Collection XIX

  • « Ce serait une erreur de croire que l'idée de se transporter à t'aide d'une machine actionnée par la force seule de l'homme soit absolument moderne.Il faut remonter très loin pour en trouver des traces et il serait impossible d'en préciser l'origine d'une façon exacte.La première application dont on ait le souvenir dans cet ordre d'idées est la voiture mécanique décrite en 1603 par Ozanam, membre de l'Académie des sciences, voiture montée sur quatre roues, et actionnée par deux pédales. »
    Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.
    Cet ebook est issu d'une édition de 1892 conservée par la Bibliothèque nationale de France.

  • « Importance de la question cycliste. Définition du cyclisme. - En quoi il est un art. - En quoi il est une révolution. - Réfutation de quelques erreurs sur la nature du cyclisme. - Le cycle et le cheval. - Le cyclisme est mieux qu'un sport : c'est un mode nouveau de locomotion. - Les véloces-voies de M. Berruyer. - La révolution sociale, morale et commerciale produite par le cyclisme.Le cyclisme est devenu tout d'un coup en France, et par suite dans le monde entier ainsi qu'il en est l'habitude, une question si volumineuse qu'un écrivain ne peut guère être certain de posséder des bras assez larges pour l'envelopper tout entière. »
    Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.
    Cet ebook est issu d'une édition de 1893 conservée par la Bibliothèque nationale de France.

  • « Le cheval n'est pas une machine organisée mue seulement par des ressorts ; il y a en lui un principe moral, instinct ou intelligence, peu importe le nom qu'on lui donne. Nous n'entrerons pas dans des discussions abstraites et philosophiques sur une question souvent débattue et souvent résolue, dans l'un ou l'autre sens ; contentons-nous d'en extraire quelques données pratiques. Les actes du cheval démontrent qu'il y a en lui autre chose que de l'instinct, dont l'un des caractères est de n'être pas perfectible. »
    Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.
    Cet ebook est issu d'une édition de 1892 conservée par la Bibliothèque nationale de France.

  • « Mesdames, Messieurs, c'est un grand honneur pour moi d'avoir été convié à ce Congrès olympique international et de prendre la parole dans une assemblée aussi distinguée, en présence des autorités de ce pays, du représentant officiel de M. le Ministre de l'Instruction publique, des hommes éminents qui s'occupent de l'éducation physique de la jeunesse, et des savants étrangers venus de divers pays, je puis dire de tous les pays, pour apporter à la cause des sports athlétiques le témoignage de leur expérience, de leur science parfaite et la consécration de leur autorité. »
    Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.
    Cet ebook est issu d'une édition de 1897 conservée par la Bibliothèque nationale de France.

  • « L'usage de l'Épée est si ancien, qu'il serait difficile de lui assigner une véritable époque.Les Athéniens sont peut-être les premiers qui ont donné naissance au jeu de la pointe. Les Romains, chez qui l'Art de l'Escrime devint en si grande recommandation, lui établirent des règles qu'ils réduisirent en principes ; mais, croire que ces mêmes principes soient parvenus jusqu'à nous, ce serait s'abuser : à-peine mettons-nous aujourd'hui strictement en pratique une seule des règles qui nous ont été dictées et enseignées, il y a deux cents ans, par des maîtres français. »
    Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.
    Cet ebook est issu d'une édition de 1827 conservée par la Bibliothèque nationale de France.

  • « L'ennui est une maladie mentale. Je m'en-souviens : c'était un de ces abominables jours du triste printemps 1902, un de ces dimanches gris, bas, pluvieux, sales, où l'ennui vous décroche la mâchoire. Que faire par de pareils temps, sinon de se morfondre, de maudire la pluie, de maudire le vent froid qui flagelle, de pester contre les gens, contre les choses, contre soi-même, d'être maussade jusqu'à être exécrable en pensant au soleil, aux routes blanches, aux verdures des bosquets et des bois, aux fleurs, à la musique des branches, à l'éclatante gaîté de la nature épanouie ? »
    Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.
    Cet ebook est issu d'une édition de 1900 conservée par la Bibliothèque nationale de France.

  • « Le jeu de longue-paume, pour lequel il ne faut qu'un terrain très-uni et bien approprié, est très-usité dans la province. Il y en avait autrefois dans les Champs-Élysées ; ils ont été supprimés pour faire place au palais de l'Industrie. En 1853, les amateurs ont obtenu un terrain sur une des terrasses du Luxembourg, On y joue les mardi, jeudi, vendredi et dimanche. Il existe une société qui se compose d'une trentaine d'amateurs ; on en compte plusieurs de première force. »
    Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.
    Cet ebook est issu d'une édition de 1862 conservée par la Bibliothèque nationale de France.

  • « Combien de fois ai-je entendu les personnes auxquelles je faisais des récits d'ascensions et auxquelles je montrais en projections photographiques des scènes prises sur les cimes des Alpes, me demander quel attrait pouvait avoir ce sport où la fatigue et les efforts se mêlent au danger constant, continu. Pour la plupart d'entre elles, cela ne devait être que la gloriole d'avoir été où peu arrivent, de pouvoir faire ce que nombre de gens ne peuvent faire. »
    Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.
    Cet ebook est issu d'une édition de 1900 conservée par la Bibliothèque nationale de France.

  • « Les jeux de la balle remontent à la plus haute antiquité : Homère dans son odyssée, nous montre Nausicaa, fille de roi, jouant à la balle avec ses compagnes. Les Grecs englobaient divers exercices avec le ballon sous le nom de « sphéristique ». Les Romains jouaient à la « pila ». De nos jours, la balle est la reine du sport.
    Le football. - Le football (de l'anglais foot, pied, ball, ballon) est de tous les sports à la mode le plus répandu et celui qui développe au mieux les qualités morales de décision, d'énergie et de sang-froid. »
    Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.
    Cet ebook est issu d'une édition de 1909 conservée par la Bibliothèque nationale de France.

  • Saint-Just

    Marie Leneru

    « Quand Mademoiselle Lenéru eut écrit ce Saint-Just, elle me fit l'honneur de me l'apporter. C'était au début de l'année 1906. Son journal garde une. trace de cette visite. Je fus frappé par ces pages si passionnément volontaires et par la situation pathétique de celle qui me regardait les lire, sans pouvoir m'en donner aucun commentaire, sinon par l'expression violente de sa physionomie. C'était un vrai spectacle de tragédie de voir avec quelle décision cette jeune fille disait « non » aux injustices de son destin, et réclamait, exigeait toute la part que la vie doit au génie. Cette magnifique attitude, cette volonté de faire front et de nier l'arrêt du sort explique son Saint-Just.
    Et vraiment il y fallait une explication !
    J'ai vu bien des êtres subir l'empreinte des héros de la Révolution. A l'heure où je suis entré dans la vie politique, les Robespierre, les Danton, les Saint-Just, qui maintenant, ce me semble, gisent dégonflés sur la grève, avaient encore leur force créatrice. Je songe à George Laguerre, à son port de tête arrogant, à son audace quotidienne, à son inoubliable parole tranchante qu'il soulignait d'un geste de guillotine ; je songe, plus près de nous, au jeune royaliste Henri Lagrange, à ses aphorismes ténébreux et denses, à sa volonté implacable. Que ces âmes tendues, l'ayant ou non voulu, reproduisent quelque chose du jeune Saint-Just, frénétique et glacé, c'est intelligible. Mais une jeune fille ! Comment concevoir qu'une Marie Lenéru se soit abreuvée à cette source sanglante, enchantée de cette orgie noire et qu'un coeur si pur ait volé vers cette gloire qui brûle dans la Révolution comme une lampe dans un tombeau. »
    Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • « La Vita nuova est un roman d'amour, hymne de l'amour glorieux, lamento de l'amour brisé. C'est aussi un roman psychologique, qui diffère de ceux qu'affectionne notre littérature contemporaine par l'élévation et la pureté des sentiments exprimés et le silence gardé sur les sensations éprouvées.
    C'est encore un livre de mémoire où le poète retrace, presque jour par jour, les impressions nouvelles et naïves d'une âme que le contact du monde n'avait encore qu'à peine effleurée.
    Si la Divine Comédie n'est que bien imparfaitement connue en France, et si, à la plupart de ceux-là mêmes qui la lisent dans sa langue, elle n'est à proprement parler familière que dans une partie de sa vaste conception, on peut dire que la Vita nuova est inconnue chez nous. Nous sommes bien habitués à unir le doux nom de Béatrice au grand nom de Dante, mais c'est tout.
    La Bibliothèque nationale ne possède que deux traductions de la Vita nuova. L'une et l'autre se trouvent enfouies et sont demeurées très ignorées, dans une traduction de la Divine Comédie : l'une de Delescluze, annexée à une traduction de la Comédie de Brizeux (4891), dépourvue de notes ou commentaires, l'autre de Séb. Rhéal, celle-ci très incomplète1.
    La Vita nuova n'est pas, comme la Divine Comédie, une création fantastique et sibylline, sortie tout entière d'une des imaginations les plus extraordinaires qui se soient imposées à postérité. C'est une histoire vraie dont la forme romanesque ne fait qu'ajouter à la puissance de vie qui l'anime. »
    Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • « La préface la plus courte est, dit-on la meilleure : par cette raison, sans doute, que moins une préface est longue plus il est facile de sauter par dessus. Il est bien rare, en effet, qu'on ne tourne pas, sans les lire, les quelques pages de considérations plus ou moins personnelles dont certains auteurs font précéder leur premier chapitre. Pour ma part, je le confesse à ma honte, en fait de préface, je crois n'avoir jamais lu que celles que j'ai faites pour mes propres ouvrages. Désireux de bien faire, je m'étais promis de laisser cette première page blanche d'impression comme preuve de ma haute adhésion à l'aphorisme qui précède ; mais par un retour sur moi-même et, aussi, pour ne pas déroger complètement à l'usage reçu en matière de préface, j'ai cherché un moyen de gagner les bonnes grâces de mes lecteurs par un procédé analogue sinon dans la forme au moins dans le but, et j'ai pensé à une dédicace. Ce livre étant uniquement destiné à l'enseignement de la prestidigitation, je le dédie de grand coeur à ceux de mes lecteurs auxquels il peut être utile, ainsi qu'il est dit à la page suivante... »
    Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • « Ces mémoires, où il est question du Code et des Muses, risquent d'éveiller la défiance, à la fois, des policiers pour qui la poésie n'est qu'un jeu futile, et des poètes, pour qui la police n'est pas loin de constituer un office dégradant. C'est que nous avons coutume de ne considérer les choses qu'à travers nos préjugés. Les premiers auraient tort d'oublier que « poète » ne signifie pas toujours « cerveau éventé », et les seconds qu'il faut rendre au mot « police » cette vertu d'origine qui respire encore dans son dérivé « policé ». Il y a des variétés en police comme en littérature. Je ne parle, ici, que de la police, protectrice et vigilante, telle qu'elle se pratique, à visage découvert, dans les commissariats parisiens. Celle-là n'a rien dont se puisse inquiéter un homme d'honneur. Bien au contraire, puisqu'il y expose son repos et ses jours, pour le salut commun. »
    Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • « Après quarante-trois ans d'absence, un simple général va visiter une nation pour l'indépendance de laquelle il fut un des premiers à s'armer. Des hommes qui ne connaîtraient point cette nation se figureraient qu'elle doit le voir passer au milieu d'elle sans en être émue. En effet, pour nous, Européens, il est d'habitude que les princes seuls attirent la curiosité et les hommages ; nous ignorons que là où il n'y a pas de princes, les hommes qui ont rendu de grands services les remplacent. Accoutumé à n'estimer les hommes que parce qu'ils valent, ou par le bien qu'ils ont fait, le peuple américain accueille triomphalement le vieux guerrier qui répandit son sang pour lui. A son aspect, tous les souvenirs de la révolution se réveillent, et chacun croit encore assister à ce grand drame qui, depuis un demi-siècle, fait l'entretien de toutes les familles. Nourris de ces idées, et fiers du gouvernement qu'ils doivent à leur inébranlable constance et à leur valeur, les Américains saluent avec joie un des plus anciens défenseurs de ce gouvernement ; mais, pour la première fois peut-être depuis qu'il existe, ce peuple raisonneur se livre sans réserve aux transports de l'enthousiasme. C'est un spectacle imposant et neuf que celui de la fièvre de reconnaissance de dix millions d'hommes pour des services rendus il y a quarante ans. »
    Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • « Mon cher lecteur, je te prie de lire cette préface, pour ta satisfaction et la mienne. La bouquetière Glycera savait si proprement diversifier la disposition et le mélange des fleurs qu'elle mettait en ses bouquets, qu'avec les mêmes fleurs elle faisait une grande variété de bouquets ; de sorte que le peintre Pausias demeura court, voulant contrefaire à l'envi cette diversité d'ouvrage ; car il ne sut changer sa peinture en tant de façons comme Glycera faisait ses bouquets : ainsi le Saint-Esprit dispose et arrange avec tant de variété les enseignements de dévotion qu'il donne par les langues et les plumes de ses serviteurs, que la doctrine étant toujours une même, les discours néanmoins qui s'en font sont bien différents, selon les diverses façons desquelles ils sont composés. Je ne puis certes, ni veux, ni dois écrire en cette introduction que ce qui a déjà été publié par nos prédécesseurs sur ce sujet. Ce sont les mêmes fleurs que je te présente, mon cher lecteur ; mais le bouquet que j'en ai fait sera différent des leurs, à raison de la diversité de l'agencement dont il est façonné. »
    Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • La République

    Cicéron

    « En reproduisant, à plus de trente ans des premières éditions, la plus ancienne étude, et le premier essai de traduction en langue vulgaire, que suscita, parmi nous, la précieuse découverte du cardinal Mai, j'ai senti tout ce qui manquait à ce travail ; et je n'ai rien négligé pour le rendre moins indigne du sujet. Lorsque le livre parut, à part la curiosité que faisait naître une telle annonce, il était porté par une sorte de faveur publique pour les idées qu'on y rencontrait, et qu'on y cherchait. Aussi, tous les journaux en parlèrent longuement, comme s'ils n'avaient pas eu, dans ce temps-là, bien d'autres choses à dire. De l'Italie et du patronage pontifical le texte tomba dans le domaine public européen, et fut réimprimé et commenté de toutes parts. Les suppléments même, que j'avais ajoutés, sur tant de points où les palimpsestes de M. Mai laissaient encore des lacunes, étaient traduits à l'étranger. Cela s'explique par les préoccupations habituelles de cette époque. On aimait à retrouver, dans la pensée des grandes âmes de l'antiquité, ce qui était pour tous l'entretien et l'allusion de chaque jour. »
    Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • Bellini

    Arthur Pougin

    « C'est un préjugé de croire que le génie doit mourir de bonne heure. Je crois qu'on a assigné l'espace compris entre trente et trente-cinq ans comme l'époque la plus pernicieuse pour le génie. Que de fois j'ai plaisanté et taquiné à ce sujet le pauvre Bellini en lui prédisant qu'en sa qualité de génie, il devait mourir bientôt, parce qu'il atteignait l'âge critique ! Chose étrange ! Malgré notre ton de gaieté, cette prophétie lui faisait éprouver un trouble involontaire : il m'appelait son jettatore et ne manquait jamais de faire le signe conjurateur... Il avait tant envie de vivre ! Le mot de mort excitait en lui un délire d'aversion : il ne voulait pas entendre parler de mourir ; il en avait peur comme un enfant qui craint de dormir dans l'obscurité... C'était un bon et aimable enfant, un peu suffisant parfois ; mais on n'avait qu'à le menacer de sa mort prochaine pour lui rendre une voix modeste et suppliante, et lui faire faire, avec deux doigts élevés, le signe conjurateur du jettatore... Pauvre Bellini ! »
    Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • « On reproche généralement aux Français de peu connaître les peuples leurs voisins ; ce reproche est mérité. Nous avons sans cesse à la bouche les grands mots de fraternité des nations, mais nous négligeons ce qui pourrait propager notre civilisation, ou nous mériter les sympathies de nos rivaux. Nous voyageons peu, et chez nous l'étude des langues étrangères n'est pas encore mise à la portée des classes populaires.
    Les lois de l'industrie et du commerce, des nécessités d'état, si l'on peut dire, nous arrachent seules à cette indifférence pour l'étranger.
    Mais il serait injuste de nous taxer trop sévèrement de paresse ou de Français de la décadence. Le défaut que l'on nous reproche eut sa cause dans une prépondérance politique et littéraire qui menace de disparaître.
    La France de Louis XIV, la France de la Convention et de Napoléon Ier n'est plus.
    L'Europe. depuis deux siècles, a subi des transformations considérables. Sous Louis XIV on pouvait ignorer la Moscovie, ni la Russie, ni la Prusse n'existaient encore. La France donnait à ses provinces de l'Est deux soeurs nouvelles : cette Lorraine et cette Alsace qu'elle pleure aujourd'hui. Et quand nous n'allions plus à l'Europe par les armes, c'était à celle-ci à s'élever jusqu'à nous en s'assimilant nos progrès. »
    Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • « Le petit livre que nous publions est destiné aux gens du monde qui sont restés fidèles à la littérature du XVIIe siècle et qui ont gardé le culte de Madame de Sévigné. Les Sévignistes, comme les appelait Sainte-Beuve, voudront bien excuser ce que notre essai a d'incomplet et d'imparfait. Il nous a semblé, toutefois, que, même dans les limites étroites où se renfermait notre travail, il pourrait offrir quelque intérêt, soit pour l'intelligence de l'oeuvre de Madame de Sévigné, soit pour l'étude de la langue française d'autrefois.
    Dans ses incessantes évolutions, notre langue s'est appauvrie, peu à peu, de plus d'un terme expressif qu'on retrouvera dans les Lettres de la célèbre Marquise. En outre il nous apparaît, comme on l'a déjà souvent remarqué, que nos contemporains se sont accoutumés à ne pas faire usage, même, de tous les mots qui ne sont pas tombés en désuétude. Un vocabulaire restreint et monotone paraît suffire aux besoins de nos écrivains modernes ; d'autre part, beaucoup d'additions nouvelles à la belle langue du XVIIe. siècle, dont ils usent, ne sont pas toujours marquées au bon coin. Elles ne nous consolent pas, d'ailleurs, de ce que l'usage nous a fait perdre. »
    Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • « Je ne l'avais vue que comme l'ont vue toutes les foules humaines qui couvrent la terre, sur la scène, agitant d'un geste harmonieux ses voiles dans les flammes, ou changée en un grand lis, éblouissante, nous révélant une forme auguste et neuve de la beauté. J'eus l'honneur de lui être présenté à un déjeuner du « Tour du monde » à Boulogne. Je vis une dame américaine aux traits menus, aux yeux bleus comme les eaux où se mire un ciel pâle, un peu grasse, placide, souriante, fine. Je l'entendis causer : la difficulté avec laquelle elle parle le français ajoute à ses moyens d'expression sans nuire à sa vivacité ; elle l'oblige à se tenir dans le rare et dans l'exquis, à créer à chaque instant l'expression nécessaire, le tour le plus prompt et le meilleur. Le mot jaillit, la forme étrange de langage se dessine. Pour y aider, ni gestes ni mouvements ; mais seulement l'expression de ses regards clairs et changeants comme des paysages qu'on découvre sur une belle route. EL le fond de la conversation, tour à tour souriant et grave, est plein do charme et d'agrément. Cette éblouissante artiste se révèle une dame d'un sens juste et délicat, douée d'une pénétration merveilleuse des âmes. qui sait découvrir la signification profonde des choses insignifiantes en apparence et voir la splendeur cachée des âmes simples. Volontiers elle peint d'un trait vif et brillant les pauvres gens en qui elle trouve quelque beauté qui les grandit et les décore. Ce n'est pas qu'elle s'attache particulièrement aux humbles, aux pauvres d'esprit. Au contraire, elle pénètre avec facilité dans les âmes les plus hautes des artistes et des savants. Je lui ai entendu dire les choses les plus fines, les plus aiguës sur Curie, Mme Curie, Auguste Rodin et sur d'autres génies instinctifs ou conscients. Elle a sans le vouloir, et peut-être sans le savoir, toute une théorie de la connaissance et toute une philosophie de l'art. »
    Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • Vasco de Gama

    G. Felix

    « La nuit s'avançait déjà. Seul et silencieux, penché à la fenêtre de son palais. Emmanuel, le roi de Portugal, suivait d'un oeil rêveur la scintillation des étoiles et semblait chercher dans le mouvement capricieux des nuages la solution d'un problème. L'immensité du ciel se confondait dans sa pensée avec l'immensité de la mer ; l'azur assombri lui parlait des océans lointains qu'avaient fait explorer ses devanciers, et l'horizon voilé lui rappelait les rives inconnues, mais soupçonnées, qui devaient reculer les bornes du monde.
    Il y avait dix ans qu'un hardi navigateur, Barthélemy Diaz, avait couronné par la découverte du cap de Bonne-Espérance la longue série d'expéditions que, depuis soixante-dix ans, le Portugal poursuivait sur les côtes occidentales de l'Afrique. Diaz avait dépassé, à l'est, de 140 lieues la pointe extrême du continent africain ; encore un pas, et il reliait les découvertes portugaises, aux parties de l'Afrique connues des Arabes. Mais ce dernier pas, il ne l'avait pas fait, et Emmanuel se demandait à qui il confierait cette périlleuse mission, auquel de ses sujets était réservée cette gloire ?
    A cet instant, une ombre se dessina dans la nuit : c'était un homme de taille moyenne, la démarche fière, l'air martial, le front haut ; ses deux ardentes prunelles brillaient dans l'obscurité. Il traversa lentement la cour sur laquelle donnait le balcon royal et disparut. »
    Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • « Ces Études ne parlent pas de tous les livres de Victor Hugo, n'examinent pas tous les actes de sa vie publique, et sont sobres sur sa vie privée ; cependant elles font connaître tout l'homme et toute son oeuvre. La première remonte à 1842. Victor Hugo comptait ses quarante ans ; il avait publié vingt volumes, vers et prose, où il abordait, sous des formes diverses, toutes les questions du temps et de l'avenir, ne doutant pas de les avoir toutes résolues. Il allait être pair de France et se préparait à étonner le monde comme orateur. En politique, il achevait sa troisième transformation ; en religion, il n'était plus rien. Avait-il jamais été quelque chose ?
    C'est à celle date qu'il publia le Rhin, un de ses plus gros ouvrages, et celui qui lui paraissait montrer mieux que ses odes, ses drames, ses poésies mêlées, ses romans, ses mélanges philosophiques et littéraires, tout ce qu'il valait. Le Rhin, d'après les amis du poète qui étaient aussi ses échos, achevait de révéler « le penseur » et annonçait l'homme d'État.
    Louis Veuillot prit texte de ce livre pour examiner à fond, quant à la portée morale et au système littéraire, l'ensemble des oeuvres de l'auteur. Cet examen est d'un chrétien militant et d'un écrivain. Le chrétien est resté toute sa vie ce qu'il était alors ; l'écrivain, bien que peu connu encore, pouvait déjà compter parmi les maîtres. »
    Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • Sicile

    Rene Bazin

    « A Marseille, le 22 août, trois heures de l'après-midi. - Il fait une belle chaleur sur le quai de la Joliette. La terre brille les pieds. Le soleil rejaillit en éclaboussures comme une pluie d'orage : reflets de la poussière, des maisons blanches, de l'eau qui miroite, des coques noires et rouges où courent des rubans de flamme. Où est le bateau ? Vingt paquebots chauffent à la fois, alignés côte à côte, leurs proues aiguës vers le large. »
    Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • « Il y a, dans le principal ouvrage de Schopenhauer, un long chapitre sur l'hérédité morale. Que les caractères physiques des individus, aussi bien que des espèces, soient héréditaires, aucun philosophe, aucun naturaliste n'en a jamais douté, et l'expérience de tous les jours le prouve. Mais en est-il de même des penchants, des aptitudes, de tout ce qui ne tient pas essentiellement à la forme du corps ? Peut-on dire d'une manière absolue que bon chien chasse de race, et que tel père, tel fils ? »
    Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

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