Éditions de la Maison des sciences de l'homme

  • Apprentissages de la citoyennete. experiences democratiques et enviro nnement Nouv.

    À l'heure où de nouvelles formes de démocratie rencontrent les débats sur l'environnement, ce livre décrit deux expériences où citoyenneté et prise de conscience écologique se mêlent. En Poitou-Charentes, Laura Seguin a suivi une conférence de citoyens sur la gestion de l'eau. Ce dispositif de participation, destiné à inclure des citoyens dans les prises de décision, n'est pas sans rappeler la Convention citoyenne pour le climat. En Ardèche, l'expérience de la citoyenneté prend la forme d'une mobilisation contestataire contre l'extraction de gaz de schiste, plongeant le lecteur dans les rouages d'un mouvement de résistance et de fabrique d'alternatives écologiques. Ces expériences participatives, faites de débats conflictuels, d'échanges et de construction de savoirs, d'émotions et de délibérations, constituent pour ceux qui y prennent part (citoyens, acteurs associatifs, élus, professionnels des politiques publiques...) de véritables espaces d'apprentissages. En analysant le point de vue de tous les acteurs, cet ouvrage identifie à la fois ce qu'ils apprennent, et comment ils apprennent. L'enquête ethnographique et le recours aux sciences de l'éducation font l'originalité de ce livre qui propose de décrire et d'analyser finement des expériences d'apprentissages politiques.

  • « L'argent est la seule création culturelle qui soit de pure énergie, qui se soit complètement abstraite de son support matériel, n'étant plus qu'absolu symbole. Il est le plus significatif des phénomènes de notre temps dans la mesure où sa dynamique a envahi le sens de toute théorie et de toute pratique. » La Philosophie de l'argent de Georg Simmel, dont la première édition parut en 1900, suivie d'une édition augmentée en 1907, a donné à la sociologie, au moment même où elle naissait en Allemagne, un tour très particulier. Comme le marxisme Simmel traite du capital et du travail ; comme Max Weber il traite des formations sociales et des forces morales qui les portent. Mais il le fait en des termes qui, tout à la fois, sont profondément marqués par le contexte spirituel de l'époque - en particulier la « philosophie de la Vie » - et qui ont révélé toutes leurs potentialités critiques en ce qui concerne l'interprétation de la « vie moderne ». Les cinq textes de ce recueil portent précisément sur le rapport entre l'argent et « l'économie de la vie ». Il ne s'agit nullement de parega mais, dans l'optique de la sociologie de la culture dont Simmel est le fondateur, d'études qui permettent d'appréhender l'ensemble de sa pensée et qu'il a d'ailleurs en partie intégrées à certaines de ses publications majeures, et notamment à son ouvrage-testament Lebensanschauung.

  • Peint en 1808 pour une salle d'audience du Palais de Justice de Paris, le tableau de Pierre-Paul Prud'hon, La Justice et la Vengeance divine poursuivant le Crime, a toujours été considéré comme un chef-d'oeuvre du romantisme français, mais a rarement été étudié sous l'angle de l'histoire du droit pénal. Pourtant, les débats contemporains autour de la question du libre arbitre jouèrent un rôle fondamental dans le choix de son iconographie. Selon la conception invoquée par Prud'hon, l'homme agissant librement est pleinement responsable de ses actes, y compris de ses crimes - responsabilité qui confère au législateur le droit moral de fixer des sanctions, même sévères. Les réflexions d'Emmanuel Kant revêtent dans ce contexte une importance majeure. Prud'hon en eut probablement connaissance par l'intermédiaire du commanditaire du tableau, Nicolas-Thérèse-Benoît Frochot, préfet du département de la Seine, auquel est attribuée ici la paternité du programme iconographique. À travers la présente monographie, Thomas Kirchner montre combien cette célèbre peinture est l'exact reflet des discussions juridiques et philosophiques qui animèrent la France révolutionnaire, et donnèrent naissance au nouveau Code pénal et à un nouveau Code d'instruction criminelle.

  • Ausgehend von einem regionalen denkmalpflegerischen Auftrag, der Freilegung einer verdeckten Bildtapete aus der Mitte des 19. Jahrhunderts im Herrenhaus Ludwigsburg in Schleswig-Holstein, entdeckt die Autorin einen vllig unerwarteten, sich zunehmend als bedeutsam herausstellenden kulturellen Bezug zwischen dem abgeschiedenen Herrenhaus und der damaligen Weltmetropole der Kunst, Paris. Die freigelegte Tapete erweist sich als eine Umsetzung des Versailler Gemäldes La prise de la smala d'Abd el-Kader von Horace Vernet, das ein Geschehen aktueller Kolonialgeschichte Frankreichs in Algerien zum Thema hat. In akribischer Recherche verfolgt Moya Tnnies die Herkunft und Persnlichkeiten der damaligen Bewohner des Herrenhauses, um der Entscheidung für diesen ungewhnlichen Wandschmuck auf die Spur zu kommen. Im Zentrum steht die Schlossherrin Joséphine von Ahlefeld, genannt Marix, und ihre enge Verbindung mit den wichtigsten Literaten ihrer Zeit in Paris. Als ein Glücksfall ist es zu betrachten, dass ein Text von Théophile Gautier ans Licht kam, der den Besuch des Schriftstellers auf Gut Ludwigsburg als Station auf einer längeren Reise schildert. Dieser Text ist dem Buch als Anhang beigefügt.

  • Vénus, Flore, Hébé ou Diane - autant de divinités antiques qui ont prêté, à partir de la fin du XVIIe siècle en France, leurs attributs et leurs costumes vaporeux, souvent affriolants, à quantité de femmes de l'aristocratie de cour, de la bourgeoisie montante et de la noblesse de robe. L'élite sociale se fait alors peindre en costume mythologique ou historique par des artistes célèbres tels que Nicolas de Largillierre, Hyacinthe Rigaud, François de Troy, Jean-Marc Nattier ou Jean Raoux. Ces portraits dits « historiés », dans lesquels l'effigie d'une personne vivante s'enrichit d'attributs mythologiques comme dans un tableau d'histoire, sont un genre pictural à part entière. D'abord prérogative masculine adoptée par les grands pour célébrer leurs vertus, il devient vers 1680 l'apanage des modèles féminins : le langage allégorique les pare de qualités à connotation spécifiquement féminine et galante, comme la beauté, la jeunesse, la grâce, qui, bien comprises, pouvaient aussi être un moyen de manier le pouvoir. Dès les années 1740, ces peintures font cependant l'objet de critiques répétées et le genre perd peu à peu sa légitimité à la fin de l'Ancien Régime, avant que ce procédé de distinction aristocratique suscite la méfiance des historiens de l'art, qui n'y verront que l'expression d'un amusement futile de milieux oisifs. Le présent ouvrage remet à leur juste place ces travestissements : à la fois oeuvre d'art, objet culturel et pratique sociale, le portrait historié est un phénomène de goût révélateur d'une culture de cour en pleine transformation. Marlen Schneider met ici en lumière les fonctions, les propriétés formelles, la réception et la portée historique d'un type de représentation trop longtemps déconsidéré.

  • Bereits das 19. Jahrhundert kannte das Phänomen der finanziellen Spekulation mit Kunst und kritisierte daher die Orte des Kunstmarkts in teilweise scharfen Tnen. So nannten Kunstkritiker das Auktionshaus verächtlich ein Casino oder eine Brse der Kunst. Lukas Fuchsgruber führt hinter die Kulissen des Spektakels der Auktion und zeigt die Bedeutung von Versteigerungen für die damalige Pariser Kunstwelt. Die Studie geht Schritt für Schritt vor, von den konomischen und rechtlichen Besonderheiten des Auktionswesens in Frankreich, über den erfolgreichen Schritt der Pariser Auktionatoren mit dem Hôtel Drouot im Jahr 1852 ein gemeinsames großes Auktionshaus zu errichten, bis hin zum Verhältnis dieses Orts zu Kunsthändlern und Künstlern und seiner Diskussion in der Kunstkritik. Anhand von Archivquellen, historischer Literatur und zahlreichen Illustrationen wird so durch die Räume des Auktionshauses geführt, und durch eine Schlüsselzeit der Entwicklung des Auktionsmarkts. Diese interdisziplinäre Recherche richtet sich an alle, die sich für den Kunstmarkt, franzsische Kunstgeschichte oder die urbane Geschichte von Paris interessieren. Vor allem will sie aber ein Beitrag zu einem neuen Blick auf die Kunstgeschichte des 19. Jahrhunderts sein, durch den Fokus auf das Auktionshaus als einen der zentralen Orte an dem Kunst zu sehen war, neben Salon, Museum und Galerien.

  • Dans l'année qui suivit le décès de sa première épouse Else von Stritzky, en 1921, le philosophe Ernst Bloch écrivit une sorte de journal qui livre quantité d'informations sur son oeuvre et sa personnalité. Mais surtout, ce texte émouvant veut faire mémoire d'une femme exceptionnelle. Paru seulement après la mort de Bloch, il donne un accès privilégié à sa philosophie de la mort et du Royaume. « Il se peut bien que parfois la "vie" ait reculé devant l'utopiste, mais autre chose, son existence ébauchée dans une autre sphère est devenue surabondante ; Else a représenté cette autre sphère d'une manière indescriptible. »

  • La confrontation des écrits artistiques et musicaux de Jean-Jacques Rousseau se révèle féconde en ce qu'elle permet d'observer, avec précision dans l'esprit d'un intellectuel du siècle des Lumières, la manière dont la musique peut être pensée et vécue, pour devenir finalement l'aune à laquelle tous les arts sont appréciés. Posé tout d'abord comme référent, l'objet musical soumet en effet, dans le discours de Rousseau, les autres arts à l'épreuve de sa propre spécificité ; pensé encore comme modèle d'une conception particulière du beau, il fournit l'instrument d'une appréciation des autres disciplines, met en jeu leur propre statut et leur ordonnance hiérarchique. Ainsi, bien plus qu'une pratique, l'art musical devient, pour Rousseau, une norme esthétique, autorisant qu'il juge des arts en musicien. Exprimé avec conviction dans ses écrits musicaux (principalement le Dictionnaire de musique et l'Essai sur l'origine des langues), ce parti fédère par ailleurs plusieurs de ses oeuvres littéraires, biographiques et politiques. Par son analyse, Marie-Pauline Martin propose ainsi de relire certains écrits du philosophe à la lumière d'un enthousiasme, et même d'une foi absolue, en l'effet moral de la musique.

  • "L'orgue joue", dit-on souvent, en oubliant que derrière les buffets de ces instruments et derrière leurs tuyaux impressionnants, un musicien oeuvre dans l'ombre, tissant ensemble les notes et les sons, façonnant dans l'acoustique une voie pour la musique. A l'écart des scènes de concerts, dans les hauteurs des églises, les organistes s'effacent autant que la présence de leur instrument en impose. Qui sont ces musiciens méconnus, ces artistes de l'invisible que l'on entend sans les voir ? Comment devient-on musicien lorsqu'on joue d'un instrument caractérisé par sa démesure, à l'écart du monde de la musique, dans l'intimité des églises ? Ce livre est une invitation à grimper les marches des tribunes et à entrer dans l'univers insoupçonné des organistes. Il s'appuie sur une enquête de terrain menée en France ainsi que sur des récits de vie qui, disposés en échos, révèlent la trame initiatique de l'apprentissage de cet instrument singulier qu'est l'orgue. Au fil des pages, l'auteure, ethnologue, rend sensible la nécessaire et délicate transformation des apprentis-organistes en musiciens accomplis, depuis la découverte de l'instrument jusqu'à sa maitrise, qui est aussi celle de la passion qu'il suscite. A la croisée d'une ethnologie contemporaine de la musique et des savoirs, et recourant à l'histoire, cet ouvrage rend compte des mutations profondes qui, dans une société sécularisée, modèlent le devenir de celles et ceux qui choisissent la voie des orgues.

  • Cet ouvrage collectif vient à un moment où l'activité patrimoniale a largement débordé ses institutions officielles et où sa couverture par les sciences humaines et sociale a pris une consistance certaine. En dix textes et au moins autant de situations, en France, à Rhodes, à Tonga, en Uruguay et en Colombie, il donne à saisir quelques-unes des « implications anthropologiques » de et dans l'exploration de cette activité, à partir desquelles se dessinerait un fil conducteur permettant de parcourir, sans la réduire, sa grande hétérogénéité. Qu'on la prenne sous l'angle de l'irruption du patrimoine dans les terrains (de jeu) des anthropologues ou bien sous celui de la constitution du patrimoine en un domaine singulier de recherche, l'anthropologie du patrimoine apparaît inséparable des interrogations récurrentes sur la catégorie de culture : sur son institution, sur sa mise en scène, sur sa spectacularisation, sur les façons de l'écrire comme sur la critique de son pouvoir de purification, de hiérarchisation ou de domination. Que montrent ces écritures anthropologiques de patrimoines ? Qu'en se frottant aux expériences du passé, de la culture, religieuse ou profane, de la quête de reconnaissance, de la mémoire des violences de guerre, de la discrimination sociale, de la ruine des choses du monde, les anthropologues font l'expérience du patrimoine, instrument politique aux multiples fonctions : contrôle, aménagement, restauration, réparation, reconnaissance...

  • Au début des années 2000, le musée des Beaux-Arts de la Ville de Strasbourg eut à répondre à plusieurs demandes de restitution. C'est dans le sillage de ces affaires que l'institution entama un travail pionnier de recherche sur la provenance des oeuvres conservées dans sa collection. Après sa phase de création et sa refondation soutenue par Wilhelm von Bode de 1889 à 1918, puis la période de l'Alsacien francophile Hans Haug entre les deux guerres, les années 1940 à 1944 ont marqué en effet une étape cruciale dans la constitution de ses fonds artistiques. Le régime nazi confie alors la direction du musée à l'historien de l'art Kurt Martin : déjà à la tête de la Kunsthalle de Karlsruhe depuis 1934, il est nommé administrateur général des musées d'Alsace et de Bade en 1940. C'est le parcours de cette personnalité complexe à travers une époque régie par la contrainte et l'idéologie que Tessa Friederike Rosebrock s'attache à éclairer ici, tout en analysant l'ambitieuse politique d'acquisitions qu'il mit en oeuvre à Strasbourg au cours de la Seconde Guerre mondiale. Dans le portrait d'un homme et de ses actions, l'histoire tourmentée des institutions artistiques de part et d'autre du Rhin dans les années 1940 et l'immédiat après-guerre se fait jour. Sources et documents inédits racontent dans le détail la vie du musée, les achats et les réseaux sur lesquels Kurt Martin s'appuie, le transfert de la collection dans des dépôts sécurisés allemands à la fin de la guerre et sa réinstallation au palais Rohan à Strasbourg après 1945. Cet ouvrage nous invite donc à porter un regard neuf sur l'histoire et les histoires dans lesquelles toute oeuvre de musée se trouve prise.

  • En 2014, une peinture monumentale du peintre français Gérard Singer, Le 14 février 1950 à Nice, est redécouverte dans les réserves du musée de Szczecin en Pologne. Par quels chemins cette oeuvre est-elle arrivée là ? C'est ce que Szymon Piotr Kubiak entreprend de retracer dans le présent ouvrage. À travers une narration foisonnante, il met en relation les milieux artistiques et culturels communistes de France et de Pologne, rarement rassemblés par l'histoire de l'art de la seconde moitié du XXe siècle. Le recul historique lui permet de révéler les transformations qu'a connues l'analyse des pratiques artistiques de l'époque stalinienne en Pologne. L'auteur invite ainsi à une réflexion sur le long silence autour de l'art dans les pays communistes lorsqu'il ne relevait pas des avant-gardes. Par-delà les différences politiques et les frontières géographiques, Kubiak tisse des liens à travers l'Europe coupée en deux par le rideau de fer et fait apparaître l'art des pays communistes comme participant à la toile de fond sur laquelle se sont développés les arts plastiques de l'espace capitaliste. L'ouvrage incite donc à penser les interdépendances entre l'Est et l'Ouest, pour relire la guerre froide en Europe sous un nouveau jour.

  • Tout le monde connaît la Grande Galerie de Versailles, plus connue sous le nom de galerie des Glaces ; mais qui sait qu'elle fut tour à tour, et parfois simultanément, salle des pas perdus, salle de bal, salle de réceptions officielles, hôpital, salle de traités politiques, etc. ? Et encore n'est-ce là qu'un exemple parmi d'autres... Première étude globale du thème complexe des galeries situées dans les résidences princières et hôtels particuliers à travers l'Europe (en France, en Espagne, en Grande-Bretagne, etc.), ce livre tente d'en présenter divers angles d'approche, tous fondés sur des documents d'archives, dessins, gravures ou inventaires qui expliquent ou décrivent ce qui existe encore ou ce qui a disparu. Lieu public de passage, cet espace, qu'on appelle tantôt « galerie » dans certains pays ou parfois simple « saal » comme en Allemagne, fut aussi d'usage privé tout en restant un espace de représentation, où la gloire du souverain ou du commanditaire, mise en valeur par l'étiquette, le fut aussi par le décor iconographique, historique ou allégorique pouvant même inviter le prince à la Vertu. Ainsi les figures de l'Abondance ou de la Prospérité, dans la fresque de Tiepolo dans la grande salle du Trône au palais royal de Madrid, étaient là pour le rappeler. La galerie fut enfin le lieu privilégié d'exposition des collections du commanditaire dont le propos politique fut servi par leur importance et leur qualité artistique, écrivant ou réinventant parfois l'histoire, à l'instar de ce que montrèrent descriptions imprimées ou gravures publiées pour frapper les esprits. En cela, par son agencement et la qualité de ses oeuvres, elle pouvait préfigurer le musée dans son sens moderne.

  • Cet ouvrage traite des pratiques comparées des cours de France et d'Espagne au temps de Louis XIV et de Charles II, en s'attachant tout particulièrement à la personne des souverains, en accord avec ce que l'on pourrait appeler une anthropologie du politique: l'homme de pouvoir dans son cadre de vie, son milieu social, son rapport au public. Étudier les comportements et les usages du corps, la mise en scène du corps réel et du corps figuré, la construction des apparences, la production des images et le façonnement des imaginaires, ingrédients reconnus aujourd'hui comme indispensables à toute entreprise de gouvernance. Dans un temps où le travail sur la mémoire connaît des développements multiformes, cet ouvrage s'Interroge sur les notions d'héritage, de tradition, de réception et de rejet, compris comme stratégies de pouvoir dans le cadre de la construction des États modernes, avec leurs spécificités propres, et de la compétition entre deux grandes dynasties, Habsbourg d'Espagne et Bourbons, qui ont façonné le visage de l'Europe

  • Dans l'Europe princière des Temps modernes, les funérailles des souverains et des membres de leur famille donnent lieu à des cérémonies fastueuses dont les historiens n'ont que fort récemment mis en valeur le caractère fondamental. Consacré aux rituels funéraires princiers, cet ouvrage rassemble pour la première fois des études de cas collectés dans toute l'Europe chrétienne du XVIe au XVIIIe siècle, ouvrant ainsi la voie à des comparaisons fructueuses. Depuis le XVIe siècle, les rituels funéraires curiaux se conforment à un schéma en trois temps (l'exposition du corps du défunt, le convoi vers le lieu de sépulture, l'office religieux et la mise au tombeau) pouvant varier en fonction des institutions et traditions propres à chaque pays, de la conjoncture politique et religieuse, des rapports de force internes et de la position occupée dans le jeu politique européen. Au XVIIe siècle, ce schéma est bouleversé : le modèle Renaissance, antiquisant, qui privilégie l'exposition et le convoi, est abandonné au profit de pompes funèbres baroques somptueuses à l'intérieur de l'église, où le catafalque - ou castrum doloris - occupe désormais la place centrale. Cette accentuation de la mise en scène et du caractère spectaculaire est étroitement liée à une véritable curialisation des funérailles, transformant une cérémonie originairement de nature politique et dynastique en fait de société

  • Tout tableau est un fragment. Mais qui, du cadre ou du mur, construit le lieu de la peinture ? Que s'est-il passé lorsque cette énigme occidentale fut confrontée à l'époque moderne à une autre représentation du monde ? Si l'Europe des Lumières est souvent caractérisée par les chinoiseries et l'ornement rocaille, c'est un nouveau regard sur l'Extrême-Orient qui est analysé ici, celui qui lie l'histoire du tableau à une idée de l'espace transmise par les décors des objets venus d'Asie. Dans quelle mesure la présence réelle ou fantasmée de l'Orient a-t-elle modifié le rapport de la peinture au support qui la donne à voir ? Tel est l'objet de ce livre qui présente le changement de paradigme dans la construction du goût suscité par les notions orientales de paysage, de lointain et de vide, pour que le sort de la peinture se transforme. D'où vient la place particulière qu'elle acquiert au xviiie siècle ? De quelle façon fut bouleversée son exposition pour qu'elle devienne le tableau que nous connaissons aujourd'hui ?

  • Depuis la fin de la guerre froide, les organisations militaires ont connu de profondes transformations. Professionnelles et engagées dans des conflits asymétriques, elles se sont « adaptées » aux bouleversements d'un environnement stratégique qui n'est plus régulé par l'équilibre entre superpuissances. Pourtant, le secteur militaire, pour aussi discipliné et régalien qu'il est perçu, ne se réforme pas d'une façon plus autoritaire que n'importe quel autre. Face au déterminisme consistant à déduire cette métamorphose de la seule évolution du contexte international, cet ouvrage se propose de réincarner l'analyse du changement institutionnel en milieux militaires. Qui sont les officiers des armées modernes ? Comment voient-ils notre monde ? Pourquoi se sont-ils engagés et comment se mobilisent-ils ? Derrière des enjeux aussi cruciaux que la transformation des organisations, la fabrication des doctrines ou les réformes de la politique de défense, l'ouvrage soutient l'hypothèse d'une « revanche des généraux », c'est-à-dire d'un rééquilibrage des relations entre autorités politiques et hauts gradés dans un contexte marqué par une multiplication des interventions, une réintégration des officiers au coeur des circuits décisionnels et une désinhibition de leur prise de parole publique.

  • Que serait une santé sans médecins ou sans maladies, une maladie sans médicaments, ou des malades sans entourage ? À l'heure des réflexions sur la bioéthique et de la politisation de ces questions, cet ouvrage se propose d'identifier collectivement et le plus en amont possible les enjeux éthiques de ce qui pourrait advenir dans le secteur de la santé. Quel est le champ de possibilités qui s'ouvre lorsque l'on se défait de certains tropismes, notamment technologiques - aucune liste des nouvelles technologies liées à ce que l'on pourrait appeler la santé numérique ici - ou organisationnels ? Afin d'esquisser une réponse à cette question, les auteurs ont imaginé un futur construit par soustraction d'options - la santé sans maladie, les malades sans entourage, la maladie sans médicaments... Ces futurs fictionnels sont confrontés aux regards d'anthropologues, médecins, philosophes et sociologues, libérés de la continuité entre le présent et l'à-venir. Cet ouvrage vient appuyer la nécessaire construction d'une éthique de l'anticipation comprise comme éthique de notre façon de prendre soin du futur, tout en restant attentif à la santé d'aujourd'hui. Cet ouvrage a été réalisé dans le cadre des séminaires de l'Espace éthique Île-de-France.

  • Depuis les années 2000, la santé de la reproduction semble constituer un sujet d'inquiétude en Inde. Les taux de mortalité maternelle et infantile encore élevés discréditent l'image de superpuissance que l'État aime afficher, le déséquilibre du sex-ratio continue de se creuser et, malgré une importante baisse du taux de fécondité, le pays doit faire face à une population de plus d'un milliard trois cent millions d'habitants. À partir d'une enquête de terrain d'un an et demi dans un hôpital public et dans les bidonvilles de Jaipur, Clémence Jullien analyse les conséquences, pour les femmes et leur famille, des nouveaux programmes de santé : une prime financière incite les femmes à accoucher à l'hôpital plutôt qu'avec des accoucheuses traditionnelles et, depuis 2011, les soins obstétriques à l'hôpital sont devenus entièrement gratuits. Toutefois, ces programmes, censés garantir l'accès aux soins, rendent les bénéficiaires les plus vulnérables davantage conscients des inégalités socio-économiques qu'ils subissent, renforcent les stéréotypes existants et donnent au personnel hospitalier et aux membres d'ONG un pouvoir discrétionnaire. Tensions sociales (castes, classes) et religieuses se cristallisent autour de la maternité. D'autres enjeux cruciaux - discrimination à l'égard des petites filles, faible pouvoir décisionnel des femmes, recours limité à la contraception - surgissent alors, accentuant les différences au sein de la société indienne, sous couvert de progrès et au nom de l'intérêt de la nation.

  • Traiter des relations artistiques européennes entre l'Est et l'Ouest pendant la guerre froide est un défi. En effet, la limitation des circulations et l'imprégnation du champ artistique par des idéologies rivales peut rendre la démarche illusoire, mais considérer ces limites incite à les questionner. S'appuyant sur des exemples concrets de relations artistiques entre la France, la RFA, la RDA et la Pologne, à la fois dans les discours sur l'art et dans les pratiques artistiques des années 1960 à 1989, cet ouvrage porte sur les conceptions singulières des notions de réel et de réalité selon les contextes, tout en éclairant les partages, incompréhension, malentendus. Musées, catalogues, revues, galeries, congrès, espaces extérieurs sont les lieux dans lesquels les facettes de ces conceptions prennent forme à travers les différents auteurs et acteurs de l'histoire de l'art que sont les artistes, les historiens et critiques d'art. À partir des distinctions et des rapprochements étudiés, cet essai interroge les précédentes analyses pour offrir un point de vue renouvelé sur ces relations, en Europe, durant cette période.

  • La notion d'« occulte » désigne un ensemble de croyances qu'il faut considérer comme autant de savoirs liés et associés aux savoirs communs - non occultes - par un réseau d'affinités souvent difficiles à démêler. Sabine Doering-Manteuffel nous en offre ici une approche vivante et subtile, mettant en lumière les milieux concernés dans toute leur diversité. Nourrie de récits aussi savoureux que révélateurs, son enquête montre à quel point la diffusion de l'occulte est considérable. Loin d'être un phénomène marginal, elle accompagne l'histoire des médias, de la naissance de l'imprimerie à Internet. Parcourant discours, représentations, espoirs et spéculations, l'auteur dévoile ainsi tout un pan de notre civilisation qui n'a pas fini de nous étonner.

  • Lire les sciences sociales propose, depuis une vingtaine d'années, une sélection raisonnée de livres récents en sciences sociales. De façon générale, la présentation publique par des pairs est faite en présence des auteurs. Les livres retenus le sont, sans esprit de chapelle, en fonction de plusieurs critères (publication récente, en langue française, relevant des sciences sociales au sens large) et d'une conception de ce que sont des sciences sociales « intéressantes ou, en tout cas, qui valent la peine qu'on en débatte » : la confrontation d'une problématique à une enquête empirique et la production de schèmes d'interprétation transposables. Ce qui conduit à exclure les ouvrages purement empiriques ou relevant au contraire de la théorie la plus désincarnée. Refus de l'académisme et de l'essayisme, des frontières disciplinaires, des hiérarchies d'objets, des modes intellectuelles : Lire les sciences sociales esquisse, ce faisant, un modèle de critique scientifique autonome.

  • À l'âge où les sciences du cerveau et de la cognition apportent de fascinantes révélations sur les fondements matériels de la nature humaine, est-il possible pour la sociologie de continuer à réfléchir en vase clos, hors de l'effervescence scientifique qu'entraînent ces découvertes ? Les auteurs qui s'expriment dans cet ouvrage exposent leurs points de vue argumentés sur le lien entre sciences de la cognition et sciences du social et sur les conditions d'élaboration d'une véritable sociologie cognitive. La diversité des perspectives offre un état des lieux passionnant sur une « querelle des disciplines » qui n'a jamais vraiment cessé de hanter la sociologie.

  • Formations économiques et politiques du monde andin réunit presque tous les écrits publiés par John V. Murra entre 1958 et 1973. L'ouvrage est la matérialisation des échanges fructueux entre John V. Murra et la traductrice, Sophie Fisher. Le but était de réaliser une adéquation de sa pensée à la langue française. Mais il est aussi l'aboutissement d'un travail d'ajustement des termes aux fonctions qu'ils recouvrent, en les situant dans leur contexte ethnohistorique. L'ouvrage est complété par les contributions des chercheurs Maurice Godelier, Ana Mara Lorandi, José Matos Mar, Ruggiero Romano, Frank Salomon et Nathan Wachtel, qui ont su mettre en relation l'extraordinaire dimension humaine de John V. Murra, véritablement passionné par son objet d'étude et capable de susciter de nouvelles énergies, avec la rigueur d'un travail sans relâche. Il est essentiel pour comprendre l'étendue de la contribution de l'anthropologue à la formation d'un mode de pensée autonome et à la construction d'une nouvelle discipline, l'ethnohistoire.

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