Sciences humaines & sociales

  • Depuis un demi-siècle, les études néo-latines se sont développées. Il a donc paru opportun de fournir à la Res Publica Litterarum un manuel de métrique adapté aux spécificités d'une poésie toujours vivante. Mais, comme il est impossible de l'embrasser dans sa totalité, l'ouvrage a été circonscrit à la poésie humaniste, dans un choix de poètes des pré-humanistes padouans et de Pétrarque jusqu'au XVIe siècle, avec quelques excursus au-delà. Dans la triple perspective de l'ethos, de la métrique et de la stylistique liée au mètre, il s'appuie sur les indications techniques données par les auteurs et confronte leurs déclarations théoriques à leur pratique et aux théories des manuels de métrique humanistes en privilégiant les deux premiers (Perotti, 1471). La première partie étudie les mètres dactyliques, hexamètre, distique élégiaque et autres ; la deuxième aborde les mètres lyriques, sapphiques, alcaïques, éolo-choriambiques, distiques des Épodes, phaléciens, galliambes, iambes, ioniques, anapestes, trochées et poèmes figurés ; la troisième concerne la métrique dramatique, tragédie et comédie.

  • Fondée en 1950 par Eugénie Droz, la collection des Travaux d'Humanisme et Renaissance a réuni, en soixante-cinq ans, plus de 550 titres. Elle s'est imposée comme la collection la plus importante au monde de sources et d'études sur l'Humanisme (Politien, Ficin, Erasme, Budé...), la Réforme francophone (Lefèvre d'Etaples, Calvin, Farel, Bèze...), la Renaissance (littéraire et artistique, Jérôme Bosch ou Rabelais, Ronsard ou le Primatice...), mais aussi la médecine, les sciences, la philosophie, l'histoire du livre et toutes les formes de savoir et d'activité humaine d'un long XVIe siècle, des environs de 1450 jusqu'à la mort du roi Henri IV, seuil de l'âge classique. Les Travaux d'Humanisme et Renaissance sont le navire-amiral des éditions Droz.

  • Surtout connu pour ses ouvrages d'histoire, le juriste condomois Scipion Dupleix fut aussi l'un des tout premiers à écrire en français un corpus complet de philosophie scolastique. Dans les années 1600-1610, il publia un ensemble de textes couvrant la logique, la philosophie naturelle, l'éthique et la métaphysique, qui connut en son temps un immense succès sous le nom de Corps ou de Cours de philosophie. Notre ouvrage analyse le travail de vulgarisateur de Dupleix, en se fondant plus particulièrement sur les textes traitant de philosophie naturelle. Il examine le statut et la place de cette discipline dans les milieux lettrés, l'adaptation de la langue française à la philosophie jusque-là exprimée en latin, les raisons qui ont pu pousser un jeune magistrat de province à entreprendre une vaste entreprise de diffusion philosophique et le détail du travail du texte, pour tenter de cerner les raisons d'écrire la philosophie en langue française à la toute fin de la Renaissance.

  • Durant la Renaissance, la France, l'Espagne, l'Angleterre, l'Italie, la Pologne, la Suisse produisent des penseurs qui deviennent de plus en plus conscients de la proximité des événements politiques susceptibles d'influencer leurs réflexions. Nul n'échappe à l'emprise de l'histoire immédiate qui structure et détermine toute démarche intellectuelle. L'image du penseur ou du savant, distant du tumulte du monde, retiré dans son cabinet et étudiant les textes classiques, est fortement remise en cause. Pour certains, l'écriture est un engagement, pour d'autres un refuge ; mais, dans tous les cas, la pensée se définit presque toujours par rapport à des actions sur le terrain qu'il est impossible d'ignorer. Même les silences peuvent être interprétés comme des actions. Cet ouvrage propose de reprendre à neuf le débat entre pensée et action en l'examinant à la lumière d'une histoire en proie à des transformations spectaculaires sur le plan politique et économique et tourmentée par des guerres violentes sous couvert de religion.

  • Le Dictionnaire étymologique et critique des anglicismes entend répondre - grâce en partie aux nouveaux moyens informatiques - à trois objectifs : rassembler la quasi-totalité des entrées d'origine anglo-américaine présentes dans les dictionnaires usuels ; vérifier les étymologies (à l'aune des outils livresques et numériques), avec des datations souvent repoussées ; amorcer une réflexion sur le déferlement en France depuis 1945 de mots d'origine anglaise et surtout américaine, accompagnée, au besoin, de propositions d'équivalents offertes par des commissions (en particulier la Commission d'enrichissement de la langue française et l'Office québécois de la langue française) et commentateurs. Pour la première fois, on trouvera un large choix du vocabulaire provenant tant des sciences dites dures que des sciences sociales, assorti, dans la mesure du possible, d'une date et d'une origine. Les termes récents les plus répandus figurent dans ce dictionnaire destiné aussi bien aux journalistes et aux métiers de communication qu'aux chercheurs, aux enseignants, aux étudiants et au grand public.
    Parmi plus de 5 000 mots ou calques, on découvrira étude d'impact (1952 ; impact study, 1920), fonds souverain (2007 ; sovereign wealth fund, 2005), guerre hybride (2007 ; hybrid war(fare), 2005), illibéral (2003 ; illiberal, 1997, F. Zakaria), perturbateur endocrinien (1996 ; endocrine disruptor, 1991, T. Colborn), plafond de verre (1987 ; glass ceiling, 1984), suprématie quantique (2018 ; quantum supremacy, 2012, J. Preskill), transhumanisme (1963 ; transhumanism, 1957, J. Huxley)...

  • Écrivain, voyageur et courtisan, familier de Louise de Savoie et de François Ier qui lui commandent ses ouvrages, le franciscain Jean Thenaud (c. 1480-1542) est une figure décisive par les innovations qu'il apporte à la culture de la Renaissance française. Connu par son seul livre imprimé, le Voyage d'Oultremer, qui relate son séjour en Égypte et en Terre sainte, il est aussi l'auteur d'une importante synthèse poético-mythographique inspirée de Boccace. On lui doit également les premières adaptations françaises de Lucien et d'Érasme. Son chef d'oeuvre, les quatre volumes des Triumphes des Vertuz, est le dernier grand songe allégorique qui prolonge la tradition médiévale et préfigure les Tiers et Quart Livres de Rabelais, avec lequel l'auteur est en relation. Enfin, son traité de « cabale chrétienne » inaugure le genre en français et ses motifs talismaniques nourrissent le programme iconographique de Chambord. Ce recueil d'études, rédigées par des spécialistes des littératures médiévales et renaissantes, est le premier à lui être entièrement consacré.

  • Cette étude propose une immersion dans le monde des humanistes de la Renaissance germanique du XVIe siècle, où se leva le mouvement de la Réforme protestante. Le lecteur fait connaissance avec un personnage d'humble extraction, Barthélemy Latomus, qui fit son chemin dans les sphères intellectuelles en relevant les défis du temps. Ses travaux sur les fondamentaux de l'art oratoire contribuèrent au succès d'une rhétorique alliant logique et éloquence. Afin de répondre aux besoins concrets des enseignants et des acteurs de la société, il mit au point une méthode d'analyse des grands discours classiques en vue de l'acquisition d'un savoir-faire personnel qui prévînt la contrefaçon. La poursuite enthousiaste de cette méthode lui permit de surmonter le désenchantement qui traversait alors l'humanisme, et le poussa à confronter les questions religieuses en litige à la raison et au droit. La correspondance qu'il entretint avec des théologiens protestants prônait le débat d'idées en privilégiant un retour aux sources. Ce livre est le fruit d'une décennie dédiée à Barthélemy Latomus.

  • Hesíodo fue uno de los poetas griegos más apreciados en el Renacimiento, especialmente como autor de Opera et dies (Los trabajos y los días), poema didáctico y moralizante en el que los ideales del Humanismo encontraron su reflejo. Un joven estudiante y poeta romano, Nicolaus de Valle (1444-1473), cuando apenas contaba 18 años de edad, tradujo en verso latino el poema del aedo de Ascra. Los prototipógrafos alemanes Conrad Sweynheym y Arnold Pannartz publicaron la editio princeps en Roma hacia 1471, siendo ésta la primera traducción de Opera et dies transmitida por la novísima Imprenta; comienza entonces una rica tradición textual que se extenderá sin interrupción hasta los últimos años del siglo XVI.
    En este estudio se esclarecen los aspectos filológicos que ayudan a interpretar y contextualizar la traducción de Nicolaus de Valle. Siguiendo los principios de la crítica textual clásica, se ofrece una descripción minuciosa de los testimonios textuales de la obra y de los resultados de su colación; y, finalmente, se establece por vez primera una edición crítica de esta poco conocida obra del joven humanista romano. El lector podrá escuchar la voz poética de Nicolaus de Valle en una creación literaria que entreteje - por medio de una cuidada imitatio - el canto geórgico de Hesíodo con los versos de la más alta poesía latina: Horacio, Ovidio o Estacio, y, principalmente, Virgilio.
    Hésiode fut l'un des poètes grecs classiques les plus renommés à la Renaissance, notamment en tant qu'auteur des Opera et dies (Les travaux et les jours), poème didactique et moralisateur dans lequel les idéaux de l'Humanisme ont trouvé leur reflet. Un jeune étudiant et poète romain, Nicolaus de Valle (1444-1473), traduisit en vers latins le poème de l'aède d'Ascra, alors qu'il était âgé d'à peine 18 ans. Les prototypographes allemands Conrad Sweynheym et Arnold Pannartz en publièrent l'editio princeps à Rome vers 1471 ; il s'agit de la première traduction des Opera et dies transmise par la toute récente imprimerie. Ce fut le début d'une riche tradition textuelle qui se prolongea sans interruption jusqu'aux dernières années du XVIe siècle.
    Cet ouvrage examine les aspects philologiques contribuant à interpréter et à contextualiser la traduction de Nicolaus de Valle. Suivant les principes de la critique textuelle classique, il offre une description minutieuse des témoins textuels de l'oeuvre et des résultats de leur collation.

  • Sebastian Castellio wrote his Annotation on Rom 9 during stormy times. After the trial against Miguel Servetus and the ensuing polemic from Castellio and his allies against it, Geneva came to see Sebastian Castellio as a threat against the reformation. His Annotation on Rom 9 probably confirmed this verdict. Castellio used it to speak out against John Calvin's doctrine on predestination and to elaborate on his own ideas about the perfectibility of humans.
    Castellio published his Annotation on Rom 9 only once, in his 1554 Latin Bible. In subsequent editions it was replaced by an asterisk and the short remark "maior serviet minori." Many scholars assumed that it was censorship of Castellio's text and even took it for granted that it was erased from Castellio's Bible. But that is certainly not what happened: censorship was probably less severe than scholars have so often assumed. This critical edition together with the English translation makes Castellio's first polemical writing on predestination easily accessible. The introduction describes the context in which Castellio wrote his Bible and elaborates on his biblical scholarship.

  • Entre 1527 et 1555, l'affermissement de l'épître en vers à l'intérieur du champ poétique français se produit par le biais d'une « familiarisation » favorisée par le contexte éditorial des recueils d'auteur. Ce livre se donne pour but d'interroger une telle transfiguration. L'itinéraire du genre dévoile tout d'abord qu'aux balbutiements imprimés de l'épître (1527-1532) succède une période d'hégémonie éditoriale du modèle familier (1532-1549), avant que la diffusion de l'épître ne soit corrélée à la défense d'une poétique « marotique » (1549-1555). La deuxième partie examine les représentations de l'épître personnelle, qui exhibe sa modestie par la revendication d'un intertexte récent, l'élaboration d'un decorum marginal et la mise en oeuvre d'une poétique du sermo. Articulant les approches matérielle et poétique, la troisième partie montre comment la dispositio des sections d'épîtres fait surgir la singularité débordante de cette nouvelle poétique épistolaire.

  • Les Poëmes, que Pierre de Ronsard rassemble dans le tome III de la première édition collective de ses OEuvres (1560), n'ont pas toujours eu bonne presse. À l'exception de quelques éditions critiques et d'articles, on ne dispose d'aucune étude d'ensemble sur les Poëmes. Le présent ouvrage les étudie comme le lieu de l'engendrement, de la création poétique au cours de laquelle Ronsard tente d'atteindre la plénitude au moyen d'analogies et de contraires. Ils sont ainsi analysés dans les recueils séparés où ils sont apparus (du « Bocage » des Odes de 1550 aux Sixiesme et Septiesme livres des Poëmes de 1569), puis dans leur évolution au sein des éditions collectives des OEuvres. Dans cet espace nouveau, les thèmes acquièrent un sens inédit, les formes poétiques mises côte à côte affichent leurs écarts pour constituer une orchestration singulière. Les remaniements continuels que subissent les Poëmes sont caractéristiques de la conception que Ronsard se fait de la poésie : l'expérience d'un ordre esthétique qui régit le désordre du monde.

  • Le quatrième tome des Mémoires-Journaux du règne de Henri IV tenus par Pierre de L'Estoile relate de bonnes nouvelles ! En 1598, la paix avec l'Espagne et la signature discrète de l'édit réglant la coexistence entre huguenots et catholiques, en 1601, la paix avec la Savoie, le mariage de Henri IV, bientôt suivi de la naissance d'un Dauphin : une paix qu'on n'avait pas vue depuis 1562, une naissance qu'on n'avait pas vue depuis 1548, signes d'une rénovation des forces nationales par la pratique et par le symbole. La politique extérieure s'estompe, exceptées la conspiration d'Essex ou la mort d'Elizabeth, laissant place aux mécontentements dispersés, des tentatives de régicides aux rivalités dans la faveur du roi, qui n'empêchent pas la vie du royaume de se dérouler selon les catégories d'une rubrique mondaine : amours, mariages, naissances. L'écriture du Journal peut enfin jouer de la variété : morts subites, événements étranges ou prodiges retiennent l'attention, avec quelque mélancolie mêlée d'ironie.

  • Les noces du droit et de la littérature, de la politique et de la poésie ne sont plus guère pensables aujourd'hui. Or ces champs du savoir et de l'action étaient réunis sous l'Ancien Régime, quand le langage poétique paraissait le support le plus adéquat d'une pensée élevée. Michel de L'Hospital (v. 1505-1573) a incarné au plus haut point cette union. Entre 1543 et 1573, le chancelier-poète commente en latin poétique et philosophique les aléas de son existence et de son temps, tout en luttant pour la conciliation religieuse et la justice. Il réfléchit aux théories de l'écriture mais affiche ses distances avec les poètes professionnels autant qu'avec les poètes courtisans. Il voit en la poésie une clef pour comprendre le monde et soi-même. À la croisée de la poésie latine et néolatine, de la littérature française, des méditations juridiques et des courants philosophiques, cette oeuvre poétique vaste et complexe reflète toujours l'actualité. Un groupe de spécialistes de diverses disciplines en éclaire ici maintes facettes.

  • Les Emblemes ou Devises chrestiennes constituent une réussite exceptionnelle dans la littérature emblématique du XVIe siècle. Georgette de Montenay est la seule femme en Europe à avoir conçu entièrement un recueil d'emblèmes, créant le genre de l'emblème « chrestien », entendons calviniste. Avec son coreligionnaire, le graveur sur cuivre Pierre Woeiriot, elle propose au lecteur de bonne foi un outil de méditation, voire de propagande réformée, que magnifient la qualité typographique de l'ouvrage, son inventivité esthétique et sa finalité authentiquement spirituelle. Cette étude analyse la suite entière des cent Emblèmes, en les rendant à leur contexte historique, en leur redonnant leur socle théologique (références scripturaires et doctrinales) et en appréciant leur singularité iconographique. La reproduction de ces emblèmes achève de faire de ce livre un ouvrage de référence.

  • La maison de Coligny-Châtillon a presque tout connu en moins de deux cents ans : l'élévation, la gloire, le déclin, la condamnation, les honneurs, l'humiliation, l'exil, la précarité, le prestige, la vengeance et la renommée.
    Ce livre poursuit trois ambitions. Retracer tout d'abord, le plus précisément possible, les parcours des membres de cette maison bien connue mais paradoxalement peu étudiée. Analyser ensuite leurs engagements politiques et religieux, d'en restituer les mécanismes, d'en étudier les formes, d'en saisir la portée et d'en dresser les conséquences. Comprendre, enfin, ce qui a pu conduire, en l'espace de six générations, ces hommes et ces femmes des montagnes bressanes jusqu'à la nécropole royale de Saint-Denis, en passant par le gibet de Montfaucon.

  • Une traduction fictive est un texte qui, directement écrit dans une langue, se présente comme traduit d'une autre, réelle ou imaginaire. Peu étudié jusqu'à la fin du XXe siècle, le cas n'en est pas moins fréquent, illustré par quelques romans célèbres : Don Quichotte, les Lettres persanes, le Manuscrit trouvé à Saragosse, Le Château d'Otrante. Longtemps on a tenu pour négligeable la fiction de la traduction, la considérant comme un procédé inoffensif, un amusant artifice littéraire. Convention souvent assumée de manière explicite par les auteurs qui y recourent, le phénomène n'a encore été que peu envisagé dans sa dimension historique. C'est donc à retrouver les raisons de l'émergence d'un tel motif dans le genre romanesque - à partir des premiers romans du xiie siècle jusqu'à l'oeuvre de Cervantès - et à décrire les moments de sa formalisation topique que ce travail se consacre.

  • La réflexion sur ce qui sépare l'état de paix et l'état de guerre conditionne l'histoire de la diplomatie dans la mesure même où, dans l'histoire politique de l'Ancien Régime, la gestion efficace et immédiate des conflits armés - ouverts, programmés ou potentiels - constitue une exigence majeure du bon gouvernement des communautés. À côté du fracas des armes, avant ou après lui mais aussi pendant, se développent continument des pratiques de communication et d'échange dont le but premier est de dessiner le cadre possible des relations correctes entre communautés, quels que soient les forces, les jeux d'échelle, les territoires de référence et les horizons en présence. Ces pratiques sont particulièrement polymorphes et flexibles et, avant même de faire l'objet de traités et de donner un contenu au nouveau métier d'ambassadeur - à compter du XVIIe siècle surtout -, elles se construisent à tâtons selon des tempos, des coutumes, des discours, des écritures et des hiérarchies évolutifs. Ainsi est posée une autre façon de faire de la politique. Ainsi émerge, au fil de l'histoire que l'on peut en faire, un pan crucial de la régulation du système des États.

  • : bigarré, irisé, mosaïqué et surtout à l'image de l'esprit d'Ulysse, tel a été conçu cet ouvrage collectif consacré, avec les méthodes et les points de vue les plus contemporains, aux épithètes homériques où la Renaissance sut projeter sa création et sa réflexion. Dans la multitude des genres ici étudiés (lexiques, commentaires, traductions, réécritures), chaque épithète, avec sa spécificité morphologique, grammaticale, étymologique, sémantique et symbolique, constitue un fil lumineux qui, réapparaissant à la surface de la trame de la poésie et de la poétique du XVIe siècle, en révèle le fonctionnement en profondeur. Dans l'inlassable voyage de retour vers le modèle que constitue toute forme d'exégèse de Ravisius Textor à Scaliger, des traductions latines aux traductions dans les langues vernaculaires, des poètes mineurs au grand Ronsard la complexité des interprétations tissées en toile de Pénélope représente la forme la plus sûre d'intelligence fidèle au texte homérique.

  • Le De causis linguae Latinae (1540) de Jules-César Scaliger constitue un maillon essentiel dans l'histoire de la grammaire latine et plus généralement dans l'histoire des théories linguistiques. Il ne s'agit pourtant pas d'une grammaire latine au sens habituel du terme, avec ses règles et ses paradigmes, mais d'une réflexion philosophique sur les fondements de la langue latine, et même sur les fondements du langage en général. Les treize livres, de taille inégale, comportent une phonétique (livres 1 et 2), l'examen du mot (dictio, livre 3) et de ses classes (livres 4 à 11), avant de traiter des figures de construction (livre 12), de l'étymologie et de l'analogie (livre 13).
    La présente édition propose, dans le premier volume : une introduction (en deux parties : « Scaliger, philosophe des savoirs du langage et des langues », par P. Lardet ; « le De causis dans l'histoire des idées linguistiques », par G. Clerico et B. Colombat) ; le texte latin ; des notes critiques ; neuf index ; une bibliographie de plus de 600 titres. Le second volume comporte l'ensemble de la traduction avec une abondante annotation qui replace le De causis dans le contexte de son élaboration et de sa rédaction.

  • Ce troisième tome de L'Histoire de France de La Popelinière, parue en 1581, est centré sur deux années cruciales, 1561 et 1562, qui voient le déclenchement des guerres de Religion. Il fait le récit des principaux événements de l'avènement de Charles IX jusqu'à l'automne 1562 : les Etats généraux et le colloque de Poissy, l'édit de Janvier, le « meurtre » de Wassy, les déclarations du prince de Condé et ses négociations avec les princes allemands, l'engagement puis les hésitations de la noblesse réformée, et s'attarde sur quelques épisodes de la première guerre civile (particulièrement Angers et Toulouse). Hors de France, il s'intéresse aussi à la résistance armée des vaudois du Piémont contre le duc de Savoie, et décrit la « république des Suisses ». Les notes critiques s'attachent principalement, comme dans les volumes précédents, à retrouver les sources utilisées et à éclairer le travail de recomposition et de neutralisation de l'historien sur ses sources.

  • Fondé sur des documents universitaires et notariaux édités et inédits et sur de multiples sources indirectes (biographies, correspondances, etc.), cet ouvrage recense plusieurs centaines d'étudiants français, francs-comtois et savoyards ayant fréquenté les universités italiennes de 1480 à 1599. Il fournit, pour chaque personnage, un dossier sur ses études en Italie, complété, si possible, par un aperçu de sa formation antérieure et par une notice biographique. Une introduction détaillée sur l'organisation des études universitaires dans l'Italie des XVe et XVIe siècles, le mode de fonctionnement des universités et les procédures d'obtention des diplômes facilite la compréhension des notices.
    Ce travail offre des matériaux nouveaux à l'histoire des universités, à l'histoire des familles (rectifications et compléments apportés aux généalogies par les sources italiennes exploitées), à l'histoire sociale (origine sociale des étudiants, corrélation entre études et carrière, stratégies de certaines familles misant sur les études en Italie pour favoriser leur ascension ou asseoir leur pouvoir) ; mais aussi à l'histoire religieuse, politique et culturelle (il suffit de citer les noms de saint François de Sales, de Pomponne de Bellièvre, de Michel de L'Hospital ou de François Tissard). Nombre de ces étudiants ont contribué, en outre, à diffuser par-delà les Alpes non seulement l'humanisme et les sciences apprises dans la Péninsule, mais aussi la langue et la culture italiennes.

  • Après les 193 leçons sur le livre du prophète Jérémie (cf. Calvini opera denuo recognita, Series Exegetica 6a et 6b, 2016), Calvin paracheva son explication du prophète avec dix-huit leçons sur les Lamentationes de septembre 1562 à janvier 1563. Les Lamentations s'inscrivent dans l'une des traditions poétiques des qînoth, les complaintes qui concernent le gouvernement politique. Calvin s'attache à en donner une interprétation morale et actualisante. Les sources et les principes exégétiques du Réformateur restent les mêmes, mais la double introduction, au texte latin et au texte français, les rappelle. L'édition est en effet juxtalinéaire avec en vis-à-vis la traduction modernisée et commentée de Charles de Jonviller. Deux index des noms de personnes et des citations bibliques complètent l'édition.

  • L'oeuvre de Philippe de Mézières est double: des textes en français comme le Songe du Viel Pelerin ou le Livre de la Vertu du Sacrement de Mariage, d'autres en latin comme l'Oratio tragedica. La question de l'écriture du Solitaire des Célestins s'en trouve, dès lors, posée, ainsi que de son rapport à l'humanisme naissant, dont il est l'exact contemporain. Si Mézières n'est pas le pendant français de Pétrarque, les études de ce recueil laissent entrevoir un authentique poète, maître de ses effets et de son art. Elles s'articulent autour de cinq lignes axiologiques, scrutant aussi bien les questions de la technique poétique, des stratégies oratoires, de l'allégorie, du tragique et de l'usage, à des fins morales, de la figure de l'alchimiste et de l'apothicaire. Est ainsi réaffirmée la puissance stylistique de l'écriture de Philippe de Mézières. Un index permet une consultation aisée de ce volume qui deviendra rapidement un outil de référence.

  • Au coeur des contextes plurilingues et de l'effervescence linguistique de la période allant du XVe au début du XVIIe siècle, la langue d'art jouit d'un statut à part. Déployée aux extrêmes limites de la langue d'usage, remarquable par les rapports comme par l'écart qu'elle entretient à son égard, la langue d'art met en scène les rencontres et les mélanges linguistiques, les réélabore et les sublime dans un multilinguisme expérimental ; façonnée au contact des parlers réels et soucieuse d'« illustration », elle témoigne à la fois d'une vive conscience linguistique et d'une revendication esthétique. Le présent volume s'efforce de l'appréhender en tant que « laboratoire » des langues vernaculaires, dans ses contextes d'apparition et dans ses interactions avec l'usage. Ce faisant, il interroge les limites de nos connaissances sur les langages parlés et nos préjugés sur la valeur documentaire des textes, les hiérarchies et les codes de référence implicites, et tente à partir de là d'esquisser des pistes méthodologiques pour analyser ces corpus qui résistent aux approches tant sociolinguistiques, qu'historiques et littéraires. À travers de nombreuses études de cas, il en considère ainsi les manifestations, les modes de réalisation, les intentions et les enjeux, débouchant sur une poétique des genres (théâtre et satire) et de corpus représentatifs (langues artificielles, imitations et traductions), dans de véritables recréations linguistiques.

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