Éditions de l´IHEAL

  • Les femmes brésiliennes ont obtenu le droit de vote dès 1932, mais leur accession à une citoyenneté pleine et entière, leur affirmation dans l'espace politique et la conquête de droits équivalents à ceux des hommes ont été nettement plus tardives dans le XXe siècle. Sur la base de nombreuses archives et d'entretiens menés sur le terrain, ce livre retrace l'histoire d'une génération de militantes qui, entre le lendemain de la Seconde Guerre mondiale et le début des années 1960, s'engagèrent au sein du Parti communiste brésilien afin de faire valoir la cause des femmes. Si aucune avancée significative ne caractérise cette quinzaine d'années sur le plan légal ou juridique, cette séquence n'en constitue pas moins un moment matriciel dans l'histoire du féminisme brésilien et dans le processus au long cours de politisation de femmes désireuses de s'émanciper des assignations - celle de mère en particulier - auxquelles les renvoyait la société.

  • Le 10 décembre 2014 à Brasília, la Commission nationale de la vérité (CNV) remettait son rapport à la présidente Dilma Rousseff. Pendant deux ans, la CNV s'est consacrée à ouvrir et organiser les archives de la répression intervenue pendant la période autoritaire, à établir les faits relatifs aux violations graves des droits humains et à en identifier les responsables. Ses travaux ont suscité de larges controverses au Brésil, où la mémoire de la dictature révèle de profonds clivages. À la lumière de cas situés en Colombie, en Argentine, au Chili, à Cuba, en Côte d'Ivoire et en Europe de l'Est, et en faisant le pari d'une approche pluridisciplinaire, cet ouvrage met le cas du Brésil en perspective pour interroger la production de la connaissance et de la mémoire sur les régimes d'exception du passé. Quel rôle pour les universitaires ? Dans quelles conditions conserver et rendre accessibles les archives des régimes d'exception ? Quel statut donner aux connaissances produites par les commissions de vérité et par les processus judiciaires relatifs aux violations des droits humains ? Historiens, politistes et juristes, les auteurs dressent les contours des enjeux démocratiques représentés par les usages conflictuels des références aux passés autoritaires, les politiques de mémoire et la conservation des archives.

  • Au cours de deux années de coopération technique auprès du Centro de Investigaciones Agrarias de México, j'avais pu me familiariser avec les problèmes agraires mexicains, les ingénieurs Sergio Reves Osorio et Juan Ballesteros Porta m'apportant leur aide amicale. Les conséquences de l'explosion démographique mexicaine sur l'évolution des structures agraires et agricoles m'avaient véritablement passionné. Comment le Mexique pouvait-il satisfaire les demandes de terres et d'emplois d'une population agricole et de travailleurs sans terreplus nombreux qu'à l'époque porfirienne, malgré près de soixante ans d'application de la Réforme Agraire ? La solution « miracle » de la colonisation, déversant le trop plein humain de campagnes asphyxiées dans les espaces ouverts du Tropique, m'a parue justifier une étude devant répondre à quelques questions fondamentales :- la colonisation agricole, dans une période récente (depuis 1930 environ), a-t-elle réellement mobilisé l'excédent de population rurale des zones de peuplement ancien, pour le lancer vers les terres neuves ?- quelles formes a pris cette colonisation ?- reste-t-il actuellement encore des terres colonisables, quelle masse de population peuvent-elles absorber ?- enfin quels sont le coût, la rentabilité de la colonisation, ainsi que son impact sur l'organisation régionale ?

  • Dans l'étude qui suit on a voulu présenter un bilan des problèmes humains mexicains qui méritent d'être traités dans un cadre régional. Un tel travail pourra sembler prématuré, puisque la connaissance des éléments régionaux de ce pays débute à peine. Deux raisons font cependant que ce travail peut être d'une utilité réelle. Tout d'abord on a ressenti le besoin de faire le point des connaissances déjà acquises, afin que les études qui se poursuivent à l'échelle monographique puissent être rapportées à un cadre d'ensemble, qu'on sache là où la comparaison est souhaitable et possible, ou au contraire prématurée. En somme aider à savoir à quelle échelle se place un phénomène qu'on étudie localement. Etudiant nous-même une portion de la région centrale mexicaine, nous avions besoin de savoir grossièrement ce que cette portion représentait par rapport au pays tout entier, ou par rapport à la région centrale. Plusieurs monographies de régions ou de villes sont actuellement disponibles ou en chantier. Pour ceux qui les liront on souhaite montrer comment elles s'inscrivent dans les ensembles du pays. Pour ceux qui y travaillent on espère apporter en particulier l'aide des inventaires bibliographiques qui suivent nos chapitres, même s'ils sont approximatifs et provisoires. C'est sur ces bibliographies que reposent les chapitres de ce travail, même si dans la plupart des cas une vue directe des régions aidait à poser certains problèmes ; beaucoup de nos descriptions sont étayées sur ces lectures de travaux surtout mexicains. On espère d'autre part avoir contribué à éclaircir la conception même des études régionales au Mexique. En effet le chercheur se trouve confronté avec deux sortes d'études surtout. Les études économiques d'un côté, fondées sur des chiffres précis mais difficiles à faire entrer dans les cadres des paysages naturels tels qu'on les voit. Les études des milieux naturels de l'autre, où l'on étudie le parti que l'homme tire directement du sol et du sous-sol, mais qui laissent échapper une part importante des activités humaines qui cependant méritent d'être étudiées dans un cadre régional. En effet l'exploitation des milieux naturels implique l'existence d'une population qui est consommatrice : production et consommation nécessitent que se nouent des relations de commerce, d'information, d'investissement qui se localisent en des endroits précis ; la ville est en général le lieu où se noue l'ensemble des forces proches ou lointaines qui composent cette vie de relation ; celle-ci cependant a aussi partie liée avec la campagne qui dépend certes étroitement du milieu naturel, mais moins directement qu'on ne le croit souvent quand on en contemple le paysage. Ainsi à côté du paysage visible, dont l'étude est essentielle à la compréhension de la vie régionale, d'autres aspects de l'activité des hommes doivent être envisagés par l'étude régionale.

  • « Ce qui ne saurait se résumer en quelques lignes, c'est l'art avec lequel M. Leloup décrit, d'un trait léger, mais net et vif, la physionomie ou l'activité des villes et suggère leur mentalité. Ce qui est constant, c'est l'authenticité « mineira » et pourtant « brésilienne » des images qui nous sont présentées. M. Leloup ne dissimule pas sa sympathie pour une « terre » qu'il a parcourue en tout sens et pour des hommes qu'il a longuement fréquentés et dont il dit avoir beaucoup appris, môme des petits cireurs de souliers. Et, comme disait un autre poète brésilien : « E' tao Brasil ! ». Mais cette sympathie, qui n'enlève rien à l'objectivité de l'étude de l'urbanisation et du fonctionnement des villes, n'est-elle pas celle que les universitaires français ayant eu le privilège de séjourner au Brésil portent tout naturellement au pays et à ses habitants ? Moins que tout autre le signataire de ces lignes songerait à en blâmer l'auteur, avec lequel il a eu lui aussi, en des temps déjà lointains, la joie de partager la vie de l'Association des Géographes brésiliens. » Jean ROCHE.

  • Des rythmes du candomblé aux avant-gardes esthétiques les plus radicales, la culture joue un rôle central dans l'émergence du Brésil contemporain. Issu du dialogue entre historiens français et brésiliens, cet ouvrage parcourt des domaines variés, de la littérature romantique à la musique populaire en passant par le théâtre et le cinéma, la mise en scène des corps, la mémoire et la fabrique de héros culturels. Les constructions identitaires, les politiques culturelles, les phénomènes d'emprunts et de métissage sont au coeur de la réflexion. Quatre décennies après l'émergence de l'histoire culturelle, cet ouvrage dresse un bilan d'étape et pointe les tendances actuelles de la recherche. Au fil des treize essais qui le composent, il donne à voir, à lire et à entendre la diversité brésilienne dans la perspective d'une histoire culturelle transnationale, loin de toute tentation exotique.

  • À New York, Paris, Los Angeles, Dacca, ou São Paulo, les ateliers de confection sont une figure historique de la métropole industrielle. Pointés du doigt en raison de l'inhumanité des conditions de travail imposées aux ouvriers qui s'y côtoient, les sweatshops surprennent par leur stabilité et leur longévité dans des environnements urbains pourtant en pleine mutation. Au travers d'une large enquête menée à São Paulo, dans le vieux centre-ville industriel et les quartiers périphériques, ce livre plonge dans la mécanique de l'organisation et du fonctionnement de l'atelier, retrace les parcours de celles et ceux qui y travaillent et révèle la dynamique urbaine associée à cette industrie particulière. Ainsi, l'atelier de confection apparaît comme le point d'articulation de la dynamique migratoire, du changement social et démographique, et des différents circuits d'une économie mondialisée. Alors que la consommation de vêtements croît à un rythme inégalé, les ateliers de São Paulo sont en symbiose avec l'environnement urbain dont ils exploitent les interstices, et sont en phase avec les modes de vie d'une société amplement urbanisée où la consommation progresse dans toutes les classes sociales. En éclairant les univers sociaux, économiques et spatiaux de l'atelier, défini comme un objet métropolitain, cette géographie de la confection dévoile en même temps les tensions et évolutions de la société brésilienne à l'aube du XXIe siècle.

  • Le Lazarillo de ciegos caminantes, malgré le premier mot de son titre, n'a rien de commun avec Lazarillo de Termes, si ce n'est que ce malicieux héros sert à dénommer la profession par laquelle il débuta. Le guide d'aveugle est, dans le cas présent, le « guide des voyageurs inexpérimentés » de Buenos-Aires à Lima. C'est un itinéraire. Il a fait son apparition à Lima au début de 1776 avec une fausse indication de lieu et de date : Gijón 1773. Bien qu'il ait pris sa place dès O. Rich (1835) dans la bibliographie américaine, il a été réimprimé pour la première fois en 1908 par la Junta de Historia y Numismática Americana de Buenos-Aires, avec une préface de Leguizamón. Il restait un livre rare. En 1938, Ventura Garcia Calderón l'a inclus dans sa Biblioteca de Cultura Peruana publiée à Paris. Depuis, on l'a réimprimé trois fois, dont deux en de populaires collections espagnoles. Le voici offert aux lecteurs de langue française. Or pour la première fois, en conclusion des recherches qui, depuis un demi-siècle, l'ont rendu moins énigmatique, ce livre est irrévocablement rendu ici à celui que de bons juges, comme F. Monjardin et R. Porras Barrenechea, considéraient déjà comme son seul et unique auteur : Don Alonso Carrió de la Vandera (ou Bandera). Nous laissons pourtant à celui-ci le drolatique sobriquet dont il a affublé le personnage mêlé à sa mystification : les éditeurs récents ont à bon droit retenu Concolorcorvo comme un nom de guerre « sonore et significatif ». On doit louer le sûr instinct avec lequel Argentins et Péruviens ont élu cet ouvrage comme un des monuments littéraires représentatifs de leur XVIIIe siècle colonial. Mais le temps est venu de lui ôter la douteuse auréole d'indigénisme qu'il devait à la supercherie de Don Alonso. Cet inspecteur des Postes en mission n'a prêté ni sa plume ni son journal au Don Calixto Bustamante Carlos Inga dont il a mis le nom au frontispice de la première édition clandestine de notre Itinéraire. Il est rare qu'une mystification ne réussisse pas, peu ou prou. Celle-ci a fait son temps. Don Calixto, métis ou indien, dont nous ignorons quelle proportion de sang royal coulait dans ses veines, n'a plus aucun titre à figurer dans l'histoire littéraire du Nouveau Monde, même comme un parent pauvre de l'Inca Garcilaso de la Vega, authentique fondateur de la littérature péruvienne.

  • Les Indiens paysans d'Amérique latine sont-ils menacés d'« ethnocide » ? Sont-ils inéluctablement condamnés à perdre leur exotique altérité qui a enchanté des générations de folkloristes et d'ethnologues ? Rien ne permet de souscrire à cette opinion au demeurant fort optimiste. Car le système colonial établi au XVIe siècle, suppose l'exclusion de l'Indien de la culture occidentale. Il implique le maintien du colonisé dans un état d'infériorité culturelle qui le livre au contrôle absolu du colonisateur. Et partout où il demeure encore en vigueur de nos jours, ce système continue de marginaliser la population indienne pour la mieux soumettre à une forme archaïque d'exploitation. Le problème indien n'est donc pas le problème d'une ethnie attardée dans ses coutumes millénaires : c'est celui d'une catégorie sociale opprimée. Ce problème, il faut avoir l'audace de le poser au niveau où il doit l'être, c'est-à-dire, au niveau politique. Telle est la conclusion suggérée par l'étude des rapports que depuis quatre cent cinquante ans les Tzotzil-Tzeltal du Mexique méridional entretiennent avec les descendants de leurs conquérants espagnols, par l'analyse des changements qu'ils ont provoqués au sein de l'organisation sociale traditionnelle de ce grand groupe maya, et par l'examen des tentatives ambigües de réaction et de réorganisation qu'ils ont suscitées jusqu'à présent.

  • Sous la direction de M. le Professeur Maurice Byé, ce travail a été écrit et conçu comme une thèse de Doctorat alors que le processus d'intégration en Amérique Latine ne faisait que commencer. L'intérêt que l'Institut des Hautes Etudes de l'Amérique Latine, sous la direction de M. le Professeur Pierre Monbeig, porte à tous les problèmes qui ont trait au développement économique des pays du Nouveau Monde, a permis la publication de l'ouvrage dans la collection de ses Travaux et Mémoires. La question qui se posait alors continue de se poser aujourd'hui : puisque, selon différentes modalités, les pays en voie de développement s'associent au sein d'Unions plus ou moins étroites, quelles sont donc les limites et la portée d'un mouvement d'intégration en Amérique Latine ?

  • Au premier contact avec le milieu tropical brésilien, à la première averse d'été tombant avec une grande violence dans une ambiance surchauffée, à la première vue de l'énorme épaisseur du manteau d'altération qui recouvre presque toutes les pentes, même les plus raides, il n'est pas possible d'échapper à l'idée que ces conditions particulières doivent aboutir à des rapports originaux entre la pluviosité et l'écoulement ; aussi est-ce dans cet esprit que nous avons abordé l'étude des problèmes hydrologiques de ces régions et que nous avons cherché à analyser les conséquences de ce milieu tropical sur les régimes fluviaux. Bien des obstacles, pourtant, nous attendaient sur notre route. Nous nous sommes heurtés d'abord à l'immensité du sujet et à l'absence de tout travail hydrologique élaboré, préalable à notre étude. Or l'expression « milieu tropical » est presque vide de sens, même dans le simple cadre du Brésil : ce sont, en fait, plusieurs milieux tropicaux différents qui s'offrent à nous ; aucun, pourtant, ne semble ressembler trait pour trait aux milieux africains. L'hydrologie tropicale devient alors un immense champ de recherches dans lequel nous n'avons choisi qu'un petit secteur adapté aux conditions de travail d'un chercheur isolé. Nous n'apporterons donc ici qu'une modeste contribution à l'analyse de ces problèmes. Seule la multiplication de telles études détaillées de quelques fleuves judicieusement choisis, pourra, dans l'avenir, permettre d'élaborer, par comparaisons successives, une vaste synthèse qu'il n'était pas même question d'esquisser ici. Pour tenter, pourtant, de dégager quelques idées générales à l'échelle du Brésil, nous avons choisi de comparer les rapports entre la pluviosité et l'écoulement dans une zone tropicale proprement dite et dans une zone subtropicale, où les conditions de milieu ne sont plus typiques et forment transition avec les milieux tempérés. Ainsi avons-nous pu préciser quelques traits qui appartiennent en propre à la zone tropicale.

  • Après les remarquables contributions à l'analyse des développements économiques données en l'honneur du professeur Gudin, par E. M. Berstein, K. E. Boulding, Gottfried Haberler, Wassily Leontief, Jacob Viner, O. G. D. de Bulhoes et bien d'autres grands noms de la science économique, l'ouvrage de Denis Lambert se présente comme un apport distinct et original de l'école française. L'auteur, en se fondant sur l'étude des économies sud-américaines, oppose à juste titre le déroulement optimiste et inévitable de l'inflation de croissance et les dangers de l'inflation de sous-développement. Seule la première comporte, à l'image de l'expérience nord-américaine, les mécanismes de correction spontanée qui font d'une tension interne une impulsion créatrice. Telle est la leçon que nous donnent les économies brésiliennes et colombiennes. Sur le Brésil, la documentation de Denis Lambert est particulièrement précise et pleine d'enseignement. Ce trait ne tient pas seulement à ce que l'auteur a vécu à Rio une partie de sa jeunesse mais aussi au fait qu'avec 62 millions d'habitants et 8,5 millions de kilomètres carrés, ce pays représente à lui seul la moitié d'un continent. En 1957, l'ensemble des économies sud-américaines compte 127 millions d'habitants répartis sur 17,2 millions de kilomètres carrés. Encore insuffisamment mise en valeur, cette région du monde est le seul continent sous-développé qui s'ouvre à l'industrialisation du XXe siècle avec une mentalité occidentale.

  • Le Territoire du Rio Branco marque l'apparition du massif cristallin qui limite au Nord le géosynclinal amazonien. Il est formé dans sa partie Sud par le Bouclier granito-gneissique, arasé, souvent recouvert de sédiments, qui se continue jusqu'en Colombie, au Venezuela et dans les Guyanes anglaises, hollandaises et françaises. Cette grande surface presque plane est interrompue au Nord par un large affleurement de roches volcaniques. Des témoins d'une série sédimentaire qui se retrouve tant au Venezuela qu'en Guyane anglaise, continuent ce massif montagneux, atteignant 2.875 mètres au Mont Roraimã.

  • Sarmiento a fait couler beaucoup d'encre. Il a inspiré des amitiés et des haines si tenaces qu'elles se sont transmises aux nouvelles générations. Aujourd'hui encore, on souille de temps en temps ses statues, ou bien on les couvre de fleurs. Puisque certains historiens de nos jours glorifient Rosas et d'autrescaudillos, il est normal que l'ennemi irréductible de ceux-ci prenne son poste dans la lutte renouée. Toutefois ce n'est pas une raison politique qui a guidé notre choix. Celui-ci nous a été imposé par plusieurs considérations. En premier lieu, c'est pendant la dictature de Rosas que Sarmiento a écrit le meilleur de son oeuvre, tous les livres qui l'ont rendu célèbre. En outre, pendant la même période, on assiste à l'éclosion d'une pensée argentine caractéristique, et d'une littérature originale. Une vie intellectuelle intense se développe à Buenos Aires avant l'émigration de ses principaux représentants, alors que Sarmiento a plus de vingt cinq ans. Au Chili, où se réfugient plusieurs jeunes écrivains argentins, on voit bientôt également une littérature prendre forme. Les grands projets des héros de l'indépendance se réalisent, l'éducation et l'immigration s'organisent. Sarmiento est le plus zélé défenseur de l'une et de l'autre.

  • Basé sur des enquêtes menées dans les Andes quechuas d'Ayacucho, cet ouvrage interroge les séquelles du conflit fratricide qui endeuilla le Pérou à la fin du XXe siècle. Cet épisode opposa l'État aux maoïstes du Sentier lumineux et creusa de profondes fractures ethniques, socioéconomiques et politiques. Les violentes disputes qui entourent l'usage des termes terroriste, victime ou héros exercent toujours - à vingt ans de la fin officielle du conflit - un pouvoir performatif sur l'identité et le destin de nombreux individus. Dans ce contexte, comment se construisent de nos jours les mémoires de la guerre ? Pour le comprendre, Valérie Robin Azevedo s'est intéressée aux bricolages sémiotiques qui permettent aux communautés quechuas, les plus éprouvées par la guerre, d'évoquer la violence. Influencées à la fois par un discours hérité de la Commission de la vérité, mais aussi par l'imaginaire culturel andin, ces configurations inédites forment autant de chemins de traverses dans la quête d'un vivre ensemble apaisé. Décalées par rapport au modèle prôné par la justice transitionnelle, les dynamiques mémorielles analysées sont peu visibles dans l'espace public national. Pourtant, elles révèlent la valeur symbolique et sociale des procédés alternatifs de gestion du passé en contexte post-conflit. Sur les sentiers de la violence constitue à ce titre un essai original d'anthropologie des mémoires de guerres civiles.

  • En 2005, les principales organisations sociales boliviennes portaient Evo Morales au pouvoir par les urnes, après plusieurs années de mobilisation contre les politiques dites « néo-libérales ». Cette élection marquait alors un tournant dans ce pays considéré comme le plus pauvre et le plus « autochtone » d'Amérique du Sud, ouvrant la voie à une plus grande souveraineté nationale sur le territoire et à de nouvelles perspectives sociales et économiques pour ses habitants. Qu'en est-il aujourd'hui ? En s'appuyant sur plus de dix années de recherche en Bolivie, les sociologues Laurent Lacroix et Claude Le Gouill retracent le contexte de l'arrivée au pouvoir d'Evo Morales et analysent les principales politiques gouvernementales, les tensions sociales qui ont accompagné la construction de l'État « plurinational », ainsi que la nouvelle place du pays à l'international dans le contexte de ce qui a été nommé le « virage à gauche » de l'Amérique du Sud.

  • Les articles réunis dans cet ouvrage sont le résultat des travaux menés au cours des dernières années par un groupe de géographes du Laboratoire associé au C.N.R.S. no 111. Les missions de terrain réalisées grâce aux subventions du C.N.R.S. et à l'appui de l'Université de Paris III et de l'École Normale Supérieure, ont été complétées par la réunion d'une importante documentation et par des discussions auxquelles ont participé des chercheurs ethnologues et historiens. On a groupé dans une première partie les études qui, effectuées sous l'impulsion de Claude Collin-Delavaud, portent sur l'Amazonie péruvienne. Les contributions consacrées au Brésil occupent la seconde partie et elles concernent essentiellement le secteur sud de l'Amazonie "légale".

  • Dans les pays du Tiers Monde, si la volonté de croissance économique par l'industrialisation a entraîné l'enflure des banlieues urbaines, elle a aussi provoqué l'apparition soudaine de foyers industriels isolés sinon perdus dans des régions de faible densité démographique, habitées par de pauvres populations d'agriculteurs ou d'éleveurs accrochés aux techniques anciennes et demeurés en marge des grands circuits commerciaux et monétaires. Phénomènes pionniers dont l'ensemble du Monde Tropical présente de multiples cas, encore plus traumatisants que les avancées classiques des défricheurs. Le groupe des géographes du Laboratoire Associé au C.N.R.S. no 111 (Institut des Hautes Etudes de l'Amérique Latine) avait, pendant quelques années, axé la plupart de ses recherches sur les formes de colonisation rurale en Amérique Latine, essentiellement au Mexique et dans les Amazonies péruviennes et brésiliennes. Au terme de ces enquêtes, il nous a paru qu'il fallait en modifier le thème principal. Sans renoncer aux phénomènes pionniers, il convenait de les aborder sous un autre angle en reconnaissant qu'ils prenaient une forme nouvelle.

  • Le thème de l'encadrement des paysanneries dans les zones de colonisation est apparu particulièrement pertinent parce que c'est dans ces zones que luit l'espoir d'une solution à deux problèmes majeurs des campagnes du Tiers Monde : accroître la production agricole et trouver que faire d'une population rurale en surnombre qui ne cesse de s'accroître dans la majorité des pays. Il semble inutile de préciser ici ce qu'est cet encadrement ; les formules de J.P. Raison au début de sa communication y suffisant largement. Ajoutons simplement que c'est dans les zones de colonisation que le concept se simplifie et semble montrer ses aspects les plus positifs : en l'absence supposée de cadres traditionnels issus de la paysannerie, face à un maillage d'administration territoriale récent, rudimentaire et lâche, ce sont les aménageurs de la colonisation qui mettent sur pied les organismes nouveaux nécessaires, en donnant la prépondérance aux techniciens sur les politiques, afin de façonner les hommes et le territoire dans un but productif.

  • L'Université de Paris est heureuse de publier aujourd'hui les conférences faites, il y a quelques mois, par d'éminents économistes mexicains à l'Institut des Hautes Études de l'Amérique latine. Elle s'acquitte ainsi d'une dette de gratitude envers le grand pays ami qui a eu la générosité de les organiser, ainsi qu'envers S.E.M. l'Ambassadeur J. Torres Bodet qui eut l'idée de ces entretiens et multiplia ses efforts pour parvenir à les réaliser. Par cette publication, notre Institut, fidèle à sa vocation, veut contribuer à faire connaître au public français le prodigieux essor réalisé par le Mexique au cours de ces dernières années.

  • Au centre même du creux des volumes consécutif aux lourdes pertes et à la grave incidence de la guerre hispano-anglaise, des forces actives - on l'a vu - travaillent au redressement massif des années qui suivent 1592. Rapidement, les niveaux d'avant la catastrophe sont retrouvés, la marche en avant du mouvement reprend son cours et, sans conteste, quelle que soit la ligne d'approche que l'on adopte, les niveaux atteints dès la première fluctuation cyclique 1593-1604, voire, dès la première fluctuation primaire (1593-1597) du cycle 1593-1604, en volume, du moins, dépassent déjà ceux-là, pourtant, particulièrement honorables, du « cycle royal de l'argent du Potosí ». Ils les dépassent de très peu, il est vrai, mais avec une constance suffisante pour qu'il ne puisse y avoir de doute sur la réalité du dépassement.

  • Ce livre voudrait présenter, de 1504 à 1650, un siècle et demi d'histoire d'un océan : l'Atlantique, entendez, pratiquement, le plus vieil océan à l'échelle humaine, le premier qui ait été régulièrement franchi, le premier à s'être trouvé au coeur d'une économie, mieux d'une civilisation, diverse, complexe, multiple, comme toute économie, comme toute civilisation, mais essentiellement une, malgré l'immensité pour la première fois dépassée.

  • L'étude présentée par l'auteur est divisée en une introduction et cinq parties. Dans la première partie, sont étudiés les caractères géographiques et géologiques généraux de la République d'Haïti (situation géographique et relief, histoire géologique, caractères tectoniques généraux). La seconde partie, qui est la plus étendue, est consacrée à l'étude de la géologie régionale de la République d'Haïti. L'étude de chacune des treize unités structurales comporte : l'examen de son extension, de ses caractères généraux et de sa géologie générale (roches sédimentaires, roches ignées, structure, géomorphologie). La troisième partie est intitulée : Paléontologie. Elle consiste en un examen de la répartition stratigraphique des fossiles d'Haïti. L'étude porte essentiellement sur les grands Foraminifères, examinés en plaques minces. 700 plaques minces, correspondant à 428 localités fossilifères ont été étudiées. L'âge des roches correspondantes est compris entre le Crétacé supérieur et le Miocène inférieur. La microfaune permet d'établir une zonation de l'Oligocène et du Miocène inférieur et cinq zones ont pu être séparées. Des tables indiquent la répartition des fossiles, sous-Système par sous-Système. La quatrième partie est consacrée à une étude pétrographique des roches ignées et métamorphiques dont l'examen n'avait pas été réalisé par les auteurs antérieurs. Elle est peu développée, la plupart des types d'Haïti ayant déjà été étudiés en détail par W. S. Burbank, in Woodring &al. (1924). La cinquième partie et dernière est consacrée aux ressources minières. Elle est également peu étendue, car Woodring & al. les avaient étudiées en détail et, postérieurement, deux bulletins de l'U. S. Geological Survey ont été consacrés l'un aux gîtes d'aluminium et l'autre à ceux de manganèse. Une bibliographie aussi complète que possible des publications consacrées à la géologie de la République d'Haïti et des références citées est adjointe, ainsi qu'un index. L'illustration comprend une série de coupes géologiques des principales zones intéressantes et un certain nombre de cartes générales ; des planches montrant les gisements et la structure d'un certain nombre de formations, les types les plus caractéristiques de grands Foraminifères en microphotographie ainsi que d'un certain nombre de roches ignées ; des tables précisant la répartition stratigraphique et régionale des roches et des fossiles et, enfin, une carte géologique au 1/250.000, en couleurs, sur un fond en courbes de niveau d'équidistance 200 m., sauf pour certaines régions frontières pour lesquelles les cartes topographiques en courbes réalisées par l'U. S. Army map service n'ont pas encore été publiées.

  • Pour des raisons fortuites, nous avons été amenés à choisir la région de PUNO comme terrain de recherches. Très vite, il nous est apparu qu'elle ne constituait pas un monde à part : au fur et à mesure que nous progressions, nous nous rendions compte que les propriétés de l'organisation sociale que nous mettions en lumière s'interprétaient seulement par rapport à un ensemble beaucoup plus vaste, par rapport à une « zone de cotradition ». Si notre travail peut prétendre à quelque mérite, le seul que nous revendiquerions pour lui serait de préparer l'exploration méthodique de ce fond commun qui affleure sous les singularités d'une situation régionale.

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