Éditions de la Sorbonne

  • L'inceste marque de sa monstruosité les consciences collectives. Cantonné dans la sphère du tabou et de l'infamie, nul ne peut le discuter, nul ne peut le pratiquer. Le phénomène existe pourtant sous différentes formes selon les sociétés dans lesquelles il est rencontré et pensé. En France, au xixe siècle, l'inceste a une histoire. Lorsqu'en 1791 les Constituants décident de le décriminaliser, la société française voit s'ouvrir un siècle de débats qui conduit à une requalification profonde du phénomène et de son imaginaire. L'étude croisée des discours entretenus par les élites souligne les étapes qui ont présidé à la construction de l'inceste criminel. À la fin du siècle, il n'est plus l'apanage des aristocrates décriés par les Lumières mais bien celui d'hommes pauvres, devenus les symboles d'une nouvelle dangerosité. La justice, par l'entrelacement de ses échelles et de ses acteurs, contribue également à fabriquer et à imposer progressivement ce masque sur le phénomène incestueux. Mais l'inceste n'est pas qu'un crime au xixe siècle. En tentant de pénétrer au coeur même des familles, cet ouvrage montre qu'il peut également être une sexualité consentie qui se pratique dans la clandestinité de certains foyers français. Réalité multiforme, interdit plus que tabou, l'inceste mérite en ce sens d'être replacé dans une histoire plus courte que l'intemporalité des anthropologues.

  • L'Histoire de la vie politique française au xxe siècle a compté jusqu'ici ses « oubliés », et parmi ceux-ci, se trouvent notamment des tendances que le clivage droite-gauche, puis la bipolarisation ont sans-doute empêché de connaître un plus grand développement. Le problème de l'existence d'un « centre » politique a été posé en particulier par les tendances que l'on peut rattacher à la « démocratie chrétienne » au sens large, et l'on ignore souvent que le premier parti véritable de cette inspiration en France a été le Parti Démocrate Populaire, « parti démocrate d'inspiration chrétienne » fondé en 1924 et que l'on peut considérer comme étant « l'ancêtre » plus ou moins discret du Mouvement Républicain Populaire créé en 1944. Ce parti s'est inséré par ailleurs dans une tradition et une filiation que l'on rappelle dans cet ouvrage. L'histoire du P.D.P. introduit ainsi au coeur de la question du « centrisme » dans la vie politique française, en même temps qu'elle s'inscrit dans l'histoire des tendances « avancées » du catholicisme français sur le plan politique et social. Elle permet d'aborder certains des problèmes fondamentaux de la France troublée de l'entre deux-guerres, de la « question religieuse » à la montée des périls internationaux en passant par les affrontements sociaux et politiques. Elle témoigne des combats courageux menés par ce parti, même si les résultats n'ont pas toujours été en accord avec les espérances. Le P.D.P. a compté dans l'histoire de cette période, y a joué un rôle qui sera encore renforcé par sa place dans la Résistance. Il a représenté une étape importante dans l'évolution d'un des grands courants de la vie idéologique française, et qui est retracée ici, dans ses lignes de force.

  • Du maréchal de MacMahon au général de Gaulle, militaires et hommes politiques entretiennent des relations dominées par une mutuelle incompréhension et une large suspicion. Les premiers accusent les poli­tiques de diviser les Français en professionnels de la chicane, quand les seconds suspectent nombre d'officiers de rêver au renversement de la République. Ce livre dépasse les stéréotypes habituels. En une cinquantaine de contributions, il étudie toutes les formes de participation des officiers au pouvoir et à la vie publique, de rétablissement de la Troisième République aux débuts de la Cinquième, de la fin de la guerre de 1870-1871 à la conclusion du conflit algérien. Le métier des armes est, par essence, de nature politique en ce qu'il participe de la conduite de la cité. Certes la professionnalisation de l'action politique sans parler de la peur qu'inspire aux républicains le césarisme a contribué à maintenir les officiers dans les limites de l'expertise. Mais les grands chefs, au même titre qu'une poignée de hauts fonctionnaires, participent au pouvoir par leur contribution à la définition de la politique de défense et de certains aspects de la politique extérieure. Par une approche pluridisciplinaire, associant historiens, juristes, poli­tiques et sociologues, universitaires et militaires, ce colloque rompt défi­nitivement avec l'image simpliste de deux mondes étanches l'un à l'autre et renouvelle l'étude des relations entre les officiers et la vie politique.

  • Les deux parties de cet ouvrage présentent et analysent les professions de foi des députés de Loire-Atlantique sous la IIIe République. Ces deux parties sont à bien des égards originales : o La première, par son exploration scientifique d'un matériau généralement négligé, au motif qu'il n'aurait d'autre intérêt que de restituer la rhétorique des candidats à la députation ; o La seconde, par la reproduction des textes analysés - les proclamations électorales des députés du pays « nantais » - donnant ainsi au lecteur l'ac­cès direct aux matériaux utilisés. L'ensemble de la contribution devrait retenir l'intérêt tant des chercheurs que des lecteurs sensibilisés à une histoire politique tout à la fois concrète et néan­moins contextualisée. Par ailleurs, cet ouvrage complète, prolonge Monarchie et Modernité publié chez le même éditeur.

  • De toutes parts, Ricca entendait dire à son sujet : « Ah, ah ! Monsieur est Persan ? c'est une chose bien extraordinaire ! Comment peut-on être Persan ? » À l'heure où la France endolorie et encore fragile tarde à oublier les souvenirs du désastre, il en est sans doute qui n'ont pas manqué de s'interroger : comment, en 1950, peut-on revendiquer son appartenance au Club des Jacobins ? Et cependant, l'idée de faire renaître ce club au nom aussi illustre qu'inquiétant, le réflexe d'emprunter au tribun révolutionnaire sa verve, à l'austère inquisiteur son énergie à pourchasser les traîtres, la volonté même de ce cercle d'amis réunis autour de Charles Hemu d'entrer en politique en choisissant la structure clubiste constituent autant de symptômes révélateurs d'une dénonciation : la dénonciation par une génération des moeurs politiques de son époque. Le jacobinisme est un état d'esprit et une méthode. Tout au long de ces années cinquante où la Quatrième République paraît manquer à ses devoirs, accablée sous le fardeau de ses chimères, il est un groupe de jeunes hommes en colère, épris de ces principes, et qui refusent le déclin. Ce livre tente de faire leur histoire.

  • « C'est avec empressement que des dizaines d'anciens élèves, de collègues et d'amis ont écrit les textes d'histoire qu'on va lire en hommage à Pierre Guiral. (...) Le zèle des auteurs nous rappelle que l'oeuvre et l'influence du destinataire de l'hommage ont beaucoup contribué à former l'indispensable tissu provincial de l'enseignement et de la recherche universitaire. Un historien et un professeur qui a bien tenu sa place dans l'Université française, un « patron » et un ami qui a enrichi et aidé ceux qui l'ont approché et qui l'ont su comprendre, tel est l'homme que ces Mélanges vont honorer ».

  • L'État, en la personne de son souverain, a depuis toujours entretenu avec l'art un rapport privilégié. L'histoire de l'art qui traite des artistes et de leurs oeuvres et l'histoire qui exalte la gloire du Prince se rencontrent aisément autour des Princes-mécènes qui ont encouragé les arts et honoré les artistes. Mais quand le Prince est devenu l'Etat républicain, depuis 1875 donc, tout devient beaucoup plus complexe. Comment définir un style, juger l'action, ou évaluer le rayonnement d'un « Prince » collectif, anonyme et changeant ? L'État républicain se veut respectueux de la liberté de création (intellectuelle, artistique), des goûts et des opinions de tout un chacun : peut-il avoir une politique de l'art, voire une esthétique qui inspire son mécénat ? Au-delà des simplifications habituelles sur « l'art officiel » et l'oppression des artistes d'avant-garde, Marie-Claude Genet-Delacroix montre que la gestion du patrimoine, la politique éducative en matière d'art, le soutien de la création s'intégrent dans un véritable système des Beaux-Arts qui, loin d'être un supplément d'âme accessoire, joue un rôle capital dans le triomphe et la pérennisation du modèle républicain français, libéral et démocratique.

  • Point de rencontre entre la France et l'Allemagne, la Belgique est un terrain parfois propice à la coopération économique et financière mais, plus souvent, un enjeu dans les rivalités politiques ou commerciales. « Industrialisée à outrance » et densément peuplée, plaque tournante du commerce international, la Belgique apparaît comme un marché convoité où la France est menacée d'un « Sedan commercial » face à une Allemagne dont la pénétration pacifique ne cesse de progresser. Terre d'élection du libéralisme économique, elle devient le point d'ancrage de sociétés financières à vocation internationale qui drainent les capitaux français et allemands et permettent au Royaume de participer largement à l'expansion mondiale. Ces relations d'affaires entre les trois pays, exceptionnellement développées quoique marquées par certaines dissymétries, témoignent d'un cosmopolitisme économique et financier déjà vivace à la Belle Époque. Pays neutre par la volonté des Puissances, la Belgique constitue un enjeu politique et stratégique, surtout après 1904-1905, lorsque les États garants de sa neutralité sont groupés en blocs antagonistes entre lesquels la tension monte. Alors que la France et l'Allemagne cherchent chacune à l'attirer dans son camp, en créant des solidarités de fait fondées sur des affinités culturelles, des sympathies politiques ou des intérêts convergents, le gouvernement belge s'efforce de tenir la balance égale entre ses deux voisins. Exercice délicat qui ne laisse à Bruxelles qu'un rôle politique limité sur la scène internationale. Pourtant, le 2 août 1914, la Belgique rejette, avec une grande fermeté, l'ultimatum allemand.

  • Héritier d'une dynastie bourgeoise du Dauphiné, Casimir Perier (1777-1832) est l'une des personnalités éminentes du premier xixe siècle français. Membre de la Haute Banque parisienne, Régent de la Banque de France et chef d'entreprise, il fut un pionnier de la modernisation de l'économie nationale. Il mit son autorité, son énergie et son sens des responsabilités au service d'une activité politique commencée sous la Restauration, dans les rangs de l'opposition libérale. Ministre de Louis-Philippe, il donna la pleine mesure de ses qualités d'homme d'Etat en se plaçant délibérément au-dessus des partis et en adoptant une politique d'indépendance nationale. Par l'ampleur de son action marquée du sceau de sa vive intelligence, Casimir Perier prend un relief particulier dans la France des Notables.

  • Ce livre s'inscrit clans la série des recherches suscitées par l'enquête sur le personnel parlementaire de la Troisième République, entreprise par l'URA 1016 du CNRS, au sein du Centre d'histoire du xixe siècle qui asso­cie les Universités de Paris I et de Paris IV. Cet ouvrage porte sur une catégorie de sénateurs aujourd'hui oubliée : les inamovibles, nommés d'abord par l'Assemblée nationale, puis par le Sénat, conformément à la loi constitutionnelle du 24 février 1875. Jusqu'à la révision constitutionnelle de 1884, qui mit fin à ce mode de désignation, il y eut cent seize sénateurs inamovibles. Les diverses contributions réunies dans la première partie apportent des éléments de réflexion sur les origines sociales et la formation, les alliances et réseaux familiaux, les attitudes philosophiques et spirituelles, les liens avec le monde militaire, le barreau, le monde académique. Il fallait évo­quer leur enracinement provincial, leur place dans les conseils du gouver­nement, leur comportement politique grâce à quelques scrutins qui per­mettent au reste de décrire tendances et groupes dans le Sénat des débuts de la République. Enfin, les obsèques des sénateurs inamovibles et la mémoire qui les accompagne constituent comme le tombeau de ces « immortels » de la République. Les profils biographiques présentés ensuite trouveront sûrement l'attention de tous ceux qui s'intéressent aux élites socio-politiques de la France contemporaine. On découvre nombre de personnalités dont les débuts, non seulement professionnels mais politiques, datent de la monar­chie de Juillet, voire de la fin de la Restauration. Certaines de leurs exis­tences. et pas seulement celles des officiers de l'armée de terre ou de marine, sont marquées au coin du romanesque. Elles font revivre, comme en un éclair, l'histoire mouvementée de la France du xixe siècle, jalonnée par les révolutions, les changements de régime, les choix difficiles entre fidélité et ralliement. Ce livre éclaire une institution rarement étudiée et un personnel mal connu, qui doit tant à la France des notables, une France de propriétaires et de juristes, attachée au libéralisme.

  • Associant la connaissance subjective de son département d'origine à la connaissance objective de l'enseignant-chercheur universitaire, l'auteur nous fait découvrir avec bonheur le cheminement de la députation ligérienne durant la période que dessine formellement la IIIe République. Il s'attache particulièrement à caractériser, souvent à l'aide d'esquisses biographiques, les représentations qui sont celles de la noblesse « restitutionniste ». Entendons par là : un groupe dominant dans la sphère politique de la ruralité catholique nantaise, qui ne vise pas seulement à restaurer l'institution monarchique, mais plus généralement et de plus en plus intensément, à faire partager ses propres valeurs. Le présent ouvrage, scientifique et néanmoins fort lisible, devrait contri­buer à la clarification, à la « compréhension » du destin de l'ordre social nobiliaire auquel s'est aujourd'hui substitué celui de la classe notabiliaire. C'est une manière originale d'avancer dans le questionnement de ce qui n'est souvent qu'une pré-notion : la modernisation. L'auteur continue d'explorer cette problématique selon laquelle la noblesse, trop vite réduite à son caractère réactionnaire, peut encore actuellement, sur de nombreux points, contrebalancer la perte d'un pouvoir socio-politique très repérable par une influence socio-culturelle moins aisément observable.

  • Chrysalides

    Sohn Am

    Cet ouvrage se propose d'observer les femmes dans leur vie privée, jonglant avec les tâches qui leur sont dévolues, s'efforçant de concilier profession et contraintes familiales. Il ne s'agit pas ici de peindre des hétaïres ou des grandes bourgeoises, des intellectuelles ou des féministes. Non, ce sont les femmes ordinaires, principalement issues des milieux populaires, ce sont les oubliées, les sans-grade de l'histoire qui sont sur la scène. Femmes ordinaires donc mais qui ont su avec obstination, et par devers les élites, construire leur vie et aménager leur condition. L'émergence durant la IIIe République de l'individu féminin qui aspire au bonheur, à l'époux élu comme à la maternité choisie, voit les femmes récuser à leur manière les représentations normalisatrices qui vouent le deuxième sexe au domestique et le cantonnent dans une position subordonnée. C'est dans le cadre des relations intimes entre parents et enfants, entre maris et femmes surtout, que se redéfinissent les identités. La ménagère, la mère et l'épouse sont donc scrutées dans leurs pratiques et leurs aspirations, et celles-ci toujours mises en regard des comportements masculins. De la rencontre des futurs aux prolégomènes amoureux, des noces au train train quotidien, de la lutte pour le pouvoir conjugal à l'épanouissement de la sensualité, et jusqu'à la rupture qu'osent infidèles et divorcées, ce livre décrit les trajectoires féminines dans leur diversité et tente de reconstruire la pluralité des histoires individuelles.

  • L'auteur nous invite à entrer dans la maison tourangelle, à la suivre d'une pièce à l'autre, à découvrir l'émergence d'une nouvelle conception de l'intimité domestique, celle du dehors et du dedans, du propre et du sale, du montré et du caché. Organisme vivant, la maison vit en plein accord avec la famille qu'elle reçoit, elle se modifie, s'aménage en fonction de son vécu. Événement majeur, le tourangeau enlève à la salle commune son caractère polyvalent. Cette valorisation de l'espace privé va de pair avec le besoin de délimiter les territoires, non plus par des meubles mais par des parois rigides, de répartir définitivement les tâches domestiques, les zones du repos et du travail. C'est alors la conquête de l'étage et la recherche de l'isolement. La maison tourangelle devient un véritable miroir de l'adhésion à la modernité comme l'illustre le soin apportéà la chambre à coucher avec son lit « de milieu », et non plus « de coin », sa table de nuit, son armoire à glace, sa commode et son nécessaire de toilette. Les premières cuisinières, souvent d'occasion, concurrencent la traditionnelle cheminée, signalant la disparition des veillées et l'attirance des nouveaux loisirs. La table voit ses dimensions se réduire, sa forme s'arrondir, reflétant la taille et la structure de la communauté tourangelle.

  • Pour l'implantation du socialisme, aucun échange d'expériences à partir de cette problématique n'avait été tenté. Historiens et spécialistes de science poli­tique confrontent, dans cet ouvrage, leurs hypothèses, leurs méthodes et leurs résultats. Le spécialiste du socialisme européen, Donald Sassoon de l'Univer­sité de Londres, tire les conclusions de cette journée d'études à caractère pluridisciplinaire. En ne séparant pas les organisations partisanes de leur contexte social et culturel, une histoire sociale apparaît avec l'examen de la mobilisation des électeurs, des relations avec les organisations syndicales, mutualistes, coopératives ou associatives, des politiques municipales entre autres. Le triptyque, partis, réseaux, mobilisation, caractérise les interrogations regroupées en quatre thèmes, les lieux, les élus, les mobilisations, les discours.

  • Paul Ramadier est le type même du parlementaire français de la IIIe et IVe République. Il bâtit sa carrière depuis le bassin houiller d'Aubin-Decazeville (Aveyron), où le socialisme s'est implanté, alors que le département lui-même est dans son ensemble conservateur. D'abord simple militant dès 1910, il s'appuie sur le triptyque parti-syndicat-coopérative, et est élu maire de Decazeville en 1919; il devient en 1928 député de l'arrondissement de Villefranche-de- Rouerge après avoir élargi scs soutiens aux radicaux, et enfin conseiller général. Il s'est ainsi constitué un fief qui le réélit fidèlement jusqu'en 1940; il est plusieurs fois ministre de 1936 à 1938. Démis de ses fonctions par le gouvernement de Vichy, auquel il s'est opposé le 10 juillet 1940, il maintient pendant la guerre des contacts avec ses amis politiques. A la libération, personnalité non compromise, il devient Ministre du Ravitaillement puis Président du Conseil (1947), Ministre de la Défense Nationale (1948-1949) et Ministre de l'Économie et des Finances (1956-1957). C'est un des pères fondateurs et une personnalité de premier plan de la IVe République. Mais rassembleur de la gauche avant 1940. il s'aliène définitivement l'électorat communiste, qui a grossi depuis la guerre, à cause de ses choix gouvernementaux. Sa carrière politique s'achève en 1958 avec le régime lui-même, et quelques mois plus tard les Decazevillois le rejettent comme maire. Paul Ramadier représente bien les hommes politiques dont l'action s'est déroulée tant sur le plan local que national. Il permet donc de mieux procéder à la radiographie d'une carrière politique, et d'en faire apparaître, comme exemple, les fils conducteurs et les structures. C'est aussi un social-démocrate convaincu, qui défend la République et les avancées sociales mesurées, mais qui se trouve aussi aux prises avec les contradictions de l'exercice du pouvoir. Une carrière toute d'actualité! Dans un style alerte qui procure un grand plaisir de lecture Aline Fonvieille- Vojtovic, elle-même d'origine rouergate, réalise un ouvrage qui entremêle judicieusement histoire locale et nationale et met en évidence les ressorts de la vie politique française dans la première moitié du XXe siècle.

  • Les propriétés des communes ont été l'objet de querelles interminables. Au xviie siècle, temps de la montée de l'individualisme agraire, elles acquièrent la réputation d'inutilité et d'improductivité. Depuis lors, le communal a toujours été stigmatisé, érigé en symbole de l'archaïsme des petits paysans cramponnés à leurs usages collectifs. Loin de cette schématisation, Nadine Vivier met en évidence la diversité des attitudes régionales. Refusant de réduire les biens communaux à une simple question économique, elle analyse l'attachement des villageois aux coutumes locales, et elle retrace la succession des enjeux dont ils sont l'objet. Enjeu social lorsque, sous Louis XV, ils sont déclarés patrimoine du pauvre, afin de fixer les miséreux dans les campagnes. Puis la Révolution en fait aussi un enjeu politique. À travers tout le xixe siècle, la propriété collective se maintient, patrimoine nécessaire à l'autonomie de communautés face au pouvoir central, à leur maîtrise de l'espace et à la conscience de leur identité.

  • La République et ses symboles. Un territoire de signes s'attache à l'analyse des signes, des écritures, des décors et symboles républicains qui s'inscrivent sur le territoire de la France. Il montre à quel point ces signes, même les plus ordinaires, représentent des enjeux politiques à travers l'histoire. Il découvre leur fonction décorative sur les architectures monumentales comme sur les objets quotidiens. Il croise les approches, organise le dialogue des historiens du politique et du culturel avec ceux des formes ; il permet de faire le point sur les récents développements de l'historiographie depuis les travaux fondateurs de Maurice Agulhon et de Michel Vovelle.

  • Ce livre tente d'identifier, par les mots et les images du temps (lithogra­phie ou grands genres), un « moment politique frénétique » français (1824- 1834). À l'instar du « drame frénétique » lorsque, boulevard du Crime (notre boulevard du Temple), chacun allait pleurer, et plus encore se livrer aux délices de l'angoisse vécue en commun, de sept heures à dix heures du soir. Maïté Bouyssy interroge aussi bien l'usage des larmes et de la compassion, que la mise en scène de l'horreur. Autour de figures charnières - tel Louis XII, le roi malchanceux qui a accompagné la mode troubadour, avant et après la Révolution - et de l'expression de « flots de sang » qui circule dans les lettres et les arts, des images furent reçues comme politiques. Des Réjouissances publiques de Boilly (1826 pour la gravure de Villain) à La Grèce sur les ruines de Missolonghi de Delacroix (1826), en passant par la célèbre litho­graphie Rue Transnonain le 15 avril de Daumier (1834), l'incessante circulation des mots à l'image montre un dispositif rhétorique qui mène au son. Car le cri donne le lieu social des émotions présentées et redéfinit les raisons du suc­cès de ces auteurs, qui gèrent la dénonciation telle des fables mises en image. Il ne s'agit ici ni d'éluder les périls de la surinterprétation ni de donner un métasystème de clés, mais de rendre compte des vraies raisons du succès de la réception de ces oeuvres. Sous diverses formes, cet ouvrage traite donc du citoyen et du genre, des foules et de Bailleurs, du juste et de l'injuste ou de l'ordinaire ordre policier. Quand se trame un ordre prédémocratique s'accroît l'inquiétude de la « montée du cadavre » qu'ont notée d'autres histo­riens. Cette inquiétude semble avoir partie liée avec le processus d'accep­tation de l'égalité symbolique réalisée dans le suffrage universel de 1848.

  • On s'est beaucoup moqué des banquets politiques, de « cette éloquence d'automne semée autour de tables bourgeoises et arrosée de vins du cru » (Lamennais). Comment prendre au sérieux en effet ces agapes, à nos yeux si prosaïques en pleine exaltation romantique, mais aussi ridiculement effusives dans une époque qui vouait un culte à la rationalité politique ? Et pourtant, aujourd'hui encore, chacun sait que la cause immédiate de la révolution de Février 1848 fut l'interdiction par Guizot d'un banquet réformiste, celui du XIIe arrondissement de la capitale. Bon nombre de contemporains en restèrent perplexes : comme nous, ils n'arrivaient pas à comprendre comment une décision apparemment anodine avait pu avoir de telles conséquences. Aussi fallait-il reconstituer une histoire qui n'a jamais été écrite, celle d'une forme disparue du répertoire politique. Le banquet n'est si étrange à nos yeux que parce que nous avons indûment valorisé Gavroche et Tocqueville, la barri­cade et le parlement. Décrire les banquets, pour d'abord mieux comprendre la sociabilité du premier xixe siècle, et reconstituer la culture politique de toute une génération, qui savait jouer des symboles et de l'implicite, et qui, après la Révolution et le despotisme napoléonien, cherchait sa voie dans une période décisive pour l'apprentissage de la liberté et de la démocratie. Puis faire toute sa place à un imaginaire dont nous avons oublié la richesse et les multiples enjeux. C'est, en définitive, s'interroger sur la nature même du lien politique, au-delà des discours et des institutions.

  • « En voulant écrire sur la révolution de Naples, je me suis laissé entraîner à tracer l'histoire des révolutions de tous les peuples de la terre, et spécialement celle de la France. » Tels sont les propos de Vincenzo Cuoco (1770-1823), historien, juriste et disciple du grand philosophe napolitain, Giambattista Vico, et auteur de l'Essai sur la révolution de Naples (1801), qui devint un classique du Risorgimento, influença Giuseppe Mazzini et fut commenté par tous les ténors de la science politique italienne. Vincenzo Cuoco prêche discrètement l'unité italienne sur une base identitaire et nationale aux plus belles heures de l'empire napoléonien, après léna (1806). En France, seul l'ancien rapporteur du Comité de salut public, Bertrand Barère, s'y intéressa en traduisant l'Essai sous le titre d'Histoire de la révolution de Naples (1807), après les trois tomes d'une fable philosophique écrite en contrepoint, Le Voyage de Platon en Italie. L'Essai, récit vif et enlevé qui pose les événements napolitains de 1799 sous le régime d'une catastrophe annoncée, en appelle à une « science des sciences » des élites. Il postule que l'on peut éduquer afin de faire pièce aux « fictions et aux imaginations des charlatans », des mots d'époque qui ordonnent le récit. Nonobstant, le plus grand mérite du texte est d'être théorie et narration, théorie parce que narration. Le Centre de recherches en histoire du xixe siècle avec le soutien de l'Instituto italiano di Cultura de Paris a réuni en 2001 des historiens, des littéraires et des philosophes italiens et français spécialistes du xviiie siècle et du xixe siècle afin de reprendre une réflexion sur la généalogie et les prolongements des oeuvres de Vincenzo Cuoco jusqu'à La San Felice de Dumas qui s'enchantait de cette histoire. Ces regards, différemment croisés et parfaitement transversaux, enrichissent un comparatisme indispensable à la compréhension des libéralismes et des questions nationales au début du xixe siècle.

  • La manifestation de rue est une pratique minoritaire, antinomique au système parlementaire, longtemps dépourvue de tout statut juridique et qui ne doit qu'au vocable populaire de « manif » de s'être tardivement dotée d'une dénomination non polysémique. Et pourtant, plus de 15 000 manifestations recensées en France métropolitaine cinquante années durant, une assise sociale, politique et géographique potentiellement sans limite, des périodes de basses eaux mais jamais de disparition prolongée, pas même durant la guerre ou sous l'Occupation et une incontournable donnée de l'histoire politique et sociale contemporaine. C'est de ce paradoxe que cette histoire des manifestations de rue tente de rendre compte. Il s'agit de s'interroger sur la permanence du phénomène, son poids, son extension politique, sociale et géographique et leur pourquoi ; sur ce qui range la manifestation au nombre des causes pour la défense desquelles se mènent, parfois, des batailles. Que signifie le fait de privilégier parfois pareille forme d'action quand le droit de grève et le suffrage universel peuvent (et doivent), en droit, suffire à tout ? Comment, pourquoi et avec quel résultat cette pratique qui est constitutivement la négation du système parlementaire finit-elle par s'imposer ? Comment le régime politique réussit-il à l'acclimater ? Avec quelles conséquences ?

  • Quoi de commun entre l'enfant qui chaparde les cerises, l'assassin qui égorge les rentiers, le domestique indélicat, le pickpocket, le rat d'hôtel, la kleptomane, le cambrioleur ? Rien, sinon cette étiquette de voleurs qui recouvre une large variété de types sociaux et d'imaginaires. À des degrés bien différents, tous font l'objet d'une réprobation morale. Car le vol dérange l'ordre social : comme l'écrit Michelle Perrot, le xixe siècle est animé d'une véritable « obsession propriétaire » qui ne se relâche guère avant les années 1960. Le fait est connu, mais il reste trop souvent vu de loin. Comment prendre en compte les évolutions chronologiques dans une société qui s'enrichit et accède plus massivement à la propriété ? Comment envisager les spécificités géographiques (le voleur des villes n'est pas le voleur des champs, ni le maraudeur de banlieue) ? Comment distinguer, enfin, des groupes sociaux, des genres, des âges ? C'est tout le pari de cet ouvrage qui propose d'examiner, dans leur diversité, les imaginaires et les représentations du vol aux xixe siècle et xxe siècles, du Code pénal aux blousons noirs. De Jean Valjean aux Valseuses, en passant par Lupin et Bonnot, mais aussi par une foule de petits délinquants obscurs, il s'agit d'éclairer un envers de l'histoire de la France contemporaine.

  • La loi de 1901 est née des débats consécutifs à l'Affaire Dreyfus. Le vote de cette loi de liberté restait bloqué depuis les années 1880, de crainte de légaliser des congrégations hostiles à la République. Après l'Affaire, le Parti républicain tranche pour un système à deux vitesses, restrictif pour les congrégations et libéral pour les associations laïques. Pour ces dernières, la loi entérine le régime de tolérance en vigueur. Des historiens, des juristes et des politologues reviennent ici sur le « moment 1901 ». Ce moment voit aussi l'émergence des partis modernes. Mais les partis n'ont pas tous utilisé la possibilité que leur offrait la loi de « se déclarer », On se « déclare » plus souvent à droite qu'à gauche, et le mode des relations que l'on entretient avec les associations amies varie d'un bord à l'autre de l'échiquier politique. Inversement, des associations se placent dans le champ politique, revendiquent une légitimité propre et entrent en concurrence avec les partis. Les légitimités participative et représentative sont-elles antagoniques par essence ? Peut-on au contraire les penser comme complémentaires ? Le mouvement associatif constitue-til un relais lors des périodes de perte de représentativité du système partisan ? Cette enquête pluridisciplinaire porte un nouveau regard sur les acteurs et les ressorts de la démocratie.

  • La problématique générale de l'implantation sert de point de départ et permet une réflexion sur le phénomène communiste. Pour comprendre la nature des mutations qui traversent le communisme français, un des modèles possibles parmi les communismes mondiaux, il faut établir des liens forts entre le milieu, les idéologies, les phénomènes culturels, les systèmes politiques, les individus, les impulsions nationales et internationales. Autant de composantes qu'il faut analyser dans leur globalité en dégageant les rapports entre les groupes sociaux dans des cadres précis, les projets politiques, les influences réciproques. Un ensemble de points forts apparaissent: les contraintes d'un héritage, les luttes plus englobantes, les effets des pratiques locales, le ter­ritoire social comme enjeu politique, les questions nouvelles posées par l'inscription nationale dans un cadre fortement internationalisé, le rôle de l'en­treprise, le groupe enseignant. Les valeurs communistes occupent une position variable et laissent la place pour d'autres orientations car le communisme ne fonctionne jamais en vase clos.

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