République des Lettres

  • La Femme qui a connu l'Empereur Nouv.

    Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Hugues Rebell. Où l'on croise un enfant vivant entre sa grand-mère nourricière et sa tante un peu folle, habitant près de son oncle ancien conseiller d'état du second empire, un cousin nommé Victor, un faux marquis italien mais vrai escroc, un général en retraite, une comtesse, un évêque de Jéricho, et enfin la Femme qui a connu l'Empereur. De celle-ci, espionne à la petite semaine mais inconditionnelle de l'Empereur, on relate les aventures, entre éloge et déchéance de l'Empire. Concevant son récit comme un roman de moeurs à clé perverti par le marquis de Sade et la marquise de Sévigné, Hugues Rebell, l'auteur libertin de romans érotiques (voire pornographiques), l'écrivain individualiste nietzschéen, le monarchiste nationaliste farouchement hostile à l'Eglise, illustre bien ici ses idées sur la société et son mépris tout aristocratique de la démocratie. Mais, comme toute l'oeuvre de Rebell, malgré son originalité entre Symbolisme et École romane, "La Femme qui a connu l'Empereur" est finalement très caractéristique de la Belle époque. Avec ses personnages d'artistes, de financiers et de demi-mondain.e.s, il s'attache avant tout, dans le sillage de Maupassant, à décrire le côté sensuel de la passion amoureuse.

  • Le Livre des Masques Nouv.

    Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Remy de Gourmont. Sous-titré "Portraits symbolistes" et accompagné des trente "masques" d'écrivains dessinés par Félix Vallotton pour l'édition originale, le "Livre des Masques" est une galerie de monographies composée, dans cette première série, de trente écrivains français symbolistes de la fin du XIXe siècle: Francis Poictevin, André Gide, Maurice Maeterlinck, Pierre Louÿs, Emile Verhaeren, Rachilde, Henri de Régnier, J.-K. Huysmans, Francis Vielé-Griffin, Jules Laforgue, Stéphane Mallarmé, Jean Moréas, Albert Samain, Stuart Merrill, Pierre Quillard, Saint-Pol-Roux, A.-F. Herold, Robert de Montesquiou, Adolphe Retté, Gustave Kahn, Villiers de l'Isle-Adam, Paul Verlaine, Laurent Tailhade, Jules Renard, Louis Dumur, Georges Eekhoud, Paul Adam, Lautréamont, Tristan Corbière et Arthur Rimbaud. Sans prétendre à la critique littéraire, Rémy de Gourmont excelle dans ce genre du "portrait littéraire", guidé par l'idée qu'une oeuvre n'est pas sans rapport avec le caractère de son auteur. Les études psychologiques sont fouillées, les figures sont brossées d'une main sûre, les talents et les traits caractéristiques de chaque écrivain apparaissent immédiatement, et ce sont moins des masques que de très véridiques portraits. Une bibliographie des trente auteurs complète le volume. "En littérature comme en tout, il faut que cesse le règne des mots abstraits. Une oeuvre d'art n'existe que par l'émotion qu'elle nous donne; il suffira de déterminer et de caractériser la nature de cette émotion, cela ira de la métaphysique à la sensualité, de l'idée pure au plaisir physique." - Remy de Gourmont.

  • Germinal Nouv.

    Germinal

    Emile Zola

    Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Émile Zola. Publié en 1885, "Germinal", treizième volume du cycle des "Rougon-Macquart", est le roman le plus célèbre de Zola. C'est l'histoire d'une grève dure, "la lutte du capital et du travail, le coup d'épaule donné à la société qui craque un instant", selon l'auteur. L'action se déroule dans le bassin houiller du nord de la France. Emile Lantier vient d'être renvoyé d'un atelier des Chemins de fer pour avoir giflé son chef. Chômeur, il se fait engager à la mine de Montsou où il est affecté dans l'équipe de Maheu. Il partage l'enfer du travail au fond des puits et la vie extrêmement difficile des familles de mineurs résignés à leur quasi esclavage depuis des générations. Mais Etienne rencontre un militant et commence à lire des brochures prônant la lutte sociale. Après une baisse de salaire des mineurs, il décide d'organiser une grève contre la Compagnie des mines et crée une caisse de secours. Pendant deux mois et demi de luttes et de souffrances, les mineurs tiennent bon face aux riches propriétaires qui refusent toute négociation et finissent par faire tirer la troupe contre la foule des manifestants. Les grévistes comptent leurs morts et doivent finalement reprendre le travail. Un anarchiste nihiliste, Souvarine, sabote alors la mine, faisant de nouveaux morts dans l'effondrement des galeries. Malgré la catastrophe, les ouvriers ont compris que la lutte pour améliorer leur condition est désormais possible grâce à l'organisation syndicale et politique unitaire. "Des hommes poussaient, une armée noire, vengeresse, qui germait lentement dans les sillons, grandissant pour les récoltes du siècle futur, et dont la germination allait bientôt faire éclater la terre."

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Léon-Paul Fargue. "Haute solitude" est l'oeuvre la plus accomplie et la plus déchirante de Fargue. Reprenant les chemins de rêves et de cauchemars déjà parcourus dans "Vulturne", l'auteur poursuit cette fois son investigation jusqu'au point critique où le poète, se séparant de lui-même, s'installe dans la "Haute solitude", lieu étrange dont il nous dit les peurs et les prestiges. Par elle, il atteint la nuit des temps préhistoriques comme celle de la fin du monde dont il nous dit être l'un des six témoins. C'est entre ces deux nuits de la terre et du ciel, de la naissance et de la mort, que s'inscrit ce recueil de proses. Visionnaire stupéfait "d'avoir vu d'un coup Dieu dans le monde, comme on s'aperçoit dans une glace à l'autre bout de la chambre", Fargue possède cette puissance verbale propre à entraîner le lecteur dans la randonnée préhistorique qui ouvre le livre. Nous y assistons à la formation des mondes, à la succession des époques, à l'apparition d'un "monstre bizarre", l'Homme. Puis, délaissant ces mondes chaotiques, un autre univers non moins fantastique est exploré: ce Paris tant aimé, parcouru et arpenté par l'auteur du "Piéton de Paris". Le voici déambulant à travers les rues, accompagné par les fantômes et les visages de ceux qu'il a aimé. Il dit les gares, les banlieues, les cafés, les nuits blanches, les rumeurs de la ville et la vie dans son désordre cosmique. Mais aucune rue qui ne conduise inexorablement vers ce haut lieu où souffle l'esprit: la solitude. "Je travaille à ma solitude, cherchant à la diriger dans la mer d'insomnie où nous a jetés la longue file des morts..."

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de François-René de Chateaubriand. Chef-d'oeuvre écrit durant plus de trente années, de 1809 à 1841, les "Mémoires d'outre-tombe" sont divisés en cinquante "livres" et quatre "parties". La première partie, la Jeunesse, va de 1768 à 1800. Chateaubriand y trace, en tableaux inoubliables, les étapes de sa jeunesse: la naissance, les soirées de Combourg, son isolement, ses promenades mélancoliques, son affection pour sa soeur Lucile, sa vie de lieutenant à Paris, sa découverte de la Cour, ses premières idylles et ses premiers écrits, les débuts de la Révolution, son départ pour l'Amérique puis son séjour à Londres et la misère. La seconde partie est consacrée à sa Carrière littéraire (1800-1814): portraits de ses amis, Pauline de Beaumont, l'entrevue et la rupture avec Bonaparte, les années d'écriture à la Vallée-aux-Loups, les voyages, la gloire enfin. Avec la troisième partie, on assiste à sa Carrière politique (1814-1830): Chateaubriand se lance dans l'arène, publie des pamphlets, passe dans l'opposition, devient ambassadeur à Berlin et à Londres puis ministre des Affaires étrangères. La Révolution de 1830 met un terme à son engagement. Il voyage encore en Suisse et en Italie mais se consacre désormais entièrement à l'achèvement de ses "Mémoires", qu'il vend à une société d'actionnaires en stipulant que son oeuvre ne doit paraître qu'à titre posthume (d'où son titre "d'outre-tombe"). Le récit autobiographique de plus de 2500 pages s'achève par une récapitulation où l'auteur se plaît à souligner les contrastes de sa vie: "Je me suis rencontré entre deux siècles comme au confluent de deux fleuves." Les "Mémoires d'outre-tombe" forment un livre unique en son genre par son mélange de réel et d'imaginaire, son investigation psychologique continue et profonde, sa langue et son style d'une extraordinaire variété, ses admirables portraits et descriptions enfin qui sont parmi les plus belles de la littérature française.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Maurice Leblanc. Un étrange cambriolage est commis au château du comte de Gesvre, à Ambrumésy. Raymonde de Saint-Véran, nièce du propriétaire, surprend le voleur et tire sur lui pendant sa fuite. L'homme disparaît, apparemment rien n'a été volé. Un jeune et brillant étudiant en rhétorique, Isidore Beautrelet, pense que le mystérieux voleur est sans doute Arsène Lupin. À la grande satisfaction de la police française, le cadavre du célèbre gentleman cambrioleur est justement retrouvé quelques jours plus tard. Refusant de croire à cette histoire et se faisant passer pour un journaliste, le jeune lycéen décide de mener l'enquête, en partie fondée sur le déchiffrage d'un texte codé. Mais l'inspecteur Ganimard et le fameux détective anglais Herlock Sholmès ne sont pas loin. Malgré les fausses pistes qui se multiplient, l'investigation se poursuit au Pays de Caux et ailleurs. Une énigme historique traversant toute l'histoire de France, de Jules César à la reine Marie-Antoinette, se révèle bientôt au grand jour. Arsène Lupin, connu aussi sous le nom de Louis Valméras, aurait découvert le secret du fabuleux trésor des rois de France, caché au coeur de l'Aiguille creuse d'Etretat. Riche en rebondissements et péripéties de toutes sortes, intrigant à souhait, truffé d'éléments historiques, à la croisée des genres entre récit policier, récit historique et récit d'aventures, "L'Aiguille creuse" est l'un des chefs-d'oeuvre les plus populaires de Maurice Leblanc.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Maurice Leblanc. Premier recueil des aventures d'Arsène Lupin, "Arsène Lupin, gentleman cambrioleur" est composé de neuf nouvelles publiées dans le mensuel "Je sais tout" entre 1905 et 1907. La première, "L'Arrestation d'Arsène Lupin", est peut-être la plus belle réussite de Maurice Leblanc, non seulement parce qu'elle impose en quelques lignes la silhouette de celui qui deviendra le plus célèbre des aventuriers, mais surtout pour sa maîtrise narrative: au terme d'un brûlant exercice en énonciation, et bien avant "Le Meurtre de Roger Ackroyd" d'Agatha Christie, c'est la grammaire qui donne la solution de l'intrigue policière. Mais toutes les nouvelles font preuve d'une même virtuosité stylistique. Aux multiples déguisements du gentleman maître en trucages et mystifications, répondent les astuces d'un auteur habile à prendre au piège son lecteur. La figure d'Arsène Lupin n'est pas seulement celle d'un séducteur et aristocrate du crime qui envoie sa carte de visite au baron qu'il va dévaliser ("Arsène Lupin en prison") ou le prestidigitateur du cambriolage qui résout une énigme de plusieurs siècles au nez et à la barbe d'un célèbre détective ("Herlock Sholmès arrive trop tard"), mais aussi un être aux mille visages, génie de la métamorphose à l'identité toujours fugace ("L'Évasion d'Arsène Lupin", "Le Collier de la Reine", "Le Sept de coeur"). Au cours de ses tribulations, le héros collectionne les identités en traversant sans peine tous les degrés de l'échelle sociale, aussi à l'aise en petit employé étriqué qu'en prince russe ("813") ou en grand d'Espagne ("Les Dents du tigre"). C'est plutôt aux lignées aristocratiques que va sa préférence, justifiant ainsi son surnom de gentleman: «Marquis, baron, duc, archiduc, grand-duc, petit-duc, contre-duc, tout le Gotha, quoi! On me dirait que j'ai été roi, ventre-saint-gris, je n'oserais pas jurer le contraire.» Signes particuliers permettant de l'identifier: charme irrésistible (on ne compte plus ses conquêtes féminines), coeur d'or (il ne vole qu'aux riches et, tel Robin des Bois, se fait le défenseur de la veuve et de l'orphelin) et surtout verve intarissable - ses tirades échevelées, alliant un lyrisme volontiers épique à la gouaille d'un gamin de Paris, sont l'un des grands attraits de la saga. Bandit dilettante, héritier des dandys nihilistes fin de siècle, aventurier mondain du Paris des années 1900, Arsène Lupin procède ici d'un anarchisme mondain caractéristique de la Belle Époque, aussi habile que primesautier.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Friedrich Nietzsche. Sous-titré "Réflexions sur les préjugés moraux", "Aurore" compte 575 aphorismes répartis en cinq livres sur "la morale considérée comme préjugé". Bien que ce livre marque le début de sa campagne contre la "moraline" - commencée avec "Humain, trop humain" et poursuivie avec "Par-delà bien et mal" et "Généalogie de la morale" - on n'y rencontre aucune attaque, aucune négation, aucune malignité. "Aurore" est au contraire plein du pressentiment d'une "transmutation de toutes les valeurs" qui enseignera aux hommes à dire "Oui à la vie" en se débarassant du mensonge du moralisme. Bien que méfiant envers les imposteurs moraux, Nietzsche n'entend cependant pas nier la moralité et ne nie pas que des hommes agissent pour des "raisons morales", mais il nie que l'hypothèse sur laquelle ils se fondent ait un fondement réel. Pareillement, il nie l'immoralité. L'idée de "l'innocence du devenir" s'impose au philosophe. Prônant la libération de la pensée, il exprime ici ce que peut avoir d'ennuyeux la culture si on la conçoit sans enthousiasme et en dehors de la vie. Nietzsche avertit d'ailleurs lui-même que son ouvrage n'est pas fait pour être lu du commencement à la fin. Il faut au contraire l'ouvrir souvent "puis regarder ailleurs et ne rien trouver d'habituel autour de soi".

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Stefan Zweig. "Écrire l'histoire de Marie-Antoinette, c'est reprendre un procès plus que séculaire, où accusateurs et défenseurs se contredisent avec violence. Le ton passionné de la discussion vient des accusateurs. Pour atteindre la royauté, la Révolution devait attaquer la reine, et dans la reine la femme. Or, la vérité et la politique habitent rarement sous le même toit, et là où l'on veut dessiner une figure avec l'intention de plaire à la multitude, il y a peu de justice à attendre des serviteurs complaisants de l'opinion publique. On n'épargna à Marie-Antoinette aucune calomnie, on usa de tous les moyens pour la conduire à la guillotine; journaux, brochures, livres attribuèrent sans hésitation à la «louve autrichienne» tous les vices, toutes les dépravations morales, toutes les perversités; dans l'asile même de la justice, au tribunal, le procureur général compara pathétiquement la «veuve Capet» aux débauchées les plus célèbres de l'Histoire, à Messaline, Agrippine et Frédégonde." - Stefan Zweig.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Matthew Gregory Lewis. Traduit de l'anglais par Gabriel Louis Terrasson de Sénevas. Avec Ann Radcliffe, Charles Robert Maturin et Horace Walpole, M. G. Lewis est aujourd'hui considéré comme l'un des principaux maîtres précurseurs du roman gothique anglais. Auteur d'un célèbre classique du genre, "Le Moine", il a aussi écrit dans les années 1800 plusieurs courts romans d'épouvante tout aussi horrifiques et susceptibles de procurer des sensations oppressantes aux lecteurs de l'époque. Le récit débute en bonne compagnie, dans un de ces salons bourgeois anglais de la fin du 18e siècle où la principale activité est la médisance, avant de basculer très vite dans la jungle sauvage de l'île de Ceylan. Dans ce décor exotique d'aventure coloniale, un jeune propriétaire anglais, Seafield, est traqué par l'un de ces redoutables serpents géants nommés "Anaconda", ou "Boa Devin". Ces monstrueux reptiles sont capables d'attaquer, d'étouffer puis d'avaler en une seule fois et en entier les hommes comme les buffles ou les tigres. L'homme est parvenu à se cacher dans un abri mais le monstrueux reptile reste aux aguets. Luttant contre leur peur, la fiancée, les amis et les serviteurs de Seafield s'organisent. Ils s'engagent dans une lutte à mort contre cet Anaconda aussi fascinant qu'invincible.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Diderot. Roman et dialogue philosophique, "Jacques le Fataliste" est un longue conversation entre un brave valet, Jacques, et son maître, tous les deux personnages errants toujours prêts à philosopher à bâtons rompus sur la vie humaine. Ils nous sont bien présentés au début de leur voyage, mais nous ne savons finalement pas grand chose d'eux. Ils ne semblent en tout cas pas pressés, s'arrêtant volontiers au bord du chemin, revenant sur leurs pas, et tentant toutes les aventures qui se présentent à eux. Tout en cheminant, Jacques raconte sa vie et ses amours à son maître. Il a son franc-parler et des opinions tranchées. Il proclame en particulier que tout ce qui arrive est déjà écrit dans le grand registre du destin et que la vie est un enchaînement de forces que l'homme n'a que l'illusion de commander. Il n'hésite pas à reprendre et à sermonner son maître qui lui oppose sans cesse ses propres réflexions et raisonnements contraires en toutes choses. Plusieurs récits divers et variés relatant les aventures de Jacques se détachent du dialogue: l'histoire des amours de Mme de La Pommeraye et du marquis des Arcis (adapté récemment au cinéma par Emmanuel Mouret sous le titre de "Mademoiselle de Joncquières"), la romanesque histoire d'un moine défroqué (prétexte, après "La Religieuse", à une nouvelle diatribe anticléricale de Diderot), ou encore la vie et les aventure d'un certain M. Desglands. Le dialogue entre les deux hommes se poursuit, interrompu par des incidents, des rencontres, des sautes d'humeur, et même parfois par les interventions directes de l'auteur qui réfléchit tout haut sur la conduite de ses personnages jusqu'à ce qu'il décide d'y mettre arbitrairement un terme. "Jacques le Fataliste", avec son mélange des genres, la truculence de ses scènes, le comique des situations et la vivacité de la narration, n'est pas sans rappeler les chefs-d'oeuvre de Sterne, Voltaire, Cervantes et Rabelais.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Romain Rolland, prix Nobel de littérature 1915. Biographie critique de Léon Tolstoï, enrichie de lettres, documents et études consacrés aux relations de l'écrivain russe avec les penseurs orientaux, notamment avec Gandhi. "La grande âme de Russie, dont la flamme s'allumait, il y a cent ans, sur la terre, a été, pour ceux de ma génération, la lumière la plus pure qui ait éclairé leur jeunesse. Dans le crépuscule aux lourdes ombres du XIXe siècle finissant, elle fut l'étoile consolatrice, dont le regard attirait, apaisait nos âmes d'adolescents. Parmi tous ceux pour qui Tolstoï fut bien plus qu'un artiste aimé, un ami, le meilleur, et, pour beaucoup, le seul ami véritable dans tout l'art européen, j'ai voulu apporter à cette mémoire sacrée mon tribut de reconnaissance et d'amour." - Romain Rolland.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Arthur Schopenhauer. "Le Monde comme volonté et comme représentation", oeuvre majeure de la philosophie occidentale, est une tentative d'explication complète du monde doublée d'une critique radicale de celui-ci. L'ouvrage est divisé en quatre livres traitant d'épistémologie, de métaphysique, d'esthétique et d'éthique. Le premier livre traite du monde comme représentation (phénomène). Le second énumère les degrés et les formes de manifestation de la volonté dans la nature. Le troisième est consacré à la théorie de l'art. Le quatrième expose les problèmes de la morale et de la philosophie de la religion. À ces quatre livres, le philosophe allemand a rajouté une suite de "Compléments" dans lesquels il précise sa pensée. Schopenhauer analyse la doctrine kantienne de la chose en soi ainsi que la théorie platonicienne des idées. Il affirme que le monde sensible n'est que pure volonté, cette volonté étant la somme des forces conscientes et inconscientes qui se manifestent dans l'univers. Il affirme également que ce monde sensible ne nous est donné que comme réalité fictive, ou représentation. Le monde de la volonté, qui fonde celui de la représentation, est dégagé des caractères de ce dernier: alors que la représentation est déterminée par l'espace, le temps et la causalité, la volonté est en revanche unique. Alors que la représentation est réglée par le principe de raison, la volonté est irrationnelle. Une première voie de libération de cette volonté irrationnelle est l'art. S'opposant aux grands maîtres de l'idéalisme classique et de l'historicisme, le philosophe soutient que le pessimisme est la véritable conception du monde, telle qu'elle a été révélée aux grands génies artistiques et aux fondateurs des grandes religions. Il se refuse à admettre que l'humanité progresse au cours de l'histoire, celle-ci n'étant qu'une succession d'apparences trompeuses. Schopenhauer, inspiré ici entre autres par la philosophie orientale et son approche cosmique de l'existence individuelle (influence des Upanishad et de la Bhagavad-Gita), pose avec force le problème de la personnalité individuelle et de la nature propre de l'individu spirituel. Son "Monde comme volonté et comme représentation" a donné naissance à un nouveau courant de pensée qui a amené la philosophie contemporaine à une plus grande compréhension de la complexité de la vie de l'individu. Les traits distinctifs de sa réflexion, comme la méfiance en la raison et le pessimisme, ont eu une très forte influence sur la culture des XIXe et XXe siècle, aussi bien en littérature (Tolstoï, Maupassant, Kafka, Mann,...), qu'en philosophie (Nietzsche, Bergson, Wittgenstein, Freud,...).

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Élisée Reclus. "J'étais triste, abattu, las de la vie. La destinée avait été dure pour moi, elle avait enlevé des êtres qui m'étaient chers, ruiné mes projets, mis à néant mes espérances. Des hommes que j'appelais mes amis s'étaient retournés contre moi en me voyant assailli par le malheur. L'humanité tout entière, avec ses intérêts en lutte et ses passions déchaînées, m'avait paru hideuse. Je voulais à tout prix m'échapper, soit pour mourir, soit pour retrouver dans la solitude, ma force et le calme de mon esprit. Sans trop savoir où me conduisaient mes pas, j'étais sorti de la ville bruyante, et je me dirigeais vers les grandes montagnes dont je voyais le profil denteler le bout de l'horizon." Anarchiste exilé en Suisse après la Commune de Paris, géopoéticien avant l'heure, précurseur de l'écologie et de la mésologie, c'est en savant, philosophe et poète qu'Elisée Reclus s'attache ici à décrire le milieu naturel de la montagne, observé lors de son séjour dans les Alpes, qui lui permet de retrouver la joie et l'émerveillement. Menant en parallèle étude scientifique et réflexion philosophique sur la liberté et le bonheur, explorant et analysant les paysages, la géologie, le climat, la flore, la faune, se penchant avec humanité sur la vie des montagnards, il explique l'environnement avec clarté et simplicité, transmettant au lecteur toute l'émotion de l'expérience vécue. "Histoire d'une montagne" est à la fois un traité géographique sensualiste et une méditation philosophique, à la fois science et poésie.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Denis Diderot. Publiée à titre posthume en 1796, "La Religieuse" est à la fois une satire des moeurs sexuelles et religieuses du XVIIIe siècle et une apologie de la liberté individuelle. C'est aussi une mystification pleine de mouvement ourdie par Diderot, Grimm et quelques autres compères au détriment d'un de leurs amis, le marquis de Croismare, homme sensible qui s'était intéressé au sort de la jeune Suzanne Delamarre (Suzanne Simonin dans le roman), sans parvenir à lui faire gagner son procès. En 1758, Suzanne avait en effet accusé sa mère de l'avoir enfermée de force à l'abbaye de Longchamp, puis au couvent de femmes Sainte-Marie de la rue du Bac où elle dû subir nombre d'épreuves et d'humiliations. Finalement, suivant les conseils d'un prêtre bénédictin, lui aussi entré en religion malgré lui, elle parvint à retrouver la liberté après avoir rompu ses voeux religieux. Diderot et Grimm publieront une fausse correspondance de l'ex-religieuse destinée à émouvoir le marquis de Croismare, puis Diderot entamera plus tard le récit romancé de ses mésaventures sous forme de mémoires. Aussi bien roman érotico-philosophique des corps et des âmes que conte satirique malicieux, "La Religieuse" peint sur le vif, outre le personnage de l'innocente Suzanne plus ambigüe qu'il n'y paraît, plusieurs figures inoubliables de confesseurs et de moniales, dont notamment celle de la supérieure de Saint-Eutrope, si prompte à déshabiller la jeune couventine et à l'embrasser sur la bouche.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Aristote. L'"Éthique à Nicomaque", composé de dix livres, est l'un des principaux ouvrages exposant la philosophie morale d'Aristote, laquelle demeure en substance la plus significative expression de la morale grecque. Nicomaque, fils d'Aristote, lui donne son nom en tant que premier éditeur des manuscrits. Critiquant la conception platonicienne des Idées, qui préconise le "bien en soi", Aristote traite ici de ce qui doit selon lui guider l'homme dans toutes ses actions, à savoir le bonheur, sens ultime de la vie humaine. Le bonheur, dit-il, est l'exercice de cette activité propre à l'homme qu'est l'usage du "logos" (la raison, l'intelligence), mais sans toutefois exclure la jouissance des plaisirs sensibles. Sur cette base, il développe une théorie des vertus humaines qu'il divise en vertus dianoétiques, relevant de la partie intellectuelle de l'âme, et vertus éthiques, relevant plus du caractère et des sentiments. La vertu aristotélicienne, caractérisée par un juste milieu entre les passions et facultés opposées de l'âme, concilie ainsi tout à la fois des exigences spiritualistes et eudémonistes. Le philosophe considère aussi la vertu comme un fait composé de deux éléments: l'un volontaire, déterminant le but, l'autre intellectuel, donnant les moyens pour atteindre ce but. Le livre 3 est consacré à définir ce qu'il y a de volontaire et d'involontaire dans l'action de l'homme, rejetant la thèse selon laquelle "personne n'est volontairement mauvais" et concluant que la vertu comme le vice résident en notre seul pouvoir. Dans les livres 4, 5 et 6, il décrit des vertus éthiques particulières comme la douceur, la franchise, l'urbanité, la pudeur, le courage, etc., examinant particulièrement la justice et l'équité, puis étudie les vertus dianoéthiques, au nombre de cinq: la science, l'art, la prudence, l'intellect et la sagesse. Le livre 7 traite de l'intempérance et du plaisir, les livres 8 et 9 de l'amitié et de l'amour, désignés sous le même nom. Le livre 10 reprend enfin le problème du rapport entre le plaisir et la vertu, et conclut que le plaisir procède d'une perfection de l'acte, survenant "comme la beauté pour qui est dans la fleur de l'âge". Le bonheur suprême réside dans la pure contemplation de la vérité éternelle. L'"Éthique à Nicomaque" est une continuelle oscillation entre l'eudémonisme humaniste et l'intellectualisme éthique.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Charles-Ferdinand Ramuz. Sur les versants opposés d'une montagnes du Valais vivent deux groupes ethniques entre lesquels existent des divergences profondes de langue, de religion et de coutumes. La montagne qui pourrait rapprocher à son sommet ceux du versant nord, des Alémaniques grands et blonds, et ceux du versant sud, des Italophones très bruns, les sépare au contraire inexorablement en formant un rempart permanent de neige. Le rapt d'une jeune fille, accompli à la suite d'un pari par le berger Firmin séduit par sa beauté blonde, est le noeud du roman. La séparation des races est symbolisée par l'amour impossible entre les deux personnages car Frieda, la jeune femme, médite silencieusement sa vengeance d'où ne sortira que mort et dévastation. La naturalisme tragique de C.-F. Ramuz trouve ici une de ses plus fortes expressions.

  • Nietzsche

    Stefan Zweig

    Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Stefan Zweig. "Tout esprit créateur est inévitablement amené à entrer en lutte avec son démon, et c'est toujours un combat passionné, héroïque, le plus magnifique de tous les combats. Souvent cette lutte grandiose et mystérieuse dure toute une vie. Elle prend sa forme visible dans l'oeuvre de l'artiste, où vibre le souffle ardent des noces de l'esprit et de son éternel séducteur. C'est chez le créateur qui lui a succombé que le démon réussit à se dégager de l'ombre, devient verbe et lumière; c'est chez lui que s'affirment le plus nettement ses traits passionnés. Friedrich Nietzsche, le "philosophe au marteau", solitaire et incompris, sombra dans la folie, terrassé par son démon intérieur. Quand un artiste se trouve dans ce cas, il en naît un art particulier, qui jaillit comme une flamme, un art fait d'ivresse, d'exaltation, de fièvre, de fureur, d'élans spasmodiques de l'esprit qui n'appartiennent d'habitude qu'au pythique et au prophétique; le premier indice de cet art c'est toujours l'exagération, la démesure, l'éternel désir de se dépasser, d'atteindre l'infini. Nietzsche est de cette race prométhéenne qui force les cadres, brise les barrières de la vie et se détruit elle-même dans la passion et l'excès: le regard étrange et fiévreux du démon flamboie au fond de ses yeux, le démon parle par ses lèvres. Il parle même encore en lui lorsque ces lèvres sont muettes, quand son cerveau est éteint, quand son corps est mourant; jamais l'hôte effroyable qui l'habite n'est plus visible qu'au moment où son âme se déchire, écartelée par l'excès de souffrance, et que la vue y plonge par la déchirure jusque dans les profondeurs les plus intimes." - Stefan Zweig.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Gabriele D'Annunzio. "Le Feu" est par excellence le roman du Dominateur, le héros Stelio Effrena qui entend ignorer toutes les limites et toutes les contraintes, y compris la douleur humaine. Sa devise: "Créer avec joie", puisqu'il est poète nouveau (D'Annunzio lui-même) et musicien célèbre (Richard Wagner). La femme, c'est la Foscarina, légendaire tragédienne (Eleonora Duse) souffrant de ses admirateurs, de son passé orageux, de son extrême jalousie et du déclin de sa jeunesse. Devenue la maîtresse du héros, elle saura pourtant s'effacer pour l'homme qu'elle aime. Venise en automne, luxurieuse et royale, forme le cadre de l'intrigue. Ici, la volupté se confond avec la gloire. Mais c'est surtout dans les pages mélancoliques qu'il faut chercher la réussite du roman, en particulier dans le personnage pathétique de la Foscarina finalement poussée au renoncement. Jamais D'Annunzio, considéré aujourd'hui comme le principal représentant du décadentisme et de l'esthétisme intellectuel de l'Italie du début du XXe siècle, n'a autant abusé de l'analogie autobiographique que dans ce roman nietzschéen où le narcissisme, élevé au rang de technique artistique, est un élément essentiel de la création. Tout exalte ici cette volupté mortelle qui sera le thème central de toute son oeuvre.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Pierre Drieu la Rochelle. "Saurai-je un jour raconter autre chose que mon histoire ?" écrira Drieu la Rochelle dans "Etat civil". Comme la plupart de ses romans, "Drôle de voyage" relève de l'autobiographie romancée. Sans toutefois identifier l'auteur à Gille, son héros, nul doute que le personnage est bien créé à partir de lui-même et que l'intrigue est brodée sur une trame personnelle. "Drôle de voyage", roman complexe, subtil, délicat et cruel, relate l'histoire d'un mariage manqué. Beatrix, fille d'un vieux lord, belle, riche et "monstre de faiblesse", vit à Grenade. Toute la famille songe à la possibilité d'un mariage avec Gille. Il est invité à Grenade mais l'affaire est un fiasco, Gille préférant finalement se dérober devant l'obstacle du mariage. "Décidément, j'aime plus l'amour que les amoureuses. Je suis plutôt fait pour Dieu que pour Beatrix. [...] Beatrix, adieu, tant pis; l'entreprise de te changer serait trop longue, trop périlleuse, je glisserais dans ton argent." Au vieux lord, il déclare qu'il se retire car "il ne ferait pas le bonheur de sa fille." Tout Drieu la Rochelle se retrouve bien entendu dans cette fuite. "Eut-il autant de défauts que de qualités, une dernière vertu le sauverait: la clairvoyance", notera Marcel Arland.

  • Été

    Edith Wharton

    Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Edith Wharton. Avec "Été", Edith Wharton délaisse les fastes de la haute société new-yorkaise pour la vie confinée d'une petite communauté puritaine d'un village de la Nouvelle-Angleterre, North Dormer. La jeune Charity y mène une vie morne sous la férule d'un tuteur qu'elle méprise - un notable du village qui l'a recueillie enfant - jusqu'au jour où elle rencontre un jeune architecte de passage dans la région. Elle s'éprend passionnément de lui, s'éveillant le temps d'un été à l'amour et à l'espoir d'une vie libre et épanouissante. Elle ambitionne bientôt de s'affranchir de la société médiocre qui l'entoure pour accomplir enfin pleinement sa vie, mais prend progressivement conscience du jeu complexe entre les sentiments amoureux et les normes sociales. Elle se confronte aussi aux interdits mis en place pour empêcher l'émancipation féminine dans une société patriarcale aussi oppressante qu'hypocrite. "Son coeur était ravagé par la découverte la plus cruelle que la vie nous réserve: le premier être humain venu vers elle à travers le désert de son existence lui avait apporté l'angoisse au lieu de lui apporter la joie."

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Oscar Wilde. Ce n'est pas le moindre paradoxe de cet unique roman d'Oscar Wilde qu'il ait été sévèrement condamné dans l'Angleterre puritaine de l'époque victorienne alors que son propos est éminemment moral. Dorian Gray est un jeune aristocrate esthète et peut-être homosexuel qui, jaloux de la beauté de son propre portrait peint par son ami Basil Hallward, souhaite que le personnage du tableau vieillisse à sa place. En une sorte de pacte faustien, le voeu est exaucé mais, au fil des ans, pendant que Dorian semble rester éternellement jeune, son portrait s'enlaidit de toutes les fautes et péchés qu'il commet. Sa conscience finit par ne plus supporter ce reflet de la laideur de son âme. Un jour de fureur, croyant détruire le tableau, il se suicide. Dorian meurt pour avoir préféré l'illusion de l'art à la vie. Parabole et conte fantastique, "Le Portrait de Dorian Gray" est autant une pierre angulaire des débats éthiques et esthétiques de son époque qu'un texte intemporel sur les rapports qu'entretiennent le bien et le beau, l'art et la vie, l'âme et le corps.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie de Stefan Zweig. Dans une pension de la Riviera où réside le narrateur, la très réservée Mme Henriette, honorablement connue et mère de famille, vient de s'enfuir avec un jeune séducteur. Les pensionnaires s'étonnent de la rapidité de l'aventure et personne n'arrive à croire qu'une honnête femme puisse ainsi abandonner son foyer après quelques heures seulement de conversation avec un inconnu. Seul le narrateur ne condamne pas la femme immorale, bientôt rejoint par une vieille dame anglaise distinguée. Celle-ci lui raconte alors un épisode de sa jeunesse analogue à celui qui met en émoi la petite pension, se remémorant une aventure amoureuse de vingt-quatre heures, aussi étrange que passionnée. Le récit, où l'on trouve une évocation remarquable de l'atmosphère des casinos de l'époque, est animé par une analyse psychologique particulièrement profonde.

  • Texte intégral révisé suivi d'une biographie d'Émile Durkheim. "Le Suicide, Étude de sociologie" d'Émile Durkheim est devenu l'un des plus grands classiques de la littérature sociologique pour deux raisons: tout d'abord par le haut degré de généralité de la théorie élaborée, dans laquelle le suicide ne constitue qu'un indicateur privilégié, ensuite par l'usage brillant qui est fait des statistiques. En étudiant le suicide, Durkheim montre que la société française de son époque souffre d'un important défaut de cohésion sociale. Selon lui, en temps normal, "chaque société est prédisposée à fournir un contingent déterminé de morts volontaires", mais un taux de suicides trop élevé est la preuve d'un grave état pathologique du corps social. La société souffre alors d'un défaut de régulation, qu'il nomme "anomie", forgeant ainsi un concept qui deviendra fécond par la suite dans la recherche sociologique. Outre la religion et l'économie, Durkheim s'attache surtout ici à étudier l'institution familiale, à tel point même que l'on peut considérer "Le Suicide" comme un ouvrage de sociologie de la famille. Il propose un remède au mal: le rétablissement des corporations, et se livre à une analyse statistique de la fréquence du suicide selon l'appartenance à différents groupes sociaux. La théorie élaborée est donc inséparable de la méthode statistique par laquelle il met en évidence le poids respectif des différentes variables. En utilisant les statistiques, Durkheim illustre bien ce que doit être la méthode telle qu'il l'a définie dans "Les Règles de la méthode sociologique". En affirmant de plus quelle place tient l'individu dans la discipline, il démontre aussi que que la sociologie, seule, ne permet pas de comprendre des individus isolés.

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