selon les mots d'un chroniqueur contemporain, exerça son pouvoir dans une époque riche en mutations. Au cours d'un règne tumultueux, il déploya des qualités qui le placent parmi les souverains les plus fascinants de toute l'histoire médiévale occidentale.
    Héritier des rois normands de Sicile et des souverains germaniques, ce monarque réformateur et d'une volonté de fer apparaît comme l'une des figures majeures du Saint Empire. Dominant l'Allemagne, l'Italie et le royaume de Jérusalem, son objectif fut partout et toujours le même : exercer et défendre les droits royaux et impériaux, en usant avec souplesse des possibilités offertes par les situations locales. Les réussites, réelles, du règne ne masquent pourtant pas ses difficultés et ses échecs. Frédéric II se heurta à la révolte de son premier fils, Henri. En butte à l'opposition radicale de la papauté, il fut excommunié, puis, déclaré parjure et hérétique, il fut déposé par Innocent IV.
    Par ce travail basé sur des archives aussi bien allemandes qu'italiennes et françaises, et en délaissant le mythe comme la psychologie supposée du personnage, mais en s'attachant à étudier le règne, sans a priori ni anachronisme, Sylvain Gouguenheim dresse le portrait renouvelé d'une figure médiévale d'exception.

  • Édition revue et corrigée ! Au XIe siècle, sur fond de lutte acharnée entre le Pape et l'Empereur, l'Occident connaît une révolution qui bouleversera à jamais son visage : c'est la réforme grégorienne, inspirée du nom du pape Grégoire VII, avec des effets qui durent encore aujourd'hui. Les réformateurs du XIe siècle veulent corriger les moeurs, restaurer la discipline monastique et, de manière générale, séparer nettement dans la société les clercs et les laïcs, au profit des premiers. Ils conduisent à la querelle des investitures, marquée par des affrontements violents. En voulant trancher la question de l'équilibre des pouvoirs entre deux puissances à vocation universelle - l'Empire et la Papauté -, la réforme grégorienne désacralise le pouvoir politique et conduit à un profond renouvellement des élites d'Eglise. Paradoxalement, en séparant le temporel du spirituel, elle participe à son corps défendant à l'émergence d'un pouvoir laïc à la tête des sociétés médiévales. Marquant à jamais la chrétienté latine, l'oeuvre des papes Léon IX, Grégoire VII et Urbain II constitue l'une des matrices du développement politique, religieux et culturel européen. La réforme grégorienne a fait l'objet de nombreux travaux depuis un siècle, mais jamais aucun n'aura été aussi accessible et aussi lumineux sur la façon dont ce lointain passé a façonné notre présent. EXTRAIT L'histoire de la réforme grégorienne - et l'affrontement entre la Papauté et l'Empire qui s'en est suivi - fait partie des épisodes les plus célèbres et les plus importants de l'histoire du Moyen Âge européen. Ce qui s'est déroulé au cours du XIe et au début du XIIe siècle a profondément marqué le paysage politique et religieux de l'Europe médiévale, et certaines de nos idées ou représentations contemporaines du pouvoir y ont leurs racines. À PROPOS DE L'AUTEUR Sylvain Gouguenheim est un historien médiéviste français. Après avoir rédigé une thèse de doctorat à l'Université de Paris X-Nanterre consacrée, sous la direction d'André Vauchez, à la mystique rhénane Hildegarde de Bingen, il a été maître de conférence à l'Université de Paris I-La Sorbonne et membre du LAMOP (Laboratoire de médiévistique occidentale de Paris) avant de devenir professeur des universités à l'ENS Fontenay-Saint-Cloud (ENS LSH de Lyon) de Lyon. En 2008, il publie Aristote au Mont-Saint-Michel, un livre dans lequel il prend le contrepied de certains cercles d'historiens qui considèrent que le monde musulman a joué un rôle important dans la transmission à l'Occident médiéval de l'héritage culturel antique.

  • Hildegarde, abbesse du monastère de Bingen, vécut au temps des Croisades et de l'empereur Barberousse. De nos jours célèbre pour ses visions, ses écrits médicaux ou naturalistes, elle fut en son temps recherchée pour ses capacités prophétiques ainsi que pour la sagesse et le bon sens de ses conseils. Inexpérience visionnaire, le souci personnel d'échapper aux calomnies ou aux suspicions, ajoutés au désir bien compréhensible de ses proches d'exalter sa sainteté et de souligner l'exceptionnelle originalité de sa vie ont à terme produit une image déformée. Miracles et prophéties furent mis en exergue, la correspondance remaniée, voire manipulée, l'image de la sainte utilisée à des fins aléatoires. D'une oeuvre en partie rédigée sous le signe de l'Apocalypse, on retient les aspects les plus spectaculaires, au détriment d'une approche exacte de la bénédictine. Il était certes plus facile de transformer l'abbesse en prophétesse enflammée que de scruter ses écrits, plus facile de basculer dans la légende que de faire son histoire. C'est en revenant aux sources, aux textes, que ce livre entend dresser un portrait de la visionnaire, une première approche qui puisse servir d'introduction. Hildegarde de Bingen ne fut pas une mystique mais une visionnaire, elle ne dévoila pas l'avenir pas plus qu'elle n'a anticipé sur nos découvertes scientifiques, mais elle lutta inlassablement contre les maux du temps, contre l'indignité des prêtres, l'impiété des empereurs ou la subversion cathare. Ranimant les énergies défaillantes, secouant les âmes inconstantes ou faibles, elle a préparé ses contemporains à la fin des temps, sans chercher à les effrayer inutilement. A ses yeux l'eschatologie n'est que le désir de faire retour aux origines sacrées et incorruptibles du monde, de s'y réfugier, d'échapper à la mort. Hildegarde resta toute sa vie une femme d'Église, respectueuse des institutions, une abbesse infatigable rappelant le message des Écritures, bref une femme de son temps, qui sut se faire entendre et respecter.

  • Si l'histoire de l'Allemagne et de l'Empire au XIIIe siècle est connue par la place qu'y tient Frédéric II, il reste que les études se sont davantage concentrées sur le XIIe siècle des Staufen et le XIVe siècle de Charles IV. Aussi était-il nécessaire d'offrir aux enseignants et étudiants qui ont à étudier l'Europe au XIIIe siècle une première synthèse, dont l'esprit est, en particulier, d'aider à percevoir une mentalité et des institutions souvent mal comprises. Le souci pédagogique a conduit à présenter d'une façon claire et systématique les domaines politique, religieux, social, économique et culturel, confiés à des chercheurs spécialistes de l'Empire médiéval. Au centre de l'Europe, le monde germanique et impérial, de la frontière française aux confins slaves et de la mer baltique aux Alpes, constitue un ensemble très éclaté, dont il est essentiel de saisir les éléments communs.

  • Bien avant la victoire des troupes allemandes contre les Russes en septembre 1914 eut lieu la première bataille de Tannenberg (Grunwald). Cet affrontement, l'un des plus importants de l'Europe médiévale, prend place dans la « Grande Guerre », qui, de 1409 à 1411, oppose la Pologne chrétienne et la Lituanie païenne à l'Ordre teutonique. Le 15 juillet 1410, durant sept heures, des milliers de combattants s'affrontent sur un terrain restreint, aveuglés par la cohue et la poussière, dans un vacarme étourdissant. Mieux entraînés, mais moins nombreux, les Teutoniques lancent plusieurs charges violentes dans la plaine de Grunwald. C'est sans compter l'habileté stratégique du roi de Pologne Ladislas Jagellon. Après des heures de combats au corps à corps, le Grand Maître de l'Ordre Ulrich de Jungingen est tué. Au soir de la « Grande Bataille », les armées polonaise et lituanienne ont remporté une victoire décisive, qui sonne le glas de l'invincibilité teutonique. Le souvenir de la bataille se perpétua jusqu'à nos jours : pour les Allemands, 1914 vengeait 1410 ; Tannenberg effaçait Tannenberg. Après 1945, le parallèle entre les nazis et les Teutoniques fut l'un des éléments constants de la propagande communiste. En Pologne, les commémorations de la bataille de Grunwald sont toujours empreintes d'un fort sentiment patriotique.

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