Collège de France

  • La métaphysique du temps : perspectives contemporaines Nouv.

    Qui ne s'est un jour demandé ce qu'est vraiment le temps ? Quelle est sa réalité ? Quelles propriétés lui reconnaître ? Nous avons l'impression que le temps passe ou s'écoule. Mais cela correspond-il à sa nature réelle ? Comment rendre compte des distinctions entre passé, présent, futur ? Les enseignements des sciences contredisent-ils notre conception ordinaire du temps ? Ces interrogations, aussi anciennes que la philosophie elle-même, ont fait l'objet d'un examen renouvelé dans la métaphysique contemporaine. Sans prétendre à l'exhaustivité, les contributions réunies dans ce volume entendent offrir un guide des questions les plus disputées, aujourd'hui, en ce domaine.

  • « Ma grande église et ma petite chapelle » : c'est ainsi que Gaston Paris, illustre médiéviste, désignait en 1894 le Collège de France et l'École pratique des hautes études, les deux établissements entre lesquels il partagea son enseignement. Fondées respectivement en 1530 et en 1868, ces deux maisons de la « science en voie de se faire » (Ernest Renan) n'ont cessé d'entretenir des liens presque symbiotiques : de très nombreux enseignants sont passés de l'une à l'autre ou ont exercé simultanément dans les deux. Ce sont ces affinités électives que ce livre, issu d'un colloque organisé au Collège de France lors du cent-cinquantenaire de l'EPHE, tente de mettre en lumière à travers des études sur l'histoire de ces deux institutions, des bilans par discipline (grammaire comparée, histoire des religions, anthropologie, sinologie, assyriologie, égyptologie) et des portraits de quelques personnalités marquantes (Ernest Renan, Gaston Paris, Abel Lefranc, Sylvain Lévi, Louis Robert). Au-delà de l'anecdotique, de la prosopographie ou des hasards des croisements institutionnels, ces études sont l'occasion de réfléchir sur le rôle conjoint de ces deux établissements dans l'histoire des savoirs.

  • Louvre

    Jessica Desclaux

    Le quatrième volume de la collection « Passage des disciplines » appréhende la manière dont la discipline de l'histoire de l'art s'est constituée au Collège de France en nouant un lien privilégié avec le musée du Louvre. Georges Lafenestre, André Michel, Paul Vitry, René Huyghe furent conservateurs au département des peintures et des dessins ou à celui des sculptures du Moyen Âge, de la Renaissance et des Temps modernes, avant d'enseigner au Collège dans le cadre de la chaire d'Esthétique et histoire de l'art, créée en 1878, renommée « Histoire de l'art français » (1920-1925), ou de la chaire municipale, financée par la ville de Paris, « Psychologie des arts plastiques » (1951-1976). En élisant ainsi plusieurs conservateurs à ses chaires, le Collège de France occupe-t-il une place à part dans la cartographie des lieux d'enseignement de l'esthétique et de l'histoire de l'art ? Quelles logiques sont à l'oeuvre dans le recrutement des conservateurs ? Dans quelle mesure l'expérience muséale des candidats pèse-t-elle sur leur nomination ? Une fois élus, quels liens ces derniers entretiennent-ils avec le Louvre ? Transfèrent-ils les débats du musée concernant l'esthétique ou la méthode historique dans leurs leçons du Collège de France ? Circulation d'hommes et parcours professionnel, débat disciplinaire, le musée : un laboratoire du cours ? telles sont les lignes principales que les auteurs de ce volume souhaitent explorer, en exploitant les archives des différentes institutions. Ce volume découle d'une journée d'étude organisée par Jessica Desclaux (Sorbonne Université-musée du Louvre/centre Dominique-Vivant Denon) le 4 avril 2019, dans le cadre du programme de recherche « Passage des disciplines : histoire globale du Collège de France, xixe-xxe siècle », qui porte sur l'évolution des matières enseignées et sur celles qui n'y ont pas été admises et qui forment un « Collège virtuel », depuis la fin du xviiie siècle jusqu'aux années 1960. Le programme est dirigé par Antoine Compagnon, avec la collaboration de Céline Surprenant. Il a reçu le soutien financier de PSL (2016-2019) et de la République des Savoirs.

  • Si l'histoire de la microbiologie a prouvé que l'existence de « bulles » sans microbes était possible, à quoi ressemblerait un monde sans microbes ? Entre représentations utopiques et faits scientifiques, Philippe Sansonetti retrace l'épopée des microbes, de leur découverte en 1674 jusqu'à nos jours, et invite à réfléchir sur le regard que nous portons sur ces êtres vivants apparus il y a 3 milliards et demi d'années. Paraphrasant l'Évangile selon saint Matthieu - tu aimeras tes microbes comme toi-même -, il nous alerte sur les dangers de l'appauvrissement en cours de la diversité microbienne. S'il faut maîtriser les microbes pathogènes, il faut également préserver les microbes indispensables à l'équilibre du vivant et de la planète. Cette perspective nécessite des changements drastiques dans nos approches médicales, vétérinaires et environnementales.

  • How can we explain the fundamental paradox of living matter, which combines stability and robustness of form with constant internal dynamics? It is not only the genetic information contained in every cell, but also numerous stochastic biomolecular processes that are at work in morphogenesis. In addition, the shaping of an organism is driven by mechanical forces that operate within and between cells, across tissues and organs. The dynamics of morphogenesis is a self-organized process that emerges from biological control and physical constraints at all scales. Its study is currently bringing together a fast-growing interdisciplinary community that observes, analyses and models living organisms.

  • Par essence interdisciplinaire, l'histoire des idées construit des ponts entre des domaines qui, d'ordinaire, ne se rencontrent pas. Mais quelles relations l'histoire des idées entretient-elle exactement avec la critique littéraire et la philosophie ? Est-elle ce vers quoi nous devons nous tourner ou, au contraire, ce dont nous devons nous prémunir lorsque nous cherchons à comprendre les mutations intellectuelles collectives sur la longue durée ? Ce volume, qui réunit philosophes, spécialistes de littérature et historiens, aborde l'histoire des idées à travers ses écoles, ses oeuvres et des figures atypiques telles que celles d'Étienne Gilson, Arthur O. Lovejoy, Hippolyte Taine, Anatole France, Isaiah Berlin, Paul Bénichou, Paul Hazard, Michel Foucault ou encore Martin Heidegger. Il brosse ainsi un portrait critique d'une discipline aux contours imprécis, qui a connu bien des variantes méthodologiques et soulevé bien des problèmes tout au long du xxe siècle et jusqu'à aujourd'hui.

  • Faits et valeurs

    Abbott Andrew

    Depuis que la sociologie s'est édifiée en discipline, la question de l'articulation entre pensée empirique et pensée normative - entre faits et valeurs - y occupe une place à la fois centrale et problématique. La multiplicité et la diversité des « ontologies » semblent en effet n'avoir offert aucune perspective totalement satisfaisante, laissant cette question en suspens. D'Émile Durkheim à Max Weber, Andrew Abbott revisite les théories classiques qui se sont construites en réaction au dualisme kantien des trois Critiques, pour poser les jalons de sa propre théorie du processus social. Il tente ainsi de dépasser l'opposition stricte entre le monde des faits et celui des possibilités et des valeurs : entre l'historicisme (Karl Marx) et les thèses du droit naturel et de l'économie scientifique (Alfred Marshall). Au fil d'une réflexion ponctuée d'exemples concrets et de métaphores éclairantes, les fondements d'un nouveau « processualisme » se dessinent peu à peu. Cette approche du monde social prône l'instauration d'un dialogue dynamique entre faits et valeurs - entre passé et futur - pour saisir le flux des processus historiques qui interagissent en permanence au sein d'un présent « épais ».

  • En 1914, Albert Einstein avait été invité à donner les conférences Michonis au Collège de France, organisées à partir de 1905 grâce au mécène Georges Michonis, pour y accueillir des savants étrangers. L'entrée en guerre l'empêcha de venir à Paris. Sous l'impulsion de Paul Langevin, professeur de Physique générale et expérimentale (1909-1946), l'invitation fut renouvelée en février 1922, peu après les tests de la théorie de la relativité générale effectués par l'astronome Sir Arthur Eddington en 1919, qui contribuèrent à la renommée mondiale d'Einstein. Le Collège se singularisera encore par la suite dans la réception des idées d'Einstein, en créant, en 1933, une chaire pour le physicien, qui avait fui l'Allemagne. Ayant déjà accepté un poste à l'Institut des études avancées de Princeton nouvellement créé (1930), Einstein n'occupera jamais cette chaire. Avec pour fil conducteur la visite d'Einstein au Collège, ce 3e volume de la collection s'intéresse à l'impact des idées d'Einstein sur la physique française et, plus largement, dans la formation des savoirs et des arts (des années 1910 jusqu'à la Seconde Guerre mondiale) en France et au-delà. Contrairement à Freud et à Darwin, dont l'accueil au Collège a été difficile, accueil qui a fait l'objet de deux volumes précédents de la collection, la théorie de la relativité d'Einstein y a très tôt été présentée par Langevin, qui en a fait le sujet de ses cours dès 1910-1911. D'autres professeurs du Collège s'y sont intéressés (Léon Brillouin [Physique théorique, 1932-1949], Frédéric Joliot [Chimie nucléaire, 1937-1958] et André Lichnérowicz [Physique mathématique, 1952-1986], de même que des professeurs de philosophie, de poétique et d'histoire (Henri Bergson, Paul Valéry [Poétique, 1937-1945]), Lucien Febvre [Histoire de la civilisation moderne, 1933-1949], ou Maurice Merleau-Ponty [Philosophie, 1952-1961]) pour nous limiter à ces quelques noms. Ce volume découle d'un colloque organisé par Antoine Compagnon (Littérature française moderne et contemporaine), Jean Dalibard (Atomes et rayonnement) et Jean-François Joanny (Matière molle et biophysique) les 11 et 12 juin 2018, dans le cadre du projet « Passage des disciplines : histoire globale du Collège de France, xixe-xxe siècle », qui porte sur l'évolution des matières enseignées aussi bien que celles qui n'y ont pas été admises et qui forment un « Collège virtuel », depuis la fin du xviiie siècle jusqu'aux années 1960. Il est dirigé par Antoine Compagnon, avec la collaboration de Céline Surprenant et reçoit le soutien financier de PSL (2016-2019), et de la Fondation Hugot.

  • Comment trois siècles de continuelles invasions, d'Alexandre le Macédonien aux Kouchans, ont-ils involontairement favorisé un bouleversement religieux et artistique extraordinaire en Inde du Nord ? Gérard Fussman fait ici le bilan de soixante années de recherches internationales qui ont profondément transformé notre perception de l'histoire ancienne de la péninsule indienne. Il y évoque les circonstances de la création d'une représentation anthropomorphique du Buddha et de la diffusion du bouddhisme en Asie centrale et en Chine continentale, aujourd'hui dans le monde entier. Il revient aussi sur son parcours personnel et intellectuel d'enfant d'immigrés.

  • How can we hope to understand Islam without knowing how its founding text, the Qurn, took shape and then crystalized? The discovery of a palimpsest in Sanaa in 1973 confirmed the existence of other recensions of the Qurnic text in the first centuries of Islam. Studies of these documents and of the manuscripts of the predominant transmission have made it possible to identify the various strata of texts and the variants that were gradually excluded. This unprecedented approach to the Qurn profoundly renews the intellectual and cultural history of the Muslim world.

  • The history of architecture constantly combines two perspectives: one is panoramic and turned towards urban ensembles so as to reveal social or technical policies, while the other looks in close shot at buildings, their interior, and their reflection of the ideals and engagement of their creators and occupants. By articulating the thoughts of twentieth-century theoreticians, philosophers, writers and architects (such as Mies van der Rohe, Wright, or Le Corbusier), Jean-Louis Cohen offers a new approach to architecture as a subject of inquiry and as a practice - one that is rooted in cultural history and in its human dimension.

  • Qu'en fut-il de l'architecture et de l'urbanisme sous l'Occupation ? Si les travaux sur la France de Vichy foisonnent, le champ architectural et urbain est longtemps resté ignoré. Les politiques conduites en la matière ne sauraient se mesurer à la quantité d'édifices réalisés, mais plutôt à l'ampleur des réorganisations administratives - telle la création de l'Ordre des architectes en décembre 1940 - ou à l'abondante production de textes et de plans. Les architectes furent-ils majoritairement collaborateurs et profiteurs de guerre, dans des contextes allant de la spoliation des biens des Juifs à la pressante reconstruction des villes détruites ? Quel rôle jouèrent des architectes comme Le Corbusier ou Auguste Perret ? Quelle place les langages architecturaux ont-ils réservé au moderne et à la tradition ? Quel enseignement dispensait-on dans les écoles ? Sans prétendre en dévoiler toutes les continuités et les ruptures, l'ouvrage pose de front la question des politiques architecturales et urbaines mises en oeuvre sous le régime de Vichy, de leurs origines et de leur héritage.

  • La métaphysique s'entend depuis toujours comme la science des « premiers principes ». Mais comment comprendre ces termes ? Existe-t-il vraiment des principes proprement métaphysiques ? Faut-il y voir des vérités générales ou fondamentales, qui concerneraient l'ensemble de la réalité ? Portent-ils, au contraire, sur certaines régions spécifiques de l'être ? Ont-il trait à des rapports nécessaires entre les choses ? Faut-il les concevoir comme des « fondements » ? Interrogent-ils tant l'actuel que le possible ? Les connaît-on de manière immédiate ou a priori, ou sont-ils plutôt épistémiquement dérivés ? Comment différencier les principes qui conditionnent la connaissance métaphysique de ceux qui concernent plus directement la structure ou l'ameublement de la réalité ? En quoi les principes métaphysiques se rapportent-ils à ceux de la science ou du sens commun ? Comment se distinguent-ils des principes logiques, épistémologiques ou théologiques ? Autant de questions, trop rarement étudiées pour elles-mêmes, auxquelles les contributions ici réunies voudraient apporter des éléments de réponse. De manière transversale ou via des études de cas plus spécifiques, cet ouvrage tâchera de déterminer quels sont, dans la tradition comme dans la philosophie contemporaine, les candidats sérieux au titre de « principe métaphysique ».

  • Le processus de mondialisation ouvre des possibilités inédites, mais suscite aussi des menaces pour l'être humain et l'ensemble de l'écosystème, provoquant ainsi un repli souverainiste dans un monde de plus en plus « déboussolé ». Quelle place, donc, pour un humanisme juridique au sein de la gouvernance mondiale ? Mireille Delmas-Marty confronte au récit de l'effondrement celui de la mondialité, communauté de destin unie et solidaire dans sa pluralité. Au croisement des droits nationaux et du droit international, elle revisite trois voies qu'elle avait explorées près de dix ans auparavant : résister à la déshumanisation, responsabiliser les acteurs globaux et anticiper les risques à venir. Ponctuée de nouveaux commentaires, et relue sous l'angle d'une « boussole des possibles », cette leçon de clôture prononcée en 2011 se révèle d'une actualité saisissante.

  • Au cours des dix dernières années, une nouvelle approche de l'étude du développement économique et de la pauvreté a émergé : l'approche expérimentale. Les politiques de lutte contre la pauvreté sont testées lors d'expériences pilotes menées avec la rigueur des essais cliniques. Idées nouvelles et solutions anciennes sont évaluées sur le terrain, ce qui permet d'identifier les politiques efficaces et celles qui ne le sont pas. Ce faisant, nous améliorons notre compréhension des processus fondamentaux qui sont à l'origine de la persistance de la pauvreté. Avec la méthode expérimentale, la science et la lutte contre la pauvreté se renforcent mutuellement.

  • La théorie de Darwin aussi bien que sa réception scientifique, littéraire et politique en France continuent d'être matière à débat. Les controverses qu'elle a suscitées à partir de la première traduction française de L'Origine des espèces en 1862 n'ont pas été le seul fait des naturalistes, des géologues ou des paléontologues. De nombreux autres savants se sont préoccupés de l'impact du darwinisme sur leur discipline, notamment en philologie, dans les mathématiques, la linguistique, la psychologie comparée, l'histoire ou la philosophie. Les auteurs des textes réunis dans Darwin au Collège de France montrent que le Collège de France constitue un point de référence idéal pour étudier les idées de Darwin et leur réception ainsi que la manière dont elles ont pu jouer sur la formation des disciplines du milieu du xixe siècle jusqu'à aujourd'hui. Parmi les défenseurs ou les adversaires français du darwinisme, on compte en effet plusieurs de ses professeurs, à commencer par Pierre Flourens, dont l'Examen du livre de M. Darwin (1864) a été l'un des premiers comptes rendus hostiles de L'Origine des espèces. D'autres figurent encore dans la liste : Ernest Renan, Edgar Quinet, Théodule Ribot, Jean-Charles Lévêque, Étienne-Jules Marey, Jean-François Nourrisson, Michel Bréal, Gabriel Tarde, Henri Bergson, Étienne Gilson. À cette liste s'ajoutent les professeurs de biologie, de médecine, de paléontologie, de neurosciences, ou d'économie politique. Le colloque, dont les contributions sur quelques-uns des savants mentionnés ci-dessus sont réunies dans le deuxième volume de la collection « Passage des disciplines », a été organisé par Alain Prochiantz et Antoine Compagnon dans le cadre du projet « Passage des disciplines : Histoire globale du Collège de France, xixe siècle - xxe siècle », qui s'intéresse à l'évolution des matières enseignées aussi bien que celles qui ont n'y ont pas été admises et qui forment un « Collège virtuel », depuis la fin du xviiie siècle jusqu'aux années 1960. Il est dirigé par Antoine Compagnon, avec la collaboration de Céline Surprenant et le soutien financier de PSL (2016-2019), et de la Fondation Hugot.

  • L'objet du cours que je voudrais présenter cette année au Collège de France, c'est l'économie-société, ou bien l'éco-démographie traditionnelle d'un monde aujourd'hui disparu, tel qu'il a « fonctionné » si l'on peut dire, du xive au xviiie siècle. En dates plus précises : de 1300-1320 à 1720-1730. Les commodités de la recherche font que ce monde se situe provisoirement pour moi dans l'Hexagone qui en cette circonstance est de pure forme. Sans connotations tricolores ni fleurdelisées.

  • Dans l'Occident des xvie-xviiie siècles, quelles relations réciproques soudaient les comportements religieux d'une communauté reconnue comme significative à son outillage mental, à sa grille de concepts, à son échelle de valeurs, à son type d'émotivité ? Il s'agit de tenter l'appréhension globale du vécu religieux et d'évaluer, dans des espaces et des temps dits « de chrétienté », l'intégration au sens commun du modèle de christianisme de l'époque. Celui qui nous sert de paramètre, c'est moins le syncrétisme médiéval que la religion de l'âge classique à la fois unanimiste et austère et qui, beaucoup plus que celle du Moyen Âge, voulut au niveau des masses transformer réellement le prescrit en vécu et l'idéal de quelques-uns en vie quotidienne de tous. Et, s'il est vrai que ce modèle de christianisme est à l'arrière-plan de notre discours actuel sur la déchristianisation, alors il faut conclure que la grande christianisation de l'Europe est un fait relativement récent. Car ce sont les deux Réformes, protestante et catholique, qui ont répandu dans les campagnes où vivait l'immense majorité de la population le type de religion et de pratique religieuse qui nous sert de référence pour apprécier la situation présente.

  • Les migrations internationales, au-delà des épisodes spectaculaires qui polarisent l'attention et soulèvent les passions, sont une composante ordinaire de la dynamique des sociétés, mais continuent de faire l'objet de visions très contradictoires. Si l'analyse démographique permet de cerner l'ampleur des migrations, il faut mobiliser d'autres disciplines pour saisir toutes leurs dimensions - géopolitique, historique, anthropologique, économique, mais aussi juridique et éthique. Car les migrations, liées à l'origine aux besoins des économies nationales, sont de plus en plus alimentées par la logique des droits universels. Une mutation à la fois décisive et fragile.

  • Ce serait une erreur de penser que l'Afrique est restée à l'écart de l'histoire du monde jusqu'à son ouverture par la colonisation, tout comme ce le serait inversement de croire que rien n'a pu s'y passer qui n'y soit introduit de l'extérieur. Ce grand corps gullivérien harcelé sur ses bords est aussi en tout temps parcouru de mouvements internes, de fermentations et de bouillonnements. [...] En quelque sorte, le continent africain se présente comme une gigantesque galerie ethnographique où seraient rassemblés la quasi-totalité des éléments, dans leurs diverses combinaisons, sur lesquels s'exerce la sagacité anthropologique. Et cette galerie, loin d'exposer des matériaux morts ou moribonds, des survivances ou des archaïsmes, les étale à nos yeux dans le foisonnement de la vie. Ainsi l'Afrique procure-t-elle la matière nécessaire à un travail anthropologique en profondeur : elle fournit toujours la ressource de comparer entre elles ses sociétés actuelles, qui sont diverses, tout en les confrontant à d'autres qui lui sont extérieures, mais elle offre aussi la possibilité de voir fonctionner in situ des institutions, et même parfois plus largement des types d'organisation sociale qu'ailleurs on ne connaît que par des descriptions ethnographiques anciennes ou par l'histoire.

  • Le droit est le produit d'une société en même temps qu'il aspire à lui donner des règles qui résistent au temps ; il est à la fois dans l'histoire et en dehors d'elle. Cela vaut particulièrement pour Rome, où le droit a évolué, en grande partie, sous la forme d'un dialogue rationnel et argumenté, établi par les juristes dans un présent dilaté créé par l'écriture. Historiciser le droit signifie alors assumer le point de vue des Anciens eux-mêmes et relier les écrits des juristes aux champs discursifs proches dont ils nourrissaient leur pensée - rhétorique, philosophie, histoire, poésie. Cette leçon inaugurale nous convie ainsi à découvrir la pensée juridique romaine au fil des textes antiques et modernes, du Digeste de Justinien au Songe du Vergier en passant par les Métamorphoses d'Ovide, pour mieux saisir la beauté sévère de ce droit devenu ensuite commun à une grande partie de l'Europe.

  • Ce n'est ni en défaisant l'État social ni en s'efforçant de le restaurer comme un monument historique que l'on trouvera une issue à la crise sociale et écologique. C'est en repensant son architecture à la lumière du monde tel qu'il est et tel que nous voudrions qu'il soit. Et, aujourd'hui comme hier, la clé de voûte sera le statut accordé au travail. Face à la faillite morale, sociale, écologique et financière du néolibéralisme, l'horizon du travail au xxie siècle est celui de son émancipation du règne exclusif de la marchandise. Comme le montre le cas du travail de recherche, les statuts professionnels qui ont résisté à la dynamique du Marché total ne sont donc pas les fossiles d'un monde appelé à disparaître, mais bien plutôt les germes d'un régime de travail réellement humain, qui fasse place au sens et au contenu du travail - c'est-à-dire à l'accomplissement d'une oeuvre.

  • Sous la direction de John Scheid, Olivier de Cazanove, Filippo Coarelli et Adriano La Regina, l'étude des lieux de culte de l'Italie antique est un projet d'envergure qui se concrétise avec la publication de cette série de fascicules Fana, templa, delubra (FTD). Toutes sources, archéologiques et littéraires, entre le VIIe s. av. et le VIIe s. apr. J.-C. sont inventoriées par rapport à des lieux de culte précis. Le cadre général de ce corpus est celui des régions augustéennes, à l'intérieur de celles-ci, les unités de saisie sont les cités de l'époque romaine. Les religions de l'Italie antique ne peuvent pas être comprises comme des subdivisions locales d'une religion universelle, italique ou romaine ; elles formaient des microsystèmes homologues mais autonomes. Il convient donc d'étudier les témoignages sur la vie religieuse dans leurs contextes géographique, institutionnel et social. Ce sixième volume de la série porte sur les cités antiques d'Ostia et de Portus, de la région augustéenne Campanie-Latium qui correspondent aux communes modernes d'Ostie et de Porto. Les vestiges des lieux de culte témoignent des limites du territoire et nous aident à tisser sur la carte l'étendue de ces régions ainsi que celle de leurs voisines limitrophes. Ce corpus est publié sous deux formes distinctes et complémentaires : une publication papier chez l'éditeur italien Quasar (sous presse) et sa publication électronique sur ce portail.

  • En 1420, l'île de Korcula (aujourd'hui en Croatie) passe sous la domination de Venise. Ses archives, d'une richesse exceptionnelle, permettent de dresser le tableau d'une société vivant en bordure de l'empire maritime vénitien au xve siècle : comment ce microcosme de paysans et de bergers, de pêcheurs et de marins commerçants, de patriciens et de populares a-t-il été transformé par son insertion dans l'espace contrôlé par la grande puissance méditerranéenne ? Oliver Jens Schmitt enrichit l'approche historique classique par les détails d'une micro-histoire dans laquelle dimensions sociales, économiques et politiques se juxtaposent et se mélangent. On voit comment le doge de Venise intervient dans l'histoire tumultueuse des amours de Dragaci´c et de Franusa. Et, grâce aux procès-verbaux des gardes champêtres et aux registres du port, on comprend la vie quotidienne de l'île, avec ses histoires d'incendies, de contrebande et de moutons volés, à la frontière des mondes méditerranéen et adriatique. Entre la toute-puissante Venise et ce petit monde de paysans et de marins, c'est un jeu permanent de négociation du pouvoir qui règle la vie de l'île et de ses habitants.

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