Dépassons l'anti-art : écrits sur l'art, le cinéma et la littérature, 1948-1978

À propos

Acteur et témoin de plusieurs mouvements expérimentaux d'après-guerre, dont ceux du surréalisme-révolutionnaire et de Cobra, historien des arts impliqué dans l'histoire qu'il raconte, théoricien emporté cependant à l'écart de la théorie par sa fidélité à la confusion des sensations immédiates, telles sont les facettes de Christian Dotremont que révèlent ses nombreux écrits sur l'art, la littérature et le cinéma. À leur lecture, c'est d'abord comme si on déroulait plusieurs fils de noms, qui retracent certaines constellations artistiques et intellectuelles majeures de son époque, dans ce qu'elles eurent de tumultueux et de vivant. On croise ainsi, évoquées à travers leurs oeuvres comme à travers leur existence quotidienne, de grandes figures du milieu artistique belge, tels René Magritte et son «?anti-peinture?» traversée d'humour et de poésie, ou Raoul Ubac et la «?forêt de formes?» de ses photographies, mais aussi du surréalisme parisien, tels Paul Éluard accomplissant sa «?grande tâche lumineuse?» dans la nuit de 1940, Nush Éluard servant du porto rue de la Chapelle, ou Pablo Picasso dans son atelier rue des Grands-Augustins, occupé à faire du café et à dessiner sur des pages de vieux journaux, en ces temps de pénurie de papier. On croise également des personnages plus inattendus, comme Gaston Bachelard, lecteur des Chants de Maldoror, Jean Cocteau, «?délégué de l'autre monde?», ou Jean-Paul Sartre, travaillant frénétiquement à sa table du Dôme, et s'interrompant pour lire avec bienveillance les poèmes que lui soumet jeune Christian Dotremont. Mais celles et ceux dont il esquisse les portraits les plus denses, ce sont les artistes de Cobra, qui de 1948 à 1951 fut «?une somme de voyages, de trains, de gares, de campements dans des ateliers?», une manière de travailler en «?kolkhozes volants?», entre Copenhague, Bruxelles et Amsterdam. Entre autres, sont évoqués avec une finesse critique particulière Asger Jorn, qui avec ses toiles «?sème des forêts?» à l'écart des dogmes, Pierre Alechinsky, dont la peinture est «?comme un coquillage où s'entend l'orage?», Egill Jacobsen, inventant des «?masques criants de vérité chantée?», Erik Thommesen, dont les sculptures sont «?un grand mystère trop émouvant pour être expliqué?», ou Sonja Ferlov, qui réconcilie « la pierre et l'air »... Dans les textes qu'il consacre à ses amis et amies artistes, on retrouve la musique et les images obsédantes qui travaillent aussi sa poésie, telle l'image de la forêt, pour dire chaque fois les surgissements de la trame illisible du monde qui le fascinent. Artiste révolutionnaire, déçu pourtant par l'étroitesse des conceptions esthétiques communistes, il se fait théoricien d'un art du non-savoir, contre la propension à ordonner et à policer du «?réalisme-socialiste?». Il s'agit avant tout pour lui de ne pas trahir «?toutes ces confuses sensations que nous apportons nuit et jour?». Cela, seule une écriture affirmant sa dimension graphique le peut vraiment. Lignes discursives et lignes expressives doivent être pensées et tracées ensemble, comme en attestent ses logogrammes ou les «?peintures-écritures?» de Cobra. À ses yeux, l'écrivain est un artiste, voire un artisan?; les gestes de sa main sont ce qui compte avant tout. Ses écrits sur l'art manifestent sa volonté de réconcilier la dimension intellectuelle et la dimension matérielle de l'écriture, le verbe et l'image, de même, dit-il, que sont réconciliés la création et l'interprétation dans le jazz. Ainsi l'écrivain doit-il être, selon ses termes, «?spontané » et « sauvage?».


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  • Auteur(s)

    Christian Dotremont

  • Éditeur

    Atelier Contemporain

  • Date de parution

    21/10/2022

  • EAN

    9782850350733

  • Disponibilité

    Disponible

  • Nombre de pages

    608 Pages

  • Longueur

    20 cm

  • Largeur

    16 cm

  • Épaisseur

    5.9 cm

  • Poids

    1 404 g

  • Support principal

    Grand format

Infos supplémentaires : Broché  

Christian Dotremont

Christian Dotremont est né en 1922 en Belgique. Il publie ses premiers poèmes en 1940, notamment « Ancienne éternité », immédiatement remarqué par Magritte, Scutenaire et Ubac. Il rencontre Picasso, Eluard, Giacometti, Cocteau et incarne la relève d'un mouvement surréaliste qui se dilue dans le fracas de la Seconde guerre mondiale. Il fonde en 1949 lemouvement Cobra, avec Joseph Noiret, Pierre Alechinsky, Asger Jorn, ou Karel Appel, qui ouvre un espace expérimental d'une grande liberté dans l'art contemporain, au-delà des enjeux de figuration et d'abstraction ; laboratoire où se croisentles expériences artistiques, qui se prolongent bien après la dissolution officielle du groupe en 1951. Cette même année,Dotremont contracte la tuberculose, qu'il appelle « la catastrophe ». Jusqu'à sa mort en 1979, il ne cesse de questionner lerapport entre les images et les mots, ambition qui s'exprime pleinement dans ses célèbres Logogrammes qui repoussent les limites de la plasticité alphabétique, inventant une calligraphie inédite, entre l'image et le lisible, et qui lui assurent unerenommée internationale. Son oeuvre poétique se nourrit de plus en plus des nombreux voyages qu'il fait en Laponie,malgré une santé de plus en plus précaire. Auteur d'un nombre important de poèmes et de textes courts publiés à Paris,Bruxelles ou Amsterdam, et d'un roman (« La pierre et l'oreiller », Gallimard, 1955), il laisse une oeuvre lumineuse,souvent enjouée, faite de surprises et d'émotion, de rebondissements de langage permanents, qu'irrigue un élan passionné,une jeunesse inaltérable, et un amour fou des valises dans lesquelles il emportait sa vie.

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