Les petits Platons


  • Dialogue avec Éric Fiat

    Entré en khâgne pour y devenir traducteur de Virgile et d'Homère, Pierre Magnard reçut de Jean Beaufret l'interpellation de Heidegger, qui fit vaciller ses certitudes et certaine manière d'être chrétien. Ce vacillement le conduisit vers Pascal, dont l'angoisse colore la foi d'une manière inoubliable, lequel Pascal le conduisit à Montaigne, ami de toute une vie. Deux figures en miroir entre lesquelles il lui parut urgent de ne jamais choisir, et auxquelles il consacra beaucoup de son industrie, comme à ces philosophes de la fin de Moyen Âge et de la Renaissance que Char eût dit des Matinaux. Un humanisme faisant l'épreuve du néant en l'homme et du silence de Dieu était possible, dont Maître Eckhart et Nicolas de Cues montrent le chemin ; un christianisme aussi, fondé non sur l'usage d'une raison dogmatique mais d'une raison joueuse, laquelle, tout en sachant que c'est le coeur qui lui donne ses principes, se déploiera en toute liberté. Le chemin d'un philosophe, professeur émérite en Sorbonne, jusqu'à la couleur du matin profond.
    Éric Fiat est agrégé de philosophie et Maître de conférences à l'université Paris-Est Marne-la-Vallée. Spécialiste de philosophie morale et d'éthique médicale, il dirige l'Institut Hannah Arendt.


  • Dialogue avec Anne-Claire Désesquelles

    Le sens commun tient généralement pour réel ce qui est immédiatement donné. Aussi penset-il qu'il n'y a de réel que le présent. Nicolas Grimaldi, ancien Professeur d'histoire de la philosophie moderne puis de métaphysique à la Sorbonne, remarque cependant, à la suite de Pascal, que « nous ne nous tenons jamais au temps présent ». Sans cesse nous guettons l'imminence du possible. Telle est la dissidence qui tient constamment la conscience à distance du réel. Or qu'est-ce qui désunit la conscience du présent pour la lier à l'avenir, si ce n'est l'attente ? L'attente est à la conscience ce que la tendance est à la vie : son principe. Non seulement l'écart est leur être même, mais cet écart n'est autre que le temps. Qu'attendre, toutefois, sans imaginer ce qu'on attend ? En nous faisant mimer ce dont l'irréel nous envoûte, le propre du jeu est de nous faire vivre à l'interface du monde et de sa fiction, à la lisière du réel.
    Anne-Claire Désesquelles, agrégée de philosophie, médaille d'or d'analyse musicale au Conservatoire de Lyon, est l'auteur d'une thèse sur L'Expression musicale dirigée par Nicolas Grimaldi. Professeur en khâgne, elle consacre ses recherches à la philosophie de Bergson, ainsi qu'au concept de rythme.


  • Dialogue avec Pierre-Philippe Jandin

    Alors que les ressources de l'humanisme pour penser le sens, c'est-à-dire les grandes conceptions eschatologiques de l'histoire qui nourrissaient l'espérance pour l'homme de s'approprier son essence, semblent épuisées, les recherches de Jean-Luc Nancy, Professeur émérite à l'université Marc Bloch de Strasbourg, proposent une explication avec la tradition occidentale dans ses registres philosophique, théologique et politique. S'il n'y a plus de cosmos, s'il n'y a plus de mundus, ce mot latin qui ; voulait dire « pur », nous ne sommes plus dans l'unité, dans la beauté ; tout a pris une allure aventureuse, complexe, dispersée. Si les mots et les concepts nous manquent pour appréhender ce à quoi nous sommes exposés et qui vient, il reste à réévaluer, à déplacer, à déconstruire les idées dont nous disposons. La tâche est de tenter l'élaboration d'une nouvelle ontologie, rompant avec les catégories traditionnelles de l'Un et du multiple, de l'universel et du particulier pour envisager le rapport du pluriel et du singulier. Penser l'être pluriel, c'est chercher à comprendre ce que veut dire « être-ensemble », en commun, au monde, c'est ouvrir la totalité des possibilités de sens.
    Pierre-Philippe Jandin est agrégé de philosophie et spécialiste de philosophie moderne et contemporaine. Il est l'auteur de Jean-Luc Nancy : retracer le politique (Michalon, 2012) et a dirigé, au Collège International de Philosophie, plusieurs séminaires ancrés dans la pensée de cet auteur.


  • Dialogue avec Philippe Soual

    Jean-François Marquet est Professeur de philosophie émérite à l'université de Paris-Sorbonne. Éminent historien de la métaphysique, de Parménide à Heidegger, il a aussi consacré ses recherches à la relation de la philosophie avec l'art et la littérature, la mystique et la gnose chrétienne. Il invite ici le lecteur à jouer le jeu de la parole, en considérant certaines questions décisives d'un cheminement dont le sens le plus profond est sans doute celui d'une méditation de la singularité, où se noue le dialogue des voix ou des personnes (Je-Tu-Il), triade constitutive de toute vie singulière. Si la pensée s'origine dans une parole en énigme et si l'achèvement de la philosophie la conduit à se déployer dans un espace où oeuvres et visions du monde se correspondent en étant contemporaines, comme en un vitrail, c'est à la récapitulation de cette histoire que l'interprète convie enfin son lecteur.
    Professeur agrégé de philosophie en Première supérieure au lycée Pierre de Fermat à Toulouse, titulaire d'un doctorat conduit sous la direction de Jean-François Marquet et d'une habilitation à diriger des recherches, lui-même chercheur à l'université de Poitiers, Philippe Soual est spécialiste de philosophie allemande et de métaphysique. Il est l'auteur de plusieurs livres, dont Le Sens de l'État (Peeters, 2006), consacré à la pensée politique de Hegel.

  • Dialogue avec Françoise Armengaud et Philippe Capelle-Dumont
    Pour Francis Jacques, Professeur émérite à l'Université de Paris III-Sorbonne Nouvelle, l'âge de la modernité exténuée que nous vivons est celui des grands théorèmes de possibilité transcendantale. Il est peu de dire que l'homme ne possède pas la vérité : c'est désormais sur l'injonction radicale d'oser interroger qu'il convient d'instruire la question « Qu'est-ce que penser ? ». La philosophie commence au moment où la pensée se rend capable de mettre à jour la dimension de l'originaire, comme redoublement de l'origine. En quoi elle se veut pensée de la constitution. La pensée religieuse commence l'acquiescement à ce qui pourrait achever l'interrogation radicale sur Dieu cherché, aimé comme l'infini d'un coeur. Elle se clôt avec la méditation du don.
    Auteur d'un « Que-sais-je ? » sur la pragmatique, Françoise Armengaud a été l'assistante de Francis Jacques à l'université de Rennes et elle a consacré plusieurs études à sa philosophie.
    Philippe Capelle-Dumont, doyen honoraire de la Faculté de philosophie de l'Institut catholique de Paris, est professeur à l'université de Strasbourg et président de l'Académie catholique de France.


  • Dialogue avec Philippe de Lara


    Sujet, autonomie, liberté, intentionnalité : les grands mots de la philosophie prétendent élucider les traits fondamentaux de la condition humaine. Mais il leur arrive parfois de s'éloigner des conditions de l'humanité. Comment alors penser un sujet qui soit quelqu'un ? Une autonomie qui soit quelque chose que nous pouvons réussir ou échouer à atteindre ? Une liberté politique qui soit l'attribut d'une société réelle ?

    Vincent Descombes

    , directeur d'études à l'EHESS, a fait sienne la maxime de Wittgenstein : « Soyons humains. » La philosophie n'est pas une sorte de science des « super-objets » - la chose même, le sens ultime, etc. -, c'est une activité de clarification visant à dénouer les noeuds qui embrouillent notre esprit, qui lui donnent des « crampes mentales ». D'où ces
    Exercices d'humanité
    , qui nous invitent à assouplir nos conceptions de l'intériorité, de l'action, de la communauté politique, à les libérer des ornières philosophiques qui les empêchent d'être humaines.


    Philippe de Lara
    , maître de conférences à l'université Panthéon Assas, est notamment l'auteur de
    Le Rite et la raison - Wittgenstein anthropologue
    (Ellipses, 2005), préfacé par Vincent Descombes. Il travaille aujourd'hui sur l'anthropologie du totalitarisme (
    Naissances du totalitarisme
    , Cerf, 2011).

  • Épictète est né dans la servitude. Il est boiteux, dort sur une paillasse, et pourtant c'est l'homme le plus libre de Rome. On le dit même plus heureux que l'Empereur...

  • Ce soir, les plus brillants orateurs d'Athènes se retrouvent pour un banquet. Il y a là le poète Aristophane, le médecin Eryximaque, l'artiste Phèdre, et bien sûr Socrate, le malicieux philosophe. Une profonde question leur est posée : qu'est-ce que l'amour ?

  • Entouré de ses livres et de ses souvenirs, le philosophe Paul Ricoeur veille. Toute sa vie, il a parcouru le monde pour questionner les penseurs de son temps. Mais son double, sous les traits d'une chouette, vient se poser sur son épaule, et l'invite au plus grand des voyages : prendre le chemin du consentement, et se dire enfin oui à lui-même.

  • À l'historien, le philosophe demande d'abord : l'histoire, comme discours, se soutient-elle d'un réel, évanoui certes, mais qu'il s'agit de restaurer ? Ou bien l'histoire, comme objet, n'est-elle suscitée que du discours qui la nomme, dont le « réel » s'épuise en la cohérence du rêve bien lié de l'historien ?
    Une chose, alors, est ce que celui-ci articule sur son discours, où le nominalisme s'impose ; une autre, ce qu'il relève en l'exercice d'un métier, où le réalisme est requis. Restituant les façons dont les gens ont pensé, il admet que des noms ont été réellement proférés.
    Cette convention, par quoi surgit une positivité, renvoie à son tour à une éthique de la connaissance. C'est à ce souci éthique que s'attachent ces Dialogues, également indispensables aux philosophes et aux historiens.
    Guy Lardreau (1947- 2008), agrégé de philosophie, a été professeur en khâgne au lycée Carnot de Dijon de 1983 à 2007. Il a consacré une part importante de son oeuvre à interroger le rapport de la philosophie aux autres modalités du discours.
    Georges Duby (1919-1996), grand historien issu de l'école des Annales, a profondément renouvelé la perception du Moyen Âge par ses vastes études s'intéressant aux réalités économiques, aux structures sociales et aux représentations mentales. Professeur au Collège de France de 1970 à 1991, il a été élu en 1987 à l'Académie française.

  • Dans l'Europe en guerre, les spécialistes du Chiffre sont sur les dents : que signifient les propositions découvertes dans le carnet de l'agent secret Ludwig Wittgenstein, lancé à la poursuite d'un animal qui peut-être n'existe pas ?

  • Sous le règne du Roi-Soleil, un mystérieux aristocrate espagnol, curieux de toutes choses, rend visite au mathématicien, homme de sciences et philosophe Blaise Pascal. Le grand génie vit dans une pauvre retraite ; mais son trésor a plus de prix que tous les biens du monde...

  • Citoyen ! En ouvrant ce livre tu pousses les portes d'une cité juste où les bavards et les ambitieux sont réduits au silence. Ton guide ? Socrate ! Tu le croyais mort ? Détrompe-toi : il a traversé les âges sous la forme d'un taon, d'un chien et d'un prisonnier ivre de lumière au fond de sa caverne. Aujourd'hui encore, il est sur le point de renaître...

  • Au soir de sa vie, Leibniz, génie universel, avait achevé de décrire l'univers. Mais aux yeux de son jeune ami Théodore, la question du mal restait incompréhensible : pourquoi les hommes peuvent-ils commettre de si grands crimes ? Répondre à cette question, c'était plonger dans la pensée même de Dieu...

  • Heureux lecteur de ce petit Platon, tu vas participer dans les pages qui suivent à une aventure unique et extraordinaire : moi, Jean-Jacques Rousseau, musicien incompris, voyageur philosophe, écrivain pourchassé, je vais me mettre à nu ! Tout nu !

  • Mon nom est Karl Marx... Ce que je fais dissimulé sous ce drap ? C'est une longue histoire... Celle de la lutte des classes ! Une histoire triste, mais à laquelle nous allons essayer ensemble d'apporter un dénouement heureux, une fin joyeuse, car à quoi sert d'inventer des fins si elles ne sont pas joyeuses ?

  • Un petit cafard angoissé nommé Martin part à l'aventure dans le corps de Heidegger. Sur les bords du rein, dans un univers de côtes et de chair peuplé par des fourmis fanatiques, des machines devenues folles et des vers poètes, qui saura lui dire pourquoi il existe ?

  • La naissance de Lao-Tseu fut annoncée par une comète. Ce petit homme aux traits de vieillard, archiviste à la cour impériale, reconnut la vanité de la science. Mais où trouver la véritable sagesse ?

  • Que puis-je connaître ?
    Que dois-je faire ?
    Que m'est-il permis d'espérer ?
    À Königsberg, le sévère professeur Kant répondit à ces questions, et à quelques autres, au cours d'une journée si folle qu'il devait en manquer sa promenade...

  • "Tu connais ces grenouilles ? interroge le Professeur Freud.
    - C'est pareil tous les jours, soupire la carpe. Ça essaye de grimper sur son nénuphar, Surmoi lui flanque une beigne, Ça recoule et Moi est bien embêtée."

  • La sagesse qu'Érasme n'avait pas apprise auprès de ses doctes maîtres de la Sorbonne, ce fut la Folie qui la lui enseigna, en lui racontant l'histoire du monde...

  • Ma chère mère, salut !
    Tu crois que Zeus est en colère contre moi. Tu me dis qu'il versera la maladie sur mes épaules, qu'il tuera mes amis, qu'il me rendra pauvre et qu'il ordonnera à tous les dieux de l'Olympe de me faire souffrir. Mais rassure-toi ! Jamais il ne m'empêchera de vivre heureux, car j'ai décidé de ne plus croire en lui.
    Ton fils, Épicure.

  • En 1896, le jeune Albert Einstein est chargé d'installer les illuminations de la Foire de Munich, aidé de sa soeur Maja et de Niels Bohr le lanceur de nains. Mais l'opération court à la catastrophe et de manège en manège, il va devoir se frotter aux lois de l'univers. Peut-on voyager dans le temps ? Qu'est-ce que le hasard ?

  • On ne devient pas philosophe sans une histoire, ni la hantise d'une question. Pour Gaston Bachelard, c'est au thème du feu que l'interrogation reviendra toujours. Avant la guerre, il le sentait. Maintenant il le sait.

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