Langue française

  • Bivouac est né d'une confrontation avec l'expérience de Jack London, telle que concentrée dans Martin Eden. Cartographie d'une année 2017 vécue sur le mode de l'exploration, la pratique du trek y rejoint les exercices avec l'enfant, la découverte de la grotte Chauvet, les stations dans les cafés et les friches.
    Premier recueil d'une forte puissance intellectuelle assortie d'une grande richesse thématique, il suscite l'enthousiasme par sa modernité. La ponctuation très singulière, où les virgules et les tirets sont le reflet d'un rythme intérieur cohérent, forme les bases d'une architectute magistrale où la sincérité parfois un peu rugueuse traduit un rapport à la réalité en forme de kaléidoscope ou de cube Rubik.

  • Alors que l'on parle d'esprit cartésien, de système cartésien, les écrits de Descartes ne posent pas un édifice stable ni clos, leurs conquêtes sont mouvantes, inquiètes, traversées de contradictions et retouches. Bataille - peut-être le meilleur lecteur de Descartes - dira qu'il a eu une intuition non-subordonnée qu'il a tenté de domestiquer en la soumettant à des principes. Comment peut-on être cartésien ? En le voyant raisonner, méditer, écrire, sur un théâtre personnel.

  • Jubilation est écrit dans cet espace "entre la vie et la mort" qu'évoquait Nathalie Sarraute. C'est à une véritable aventure spirituelle qu'est convié le lecteur, à une méditation sur le rapport entre le temps et l'éternité. Et puis il y a des fulgurances, comme ce "je" qui, selon l'auteur, est le nom que l'on donne à "la blessure ouverte des mémoires". Un très beau livre, dont la justesse rare des images, des métaphores discrètes mais qui portent, nous mène en « eaux profondes », là où aux confins du langage s'exprime l'ineffable.

  • Ces trois pièces évoquent des événements historiques majeurs, dressant les portraits en action de deux souverains de la famille angevine, Jeanne, reine de Naples au XIVe siècle, et le Roi René, un siècle plus tard, tous deux ayant été, en leur qualité de «comte» et «comtesse», possesseurs de la Provence, qui rejoindra le domaine royal et sera française peu après la disparition de ce dernier, tandis que le Comtat Venaissin et la ville d'Avignon, - département actuel du Vaucluse -, resteront des états pontificaux jusqu'à la Révolution, et ne seront rattachés à la France qu'en 1793. C'est dans le Luberon, aux limites sud du Comtat, qu'en avril 1645 ont été pourchassés et massacrés comme hérétiques les paysans « vaudois », nom issu de leur maître Valdo, précurseur du protestantisme dès le 12ème siècle.

  • À l'origine de ce livre, cette question : pourquoi tant de poètes se sont-ils engagés dans la traduction de poèmes en langues étrangères, scellés selon Dante dans l'intraduisi-bilité par « le lien musaïque » ? Quelle serait une éventuelle relation entre le désir de traduire et le souci de la poésie (Bonnefoy) ?

    Sans doute un rapport intime : quand ce souci cherche à donner du sens au sensible, c'est au moyen de la métaphore au sens large, apanage des poètes. Ils tirent, pour la forger, le meilleur parti de la polysémie des mots ; jetant des ponts inattendus entre eux, ils les disposent selon le rythme propre à leur langue maternelle. Ce processus correspond à la « traduction » à travers la grille de la langue (Celan), qui finit par rendre leur langage à la fois particulier et commun. Mais leur parole peut-elle ainsi toucher et tisser des liens au-delà des frontières linguistiques ? Aurait-elle une autre vie dans une autre langue ?


    Ce livre comporte une partie théorique qui interroge ces questions, suivie de trois articles consacrés à la pratique de la traduction des poèmes : ceux de Jacques Dupin par Paul Celan ; ceux de Michel Deguy par l'auteur lui-même ; ceux des haïkus de Bashô par divers poètes français.

  • Chaque page de ces poèmes en prose est une contemplation de petits paysages. Des paysages pensants qui nous regardent désormais plus que nous les regardons.

  • Dès que son mal de vivre commence à l'anéantir, Arvo Pallas s'en va, fermant derrière lui les portes de ses vies antérieures. Arvo Pallas est le nom fictif d'un être intense dont la vie, bien réelle, reste énigmatique. Ce récit polyphonique le suit dans sa trajectoire douloureuse : l'invasion de l'Estonie par l'Armée rouge, les réseaux des services secrets pendant la Guerre froide, le rôle du jeu d'échecs dans cette nébuleuse, la flambée des mouvements contestataires puis leur extinction. Les femmes de sa vie racontent un combat plus intérieur. Mais quels que soient les éclairages, intimes ou pas, Arvo Pallas ne coïncide jamais avec les portraits que les gens dressent de lui.

  • Chaque fragment de dialogue amène le suivant par une sorte de nécessité mêlée d'un subtil jeu d'associations qui est la vie même. Un art de la conversation, en somme, mais qui n'a rien de mineur, tant s'en faut, et qui nous transporte, sans que nous y prenions garde, jusqu'aux questionnements les plus cruciaux. Les personnages sont vraiment incarnés, et la virtuosité des intrigues nous emporte avec un naturel qui relève du grand art.

  • Fagots de lumière marque une nouvelle étape dans la démarche poétique de Bernard Dilasser, qui vise à une sorte de célébration paradoxale de figures essentiellement phobiques en même temps qu'à un détachement du moi, dans ce qu'il a d'imaginaire.

  • Deux thèmes s'entrecroisent dans La Visite : le doute progressif du narrateur, quant à ses origines, qu'instille avec une discrète cruauté la vieille dame à qui il rend visite, et la naissance soudaine et miraculeuse, en lui, d'une vocation poétique dont on devine qu'elle le sauvera de cette espèce d'effondrement de soi.

  • Le fil rouge de ce conte des temps modernes, où l'on demeure dans le for interne du héros, réside dans sa volonté (et son refus, peut-être, en même temps) de renoncer au monde des rêves et à l'irresponsabilité (au sens éthique du mot) que ce monde préserve, afin d'accéder à "l'âge adulte". Dès les premières pages, une plaisante sensation de légèreté, de fantaisie, - les descriptions d'architectures urbaines semblant issues de l'esprit d'un fumeur d'opium -, qui nous tient jusqu'à sa chute brillante.

  • Lettres à Diane est la biographie d'un désir unilatéral confinant au délire, conçue et vécue à travers le personnage principal, sous forme de lettres, d'extraits de théâtre et de récits à la troisième personne. Didier, jeune thésard, écrit à Diane. En tentant d'appréhender ce qu'il considère comme un délire amoureux, il passe par différents stades de son rapport à la réalité, de la conscience qu'il a de lui-même.

  • Bestiaire subtil est constitué de proses contemplatives du monde minuscule des insectes dans une langue disparue dont Alexis Buffet recueille, pour mieux se les approprier, les cendres volatiles. Brouillant les postures énonciatives et jouant sur des modèles qu'il se plaît à subvertir, l'auteur fait de l'insecte le vecteur fantasmatique d'une « rêverie-méditation sur l'homme, sur le monde, sur le temps, sur la création poétique » et l'érige en « acteur d'une histoire universelle » (Catherine Fromilhague). Sans doute le constat peut-il être étendu aux autres parties du recueil qui traitent les souvenirs et la terre de l'enfance comme un « monde révolu » que la langue a moins à charge de ressusciter dans sa véracité que de transmuer en « une sorte de réalisme supérieur, qui va jusqu'à la vision » (Bernard Dilasser).

  • Petits poèmes en prose dans lesquels l'auteur resserre sa méditation au plus intime dans un faisceau de correspondances avec la nature et les objets familiers auxquels se mêlent ses intellections.

  • C'est d'un regard dénoué de tout préjugé que les trois "princes" de ces nouvelles observent ce qui les entoure : le squatteur d'une courée acculé à la nécessité de nourrir ses enfants accusé de vol, un cueilleur de champignons dans une forêt des Ardennes qui tombe à l'improviste sur l'arme d'un crime qui aurait eu lieu vingt ans auparavant et le pensionnaire d'une établissement religieux des Flandres menant l'enquête au sujet d'un meurtre dont il est accusé à tort. Cet intarissable conteur d'histoires nous mène vers des dénouements empreints de sérendipité.

  • Fable pour l'hiver est une traversée. Un aller-retour entre l'écrit et le jeu, un va-et-vient entre l'hiver et le jardin, le dedans et le dehors, la fable et le théâtre. D'un bord à l'autre, de ce qui précède l'écriture jusqu'à la représentation elle-même.

  • On ne lira pas, dans ces carnets, de confidences, de confessions, de dévoilements intimes, ou encore d'aveux puisque je n'ai jamais cédé à la tyrannie de la transparence et de l'indiscrétion. On ne lira que des incises, des réminiscences de lectures, des détournements, des greffes, des échos qui parlent et qui parlent au-delà de ma propre vie anecdotique.
    Il y a une parole insignifiante qui domine et qui pense que l'on peut dire et écrire sans être confronté au silence et au néant. Il y a une autre parole qui laisse surgir l'épiphanie, là où les choses prennent figure, en gardant la bonne distance. Le visible, en effet, ne reçoit d'hommage bienveillant que par l'accueil qu'un retrait ménage.

  • 1776. Un jeune Parisien d'obscure condition rêve de devenir comédien et se lie d'amitié avec Jean-Jacques Rousseau, qui souffre plus qu'il ne jouit d'une célébrité entachée de rumeurs et de malentendus. A la suite d'une brouille, l'apprenti acteur lui dérobe le manuscrit tenu secret des Confessions. Peu de temps après la mort du philosophe accueilli pour les dernières semaines de sa vie au château d'Ermenonville par le marquis de Girardin, le jeune homme, accablé de remords, adresse à ce dernier une longue lettre.


  • Étymologiquement la métaphysique est l'au-delà de la physique (meta phusika), c'est-à-dire une science de l'immatériel, distincte de la philosophie des sciences qui, elle, étudie les questions fondamentales sous-jacentes à la physique dans son sens le plus large (matière et énergie). Le terme de métaphysique a d'abord désigné les oeuvres d'Aristote qui, dans la collection d'Andronicus de Rhodes, venaient après la physique et concernaient la science des réalités transcendant le monde visible et sensible. De nos jours où la métaphysique tend à disparaître comme objet de recherche, il est intéressant de redécouvrir son existence du fait de la crise de l'intelligence que nous traversons.

  • « Un recueil politique, dans le meilleur sens du terme, une noirceur non exempte d'espoir, comme l'était le Germinal de Zola. Dans cette optique, l'âpreté du style, avec toutes les nuances de la caricature et de l'invective, jusqu'à la percussivité rythmique, sont parfaitement en harmonie avec la condition humaine représentée. » Pusteria

  • Journal d'une transmission féminine, Comme après rend hommage à la tante maternelle, suédoise, qui représentait pour l'auteure un modèle d'indépendance. La question de l'identité se décline à travers des jeux de miroir impliquant aussi d'autres figures de femmes ; l'exercice physique, la promenade ou la photographie servent de tremplin à la rêverie. Cette prose à l'apparence relâchée, de fait admirablement tenue, pourrait être le pendant français de la poésie de Mayrcker.

  • Black Dog illustre à merveille le mot de Chesterton sur les "vertus chrétiennes devenues folles" : sorte de parodie de la communion des saints, de transgression, donc, au sens où une volonté diabolique se ferait Loi, dans une République qui n'aurait d'autre soubassement que le sacrifice plus ou moins secret de jeunes hommes.

  • Des méditations profondes en petites proses poétiques de très belle facture sur des thèmes annoncés dans les titres et complétées à la table des matières par les définitions de l'auteur sur quelque mot ou expression que l'on pourrait qualifier de précieux si leur emploi n'était empreint de cette légèreté toute en finesse drolatique qui caractérise l'ensemble du recueil.


  • Le positivisme et l'idéalisme nés au 19e siècle n'ont pas eu le même point de départ mais ont abouti à la même conclusion : l'impossibilité de la métaphysique. Deux domaines se sont détachés de la philosophie, se constituant en sciences indépendantes : la psychologie expérimentale et la sociologie. De là va se développer tout le champ des sciences humaines, en corrélation avec les avancées technologiques jusqu'à nos jours.


    La profonde rupture de la deuxième guerre mondiale et les conséquences terribles des deux totalitarismes du milieu du 20e siècle ont donné lieu à une interrogation sur l'Homme et à une appréhension rationaliste de ce qu'il est, avec entre autres les mouvements structuralistes et existentialistes, après l'ébranlement du socle métaphysique et l'abandon des savoirs qui y étaient associés.


    Dans la crise de l'intelligence que nous traversons aujourd'hui, il est temps de reconsidérer la place donnée à Dieu par la philosophie à travers les âges, non seulement comme référence ultime de tout le créé, mais surtout comme fondement de toute Vérité et de tout Amour.

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