Inculte / Dernière marge

  • Boulevard de Yougoslavie Nouv.

    Sur les terres agricoles qui se trouvaient au sud de Rennes est née dans les années 60 une « ville nouvelle » : le quartier du Blosne. D'abord promesse de confort ou d'ascension sociale, l'ensemble a vieilli au fil des décennies, et les espérances se sont érodées. Au tournant des années 2010, un grand projet de rénovation est initié. Mais contrairement à ce qui se fait ailleurs, celui-ci va donner lieu à une vaste consultation appelant les habitants à associer leurs voix aux décisions de la mairie. Mieux : ils seront écoutés sincèrement.
    Youcef Bouras dirige une agence d'urbanisme impliquée dans le chantier. Pour lui aussi ce processus de concertation est une nouveauté, qui lui fait vite l'effet d'un caillou dans sa chaussure. Doit-il accepter de remballer une partie de l'expertise dont il est fier, lui qui a grandi dans une autre cité ? Les pratiques des usagers contredisent-elles les principes qu'il a mis en oeuvre dans d'autres circonstances ? L'intelligence qu'ils démontrent va-t-elle l'empêcher d'être le démiurge de ce chantier ?
    Pendant quatre ans, sur de longues périodes, les trois auteurs de ce roman ont résidé au Blosne. S'écartant des représentations habituelles de la « banlieue », ils racontent ici un quartier pluriel, où se cristallisent les transformations récentes de la société française. Dans la tension entre l'idéal et le réel, entre les volontés de domestication et la créativité concrète des habitants, c'est toute notre vie démocratique qui trouve à s'incarner.

  • Zones à risques Nouv.

    A la suite d'un drame personnel, Rook Rope cède son poste d'analyste à la FEMA (Federal Emergency Management Agency) à un certain Mat Check. C'est à lui que revient désormais la lourde tâche de se rendre sur des lieux où la nature s'est déchaînée, et de décider si le gouvernement doit décréter ou non l'état de catastrophe naturelle. Sans le rencontrer jamais, Rope continue de superviser le travail de son successeur. Il relit les rapports que Check envoie à son administration et, peu à peu, il est envahi par un curieux sentiment : les photographies des catastrophes sont prises de trop près, les témoignages concordent étrangement avec ceux que l'on trouve dans la presse. Check ne se serait-il jamais rendu sur les lieux dont il parle ? Pourtant, Rope ne fait pas part de ses doutes à la FEMA. Car Check connaît le terrible secret de Rope. 
    Autour de la trame acérée de ce roman à suspense vient s'enrouler un second récit, celui-ci autofictionnel. L'auteur, Olivier Bodart, décide d'aller visiter les lieux de cette histoire qu'il n'est jamais parvenu à achever d'écrire. Il se rend sur les vestiges des drames véritables qui ont inspiré son texte. Il s'interroge, s'immerge, parcourt les lieux que son personnage n'a pas parcourus, mène une enquête que son personnage n'a jamais menée, plongé dans ce qui n'était jusque-là qu'un décor de fiction pour lui et pour Mat Check.

  • Ceux des marais Nouv.

    Dans un pays de marais, au début des années 60, un docteur rend visite à ses patients en flottant sur sa « plate ». De maison en maison, d'îlot en îlot, il sillonne ce paysage d'eau et de limon. Ses tournées le mènent à la rencontre d'une population miséreuse et isolée, réduite à quelques poignées de familles, auprès desquelles il fait office de vigie autant que de guérisseur.
    Passionné de photographie, il a aussi l'étrange manie de faire poser les habitants pour lui, comme s'il cherchait à ausculter à la fois l'intérieur et l'extérieur des êtres. Il devient ainsi le témoin de leurs vies, l'archiviste de leurs traces, le gardien de leur mémoire - et le révélateur des troubles qui circulent entre les corps. Mais lorsque Pacot, l'un de ceux des marais, disparaît mystérieusement, son absence perturbe le cours immuable de ce microcosme.

  • « Un homme seul est impuissant face au système, il ne peut que fuir ». Le poète Edgardo Caparano, drogué, alcoolique, vivant un insupportable quotidien dans la périphérie de Buenos Aires « lâche la rampe ». Il part, laissant derrière lui une ex-femme à qui il doit verser la moitié de son salaire et une fille, Mimi, la seule personne qui le raccroche encore à la vie. Filant vers le sud de l'Argentine, vers une pampa peuplée de marginaux hauts en couleur. En chemin, il rencontrera des héroïnomanes demeurés, un pilote du Paris Dakar et quelques autres spécimens de la marge argentine. Il finira hébergé au fin fond de la pampa, otage-esclave volontaire d'une ancienne nazie. Avec ce récit féroce, implacable, cruellement drôle, German Maggiori nous offre un road-trip dans la marginalité, une descente aux enfers picaresque, folle, sombre et lumineuse.

  • La femme et le robinet de cuisine de Paul Solveig fuient. Pour sa femme, il ne peut rien faire, pour le robinet, il appelle un plombier tchèque. Au cours de son intervention, ce dernier laisse échapper une ancienne photographie de sa mère, disparue dans sa Moravie natale pendant la période communiste. Cet étrange cliché, d'une grande beauté formelle fascine Paul. Son épouse partie, son robinet réparé plus rien ne le retient à Paris. Aussi le jeune homme quitte la France pour retrouver cette femme, avalée derrière le rideau de fer il y a plus de trente ans et l'artiste qui l'a ainsi immortalisée. Il atterrit alors dans la petite ville de Blednice, au coeur de la Moravie, pour poursuivre sa folle quête. Il croisera là-bas, une serveuse cinéphile, un artiste contemporain un peu en retard sur le contemporain, un ancien de la police politique entre autres personnages farfelus. Il va surtout découvrir un pays, une langue, des paysages.
    Le silence des carpes est un roman drôle souvent, aigre-doux parfois, mélancolique aussi. C'est surtout une magnifique ode à la République Tchèque, à sa culture, à son cinéma et à la folie de ses habitants. 

  • Une jeune journaliste phobique découvre qu'il existe une tribu perdue quelque part en Malaisie au sein de laquelle la peur est la vertu cardinale, où le courage passe pour de l'idiotie. Une autre jeune femme se demande si la nouvelle compagne de son frère ne feint pas son daltonisme. Le père d'une jeune fille se suicide en se pendant dans le garage le jour où elle s'apprête à faire un exposé sur l'Égypte en classe.
    Dans ces trois nouvelles initialement parues en anglais dans le New Yorker et traduites par elle-même, Camille Bordas déploie encore une fois son talent pour la demi-teinte, sa sensibilité, son goût pour les outsiders, pas vraiment perdants mais jamais gagnants. Avec Faits extraordinaires à propos de la vision des couleurs, et ces trois étranges points de départ, l'autrice d'Isidore et les autres avance en funambule sur la mince ligne de crête qui sépare le doux de l'amer, l'humour de la tristesse. Trois textes aussi poignants que drôles.

  • C'est dans les villes que naissent les révolutions, qu'elles s'épanouissent, qu'elles s'ancrent. La révolution libanaise encore en cours aujourd'hui ne fait pas exception. Pour écrire Octobre Liban, Camille Ammoun a arpenté Beyrouth en révolte usant de sa double identité d'urbaniste et d'acteur de ce mouvement qui est en train de modifier profondément le Liban. Dans sa déambulation, l'auteur nous décrit les places où fleurissent les tribunes improvisées, les lieux de vie alternatifs où la révolte s'est installée, où la parole circule, où les idées s'agitent, mais pointe aussi les signes qui ont menés à ce mouvement. Comme des stigmates, la corruption, l'abus de pouvoir, les prébendes et petits arrangements ont laissé des traces, des blessures sur les murs, les édifices. Octobre Liban dépeint une révolution en cours, une ville entre agonie et espoir fou.  

  • Etats-Unis, année trente. L'industrie automobile fait la pluie et le beau temps de l'économie américaine. Le pays, gigantesque, s'offre à des routes rectilignes qui en traversent chaque état. Les citoyens s'équipent en nouveaux modèles, le crédit marche à flot, les autoroutes fleurissent, les stations-services éclosent. Afin d'encourager ces trajets qui enrichissent géants du pétrole et adeptes du fordisme automobile, on offre à tour de bras des cartes autoroutières aux conducteurs. Et pour s'assurer qu'elles ne sont pas copiées par des concurrents, on y place des fausses villes en guise de signature invisible, des villes de papier. Desmond Crothers, jeune cartographe, conçoit une telle carte de l'état du Maine pour Esso. Mais sa ville aura un tout autre destin : elle existera vraiment, une fois qu'un commerçant obstiné décidera de la fonder quelques années plus tard, comme pour valider cette ville imaginaire. Autour de ce monde qui prend forme, on croise des cartographes, une violoniste au destin tragique, Stephen King, des acteurs venus pour y tourner un épisode de Twilight Zone, des amoureux qui n'ont que ce territoire pour s'épancher.

  • Moscou, années 1930, le stalinisme est tout puissant, l'austérité ronge la vie et les âmes, les artistes sont devenus serviles et l'athéisme est proclamé par l'État. C'est dans ce contexte que le diable décide d'apparaître et de semer la pagaille bouleversant les notions de bien, de mal, de vrai, de faux, jusqu'à rendre fou ceux qu'il croise.
    Chef-d'oeuvre de la littérature russe, livre culte à travers le monde, Le Maître et Marguerite dénonce dans un rire féroce les pouvoirs autoritaires, les veules qui s'en accommodent, les artistes complaisants, l'absence imbécile de doute.
    André Markowicz, qui en retraduisant les oeuvres de Fiodor Dostoïevski leur a rendu toute leur force, s'attaque à un monument littéraire et nous restitue sa cruauté première, son souffle romanesque, son universalité.

  • En 1666, un vieil astronome prédit qu'une éclipse solaire totale va plonger l'Europe dans les ténèbres pendant quatre secondes. Non seulement il est le seul dans la communauté scientifique de son époque à oser une telle prédiction, mais en plus il est parfaitement aveugle - on lui a arraché les yeux dans des circonstances mystérieuses. Intrigué par cette rumeur, le jeune Leibniz, encore étudiant mais déjà chantre de la raison, décide d'aller passer les trois heures qui précèdent la prétendue éclipse en compagnie de cet étrange vieillard. Dans l'attente du phénomène, l'astronome dévoile peu à peu au futur philosophe les arcanes de son passé... et voilà le lecteur embarqué dans une histoire pleine de chausse-trapes et de circonvolutions, où, un peu à la manière du Manuscrit trouvé à Saragosse de Potocki, les récits s'enchâssent de façon diabolique, chaque digression relançant le suspense qui précède l'éclipse.

  • Dans un futur proche, il existe une ville où les habitants ont adhéré au « feuilleton ». Désormais leur vie est filmée, montée, aiguillée, mise en forme pour la télévision par celui que l'on appelle « le Roi ». L'homme est un démiurge, artiste fou, mégalomane et mélancolique qui use de l'existence des habitants de la ville pour nourrir ce grand récit qu'il tisse, jour après
    jour.
    Rebelle à ce système, Magnus Gansa, un jeune homme solitaire, s'évertue à mener une vie sans événement et sans interaction. Son but : rester invisible afin de demeurer extérieur aux séries de la ville. Lorsque Lo DeLilla, ancienne héroïne du feuilleton, présente ses milliers de peintures élaborées à partir d'une machine restituant ses images mentales, Magnus y voit un acte révolutionnaire...
    Peut-être une porte de sortie, une alternative au feuilleton. Et si chacun pouvait devenir maître de sa création, de son existence ? Au sein de l'Empire des séries, va alors démarrer pour Magnus une longue quête qui va le mener au coeur de cette mystérieuse ville et de son roi.

  • Manchester, début des années 2000. Donna et Carla, filles du sud de la ville, amies depuis l'enfance, dirigent un gang composé exclusivement de femmes. Elles sont parvenues à s'établir malgré les hommes et à se faire une place et un nom dans les coins les plus mal famés de la ville. Contrairement aux hommes, Carla, Donna et leurs acolytes restent à l'écart des guerres de clans, font profil bas et prospèrent tranquillement du commerce de drogue vendue dans les toilettes des clubs de la ville dans des atomiseurs à parfum. Mais un jour, Carla est abattue pour avoir séduit la femme d'un membre d'un gang rival. Donna doit alors protéger Aurora, la fille de Carla, dix ans et une langue bien pendue, et ourdir une vengeance contre l'assassin.

  • Dans un monde post-apocalyptique, dominé par les yakuza, l'humanité s'éteint peu à peu, victime du cancer noir provoqué par les rayons d'un soleil maudit. Les riches vivent désormais sous terre, réfugiés dans les bunkers d'Underwater. Pour le bon plaisir de la yakuza, on élève des sirènes destinées à être consommées sous forme de viande de mer. Mais dans ce monde qui se divise désormais entre ceux qui meurent et ceux qui jouissent, Samuel, simple surveillant dans un bassin d'élevage, se laisse un jour tenter par le plus dangereux des plaisirs : il s'unit à une sirène femelle. Ainsi naît Mia, mi-sirène, mi-humaine, un être hybride porteur, peut-être, d'un nouvel espoir.

  • Une guérisseuse au moyen-âge, une américaine moyenne dans les années 1970, une militante communiste dans l'Italie des années de plomb, une jeune influenceuse russe dans un 21e siècle effrayant, un personnage post-genre dans une société que l'on pense pacifiée. Cinq vies qui rompent avec les destins qui leur étaient tracés et qui se répondent à travers le temps et l'espace. 

  • Un auteur part travailler au calme dans la petite ville d'Arromanches. Il déambule parmi les vestiges du débarquement, se laisse envahir par la mélancolie des lieux. 

  • Une île au bord de l'Atlantique. Ses plages rongées par l'érosion, ses blockhaus, vestiges enlisés du Mur de l'Atlantique, et une vague plus haute que les autres qui menace de bientôt tout emporter. Une géologue revenue sur les terres de son enfance tente de faire comprendre aux habitants qu'il faut abandonner le rivage, trop dangereux, reculer habitations et commerces avant qu'il ne soit trop tard. Mais sur l'île, qui ne vit que grâce au tourisme, son projet ne plaît pas. Trop d'enjeux économiques, trop de haines venues du passé, que cristallise la présence toujours étouffante des blockhaus le long des plages. La violence et la vague ne vont pas tarder à déferler ensemble sur la petite communauté. 

  • Le grand-père de Jean-Michel Espitallier était cow-boy. Un vrai cow-boy d'Amérique, au bout du bout du Far West : en Californie. Dans sa jeunesse, il a quitté ses Alpes natales pour aller tenter la fortune dans ces contrées lointaines qui condensaient alors toute l'espérance et tout l'or du monde. Et puis, pour une raison inconnue, il est revenu. Il a vécu le reste de son âge dans son coin de France, au milieu de montagnards taiseux dont il faisait partie, lui aussi.
    De cet aïeul propre à susciter des légendes, on ne sait presque rien. Son histoire est comme un trou de mémoire dans la mythologie familiale.
    Tour à tour enquête, western, histoire de l'univers en accéléré, peinture de la vie quotidienne des cow-boys en Californie, voyage fantastique à travers le continent américain, méditation sur la mémoire, ce récit reconstitue le parcours de ce personnage inconnu. Jusqu'à la belle histoire d'amour qui l'unit à la grand-mère de l'auteur.

  • Ségurian, un village de montagne, quatre cents âmes, des chasseurs, des traditions. Guillaume Levasseur, un jeune homme idéaliste et déterminé, a décidé d'installer une bergerie dans ce coin reculé et paradisiaque. Un lieu où la nature domine et fait la loi. Accueilli comme une bête curieuse par les habitants du village, Guillaume travaille avec acharnement ; sa bergerie prend forme, une vie s'amorce.
    Mais son troupeau pâture sur le territoire qui depuis toujours est dévolu à la chasse aux sangliers. Très vite, les désaccords vont devenir des tensions, les tensions des vexations, les vexations vont se transformer en violence.
    La certitude des pierres est un texte tendu, minéral, qui sonde les âmes recroquevillées dans l'isolement, la monotonie des jours, l'hostilité de la montagne et de l'existence qu'elle engendre, la mesquinerie ordinaire et la peur de l'inconnu, de l'étranger.
    D'une écriture puissante, ample, poétique, Jérôme Bonnetto nous donne à voir l'étroitesse d'esprit des hommes, l'énigme insondable de leurs rêves, et l'immensité de leur folie.

  • Bas de Casse nous conte la fin d'une petite imprimerie privée dans les années 1970 en RDA, à travers le portrait de ses quatre employés : Manfred, l'imprimeur qui parle aux machines, Fritz, le roi de la linotype, Willi, le vieux taciturne et la narratrice, pas douée pour le métier que Fritz surnomme « Puppi, l'éléphante pompette et manchote ». Les destins de ces quatre personnages se croisent dans ce lieu de travail qui n'a rien d'anodin. C'est un monde qui s'achève, celui de l'imprimerie à l'ancienne, dans un pays qui tient tout ce qui a trait à la chose imprimée d'un oeil méfiant. Savant mélange d'humour, de tendresse et de mélancolie, ce roman sert magistralement la description d'un métier et d'un milieu disparus. Bas de casse s'attache à des personnages désaxés, laissés pour compte, voire borderline, des marginaux qui ne trouvent pas leur place dans une société fermée, celle de l'Allemagne du mur. Des égarés qui se révoltent discrètement, sourdement, contre leur quotidien.

  • Au cours de l'année 2015, Belt Magnet, 38 ans, entreprend d'écrire ses mémoires. Auteur d'un seul roman, il vit chez son père d'une pension d'invalidité accordée après qu'un curieux trouble mental lui a été diagnostiqué. Belt est convaincu, depuis l'âge de 12 ans, qu'il peut communiquer avec les objets, les inans comme il les appelle.
    En guise de thérapie, Belt s'est vu octroyer une innovation technologique : un des premiers Curio, un robot animal de chair et d'os capable d'empathie, de mimétisme, d'interaction avec l'humain. Ces petits animaux manufacturés sont si mignons qu'ils provoquent parfois la pulsion de les dévorer.
    Quelques années plus tard, les Curio se sont généralisés et focalisent toute l'attention. C'est dans cet environnement de légère uchronie que Bubblegum va suivre la vie de Belt Magnet, la mort prématurée de sa mère, ses amitiés adolescentes, ses questions permanentes sur le sens de la vie, le monde ou la société.
    Avec un humour féroce, Bubblegum nous parle d'une Amérique étrange, d'un jeune homme tout à fait aussi bizarre qu'attachant, d'un monde qui est le nôtre sans l'être tout à fait. Il y a du Salinger et du Philip Roth dans ce livre, mais il y a surtout du Adam Levin, écrivain à l'imagination débridée, au style virevoltant, à la verve irrésistible.

  • Ougarit Jérusalem, urbanologue de renom, est appelé à Dubaï pour une mission qui consiste à insuffler une âme urbaine à cette ville perçue comme une juxtaposition de tours ultramodernes reliées par des autoroutes tentaculaires. Originaire d'Alep, une ville plusieurs fois millénaire aujourd'hui ravagée par la guerre, il pense trouver en Dubaï une ville facile à lire et dans ce projet un moyen de découvrir un aleph borgésien - quête qui le taraude depuis qu'adolescent, il a été exfiltré par son père pour échapper à la conscription de l'armée syrienne.
    À Dubaï, tiraillé entre ses quêtes personnelles et ses missions professionnelles, Ougarit devient l'enjeu d'une lutte de pouvoir entre deux visions opposées de la ville... et du monde. Il finit par trouver dans la création littéraire le moyen de conserver l'âme des villes anciennes du Croissant Fertile, et d'insuffler une humanité à ces villes nouvelles qui bourgeonnent dans le Golfe. Pour lui, c'est aussi la seule façon d'entrer dans cette Cité dont il se sent exclu depuis son premier exil...
    Avec Ougarit, Camille Ammoun signe un premier roman qui est un véritable tour de force littéraire et politique.

  • Dans la « Maison noire », Gretch Gravey rassemble des adolescents mâles, dont il fait des disciples consentants, prêts à l'aider à accomplir son grand dessein : Darrel, la voix qui parle en et par Gravey, veut que toute la population américaine disparaisse, et ainsi il pourra advenir. Les garçons l'aident à kidnapper des femmes du voisinage qu'ils tuent et enterrent au sous-sol. Butler nous livre un roman d'horreur fantasmagorique d'une exceptionnelle brutalité. Le livre annonce immédiatement son ambition puisqu'il peut être comparé au 2666 de Roberto Bolaño. Mais d'autres influences sont notables : les adolescents tueurs de Dennis Cooper, l'absurde Reggie Ledoux de True Detective ou encore les portraits de freaks d'Harmony Korine. 300 Millions choque, stupéfie et dérange.

  • Difficile à onze ans de trouver sa place dans une famille de surdoués, surtout lorsqu'on se contente d'être « normal ». Entouré de cinq frères et soeurs qui dissertent à table des mérites comparés de Deleuze et Aristote, Isidore recherche d'abord l'affection de son meilleur ami, monument de douceur : son canapé. Dans sa famille, seul Isidore est capable d'exprimer des émotions, de poser les questions que les autres n'osent pas formuler. Et lorsqu'un drame survient, il est le seul capable d'écouter et réconforter son prochain. A moins que, épris d'ailleurs, il ne réussisse enfin une énième fugue qui lui ouvrirait un monde de liberté et de légèreté. Dans Isidore et les autres, écrit initialement en anglais par l'auteure, Camille Bordas brosse avec humour le portrait sensible d'un jeune garçon qui s'affranchit de son enfance sous le regard d'adultes encore plus désorientés que lui. Une fresque familiale tendre et émouvante, un portrait d'adolescent plein de finesse, une voix littéraire qui s'affirme plus que jamais.

  • " Et si une ville était la somme de toutes les villes qu'elle a été depuis sa fondation, avec en prime, errant parmi ses ruelles, cachés sous les porches de ses églises, ivres morts ou défoncés derrière ses bars, les spectres inquiets ayant pris part à sa chute et son déclin ? Il semblerait que toute une humanité déchue se soit donné rendez-vous dans le monumental roman d'Alan Moore, dont le titre - Jérusalem - devrait suffire à convaincre le lecteur qu'il a pour décor un Northampton plus grand et moins quotidien que celui où vit l'auteur. Partant du principe que chaque vie est une entité immortelle, chaque instant humain, aussi humble soit-il, une partie vitale de l'existence, et chaque communauté une cité éternelle, Alan Moore a conçu un récit-monde où le moindre geste, la moindre pensée, laissent une trace vivante, une empreinte mobile que chacun peut percevoir à mesure que les temps semblent se convulser. Il transforme la ville de Northampton en creuset originel, dans lequel il plonge les brûlants destins de ses nombreux personnages. Qu'il s'agisse d'une artiste peintre sujette aux visions, de son frère par deux fois mort et ressuscité, d'un peintre de cathédrale qui voit les fresques s'animer et lui délivrer un puissant message, d'une métisse défoncée au crack qui parle à la braise de sa cigarette comme à un démon, d'un moine du IXe siècle chargé d'apporter une relique au « centre du monde », d'un sans-abri errant dans les limbes de la ville, d'un esclave affranchi en quête de sainteté, d'un poète tari et dipsomane, tous sentent que sous la fine et fragile pellicule des choses, qui déjà se fissure, tremblent et se lèvent des foules d'entités. Des anges ? Des démons ? Roman de la démesure et du cruellement humain, Jérusalem est une expérience chamanique au coeur de nos mémoires et de nos aspirations. Entre la gloire et la boue coule une voix protéiforme, celle du barde Moore, au plus haut de son art." Claro

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