Éditions du Noroît

  • Port de terre Nouv.

    Les lieux nous engendrent autant que nos père et mère. Ils donnent naissance à nos façons d'être et de parler, de vivre, d'aimer, même de mourir. Trois Grands Enfants explorent dans ses recoins les plus secrets la forêt montmorencienne, dans l'arrière-pays de Beauport, leur « port d'attache », dont ils se détachent petit à petit pour épouser le grand large que les bois incarnent avec leurs défis et leurs dangers. Ils y découvrent qu'ils ne sont pas encore nés : ils s'accoucheront dans la douleur et dans la joie, sortant peu à peu de leur longue incubation grâce à la puissance de la Poésie, langue première des bêtes et des plantes qui composent le peuple des forêts, cette grand partition de la vie à l'état brut qu'ils interprètent jusqu'à la dissonance et au charivari. Entre fable et poème, mémoire et essai, Port de terre met en oeuvre toutes les ressources du langage pour raviver le grand big bang qui nous ré-enfante à chaque instant.

  • Fin du labyrinthe Nouv.

    Fin du labyrinthe constitue le cinquième volet d'une méditation sur la mort, sous forme d'ascèse. Au terme d'un polyptique que forment Le Cimetière de Sinera, Les heures, Mrs. Death et Le marcheur et le mur, la langue se dépouille en quête de la clarté qui précède la lumière, de la lumière qui accueille le je sur la rive ombreuse. Le poème se fait tour à tour chemin, ascension et traversée «au coeur de l'hiver», dans l'espoir d'un «blé à venir», du point du jour jusqu'au coucher du soleil. Dans le langage en butte au silence, à la souffrance de l'homme arbre ou cerf, poursuivi par le temps, s'accomplit la quête de l'Absolu.

  • Toots fait la shiva, avenue minto Nouv.

    Véritable hommage à la mémoire de Paul Émile Savard, ami disparu, Toots fait la Shiva, avenue Minto d'Erín Moure dépasse la simple étude. Livre émouvant s'il en est, cet essai, dont on a dit qu'il constituait «un beau témoignage d'une vie courageusement vécue aux confins des valeurs contemporaines», fait ressurgir l'existence d'un homme n'ayant laissé aucune trace, si ce n'est qu'en cette femme qu'il surnommait Toots. «Ce sont mes souvenirs, et le souvenir est un travail d'imagination», écrit Moure. De l'Abitibi aux quartiers pauvres de Vancouver, en passant par Montréal et l'avenue Minto près de la Cour de triage Glen à N.-D.-G., à travers des souvenirs et des recherches Google, des citations de Rilke et des allusions aux recettes de Madame Jehane Benoît, l'autrice honore la dignité de cet être cher, dignité dont elle seule, au fond, pouvait rendre compte.

  • Moments fragiles Nouv.

    Moments fragiles est sans contredit l'un des plus grands recueils de poésie de Jacques Brault et du Noroît. Publié pour la première fois en 1984, il a souvent été réédité et continue aujourd'hui à être lu et étudié dans plusieurs établissements d'enseignement. Cette nouvelle édition respecte le texte original et son dialogue avec les oeuvres du poète, tout en présentant une nouvelle couverture.
    Dans Moments fragiles, Brault arrive à s'approcher «de cet espace où le lieu commun révèle sa profonde étrangeté, se creuse d'une rumeur impersonnelle. [...] Mais seule l'écriture qui a regardé en face sa propre nullité peut produire une telle rencontre et en assumer la tristesse et la paradoxale vérité» (Pierre Nepveu, Le Devoir, 1984). C'est un recueil d'une rare sensibilité à l'existence et au monde qui demeure d'actualité encore aujourd'hui.

  • Il s'agit, dans ce livre, de maux déguisés en mots pour ne pas avoir à vivre ce qu'ils éprouvent. Des mots à maux. Des mots sans mots. Des maux pleins de mots (les pires). Des mots qui abusent carrément. Des mots faits main, dans la tête, qui laissent deviner ce qui se passe réellement derrière la palissade de mots. Des mots qui étouffent comme un boa. Des mots mal emmanchés. Des mots de Charlevoix. Des mots du fleuve salé bleu-vert. Des mots que l'on dit trop, que l'on répète, pour ventiler. Des mots d'amour quand elle me prend dans ses bras, nombreux. Des mots qui donnent de grandes ailes, enfouis, morts de peine, qui se donnent la mort. Mots uppercuts. Mots en diable. Des mots de plein jour en pleine nuit. Des mots au chocolat noir à la fleur de sel. Des mots nids. Des mots draps de soie. Des mots qui se lisent sur une portée de silences.

  • Tout est cache

    Quinn Judy

    Tandis que la pollution atmosphérique atteint des sommets records à Delhi, les morts prennent le pouvoir sur Terre. Où aller? Pourquoi? Dans ce cinquième recueil publié au Noroît, Judy Quinn poursuit son souffle narratif jusque dans les rues de l'Inde où elle dissèque avec acuité un réel insoutenable, celui d'un monde en flammes. Parmi la liste des choses à voir : des mini-chiens au poil court, la soie, la gale, la balle qui a tué Gandhi. Avec Ben Kingsley dans le rôle principal, se déroule ainsi la bobine d'un film sans sous-titres dans lequel l'existence n'est plus que survie, comme si Dieu avait quitté le cinéma avant la fin. Livre sur le deuil et l'amour, Tout est caché est un voyage incandescent à la recherche d'un abri.

  • Non loin du réquisitoire poétique, Un ciel sans preuve dresse un constat lucide sur un nouveau paradigme; la gouvernance par les nombres. Inspiré par la vision antagoniste entre l'humain et son milieu, l'auteur pose un regard humaniste tout autant que poétique sur la démesure du progrès et la dissonance sociétale qui en découle. Au coeur de cette opposition, l'effacement paradoxal du monde réel au profit de sa surreprésentation quantifiée.

  • Cet essai est un apport à la réflexion québécoise sur la poésie, car il contribue à enrichir les lieux de l'imaginaire poétique, non seulement dans une perspective continentale américaine, mais aussi dans celle des traditions littéraires anglo-saxonne et hispanique.
    Non seulement l'attention portée au domaine de l'émotion est un apport aux théories de la lecture et de la création, mais les textes qui lui sont consacrés pourront aussi être fort utiles aux professeurs des collèges et universités francophones. Serrano rend le texte poétique familier dans un langage imagé, se déployant selon différents angles d'approche, dans une cohérence de thèmes et de répétitions qui n'enferme toutefois pas le sens, constamment ré-ouvert. L'essai acquiert ainsi une «troisième dimension», poétique, qui est mise en abyme.

  • Belladonna

    Yannie Bernier

    Francesca Woodman, Marina Tsvetaeva, Virginia Woolf.
    Trois femmes, trois ressuscitées que j'ai suivies jusqu'au fond du puits. Nul ne revient intact de ce voyage d'Orphée. On croit souvent que les esprits veulent nous posséder. C'est plutôt nous qui entrons en eux, y trouvons refuge. Pour un temps, je fus - non prisonnière - mais surface de leurs âmes.

  • En 1937, Amelia Earhart, partie pour un tour du monde, s'écrase dans l'océan Pacifique. La légende fait de cette pionnière du ciel une Robinson Crusoé moderne : survivant au crash sur l'une des îles Phoenix, seule au monde, est-elle encore capable d'en goûter la beauté fugitive ?
    Dans son quatrième livre, Lessard raconte des vies qui, comme celle d'Earhart, volent en éclats. Elle rassemble autour d'elle un archipel de survivant.e.s, avec qui elle partage la langue des grand.e.s brûlé.e.s. Dans la foulée du mouvement #MeToo, cette poésie féministe et confessionnelle expose l'après des traumatismes et dénonce les traces profondes que laisse la violence. Sa parole empathique rend compte des distorsions de la mémoire blessée et du long chemin parcouru par celles et ceux qui luttent pour renaître parmi les cendres. Oscillant entre biographie et autobiographie, ces poèmes nous rappellent qu'il n'y a pas de résistance ni de résilience sans communauté.

  • «Poèmes 1938-1984» se compose de quatre parties et rassemble plusieurs décennies d'un travail poétique acharné qui témoigne de l'infatigable vigueur d'une femme dévouée à sa muse. Ayant lutté sa vie entière pour réconcilier les exigences de la maternité et celles de sa vocation d'écrivaine, Elizabeth Smart évoque ce combat dans nombreux de ses poèmes, traçant ainsi le portrait d'une époque où les femmes ont du mal à se tailler une place dans les cercles d'écrivains, aux prises avec les barrières qu'on leur impose et les dilemmes quotidiens. Tout au long du recueil, elle fait cohabiter le trivial et l'universel et se livre à des moments de pure exaltation, s'émerveillant par exemple devant la furie de vivre des plantes, ou de désolation extrême, notamment en face des ravages de la guerre - événement qui l'a intimement et profondément marquée. Sans se soumettre à des formes rigides, les vers de ce recueil célèbrent également les maîtres qui les ont inspirés, s'adressant à eux, avec insolence parfois, afin de permettre à leur auteure d'exister en poésie.

  • Ce recueil expose des figures et des moments de passages d'hiver à la fois physiques, intimes, politiques et artistiques. Un peu comme c'était déjà le cas avec Quelques éclats, les poèmes convoquent plusieurs voix distinctes qui reprennent et réinventent des histoires et des trames d'histoire disséminées à travers le temps et l'espace. Réalisé en collaboration avec l'artiste et écrivain belge Romain Renard (Chroniques de Melvile), le recueil raconte des impasses, des chutes, des épiphanies. Le bout de papier, la main ouverte, la lanterne - l'espoir qu'il faut pour s'abriter, la lumière pour les traversées.

  • Biographie de l'amoralité trace le parcours d'une sculptrice cloîtrée dans un atelier en compagnie de deux modèles. Animée par un désir d'absolu, elle puise dans des forces insoupçonnées pour façonner des statues qui parlent une langue d'éboulement. Au fil des poèmes, la performance devient une obsession. Pire, une condamnation à créer, coûte que coûte. À travers une incursion dans le monde de l'art, l'auteur propose une réflexion sur les conséquences d'une dévotion complète à la création. Ce livre joue avec les genres et se présente à la fois comme un traité de sculpture, une ode au hip-hop, un magazine de mode et un essai sur la morale.

  • De ce monde ouvre sur des aspects complémentaires de l'écriture de Louise Warren, de 2004 à 2020 : la chronique brève et la prose dédiée à un thème, incluant de nombreux inédits. Chaque volet accueille les oeuvres d'autres artistes, les lieux, le voyage, le souvenir, la lecture. Ainsi se tissent les fils de son appartenance au monde, dans sa multiplicité, dans sa diversité, de la vie simple aux échos de la planète, de la création à l'amitié et à la solidarité. Traversée par une même expérience de l'intime et du langage, la réflexion s'approfondit, jusqu'aux recherches récentes sur la matière et l'incertitude.
    Cet essai inclut le texte « Au nom de la matière » qui accompagne l'exposition du même titre au Musée d'art de Joliette, présentée du 15 août 2020 au 10 janvier 2021, dont Louise Warren est commissaire.

  • «Ces jours où mon esprit traînait parmi les êtres de plâtre, les animaux et les figures de la mort. » Et si Florence, la ville italienne, célèbre pour son architecture et ses oeuvres d'art, était cette escale bouleversante où découvrir les chemins d'une initiation à la mort et à la vie? Aller jusqu'au bout du bleu forme le récit de ce recueil comme une tentative de toucher l'infini. Une subjectivité concrète s'avance, confrontée aux beautés et à la ruine, dans la blancheur d'un soleil qui contraste avec la profondeur d'une nuit bleue pétrole où nichent les poèmes aiguisés au néant de Florence, jusqu'au bout du bleu. Tourmentée par des visions, appelée par l'ouverture créée par l'art, mais pourtant « petite parmi les pierres », c'est bien le voyage d'une poète qui s'anime; une utopie dans sa nudité, à travers la marche jusqu'à l'envol dans un espace sans limites.

  • Entre ville et village s'écoule une année où l'on accueille les jours avec ce qu'ils apportent de tremblements et d'envols. Une année où la bêtise qui tapisse les médias remplit les esprits. Une année où passent des saisons transformées par leur disparition imminente. Une année où l'on tricote les retrouvailles avec la perte, l'apaisement avec la colère, le chatoiement avec l'obscurité. Une année pourtant porteuse de lumière, où l'on s'étonne des moments où l'apesanteur soulève les bagages. Car malgré les deuils et en dépit des images radioactives qui s'immiscent par les fenêtres et les écrans, le coeur a toujours douze ans au seuil d'un jardin d'hémérocalles et il s'entête à chercher le dernier chaman qui sache encore danser.

  • «Qui, si je criais, parmi la cohorte des anges, m'entendrait? » L'appel tourmenté de Duino résonne encore jusqu'à nous. Jamais autant qu'aujourd'hui la parole n'a-t-elle parue aussi fragile et si peu apte à rendre compte du réel, comme si les mots n'appartenaient plus à ce monde, chargés d'oubli plutôt que de sens, à la manière d'un vestige effondré. Qui parle, d'ailleurs, en chacun de nous? Plus nos voix se mêlent les unes aux autres, moins elle semblent constituer un discours commun. Comme un homme sans os, elles sont devenues une forme indéfinie et trop souvent vaine. Dans le brouhaha des voix qui s'entremêlent, écouter ressemble à une idée morte, tandis que la parole a peu à peu quitté le champ de la culture pour disparaître dans l'insistante affirmation de soi. Parler serait-il donc devenu inutile? Et écrire un exercice ne pouvant aboutir qu'à l'énormité du vide? Pourtant non, car nous n'avons rien d'autre que les mots, toujours inaboutis et traversés de noir; ils sont les seuls interstices de nos vies où le temps ait un sens et grâce auxquels l'humanité peut encore crier: « ne m'oubliez pas! » Parler aux dépens des mots eux-mêmes est si nécessaire, sachant que le souffle qui les porte ne fait qu'un avec le coeur des choses.

  • «L`ouvrage lilas de la steppe» rassemble ce que le réel et l'imaginaire ont cédé au langage: une steppe étrangère, des mots faucons, un peuplier seul et un fleuve amour. Les poèmes recensent des récits où des bêtes se perdent et où le ciel est unique refuge. Ils cherchent à retracer les lectures et les voix qui ont fabriqué la première errance, cette quête un peu vaine à comprendre ce que nous sommes et qui nous rejette bien au-delà de nous-même et du monde. Tout ce qu'on croyait injustice noire est devenu particule intime de nos angoisses et de nos rêves. Est devenu verbe nouveau. Une autre fabrication de soi. Cet ouvrage est peut-être simplement le récit d'un voyage.

  • Ce deuxième livre de l'autrice engage une réflexion dans laquelle la nature et le corps sont mis en scène côte à côte, dans un appel de la finitude prolongée par une méditation sur le sens de l'aventure. La présence de la mort, le malaise entre l'amour de la nature (du fait de l'observation à laquelle elle donne lieu) et ce à quoi elle ne permet pas de se poser, d'y vivre.
    « Comment réconcilier / la mémoire et l'attente », écrit-elle, sans pour autant donner de réponse, sinon dans le chemin que le poème érige peu à peu, comme le mensonge béni qui offre une issue : « mon poème aura toujours / sa source dans le mensonge ». Si bien que le malaise du corps, ses maladies sans doute, fait un écho au mal subit par la nature.

  • La mer, le feu. Des ouragans ravagent des îles, des campagnes, des villes. Des incendies détruisent des forêts, des champs, des villages. Porto Rico, Saint-Martin, la Floride, la France, l'Inde, le Portugal... La mer, au feu. Un regard à ras de terre, de mer et de corps sur l'un de ces sursauts dévastateurs du climat, quand l'eau et l'électricité provoquent un vaste incendie à Breezy Point près de Manhattan, au milieu d'inondations à marée haute.
    La mer, au feu / A Sea Fire est d'abord paru à Paris sous la forme d'un livre d'artiste, conçu par Madeleine Monette et Véronique de Guitarre.
    La suite poétique, écrite après le passage de l'ouragan Sandy sur la côte Atlantique en 2012, puis traduite par la poète Oana Avasilichioaei, a donné lieu à un échange généreux où le texte et l'image se portent l'un l'autre.

  • Sestrales fait le portrait d'une parole isolée, celle d'une femme vivant dans une forêt. La narratrice tente là de se soustraire aux violences qui la menacent en rétablissant, par le langage, la relation à soi, aux êtres et aux choses. L'adresse à sa soeur montre d'abord en quoi la rencontre échoue: le poème devient le témoin et la trace d'une fragilité en lien avec l'isolement (physique, intime, géographique) qui pose entre elles la question de la limite des corps, des sensibilités et des identités sexuées. Ce renoncement l'amène à s'extraire des conventions de rôles sexués et genrés, non sans qu'elle s'impose à son tour une forme de violence. Mais le lien entre les deux femmes (cette sestralité évoquée par le titre) reste garant d'une promesse de création.

  • Un jour, il y a plus de quatre décennies de cela, un étudiant à qui je tentais désespérément d'enseigner à peu près les raisons de la poésie, du moins quelques paramètres de la chose, me dit, comme ça, sans scrupule ni heureusement aucune culpabilité : « La poésie, pour moi, ce n'est que du vent...» L'idée n'était pas si fausse, non plus que sa formulation, sans aucune agressivité d'ailleurs.
    Depuis plus de quatre décennies, aussi, je ne cesse d'imaginer cette histoire du vent qu'est, à sa façon toute particulière, la poésie. Aussi bien ce qui échappe, que ce qui décoiffe et recommence le monde... sans que nous y soyons toujours convié. J'ai amorcé cette quête du vent, sans jamais vraiment m'en désoler non plus que sans m'en réjouir. Chaque matin, à l'aube le vent et chaque matin, à l'aube, les mots qui peut-être conviendraient à cette incessante histoire du vent.

  • Il y a la mort des uns et son impact sur ceux qui restent. Dans Aucun mot n'est tenu au miracle, la voix narrative qui s'élève ne cherche pas à explorer un thème, à relater une histoire ou à rétablir le fil de la mémoire. Elle recueille de petites éternités de lieux, de désir, de langage, de moments qui échappent au temps. On pourrait dire de ces moments qu'ils constituent de petites archives du «vivant». Les mots reviennent en force pour s'écrire en marge du corps et en marge de la mort. Les poèmes eux-mêmes semblent prêts à s'envoler, à quitter tout ce qui pourrait autrement les retenir.
    Ils habitent en quelque sorte cette fragile et délicate frontière qui sépare ce qui a été de ce qui ne saurait s'effacer. L'écriture répond
    ici au désir sauvage de laisser les images et les mots repeupler le fragile territoire de vivre.

  • Je suis allé voir l'aube quand le clair n'était pas encore. Je trouve le présent, cette seule connaissance utile. La couleur nommée, la main pose la nécessité de l'instant et la survie des identités. Le trait illumine, dispose l'oeil à la disparition de l'habituel. Ici commence le parcours. Une infinie tendresse. Au premier pas, je prends congé des mémoires. Je porte le jour comme une fidélité au présent, le seul moment qui soit. Je préfère à l'étroit ce qui advient au regard. Pour tracer le matin il me manque les mots jamais rencontrés. Je me refais près du corps. Une joie avance au bout du champ. On dirait des paupières traçant l'éternité. Comme le théâtre Nô, quelque chose arrive et gagne la proximité. Aujourd'hui tout se fait rare, les choses sans nom, l'envers, l'endroit. L'étrange c'est plus sûr. L'éphémère, de l'autre côté de l'oeil. L'aube c'est bleu, parfois jaune et ocre.

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