Philosophie

  • Peut-etre avons-nous honte aujourd'hui de nos prisons. Le XIXe siccle, lui, était fier des forteresses qu'il construisait aux limites et parfois au cur des villes. Ces murs, ces verrous, ces cellules figuraient toute une entreprise d'orthopédie sociale.
    Ceux qui volent, on les emprisonne ; ceux qui violent, on les emprisonne ; ceux qui tuent, également. D'ou vient cette étrange pratique et le curieux projet d'enfermer pour redresser, que portent avec eux les Codes pénaux de l'époque moderne? Un vieil héritage des cachots du Moyen Âge? Plutôt une technologie nouvelle : la mise au point, du XVIe au XIXe siccle, de tout un ensemble de procédures pour quadriller, contrôler, mesurer, dresser les individus, les rendre ´r la fois Tdociles et utilest. Surveillance, exercices, manuvres, notations, rangs et places, classements, examens, enregistrements, toute une manicre d'assujettir les corps, de maîtriser les multiplicités humaines et de manipuler leurs forces s'est développée au cours des siccles classiques, dans les hôpitaux, ´r l'armée, dans les écoles, les collcges ou les ateliers : la discipline.
    La prison est ´r replacer dans la formation de cette société de surveillance.
    La pénalité moderne n'ose plus dire qu'elle punit des crimes ; elle prétend réadapter des délinquants. Peut-on faire la généalogie de la morale moderne ´r partir d'une histoire politique des corps?

  • Voici le jardin du philosophe. On y cueillera des fruits mûris sur le tronc de la sagesse commune et dorés à cette autre lumière des idées. Ils en reprennent leur saveur d'origine, qui est le goût de l'existence. Saveur oubliée en nos pensées ; car on voudrait s'assurer que l'existence est bonne et on ne le peut ; on en déçoit donc l'espérance par précaution, prononçant qu'elle est mauvaise. De là s'étend l'empire de l'imagination déréglée, en quoi Alain, se confiant à la sagesse du corps, restaure la souveraineté claire de l'homme heureux et qui n'attend pas pour l'être, ici et non ailleurs, que l'événement lui donne raison, acteur enfin et non spectateur de soi-même.

  • Le verbe Avoir est au coeur de notre langage. Nous disons continuellement que les êtres humains ont des pensées, des expériences, ou encore qu'ils ont peur ou soif. Quelles implications se cachent derrière ces phrases familières ? En suivant les aventures de l'avoir, Paolo Virno nous entraîne dans un voyage à l'intérieur de la nature du langage et de l'humain. Celui qui a quelque chose ne se confond jamais avec ce qu'il est. Cet écart entre ce que l'on a et ce que l'on est nous fait réfléchir sur nous-mêmes, sur ce que nous faisons et dont nous avons conscience. Mais c'est aussi par là que nous sommes libres d'abandonner ce dans quoi nous ne nous reconnaissons plus, et de désirer ce que nous n'avons pas encore : un ami intime, une vie plus gratifiante, une communauté.

    Paolo Virno enseigne la philosophie du langage à l'Université Rome 3. Il est l'auteur d'une oeuvre rigoureuse où la philosophie du langage s'imbrique dans une pensée du monde et de l'animal parlant qui l'habite. Outre ses récents écrits sur la négation (Essai sur la négation, 2016) ou sur la régression à l'infini (Et ainsi de suite, 2014), un ensemble de ses textes écrits sur près de 40 années a été rassemblé sous le titre L'Usage de la vie et autres sujets d'inquiétude (L'éclat, 2016).

  • « À vous qui êtes et qui, étant, désirez être davantage, n'étant jamais assez, étant peut-être trop, Et à vous qui n'êtes pas et qui voulez simplement être, ou qui hésitez à être, Et aussi à vous qui ne croyez et ne désirez rien de particulier à propos d'être, qui ne pensez pas à être, mais qui ne voudriez pas manquer une occasion d'en rire, À tous... » cette `Lettre aux inexistants' qui ouvre un nouveau volet dans l'oeuvre infinitive de Fournier, où il est question d'être et de s'engager à être, aux prises avec l'abîme de n'être pas, ou plus, sans avoir été, et avec la question du nom de l'Être sous laquelle la philosophie l'a l'abordée. Un chemin revisitant les grands textes, de Platon à Wittgenstein, pour expérimenter la question autrement vivante et sauvage, qui est d'être avant d'avoir.

    Emmanuel Fournier est l'auteur de livres qui mettent en abîme les conditions de l'existence et de la pensée, par des recherches sur la grammaire des questionnements (Croire devoir penser, 1992 ; L'infinitif des pensées, 2000 ; Philosophie infinitive, 2014 ; La Comédie des noms, 2016), des essais sur la place du cerveau (Creuser la cervelle, 2012 ; Insouciances du cerveau, 2018), ou des investigations au trait sur la syntaxe du dessin (La même chose, 1993 ; 36 morceaux & Mer à faire, 2005).

  • Gentilhomme poitevin formé dans le meilleur collège Jésuite de France, Descartes est l’un des plus grands génies de son temps. Gloire de la France, celui qu’on appelle le père du rationalisme vécut pourtant plus de la moitié de sa vie en Hollande, pays refuge dans des temps troublés par la guerre de Trente ans et le début de la Fronde. C’est l’histoire de cet homme chaleureux et de sa pensée révolutionnaire pour les sciences et la métaphysique que dépeint cette Bande Dessinée.

  • L'amour et la solitude vont ensemble, toujours : ce ne sont pas deux contraires, mais comme deux reflets d'une même lumière, qui est vivre. La philosophie, sans cette lumière-là, ne vaudrait pas une heure de peine.

  • Bien que loué par Jankelevitch et Sartre, "l'être et le code" se vit opposer dès sa parution en 1973 un mutisme hargneux de la nouvelle intelligentsia soixante-huitarde. Aujourd'hui réédité, "l'être et le code" raconte une histoire de France inédite qui fait apparaître les refondations politiques méconnues et leurs enjeux spirituels ignorés. Rechercher le sens de l'histoire, passer de l'univers du vieux monde à celui de la praxis.

  • Qu'est-ce qu'une émotion ? Pourquoi faut-il affirmer qu'elle a une signification et refuser les approches de la psychologie positive comme de la psychanalyse ? Publiée en 1938, L'Esquisse d'une théorie des émotions fait partie de ces premiers textes fulgurants de Sartre qui témoignent déjà de son génie philosophique et de sa capacité à saisir les enjeux de la psychologie : il y montre la nécessité d'une approche phénoménologique, seule à même de faire comprendre l'essence de l'émotion.

  • La pensée d'Edgar Morin est inclassable. Ni science ni philosophie, enjambant la science et la philosophie, les sciences humaines et les sciences naturelles, sa pensée échappe aux classements disciplinaires et aux modes de connaissance compartimentée. Edgar Morin a abordé des disciplines aussi différentes que la biologie, la sociologie, l'anthropologie, la philosophie et l'épistémologie des sciences.
    Comment résumer une oeuvre qui couvre plus de soixante années de vie intellectuelle?? Comment en dégager un esprit général qui ne soit pas une réduction caricaturale??
    En passant par La Méthode dont la publication s'est étalée sur presque trente ans (1977-2004). Déjà en gestation dans les premiers travaux d'Edgar Morin (L'Homme et la Mort, Le Vif du sujet, Le Paradigme perdu), La Méthode est le creuset d'où sont sorties de nombreuses ramifications, sociologiques, politiques, éducatives (Terre-Patrie, La Voie, Les Sept savoirs nécessaires à l'éducation du futur), ramifications distinctes mais inséparables de la source qui les a fait naître.
    Ancien résistant et témoin privilégié de notre époque, Edgar Morin a traversé le XXe siècle en acteur de l'histoire. Il est l'auteur d'une oeuvre transdisciplinaire, abondamment commentée et traduite dans plusieurs langues, qui nous oblige à rompre avec la disjonction et la compartimentation des savoirs. Elle a pour dénominateur commun la recherche d'une connaissance non mutilée et le souci d'une pensée capable d'affronter la complexité du réel.

  • Le Banquet des Cendres est le premier des trois grands dialogues métaphysiques de Giordano Bruno, dans lequel il expose, contre les partisans d'Aristote et de Ptolémée et par-delà Copernic, ses conceptions cosmologiques. S'il défend l'hypothèse copernicienne au cours d'un banquet organisé en son honneur par des docteurs anglais le 14 février 1584, jour des Cendres, c'est surtout pour dénoncer la pédanterie et l'obscurantisme desdits docteurs et c'est avant tout le Bruno "inventeur de philosophies nouvelles" comme l'appelle James Joyce, qui apparaît ici.

  • À l'aube du ve siècle, les Grecs ont pris leurs distances avec les croyances traditionnelles et on voit s'élaborer les premières explications rationnelles du monde. Impliquent-elles une forme d'athéisme ? Ou entraînent-elles de nouvelles conceptions religieuses comme l'ont estimé les historiens de la philosophie jusqu'à une date récente ?
    Dans les écrits fragmentaires des sages présocratiques, les dieux sont présents différemment, les représentations religieuses antérieures mises en question et le langage des mythes se transforme jusque dans le sens des noms. Intégrant les résultats des dernières découvertes papyrologiques, cet ouvrage met en évidence les liens inextricables qui unissent la pensée cosmologique et éthique des Anciens, leurs croyances et leur réflexion sur la langue. Pour penser contre les dieux, il aura déjà fallu les penser.

  • Exemples à l'appui, Michel Bounan rappelle, dans cet ouvrage éminemment pédagogique, qu'aucun attentat terroriste n'a jamais obéi aux motifs avoués de ses prétendus auteurs. Il s'agit bien plutôt d'une stratégie entretenue par les pouvoirs en place, qui imposent aux populations le vieux principe mafieux : terrorisme ou protection. Les événements récents s'en trouvent éclairés de façon nouvelle et le véritable affrontement apparaît : celui qui oppose les dirigeants mafieux de notre monde moderne à des populations de plus en plus nombreuses, aux conditions de vie de moins en moins tolérables.

    Michel Bounan est médecin et écrivain. Il étudie les diverses perturbations qui régissent le monde actuel et insiste sur la notion de désastre, tant sur le plan social, écologique qu'affectif. Il analyse les forces en puissance de ce processus : les États, la logique marchande, les médias. Il est notamment l'auteur de : L'Impensable, l'indicible, l'innommable (1999), Sans valeur marchande (2000), Le Temps du sida (2003), La Folle Histoire du monde (2006) aux éditions Allia.

  • Lorsqu'il écrit l'oracle de hominis dignitate, qui aurait dû introduire ses neuf cents thèses philosophiques, théologiques et cabalistiques, Pico della Mirandola (1463-1494) a vingt-quatre ans. Bien conscient du fait que "ses façons ne répondent ni à son âge, ni à son rang", c'est pourtant une philosophie nouvelle qu'il propose à ses aînés ; philosophie ouverte, accueillant tout ce qui, depuis les mystères antiques jusqu'aux religions révélées, émane de ce que l'on pourrait appeler la "volonté de vérité". L'homme est au centre de cette philosophie, en ce que le divin a déposé en lui cette volonté dont il use à sa guise, le créant "créateur de lui-même". Et cette puissance du vouloir, cette volonté de "se connaître soi-même", Pico la retrouve chez les sages grecs et orientaux, mais aussi dans la cabale juive, la pensée arabe, la scolastique et les auteurs chrétiens. S'agit-il pour autant d'un oecuménisme sans discernement ? Plutôt de la fusion en l'homme de cette intelligence, dévoilée dans le contact entre les différentes sagesses. l'oratio reste inédite ; les thèses sont publiées en 1486, mais l'église ne voudra pas entendre - quelle église pourrait vouloir entendre ? Pico devra s'exiler en France avant d'être fait prisonnier et incarcéré au donjon de vincennes en 1487. Dans sa ferveur juvénile, le propos de Pico demeure intact, vierge, intempestif. Il fait appel, encore et toujours, à l'homme digne, vagabond de la vérité, lui offrant "l'un des plus sincères monuments de la philosophie morale de la renaissance italienne".

  • Lucrèce, philosophe épicurien, est aussi un immense poète. Le paradoxe est que sa poésie semble prendre perpétuellement l'épicurisme à rebours, comme si le poète, chez lui, donnait tort au philosophe - à moins que ce ne fût l'inverse. De la philosophie d'Épicure, la plus lumineuse, la plus douce, la plus sereine, peut-être la plus heureuse de toute l'Antiquité, Lucrèce a tiré le poème le plus sombre, le plus âpre, le plus angoissé, le plus tragique. Cela nous dit quelque chose sur l'homme qu'il fut, certes, mais aussi sur l'épicurisme, sur la philosophie, et sur nous-mêmes. Si nous étions des sages, nous n'aurions pas besoin de poètes. Mais aurions-nous besoin de philosophes ? A. C-S.

  • Le nu impossible
    Tout désigne le Nu comme un phénomène qui a si bien collé à la culture européenne que nous n'en sommes jamais sortis. L'Église a pu rhabiller le sexe, mais elle a gardé le nu.
    En revanche, s'il est un espace culturel où le nu est resté complètement ignoré, c'est bien en Chine. Donnée d'autant plus surprenante que la tradition artistique chinoise a largement développé la peinture et la sculpture des personnages.
    Une absence aussi radicale renvoie à une impossibilité. Nous voilà donc conduits à nous interroger sur la condition de possibilité du nu : à quoi, d'un point de vue théorique, a-t-il dû de s'interposer entre la chair et la nudité, le désir et la honte ? Rouvrant un accès sensible à l'ontologie, François Jullien en fait le révélateur de notre quête de l'en-soi et de la présence, en même temps qu'il met au jour un nouvel objet, d''autant plus intéressant à penser qu'il est identifié par son absence : le " Nu impossible ".
    François Jullien
    Il est titulaire de la chaire sur l'altérité au Collège d'études mondiales de la fondation Maison des sciences de l'homme. Son œuvre est traduite dans quelque vingt-cinq pays.

  • L'objet du présent ouvrage est de présenter les idées contemporaines depuis le début du XIX e siècle, depuis Hegel dont l'oeuvre marque à la fois une rupture et l'ouverture d'une philosophie nouvelle.
    On rencontrera donc le noms de Hegel, Marx, Heidegger, Sartre, Merleau-Ponty, Foucault... de nombreux auteurs n'entrent pas dans la catégorie des philosophes, mais ils sont cités et étudiés en raison de leur rôle dans la pensée contemporaine et de leur influence certaine : Freud, Jung, Adler, les psychanalystes ; les inventeurs de la cybernétique : Norbert Weiner ; de la théorie des jeux : Von Neumann ; de la théorie de l'information : C.E. Shannon.
    "Ce livre apporte une mise au courant du langage en vigueur. Ce n'est pas un mince mérite de le traduire en clair." Ainsi s'exprime la revue Études à propos de ce Dictionnaire du Savoir moderne.
    "Les philosophes, pour quoi faire ?" Tel était le titre d'un ouvrage paru il y a peu d'années. Et pour quoi faire la philosophie ? Sous ce nom, l'usage courant englobe des acceptions diverses, larges et surtout vagues, tantôt teintées d'ironie, tantôt marquées d'une admiration naïve. Un examen plus serré montre que le mouvement de réflexion de l'esprit sur lui-même et de l'esprit sur le monde est un mouvement perpétuel. Même si à certains il semble vain, rien ne l'arrête.
    Ce retour que chaque époque fait sur elle-même pour se comprendre implique une description et une explication : il est un reflet du présent, il constitue un moteur pour l'avenir. Dans ce miroir où sans cesse l'image reflétée se modifie, les sciences, les arts, toutes les formes de l'activité humaine trouvent leur sens : en revanche, à leur tout, elles transforment cette image.
    Conçu sous une forme, originale, celle de l'Algo-livre dont le lecteur trouvera la description au début de l'ouvrage en pages 6 et 7, ce dictionnaire consacré à la philosophie est à la fois un traité et un dictionnaire. Il comporte huit articles principaux et 400 termes classés par ordre alphabétique qui donnent un vocabulaire complet, accompagné de biographies et d'analyses des oeuvres des grands philosophes des cent dernières années.

  • Ce volume rassemble les interventions de la ­soirée consacrée au livre de Benjamin Fondane, Lévy-Bruhl ou le métaphysicien malgré lui (L'éclat, 2019), qui s'est tenue au MAHJ, en décembre 2019, dans un Paris presque complètement paralysé par la grève. La richesse des interventions, l'importance de la question traitée, ce "coup de théâtre", ébranlant nos idées reçues, auquel se livre, malgré lui, Lucien Lévy-Bruhl dans son analyse de la « pensée pré-logique » et que Fondane fait aboutir à la fois sur les logiques nouvelles et sur le Pentateuque, nous a incité à leur donner une forme de papier et d'encre, souhaitant qu'elle permette aux lecteurs d'approfondir une question qui concerne toute la philosophie. Les contributions sont suivies de la retranscription d'un carnet inédit de Fondane.

  • Le capital t.1

    Karl Marx

    • Nena
    • 5 Juillet 1905

    Enfin! Un livre numérique interactif du Livre I du Capital, cette oeuvre majeure qui fait la critique définitive du système capitaliste et démontre les mécanismes de l'exploitation capitaliste.

  • En 1972, date de la première édition de cet ouvrage, le mot révolution était l'un des plus récurrents de la langue française. Quarante ans plus tard, le vocable est quelque peu passé de mode, mais il demeure un puissant ferment de mobilisation idéologique, y compris et peut-être surtout dans l'impensé d'une époque qui croit en avoir fini avec les idéologies. De la révolution aux révoltes : paradoxal, le titre de l'ouvrage en annonce la teneur à la fois critique et programmatique. Contrairement aux poncifs de la période du « tout politique » de ces années 50 à 70 où l'on croyait fermement que la prise de pouvoir par l'État allait changer le monde et la vie, Jacques Ellul montre qu'aujourd'hui la révolution est un leurre et que seules des révoltes locales peuvent avoir un réel impact sur les conditions concrètes d'existence.

  • Cet ouvrage, délibérément multilingue, est un ouvrage de traduction et sur la traduction. Il poursuit le geste du Vocabulaire européen des philosophies publié il y a 10 ans et constitue un manifeste à la fois philosophique et politique pour la diversité des langues. La traduction, comme savoir-faire avec les différences, devient visiblement l'un des meilleurs paradigmes, sans doute aujourd'hui le plus fécond, pour les sciences humaines.

  • Noms propres, ou le livre des livres. Emmanuel Lévinas nous offre ses exercices de lecture. Kierkegaard, Proust, Agnon, Martin Buber, Edmond Jabès, Jacques Derrida, Jean Wahl, etc. Un philosophe et ses proches. A sa manière aussi : un récit des filiations.

  • L'Humanité carnivore

    Florence Burgat

    • Seuil
    • 2 Février 2017

    Pourquoi mangeons-nous de la viande ? L'être humain a-t-il toujours été carnivore et est-il voué à le rester ? C'est à ces questions apparemment simples que Florence Burgat entreprend de répondre dans un ouvrage appelé à faire date : il s'agit d'une véritable somme sur la question de l'" humanité carnivore ".
    Florence Burgat montre qu'on ne saurait se contenter de répondre, avec un haussement d'épaules, " parce que c'est bon " : la chair humaine est réputée aussi avoir bon goût, ce qui n'empêche pas l'anthropophagie de faire l'objet d'un interdit très largement répandu (mais lui-même non universel). Et il existe dans l'histoire et la préhistoire différents modes d'alimentation d'où la viande est absente ou marginale. Il faut interroger les mythes et les rituels, les soubassements anthropologiques de la consommation de viande - y compris un certain goût pour la cruauté, l'idée même de la mise à mort, du démembrement et de la consommation d'êtres vivants, par où l'humain éprouve sa supériorité sur les animaux. La découverte d'un principe d'équivalence au coeur de la logique sacrificielle (la substitution d'un végétal à une victime animale ou humaine) est ce sur quoi Florence Burgat prend finalement appui pour proposer une voie de sortie originale et montrer comment les viandes végétales et in vitro pourraient se substituer aux viandes animales que l'humanité a pris l'habitude de manger.
    Florence Burgat est philosophe, directeur de recherche à l'INRA, détachée aux Archives Husserl de Paris. Elle travaille sur la condition animale, notamment sous un angle phénoménologique.

  • Que faire aujourd'hui de l'oeuvre de Michel Foucault ? Quelle est sa cohérence, sa pertinence, sa portée ? Sans allégeance ni défiance, les auteurs de cet ouvrage construisent ici un bilan critique, honnête et fécond.

    Michel Foucault

    L'homme et l'oeuvre

    Héritage et bilan critique

    Faire une oeuvre dans sa vie, faire une oeuvre de sa vie : l'un et l'autre des desseins de M. Foucault - décédé du sida il y a plus de trente ans -, ont fini par se confondre. De lui subsistent mille facettes. Philosophe critique, historien de la folie, penseur du sujet, militant des prisons, fossoyeur de l'humanisme, précurseur des gays studies, bricoleur de concepts, reporter en Iran, star médiatique, adulé et honni. Il fut tout cela à la fois, symptôme de ce vingtième siècle français qui porta aux nues la figure de l'intellectuel.

    Et après ? On changea d'époque, de préoccupations, de paradigmes. Le marxisme quitta la scène, le structuralisme se périma, la folie trouva de nouveaux porte-voix, le monde devint multipolaire. L'histoire aurait pu se contenter de ranger la pensée foucaldienne au rayon des affaires classées. Elle aurait pu la momifier et la canoniser. Mais Foucault ne se laisse pas enterrer si facilement. Cette pensée, labile et rebelle, connaît un destin singulier ; elle s'est émancipée des livres qui l'ont enfantée.

    On peut l'affirmer aujourd'hui sans exagérer : il existe un nouveau Foucault. Des textes inédits ont été publiés. Cours au Collège de France, émissions de radio retranscrites, conférences dans des universités à travers le monde. On lui découvre de nouveaux thèmes, d'autres méthodes. Telle une herbe folle et sauvage, cette oeuvre continue ainsi à pousser, se déplacer, se ramifier, changeant de physionomie au fil du temps. Parallèlement, sa réception prend un tour inattendu. Il existe un Foucault français, italien, américain, japonais. Des psychologues, juristes, médiateurs, médecins, architectes, politistes se réclament de lui. La parole de Foucault se promène même sur les planches, captée par des metteurs en scène. Ses concepts circulent partout, ils sont brandis, branchés, mais il n'est pas certain que Foucault soit vraiment lu et compris autant qu'il est cité.

    Que faire aujourd'hui de cette pensée ? Quelle est sa cohérence, sa pertinence, sa portée ? Autant de questions qui animent cet ouvrage. La plupart des auteurs appartiennent à une nouvelle génération de chercheurs. Sans allégeance ni défiance, ils construisent ici un bilan critique, honnête et fécond.

    Ouvrage coordonné par Héloïse Lhérété avec les contributions de :
    S. Baldassarra, M. Behrent, G. Bellon, J.-F. Bert, P. Bonditti, P.-H. Castel, F. Dubet, D. Fassin, É Fassin, A. Garapon, F. Gros, G. Le Blanc, J.-C. Monod, L. Nicolas, M. Potte-Bonneville, P. Raynaud, J. Revel, M. Senellart...

  • Se démarquant des projets d'émancipation des Lumières, du marxisme et de la sociologie critique, le philosophe français Jacques Rancière affirme que nous n'avons pas à devenir égaux. Nous devons nous présupposer égaux hic et nunc et créer et explorer les conséquences de cette présupposition. Ainsi, plutôt que de fournir le principe d'un ordre meilleur à construire, la présupposition de l'égalité suspend l'ordre institué et ouvre, ce faisant, d'autres "paysages du possible" : des espaces d'expérimentation des savoirs, des perceptions et des capacités qui constituent nos communs.
    Jacques Rancière, pratiquer l'égalité entend reconstituer les moments forts du cheminement intellectuel multiple menant à ces idées : sa rupture avec le marxisme althussérien et son exploration des archives ouvrières du 19e siècle ; sa fascination pour le projet de l'émancipation intellectuelle du "maître ignorant" Joseph Jacotot ; la constitution de sa pensée politique centrée sur l'égalité et la démocratie ; et, finalement, l'élaboration de sa pensée esthétique. Ce cheminement n'aboutit pas à un seul concept d'égalité, mais oscille entre trois conceptions de l'égalité - égalités intellectuelle, politique et sensible -, lesquelles impliquent de réévaluer la pensée ranciérienne de la démocratie moderne, ouvrant sur de nouveaux potentiels conceptuels.

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