Presses universitaires de Rennes

  • À rebours des thèses structuralistes, ce livre affirme que la littérature parle du monde. Il y a du hors-texte. Cette étude de quatre oeuvres marquantes d'auteurs emblématiques du mouvement postmoderne apporte une contribution importante à la géocritique et aux théories de l'espace qui fleurissent aujourd'hui dans le domaine de la littérature générale et comparée. Le monde, balisé par les lignes imaginaires des géographes et des navigateurs, est sillonné par les migrants, les voyageurs et les armées en campagne. Les frontières quant à elles sont des lignes qui ancrent une identité dans le territoire, et ce sont bien souvent des obstacles infranchissables. L'approche géocritique met en évidence la crise de ces notions dans les descriptions de villes utopiques des Città invisibili d'Italo Calvino, dans la course folle de l'héroïne des Grandes Blondes, de Jean Echenoz, dans les espaces subjonctifs de la Zone que parcourent les personnages de Gravity's Rainbow, de Thomas Pynchon, et dans les déserts rocheux du grand roman d'après-guerre de Christoph Ransmayr, Morbus Kitahara. Une fois résolue la très ancienne question de la représentation mimétique qui se trouverait au fondement de toute oeuvre d'art, on peut faire émerger l'idée que dans la fiction récente, les configurations spatiales participent à l'intrigue de façon déterminante. Au-delà de la nostalgie postmoderne pour un monde vaste, qui recèlerait encore une part d'inconnu et serait favorable à tous nos désirs, ces oeuvres instaurent une nouvelle relation à l'espace. Conçu comme un ensemble rhizomatique de milieux et de flux connectés entre eux, le monde entretient avec la littérature des rapports dont les textes du corpus, dans leur variété, permettent de saisir la cohérence.

  • À partir de sources écrites et cinématographiques, ainsi que de témoignages, cet ouvrage adapté d'une thèse de doctorat s'intéresse au rapport qui existe entre cinéma et communisme en France de la Libération au milieu des années 1960. Initiée par le pôle communiste, qui s'apparente à cette époque au PCF, cette relation est très riche tout au long de la période étudiée. Dès la Libération, les communistes cherchent d'une part à agir sur le champ cinématographique ; ils entendent résoudre les problèmes rencontrés par les professionnels dans le but d'influer sur le devenir économique du cinéma français. D'autre part, les communistes veulent agir avec le cinéma. Le considérant comme un instrument utile à la « propagande de Parti », ils encouragent la réalisation de films militants destinés à relayer le discours du PCF. Ce « cinéma de Parti » est également alimenté par le cinéma d'Europe de l'Est et plus particulièrement par le cinéma soviétique. Le projet cinématographique du PCF est donc ambitieux. Partagé par les communistes, il pose néanmoins de multiples questions dans sa mise en oeuvre. Porté par une réelle volonté, il fait du PCF un parti politique dont l'intérêt pour le cinéma est sans équivalent en France de la Libération au milieu des années 1960.

  • Cet ouvrage explore les dynamiques institutionnelles et les mobilisations à l'oeuvre dans les restructurations d'entreprise. Celles-ci apparaissent, actuellement, comme des processus diffus, récurrents et complexes de réorganisation affectant l'entreprise dans sa recherche de flexibilité et d'avantages compétitifs. Dans un contexte de crise, elles prennent un relief particulier en raison de leur ampleur, de l'intensité des conflits auxquels elles donnent lieu et de leurs conséquences sociales notamment en termes d'emplois. Loin de s'imposer comme des adaptations inéluctables à une évolution économique qui leur échapperait, les restructurations se caractérisent par de nombreuses initiatives des acteurs concernés, tant les directions d'entreprise, que les salariés et leurs représentants. Prenant appui sur tout un ensemble d'équipements institutionnels et des mobilisations collectives, un débat argumenté et contradictoire s'instaure entre les différentes parties prenantes. Il ne se réduit pas aux reclassements des salariés et à la compensation financière des pertes d'emploi. Il porte également sur la formulation même des problèmes à résoudre et peut parfois conduire à la construction concertée de stratégies économiques alternatives permettant de préserver les emplois. L'ouvrage envisage les restructurations au croisement des pratiques managériales et de l'intervention des salariés et de leurs représentants dans l'entreprise. Il explore des dynamiques institutionnelles à partir de l'analyse des dispositifs juridiques européens et nationaux et d'enquêtes de terrain dans les entreprises, en adoptant une perspective transnationale et pluridisciplinaire liant histoire, économie, droit et sociologie. Cet ouvrage se compose des contributions présentées lors d'un colloque réunissant des acteurs parties prenantes des restructurations et des chercheurs. Il propose un nouveau regard sur une question sociale brûlante.

  • Les associations d'aide à domicile, directement touchées par les changements de régulation publique dans ce secteur, traversent une crise profonde. Acteurs historiques, les associations sont aujourd'hui fragilisées et doivent repenser leur place dans ce regroupement d'activités hétéroclites que constituent les « services à la personne ». Cet ouvrage collectif, réalisé par des chercheurs ayant accumulé une expertise dans le secteur de l'aide à domicile, le champ des services à la personne et dans l'économie sociale et solidaire, propose une analyse des stratégies et pratiques des acteurs associatifs face à la multiplication des politiques publiques et à la structuration d'un « quasi-marché » des services à la personne. Prises en tenaille entre l'emploi direct, très incité à se développer, et l'émergence rapide des entreprises privées lucratives, entre des logiques de l'aide à domicile et des services à la personne, les associations ont d'autant plus de mal à faire entendre leur voix que les positions et pratiques associatives sont pour le moins éclatées et disparates. En s'appuyant sur différentes analyses historiques et empiriques, enquêtes de terrain et études de cas, les auteurs étudient les transformations de l'action associative dans l'aide à domicile face aux mutations de leur environnement. Entre résistance, adaptation, valorisation ou innovation, les différents chapitres analysent la diversification des pratiques et des stratégies déployées et interrogent l'unicité d'un « modèle » associatif ainsi que sa pérennité.

  • Cet ouvrage est l'aboutissement du programme « Économie sociale et solidaire : acteurs, structures, dynamiques locales - ESS ASDL » financé par la région des Pays de la Loire (2006-2008) qui a rassemblé une quarantaine de chercheurs de l'ouest de la France. Il a bénéficié également d'apports enrichissants de plusieurs collègues français ou étrangers avec lesquels des coopérations ont été nouées. Il s'agit d'un ouvrage pluridisciplinaire croisant les analyses de différentes sciences humaines et sociales (sociologie, économie, géographie, gestion, histoire) pour approfondir la connaissance de cette réalité complexe qu'est l'économie sociale et solidaire. Trois axes de réflexion ont été privilégiés : le premier, celui des formes de l'entrepreneuriat en économie sociale, constitue un élément essentiel pour comprendre la dynamique même de cette économie entre permanences et innovations. Le second, celui de l'emploi et des rapports salariaux au sein de cette économie, met en évidence les fortes tensions existant entre des formes innovantes, sources de progrès, et la persistance de certaines précarités qui peut inquiéter. Enfin, l'ancrage territorial des entreprises de l'économie sociale est illustré à partir d'exemples pris dans divers secteurs. À travers ces trois thématiques, les auteurs apportent un éclairage nouveau et ouvrent des perspectives de réflexion aussi bien pour les acteurs que pour les chercheurs concernés par l'économie sociale et solidaire.

  • À l´heure de la financiarisation des économies contemporaines et de la stratégie d´optimisation sur laquelle elle repose, plusieurs formes d´épargne solidaire sont portées par des épargnants qui oeuvrent pour un projet d´économie solidaire source d´un développement économique local socialement soutenable. Issu de plusieurs années de recherche en économie des systèmes de financement locaux, ce livre est le résultat d´un travail de synthèse qui repose sur un partenariat fort avec les financiers solidaires.

  • Comment considérer les rapports et les apports aux dynamiques des territoires des entreprises de l'économie sociale et solidaire (ESS) ? L'enjeu de la co-construction est ici essentiel, permettant de mieux comprendre les mécanismes de contribution de l'ESS aux dynamiques de développement local et la capacité d'ancrage de l'ESS dans les territoires. C'est ce que cet ouvrage se propose d'illustrer, au travers de trois parties portant sur, respectivement, les dynamiques territoriales de l'ESS et de l'emploi en ESS (1), les capacités d'innovation sociale des organisations de l'ESS (2) et les mécanismes de coopération, la construction du faire ensemble, au profit d'un développement en commun des territoires (3). La région des Pays de la Loire constitue ici le socle des expériences mises à jour, étant entendue comme un territoire marqué par une forte tradition d'initiatives solidaires.

  • Depuis les années quatre-vingt, le modèle de l'emploi stable à temps plein exercé dans un lieu unique pour une durée indéterminée est remis en cause. Les employeurs ont besoin de flexibilité mais les salariés ont besoin de sécurité. C'est dans ce contexte qu'émergent les groupements d'employeurs (GE) multisectoriels qui permettent la mise en application du temps partagé. Les groupements d'employeurs, en développement, suscitent de nombreux questionnements. Quels sont les véritables impacts sur les salariés, sur leur travail et sur les pratiques de management ? Quelles sont les innovations juridiques, économiques et managériales ? Les auteurs étudient particulièrement les répercussions des GE sur les relations professionnelles, les rapports au travail, la rémunération et la formation. Ils dénouent ainsi les fils de la complexité tissés dans cette relation tripartite qui unit le salarié, le groupement d'employeurs et l'entreprise adhérente. Ils mettent aussi en lumière l'individualisation des relations de travail qui, paradoxalement, en découle. L'étude s'appuie sur une enquête quantitative et qualitative menée auprès des salariés et des directeurs de plusieurs GE sur le territoire breton.

  • Dialogue des terrains et des disciplines au sein des sciences sociales, cet ouvrage s'inscrit dans une volonté d'élaboration collective d'une réflexion institutionnaliste sur les pays en développement. Il est le fruit d'un séminaire de recherche Institutions et développement (Matisse-CNRS, Paris, 2001-2006). Il souhaite permettre au lecteur de s'orienter dans les travaux d'économie du développement contemporaine (théories de la croissance, anti-développement) et parmi les discours des institutions financières internationales. Ceci passe par un travail de clarification des positions théoriques et idéologiques, face à la vague montante du néo-institutionnalisme en sciences sociales. Au-delà de contributions purement théoriques, l'ancrage en économie politique est clairement affirmé dans des textes analysant les changements institutionnels à l'oeuvre dans des pays ou régions particuliers (Afrique de l'Ouest, La Réunion, le Mali, la Russie, l'Iran et l'Équateur). La question de la souveraineté des États s'y trouve nécessairement soulevée. Vues d'ailleurs, de nouvelles questions apparaissent, qui demandent un travail conceptuel nourri par des références situées en-dehors de la discipline économique auxquelles ce livre souhaite ouvrir. En effet, les pays dits du Sud sont des lieux d'élaboration politique, économique et sociale singuliers que les économistes européens gagnent à connaître et à réfléchir afin de penser la mondialisation et ses effets en connaissance de cause.

  • Issu des travaux d'un programme de recherche de la DIES, cet ouvrage rassemble les contributions de chercheurs d'universités de l'Ouest autour de l'économie sociale et solidaire. Le lecteur pourra y observer comment cette économie est un levier du développement, par sa capacité à faire émerger de nouveaux marchés et des pratiques novatrices de production et d'échange, entre informel et formel. Il verra comment, en construisant une médiation entre exigences de service public et impératifs de concurrence, les organisations de l'économie sociale et solidaire trouvent, par tâtonnement, des équilibres innovants entre efficacité et valeurs. Il comprendra aussi pourquoi ce processus est susceptible de les bouleverser profondément. À partir d'exemples concrets, l'ouvrage propose des clés pour analyser l'évolution récente de pans entiers de l'économie sociale et solidaire et pour évaluer son apport spécifique à la dynamique de la société. Sept domaines sont étudiés : accompagnement à la création d'entreprises, réseaux territoriaux de l'économie sociale, services aux familles, tourisme associatif, finance solidaire, environnement, sport.

  • Quercy et Toulousain constituent, du Xe au début du XIIIe siècle, des enjeux majeurs opposant les plus grands de ce monde. L'historiographie ne parle-t-elle pas, pour le XIIe siècle, de Guerre de Cent Ans méridionale, à l'origine de bien des crispations ? De 930 à 1214, les luttes entre princes désorganisent à plusieurs reprises les réseaux aristocratiques. L'action de l'Église, surtout une fois lancée la réforme grégorienne, perturbe elle aussi la nature et les formes du pouvoir aristocratique. Au sein de ces réseaux, les membres des strates moyennes et inférieures sont assez remarquablement éclairés par les actes locaux, pour la plupart inédits et élaborés en milieu monastique. À travers l'étude de quatre types de comportements - désigner, s'allier, manifester sa foi, dominer - l'auteur montre quelles formes d'adaptation ces aristocrates ont dû mettre au point pour maintenir leur domination sur les paysans face à un pouvoir comtal toujours présent et à une Église revendiquant une part toujours plus importante du pouvoir. La faible envergure de la plupart de ces aristocrates permet au comte et aux établissements religieux de prendre en charge, surtout après 1130, la fondation de très nombreux castelnaux et villes neuves. Face à ces deux pouvoirs, les aristocrates mettent en oeuvre des stratégies d'affirmation de leur autorité - comme s'imposer spatialement en multipliant l'implantation de serfs sur des écarts ou inventer de nouveaux prélèvements après la perte des dîmes - mais aussi de contournement des difficultés - tels les interdits matrimoniaux non respectés pour éviter l'émiettement du patrimoine dans un espace où existe un partage égalitaire. Retraçant des parcours parfois contradictoires au sein d'une même lignée et dévoilant le rôle et la place des femmes, l'ouvrage met en exergue le poids de la foi mais plus encore la variété des types d'alliance dans des sociétés méridionales où les rapports sociaux deviennent, au cours de la période, très étroitement soumis au contrôle de l'espace.

  • En passe de s'affirmer comme le centre mondial de la production des savoirs sur l'Antiquité, l'Allemagne devint aussi, à la fin du XVIIIe siècle, la patrie d'un mythe tout à fait singulier, auquel certains ont donné le nom de « mythe grec » allemand. Les Allemands - telle est l'idée qui préside, dans l'Allemagne savante et littéraire d'alors, à la formation du Griechenmythos - sont reliés aux anciens Hellènes par une « affinité élective », une parenté spirituelle idéale, qui fait d'eux les Grecs de l'époque moderne. Ce motif, qui perdure jusqu'au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, instaure un dialogue, multiforme et sans cesse reconduit, entre le passé grec que l'on ambitionne de reconstituer et le présent de l'Allemagne, cette nouvelle Hellade que l'on aspire à édifier. Il revêt, dans le même temps, une place et une signification essentielles dans l'imaginaire de la communauté des hellénistes. Laboratoire où se forme et se réinvente, de l'époque néo-humaniste jusqu'à la fin de la période nationale-socialiste, la croyance en l'affinité gréco-allemande, la science de l'Antiquité fait du mythe grec le miroir de son originalité et le support de ses ambitions idéales. Menée dans la perspective d'une histoire culturelle de la réception de l'Antiquité, la présente enquête vise à retracer, dans le temps long des traditions savantes qui relient l'époque de Wilhelm von Humboldt à celle de Werner Jaeger, l'histoire croisée du Griechenmythos et de l'Altertumswissenschaft, dans une démarche attentive à l'entrelacement de l'écriture des savoirs sur le passé grec et de la fabrique du mythe.

  • Les ambassadeurs, en tant qu'acteurs des contacts diplomatiques entre Orient islamique, Occident latin et Orient chrétien de la seconde partie du Moyen Âge, sont au coeur du présent ouvrage. Celui-ci réunit diverses contributions de chercheurs et historiens travaillant sur l'histoire de la diplomatie médiévale. Il constitue la version écrite d'une journée d'études organisée en juin 2012 dans le cadre des Journées Scientifiques de l'université de Nantes. Cette rencontre internationale fut le fruit d'un partenariat entre plusieurs institutions (CRHIA, université de Nantes, École pratique des hautes études, université de Liège et CNRS, UMR 8167 « Orient et Méditerranée ») prenant part à l'une des thématiques du programme « La Paix : concepts, pratiques et systèmes politiques » de l'IFAO (Institut Français d'Archéologie Orientale - Le Caire). Dans les articles regroupés ici, les auteurs répondent à des questions communes, quoique chacun sur ses propres terrains d'enquête. Qu'est-ce qu'un ambassadeur entre les espaces et civilisations considérés et pour la période prise en compte ? Cette notion, au risque de l'anachronisme, est-elle réellement compatible avec les fonctions de porte-parole et de représentation officielle qu'assument ces hommes ? De quelle manière la terminologie des multiples sources en langues diverses (latin, grec, arabe, arménien, vieux slavon, etc.) dont l'historien dispose désigne-t-elle ces intermédiaires entre États, princes ou entités politiques souveraines ? Quelles spécificités caractérisent ces ambassadeurs circulant sur de grandes distances entre civilisations voisines, mais souvent rivales ? Autant d'interrogations légitimes auxquelles les contributions donnent des éléments de réponse, apportant de nouvelles pistes de réflexions et permettant des comparaisons suggestives, sans volonté d'exhaustivité toutefois. Le lecteur pourra ainsi appréhender l'activité de certains de ces envoyés officiels sur des espaces aussi divers que les rives de l'océan Indien, les principaux centres politiques et économiques du monde méditerranéen médiéval (Constantinople, Le Caire, Pise, Venise...), les principautés roumaines et arméniennes, ou encore suivre les routes des envoyés pontificaux vers l'Orient du XIIIe siècle.

  • La découverte puis l'exploitation de l'Afrique, de l'Asie et de l'Amérique par les Européens dès le XVe siècle ont conduit à une progressive militarisation de ces espaces, tant terrestres que maritimes. S'imposant aux pouvoirs politiques locaux ou faisant face aux convoitises étrangères, cette mise en défense par les différentes puissances européennes a contraint à un déploiement logistique spécifique et une adaptation aux différents terrains coloniaux. Construction de fortifications outre-mer, établissement de stations et de bases navales, recrutement et formation des milices ou encore élaboration de tactiques militaires deviennent des préoccupations permanentes même si toutes ces réalisations connaissent des évolutions heurtées en fonction des conjonctures, des disponibilités financières de chacun des États, des possibilités techniques et parfois de l'intelligibilité stratégique des décideurs. En outre, loin de suivre des trajectoires uniquement nationales, ce déploiement est également intelligible à l'aune de la circulation de l'information militaire, des modèles défensifs et par l'interprétation et la pondération des différents transferts techniques entre les espaces coloniaux. Les contributions de ce volume, qui ont été présentées à l'occasion de deux journées d'études organisées en 2012 et 2013 par le Centre de Recherches en Histoire Internationale et Atlantique (CRHIA) de l'université de Nantes, réfléchissent à ces différents aspects en montrant l'évolution de la mise en défense coloniale des débuts de l'époque moderne à l'âge atomique. Partant d'études de cas ou analysant plus globalement cette projection militaire, les auteurs apportent des éléments pour penser l'émergence d'un « système de défense atlantique ».

  • Comment l'imprimerie a-t-elle modifié la culture orale des pèlerinages, faite de cantiques chantés, de récits de miracles racontés et mimés ? Quand le fidèle sait lire, comment le livret transforme-t-il celui-ci, en étant un agent essentiel de la pastorale ? Dans quelle mesure l'imprimé tient-il compte de son auditoire ? Cet ouvrage se propose de répondre à ces questions. À partir d'une enquête sur 596 livrets concernant 216 sanctuaires sur trois siècles, les rapports entre imprimerie et culture sont examinés. Cet ouvrage se veut d'histoire totale, qui montre de manière transversale la production économique du livre, les intentions des auteurs, et la consommation/appropriation de l'objet. Le thème est aussi présenté de manière chronologique, par les livrets flamboyants (1480-1560), le temps des controverses (1560-1660), et le long temps de l'aventure individuelle (1660-1790). Le livret imprimé n'aura pas fait disparaître la démarche de pèlerinage très ancrée dans la culture des hommes, mais il aura réussi à la domestiquer.

  • L'oeuvre de Michel Tournier a, depuis plus de quarante ans, donné lieu à de très nombreuses traductions dans les diverses langues européennes, même les plus rares, comme l'estonien, le géorgien, mais aussi en hébreu, en chinois, en japonais, en thaï... Ses livres, particulièrement les contes, ont été illustrés par des artistes français tels Georges Lemoine, Alain Gauthier, Claude Lapointe, Alain Letort. Or les traductions, comme les illustrations, sont des interprétations à travers lesquelles se profilent les multiples facettes d'un écrivain que nous renvoient en miroir des contextes spatio-temporels différents. Ce livre fait entendre la voix de ceux qui ont contribué à la réception de cette oeuvre multiple et qui sont à des titres divers les « passeurs » nécessaires : journalistes, traducteurs, illustrateurs, enseignants chercheurs, venus de tous les continents. Le langage des mythes explique-t-il cette large diffusion par-delà les frontières géographiques et culturelles ? Ce livre se propose d'étudier la diversité des images que Michel Tournier donne de lui-même : écrivain géographique, voyageur ou sédentaire, écrivain classique, reconnu ou subversif, conteur, philosophe, chrétien.

  • Le Paraguay est surtout connu pour les Missions que les Jésuites réussirent à implanter durablement entre 1609 et 1767 parmi les Indiens Guarani. Pourtant, cette terre paradoxale au coeur de l'Amérique du Sud, où un évêque peut devenir président comme en avril 2008, a une longue histoire marquée par des bouleversements sans précédents. Pendant la guerre qui opposa le pays à la triple Alliance de l'Argentine, du Brésil et de l'Uruguay, entre 1864 et 1870, plus de soixante pour cent de sa population a péri, surtout ses hommes. La mémoire de cette année zéro hante encore aujourd'hui ses habitants qui, locuteurs du guarani, ne sont cependant pas Indiens. Partant d'une ethnographie des hameaux d'une ancienne réduction jésuite, l'ouvrage donne d'abord à comprendre le rapport que les habitants entretiennent à leur langue guarani mêlée d'espagnol, à leurs terres, à leurs ancêtres et à la guerre. Puis grâce à une plongée dans les archives jusqu'en 1767, le livre reconstitue le passé qui fut balayé par la grande rupture de 1870. Se saisissant des notions de métissage, de mémoire, de tactique et d'interstices, cet essai rencontre les travaux de langue anglaise développés sous l'appellation d'études subalternes.

  • Les élections sénatoriales, qui constituent un élément clé dans la structuration du champ politique français, sont largement méconnues. Pourtant, ce scrutin, qui se déroule au suffrage indirect, permet d'analyser de façon originale et approfondie la société politique française, en matière d'étude électorale mais aussi de structuration du système partisan, d'examen des idées politiques et de décryptage des pratiques militantes. Les élections au suffrage indirect forment en grande partie un champ clos, particulièrement propice à l'étude du personnel politique dans son entre soi. Cet ouvrage s'appuie sur le dépouillement d'archives publiques et privées, nationales et locales, qui permettent, à travers les élections sénatoriales, une plongée dans la politique française, à diverses échelles, depuis le conseil municipal d'un petit village à l'enceinte du Parlement. Il se compose tout d'abord d'un suivi longitudinal des élections sénatoriales de 1875 à nos jours, qui éclaire l'importance de ce scrutin comme indicateur de l'opinion des élus locaux et plus largement de l'état des forces politiques en présence lors de périodes cruciales de la vie politique nationale. Il envisage ensuite les « pratiques politiques de l'entre soi » que suscitent ces élections au suffrage indirect, où même les électeurs sont quasiment tous des élus, et l'acculturation qu'elles exercent sur les forces politiques françaises.

  • Extrêmement difficile d'accès pour sa plus grande partie, située aux confins de la Guyane française et du Brésil, la région du Jari a fasciné les colonisateurs et les a aimantés pendant plusieurs siècles. On y a cherché l'Eldorado, le lac Manoa ou plus prosaïquement (mais cela revient au même) de fabuleuses mines d'or. Une rude compétition entre la France et le Brésil a rendu un verdict amer pour la première, vainqueur de la bataille de la connaissance avec des explorateurs comme Jules Crevaux et Henri Coudreau, mais défaite dans la bataille diplomatique, qui donna au Brésil le bassin du Jari il y a un peu plus d'un siècle. L'histoire et la configuration actuelle de ce territoire en font à la fois un symbole et un condensé de l'histoire de toute l'Amazonie brésilienne. Le Jari a tout connu, et dans la plupart des cas en excès : des dizaines d'explorateurs, allant de nobles français à des scientifiques de l'Allemagne nazie, croisant en tous sens des régions supposées impénétrables et entrant en contact avec des ethnies jusque-là inconnues ; un baron du caoutchouc qui construira l'un des plus grands latifundios du monde ; un projet industriel majeur, commandé par un milliardaire américain qui y perdra partiellement son combat contre la nature amazonienne ; des forêts immenses et intactes contrastant avec des bidonvilles sur pilotis ; des orpailleurs, des ruées vers l'or et, aujourd'hui, la plus vaste mosaïque continue d'aires protégées du monde... Fruit d'une abondante documentation historique restituée par de très nombreuses illustrations, cet ouvrage cherche à retracer l'histoire de ce territoire fascinant, et à en montrer les dynamiques actuelles, y compris les plus récentes explorations, comme l'expédition géographique menée en 2011 qui a permis de remonter le Jari et son affluent le Mapaoni jusqu'à la borne de trijonction Brésil/Surinam/ Guyane française.

  • Hubert Guillotel a soutenu, en 1973, une thèse d'histoire du droit intitulée Les Actes des ducs de Bretagne (944-1148). L'édition critique de ces cent soixante-et-onze documents se voulait une enquête sur le pouvoir ducal en Bretagne aux Xe-XIIesiècles. Ce travail monumental posait les fondements des recherches qu'il poursuivrait, avec passion, jusqu'à sa disparition en 2004. Loin d'être enfermée dans d'obscurs particularismes, il voyait la Bretagne s'ouvrant, sans retard, aux réalités et innovations que connaissait alors l'Europe. Il démontra la survivance de l'ordre carolingien dans les institutions bretonnes et sut comprendre que l'histoire de l'Église devait être aussi une histoire des pouvoirs et de la société. À la tête de celle-ci, la noblesse, initialement au service du titulaire de la puissance publique, entendait affermir son autorité propre. Foi due à Dieu, foi jurée au prince ou promise à son seigneur : la foi était l'un des fondements de cette société à laquelle Hubert Guillotel s'est attaché à rendre vie. Dès lors les mots de pouvoir et de foi ne pouvaient qu'être associés aux contributions qui lui sont ici offertes par ses collègues, disciples et amis. Service du Prince et encadrement des hommes et des âmes étant intimement liés, deux axes majeurs se dégagent. Le premier voit se définir comment se fonda le pouvoir sur les âmes. Juger, gouverner, combattre, tels sont ensuite les trois thèmes abordés pour appréhender le pouvoir sur les hommes. H. Guillotel a toujours tenu à étayer sa réflexion par l'archéologie, l'onomastique, la toponymie ou la linguistique. Elles trouvent donc ici la place qui leur revient. Enfin, il savait toute l'importance d'une ouverture à des espaces géographiques différents, permettant de déterminer spécificités ou ressemblances.

  • Vingt ans après la publication de La Fille d'Athènes, Mythes, cultes et société, ouvrage majeur de Pierre Brulé, il convient de suivre les traces de ces petites Athéniennes, sans doute devenues épouses et mères et, chemin faisant, de revenir sur les travaux pionniers de cet helléniste hors norme. En effet, il importe de se mettre en quête de la place que le féminin tient dans les mythes et les rites grecs, de reconsidérer la vision que les hommes proposent des pratiques religieuses des femmes et de revisiter les divinités qui les concernent plus spécifiquement, autant de pistes abordées dans le présent ouvrage. Il s'agit de se demander comment les femmes grecques appréhendaient le domaine cultuel et si elles le faisaient d'une manière particulière, spécifique à leur « nature féminine ». S'agissait-il d'un des seuls domaines dans lequel elles auraient pu trouver une forme d'expression publique et de reconnaissance sociale ? Peut-on parler encore de « citoyenneté cultuelle » pour les femmes grecques ? Il convient toutefois de ne jamais oublier que la « religion des filles c'est celle que les hommes font fonctionner, et d'une certaine façon, utilisent ». Dans le présent volume des contributions sont rassemblées et organisées autour de trois parties : les figures féminines, déesses et héroïnes ; les mots et les noms du féminin et, enfin, les passages et les transmissions féminins.

  • Dans une société en proie à de profondes mutations, le rapport au travail des cadres évolue. Chez eux, des comportements nouveaux se font jour qui, hier encore, paraissaient improbables. Quelque chose semble s'être fissuré, le vernis d'une condition salariale spécifique tendrait à se craqueler et l'investissement des cadres à se transformer. Ancienne figure de proue d'un certain « esprit du capitalisme », les cadres auraient-ils perdu leur raison d'être ? On aborde ici le rapport au travail des cadres à l'intersection des histoires individuelles, catégorielles et sociétales. Les unes se mêlent aux autres dans d'inextricables relations qui fournissent aux individus les moyens de faire face au quotidien du travail. Tous ne partent donc pas dotés de dispositions semblables. Le suivi de leurs expériences dans la durée permet de montrer que les difficultés qu'ils doivent affronter génèrent en eux des tensions. On voit alors qu'un lourd investissement de soi reste envisageable tant que les espoirs renfermés dans le sens de leur trajectoire professionnelle parviennent - encore - à contenir ces tensions. Mais quelles conditions sociétales doivent donc être réunies pour faciliter, au moindre coût, l'adaptation des cadres au monde du travail ?

  • Cet ouvrage confronte les regards de plusieurs chercheurs universitaires français et étrangers sur la question de la filiation et son expression contemporaine. La question de la famille, de la parentalité, des liens qui nous unissent les uns aux autres est au centre de la réflexion pour pointer une évolution des modèles qui introduit un changement dans les représentations. À l'heure du XXIe siècle, qu'est-ce qu'un père, qu'est-ce qu'une mère, qu'est-ce qui fonde le lien de filiation, nous « fait fils de » ou « fille de » ?

  • «Le livre que vous avez entre les moins pèse 250 grammes de plus que la moitié de son poids. Combien pèse-t-il ?». N'avons-nous pas une petite hésitation avant de répondre ? Il nous faut quelques instants pour remettre nos idées en place et voir clairement la réponse. De nombreux élèves au début du collège considèrent d'ailleurs que ce problème n'est pas faisable (" on ne peut pas calculer la moitié de quelque chose qu'on ne connaît pas... ") ; d'autres en revanche trouvent la solution parfaitement évidente. Ce qui est en jeu dans un problème comme celui-ci c'est la manière dont nous nous le représentons. Suivant la nature de cette représentation nous réussissons ou non à raisonner correctement On sait maintenant que l'activité de résolution de problèmes est centrale dans l'étude des processus intellectuels et est fondamentale pour l'enseignement de plusieurs disciplines scolaires au premier rang desquelles se trouvent les mathématiques. Or il ne peut y avoir acti­vité de recherche et compréhension véritable des mathématiques que si les élèves parviennent à se représenter les problèmes qui leur sont proposés. D'où l'idée d'aider ceux qui ont le plus de difficulté (élèves ou adultes en formation) à se construire des représentations plus performantes. Les données actuelles de la psychologie cognitive en nous permettant de mieux comprendre comment la représentation d'un problème donné se met en place ouvrent des perspectives nouvelles. Ce sont à la fois ces données psychologiques et ces perspectives en matière d'enseignement par la résolution de problèmes qui sont présentées ici à partir de nombreux exemples. Ce livre s'adresse à ceux dont le métier est (ou sera) d'enseigner les mathématiques ainsi qu'aux étudiants (psychologie, sciences de l'éducation) désireux de connaître les applications possibles de la psychologie cognitive dans l'enseignement Mais tous les formateurs et les psy­chologues s'intéressant d'une manière ou d'une autre à cette question passionnante de la découverte des solutions trouveront là matière à réfléchir et aussi à se distraire... en essayant de résoudre des problèmes qui pourront les surprendre.

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